‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 2)Chapitre 20 sur 47 · Tome viii · texte numérisé non relu

Tome viii

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La mythologie des Grecs n'était qu'un amas confus de superstitions isolées ; Orphée en forma un corps de doctrine ; il institua la divination et les mystères 5 il en fit des cérémonies secrètes , moyen sûr pour donner un air solennel à des puérilités ; telles furent les fêtes de Bacchus et d'Hécate, les éleusines, les panathénées et les thesmophories. Il enjoignit le silence le plus rigoureux aux initiés^ il donna des règles pour le choix des prosélites : elles seréduisaient à n'admettre à la participation des mystères, que des âmes sensibles et des imaginations ardentes et fortes 9 capables devoir en grand, et d'allumer les esprits des autres : il prescrivit des épreuves , elles consistaient dans des purifications , la confession des fautes qu'on avait commises, la mortification de la chair, la continence, l'abstinence, la retraite, et la plupart de nos austérités monastiques ; et pour achever de rendre le secret de ces assemblées impénétrable aux profanes , il distingua diiférens degrés d'initiation , et les initiés ■ eurent entre eux un idiome particulier et des caractères hiéroglyphiques. ^

Il monta sa lyre de sept cordes ; il inventa le vers hexamètre, et surpassa dans l'épopée tous ceux qui s'y étaient exercés avant lui. Cet homme extraordinaire eut im empire étonnant sur les esprits , du moins à en juger par ce que l'hyperbole des poètes nous en fait présumer. A sa voix , les eaux cessaient de couler; la rapidité des fleuves était retardée; les animaux, les arbres accouraient ; les flots de la mer étaient apaisés , et la nature demeurait suspendue dans l'admiration et le silence : effets merveilleux qu'Horace a peints avec force , et Ovide avec une délicatesse mêlée de dignité.

DE l'encyoloi*édie. x5i

Horace dit : Ode XII , lip. I.

Autin umbrosis Heiicotus oris^

AiU super Pindo^ geiidove in Hœmo ,

Unde vocalem temeri insecuiœ

Orphea syhœ , Arte materna rapidos meraniem .

Fiuminum lapsus , celeresque venios ^ Blandum et auritas Jidibus canaris Ducere quercus ?

Et Ovide, Métamjurph. , Utf^ X.

CoUis erat , collemgue super plardssima campi Area, i^uam viridem faciebant graminis herbœ ; Vmbra loco deerat , quâ posiquam parte recedit^ Dis genitus voies et fila sonantia nuwit, Umbra loco venit.

Ceux qui n'aiment pas les prodiges opposeront aux vers du poëte lyrique un autre passage , où il s'explique en philosophe , et où il réduit la merveilleuse histoire d'Orphée à des choses assez communes :

Syloesires homines sacer interpresque deorum , Cœdibus et victujœdo detemûi Orphœus, Dictus ab hoc lenire tigres ^ rabidosçue leones;

c'est-à-nàire qu'Orphée fut un fourbe éloquent, qui fit parler les dieux pour maîtriser un troupeau d'hommes farouches , et les empêcher de s'enlr'egorger : eh ! combien d'autres événemens se réduiraient à des phénomènes naturels, si l'on se permettait d'écarter de la narration l'emphase avec laquelle ils nous ont été transmis !

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Après les précautions qu'Orphée avait prises pour dérober sa théologie à la connaissance des peuples, il est difficile de compter sur Tesactitude de ce que les auteurs en ont recueilli. Si une découverte est essentielle au bien de la société , c'est être mauvais citoyen que de l'en priver ; si elle est de pure curiosité , elle ne valait ni la peine d'être faite y ni celle d'être cachée ; utile ou non , c'est en* tendre mal l'intérêt de sa réputation que de la tenir secrète; ou elle se perd après la mort de l'inventeur qui s'est tu , ou un autre y est conduit et partage l'honneur de l'invention.

n faut avoir égard en tout au jugement de la postérité, et reconnaître qu'elle se plaindra de notre silence, comme nous nous plaignons de la tacitumité et des hiéroglyphes des prêtres égyptiens, des nombres de Pythagore et de la double doctrine de Facadémie.

A juger de celle d'Orphée d'après les fragmens qui nous en restent épars dans les auteurs , il pensait que Dieu et le chaos co-existaient de toute éternité; qu'ils étaient unis, et que Dieu renfermait en lui tout ce qui est , fut , et sera ; que la lune , le soleil , les étoiles , les dieux , les déesses et tous les êtres de la nature , étaient émanés de son sein ; qu'ils ont la même essence que lui ; qu'il est présent à chacune de leurs parties ; qu'il est la force qui les a développées et qui les gouverne , que tout est de lui , et qu'il est en tout ; qu'il y a autant de divinités subalternes, que de masses dans l'univers ; qu'il £siut les adorer ; que le Dieu créateur^ le Dieu générateur est incompréhensible ; que , répandu dans la collection générale des êtres, il n'y a qu'elle qui puisse en être une image ; que tout étant de lui , tout y retournera ; que c'est en lui que les hommes

pieux trouveront la récompense de leurs vertus; que Fâme est immortelle , mais qu'il y a des lustrations , des cérémonies qui la purgent de ses fautes , et qui la restituent à son principe aussi sainte qu'elle en est émanée, etc.

Il admettait des esprits , des démons et des héros. Il disait : l'air fut le premier être qui émana du sein de Dieu ; il se plaça entre le chaos et la nuit. H s'engendra de l'air et du chaos un oeuf , dont Orphée fait éclore une chaîne de puérilités peu dignes d'être rapportées.

On voit en général qu'il reconnaissait deux substances nécessaires , Dieu et le chaos ; Dieu , principe effectif; le chaos ou la matière informe , principe passif.

I! pensait encore que le monde finirait par le feu , et que des cendres de l'univers embrasé , il en renaîtrait un autre.

Que l'opinion , que les planètes et la plupart des corps célestes sont habités comme notre terre , soit d'Orphée ou d'un autre, elle est bien ancienne. Je regarde ces lambeaux de philosophie, que le tems a laissé passer jusqu'à nous, comme ces planches que le vent pousse sur nos côtes , après un naufrage , et qui nous permettent quelquefois de juger de la grandeur du bâtiment.

Je ne dis rien de sa descente aux enfers ; j'abandonne cette fiction aux poètes. On peut croire de sa mort tout ce qu'on voudra ; ou qu'après la perte d^uridice , il se mit à prêcher le célibat, et que les femmes « indignées, le massacrèrent pendant la célébration des fêtes de Bacchus ; ou que ce dieu vindicatif qu'il avait négligé dans ses chants, et Vénus dont il avait abjuré le culte pour un autre qui lui déplaît, irritèrent les bacchantes qui le déchirèrent ; ou qu'il fut foudroyé par Jupiter, comme la plupart des héros du tems fabuleux ; ou que les Thra-

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cîelines se défirent d'un homme qui enlrainaît à sa suite leurs maris ; ou qu'il fut la victime des peuples qui supportaient impatiemment le joug des lois qu'il leur avait iipposëes : toutes ces opinions ne sont guère plus certaines que ce que le poè'te de la métamorphose a chanté de sa tète et de sa lyre.

Capul , Hœbre , fyramgue Exdpis , ei , mirum ! medio dàm laàtiur amne , Flehile nescio quid queritur lyra , flehile lingua Murmurât eooanimis ; respondent flebilœ ripœ •

« Sa tète était portée sur les flots ^ sa langue murmurait je ne sais quoi de tendre et d'inarticulé que répétaient les rivages plaintifs ; et les cordes de sa lyre ^ frappées par les ondes^ rendaient encore des sons harmonieux. » O douces illusions de la poésie ;, vous n'avez pas moins de charmes pour moi que la vérité ! puissiez- vous me toucher et me plaire jusque dans mes derniers instans !

Les ouvrages qui nous restent sous le nom d'Orphée y et ceux qui parurent au commencement de l'ère chrétienne 9 au milieu de la dissension des chrétiens y des juifs et des philosophes païens, sont tous supposés ^ ils ont été répandus , ou par des juifs qui cherchaient à se mettre en considération parmi les gentils , ou par des chrétiens qui ne dédaignaient pas de recourir à cette petite ruse pour donner du poids à leurs dogmes aux yeux des philosophes, ou par des philosophes même qui s'en servaient pour appuyer leurs opinions de quelque grande autarite. On faisait un mauvais livre , on y insérait les dogmes qu'on voulait accréditer, et l'on écrivait à la tète le nom d'uu

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auteur célèbre : mais la coalradiction de ces diflerens ouvrages rendait la fourberie manifeste.

Musée fut disciple d'Orphée ; il eut les mêmes talens et la même philosophie, et il obtint chez les Grecs les mêmes succès et les mêmes honneurs. On lui attribue l'invention de la sphère; mais on la revendique en faveur d'Atlas et d'Anaximandre. Le poème de Léandre et Héro, et lliymne qui porte le nom de Musée j ne sont pas de lui ; tandis que ces auteurs disent qu'il est mort à Phalère, d'autres assurent qu'il n'a jamais existé. La plupart de ces hommes anciens qui faisaient un si grand secret de leurs connaissauces, ont réussi jusqu'à rendre leur existence même douteuse.

Thamyris succède à Musée dans lliistoire fiaJ^uleuse ; il remporte le prix aux jeux pythiens; défie les muses au coDfibat du Èhant , en est vaincu et puni par la perte de la vue et l'oubli de ses talens. On a dit de Thamyris t:e qu'Ovide a dit d'Orphée :

nie eiiam Thracum popuiisfuii auctor^ amorem In teneros transferre mares ^ citràque juœniam JEtatis brève ver et primas carpere flores.

Voilà un vilain art bien contesté.

Amphion, contemporain de Thamyris, ajouta trois cordes à la lyre d^Orphée ; il adoucit les mœurs des Thébains. Trois choses , dit Julien, le rendirent grand poè'te , letude de la philosophie , le génie et l'oisiveté.

Mélampe , qui parut après Amphion , fut théologien , philosophe , poè'te et médecin; on lui éleva des temples après sa mort ^ pour avoir guéri les filles de Praetus de la fureur utérine : on dit que ce fut avec l'ellébore».

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Hésiode, successeur de Mélampe, fut contemporain et' rival d'Homère. Nous laisserons les particularités de sa vie^ qui sont assez incertaines, et nous donnerons l'analyse de sa théogonie.

Le chaos , dit Hésiode , était avant tout. La terre fut auprès le chaos;' et aptes la terre ^ lé tartarë dans les entrailles de la terre : alors Famour naquit , l'amour, le plus ancien et le plus beau dés, immortels. Le chaos engendra l'Érèbe et la nuit; la nuit engendrai Fait et le jour; la terre engendra le ciel , la mer et les montagnes ; le ciel et la terre s^unirent , et ils engendrèrent l'Océan , des fils , des filles ; et après ces enfans ^ Saturne , les cyclopes Bronte, Stérope et Argé , fabricateurs du foudre ; et après les cyclopes ^ Gotté, Briarée et Gygès.Dès le commencement, les enfans de la térte et du ciel se brouillèrent avec le ciel , et se tinrent cachés dans les entrailles de la terre. La terre irrita ses enfans ^contré son époux\ et Saturne coupa les testicules au ciel. Le sang de la blessure tomba sur la terre, et produisit les géans , les nymphes et les furies. Des testi-^ cules jetés dans la mer, naquit une déesse , autour de la quelle les amours se rassemblèrent : c'était Vénus. Le ciel prédit à ses enfans qu'il serait vengé. La nuit engendra le destin , Némésis , les Hespérides , la fraude , la dispute , la haine ^ l'amitié , Momus , le sommeil , la troupe légère des songes , la douleur et la mort. La dispute engendra les travaux , la mémoire , l'oubli , les guerres , les meurtres , le mensonge et lé parjure. Lamer engendra Nérée, le juste et véridiqu)^ Nérée , et après lui , des fils et des filles , qui engendrèreiit toutes les* races divines. L'Océan et Thëtis eurent trois miUe enfant. Rhéa fut mère de la lune, de l'aurore et du soleil. Le St^^x, fils de l'Océan, engendra

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Zélus j Nice , la force et la violence ,' qui furent toujours assises à côté de Jupiter. Phëbé et Gasus engendrèrent Latone , Astérie et Hécate , que Jupiter honora par - dessus toutes les iiiimortelles. Rhéa eut de Saturne Vesla , Gérés, Platon , Neptune et Jupiter , père des dieux et des hommes. Saturne qui savait qu'un de ses enfans le détrônerait im jour f les mange à mesure qu'ils naissent ; Rhéa , conseillée par la terre et par le ciel, cache Jupiter, le plus jeune , dans Vue de Grète , etc.

Voilà ce qu'Hésiode nous a transmis en très-beaux vers, le tout mêlé de plusieurs autres rêveries grecques. Si l"on s'en est servi pour cacher quelques vérités , il faut avouer qu'on y a bieh réussi. Si Hésiode pouvait revenir au monde , et qu^l entendît seulement ce que les chimistes voient dans la Êible de Saturne , je crois qu'il serait bien surpris. De tems immémorial , les planètes et les métaux ont été désignés pai' les mêmes noms. Entre les métaux, Saturne est le plomb. Saturne dévore presque tous ses enfans ; et pareillement le plomb attaque la plupart des substances métalliques : pour le punir de cette avidité cruelle, Rhéa lui fit avaler une pierre ; et le plomb , uni avec les pierres , se vitrifie et ne Êiit plus rien aux métaux qu'il attaquait, etc. Je trouve dans ces sortes d'explications beaucoup d'esprit , et peu de vérités.

Une réflexion qui se présente à la lecture du poème d'Hésiode , qui a pour titre , Des Jours et des travaux , c'est que dans? ces tems de bonheur , la pauvreté était un vice ; le pain ne manquait qu'aux paresseux : et cela de* vrait être ainsi dans tout état bien gouverné.

On cite encore, parmi les théogonistes et les fonda-

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leurs de la philosophie fabuleuse des Grecs ^ Epimënidc de Crète , et Homère.

Épiménide ne fut pas inutile à Solon , dans le choix des lois qu'il donna aux Athéniens. Tout le mbnde connaît le long sommeil d' Épimënide : c'est selon toute apparence^ rallégorle d'une longue retraite.

Homère 9 théologien, philosophe et poëte, écrivit environ 900 ans avant l'ère chrétienne. Il imagina la ceinture de Vénus, et fut le père des Grâces. Ses ouvrages ont été bien attaqués et bien défendus. Il y a deux mots de deux hommes célèbres que je comparerais volontiers. L'un disait qu'Homère n'avait pas vingt ans à être lu ; l'autre 9 que la religion n'avait pas cent ans à durer. Il me semble cpie le premier de ces mots marque un défaut de philosophie et de goût, et le second, un défaut de philosophie et de foi.

Voilà ce que nous avons pu rassembler de supportable sur la philosophie fabuleuse des Grecs. Passons à leur philosophie politique.

Philosophie politique des Grecs. La religion , l'éloquence, la musique et la poésie, avaient préparé les peuples de la Grèce à recevoir le joug de la législation ; mais ce joug ne leur était pas encore impos'é. lis avaient quitté le fond des forêts; ils s'étaient rassemblés; ils avaient construit des habitations , et élevé des auteb ; ils cultivaient la terre , et sacrifiaient aux dieux : du reste . sans conventions qui les liassent entre eux, sans chefs auxquels ils se fussent soumis d'un consentement unanime ; quelques notions vagues du juste et de l'injuste étaient toute la règle de leur conduite; et s'ils étaient retenus, c'était moins par une autorité publique, que par

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la crainte du ressentiment particulier. Mais qu est-ce que cette crainte? qu'est-ce même que celle des dieux? qu'estce que la voix de la conscience sans l'autorité et la me- Dace des lois ? Les lois , voilà la seule barrière qu'on puisse élever contre les passions des hommes : c'est la volonté générale qu'il faut opposer aux volontés particulières ; et . sans un glaive qui se meuve également sur la surface d'un peuple^ et qui tranche ou fasse baisser les tètes audacieuses qui s'élèvent , le faible demeure exposé à Tinjure du plus fort; le tumulte règne , et le crime avec le tumulte; et il vaudrait mieux pour la sûreté des hommes , qu'ils fussent épars , que d'avoir les mains libres et d'être voisins. En effets que nous offre l'histoire des premiers tems polités delà Grèce? des meurtres, des rapts, des adultères, des incestes, des parricides; voilà les maux auxquels il fallait remédier, lorsque Zaleucus parut. Personne n'y était plus propre par ses talens , et moins par son caractère : c'était un honune dur; il avait été . pâtre et esclave, et il croyait qu'il fallait commander aux hommes conmie à des botes, et mener un peuple comme un troupeau.

Si un Européen avait à donner des lois à nos sauvages du Canada , et qu'il eût été témoin des excès auxquels ils se portent dans l'ivresse , la première idée qui lui viendrait , ce serait de leur interdire l'usage du vin. Ce fut aussi la première loi de Zaleucus : il condamna l'adultère à avoir les yeux crevés ; et son fils ayant été convaincu de ce crime , il lui fit arracher un œil , et se fit arracher I autre. Il attacha tant d'importance à la législation , qu'il He permit à qui que ce fut d'en parler qu'en présence de mille citoyens, et qu'avec *la corde au cou. Ayant transr-

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pressé , dans un tems de guerre , la loi par laquelle il avait décerne la peine de mort contre celui qui paraîtrait en armes dhns les assemblées du peuple, il s^e ptmit lui-même en s'ôtant la vie. On attribua la plupart de ces faits , les uns à Gharondas ; les autres à Dioclès de Syracuse. Quoi qu'il en soit , ils n'en montrent pas moins combien on exigeait de respect pour les lois, et quel danger on trouvait à en abandonner l'examen aux particuliers.

Gharondas de Gatanë s'occupa de la politique , et die- • tait des lois dans le même tems que Zaleucus faisait exécuter les siennes. Les fruits de sa sagesse ne demeurèrent pas renfermés dans sa patrie ; plusieurs contrées de l'Italie et de la Sicile eh profitèrent.

Ge fui alors que Triptolème poliça les villes dTEleusine; mais toutes ses institutions s^abolirent avec le tems.

Dracôn les recueillit , et y ajouta ce qui lui fut suggéré ^ par sbn humeur £froce. On a dit de lui , que ce n'était point avec de l'encre , mais avec du sang qu'il avait écrit ses lois.

Solon mitigea le système politique de Dracon , et l'ouvrage de Solon fut perfectionné dans la suite par Thésée , Galisthène , Démétrius de Phalère , Hipparque , Pîsistrate , Périclès, et d'autres génies du premier ordre.

Le célèbre Lycurgue parut dans le courant de la première olympiade. Il était réservé à celui-ci d'assujettir tout un peuple à une espèce de règle monastique. Il connaissait les gouvememens de l'Egypte. Il n'écrivît point ses lois. Les souverains en furent les dépositaires ; et ils purent, selon les circonstances, les étendre, les restreindre , ou les abroger , sans inconvénient : cependant elles

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ëtaient le sujet des chants de Tyriëe , de Terpandre , et autres poètes du tems.

Rhadamante, celui qui mérita par son intégrité la fouctioQ de )uge aux enfers, fut un des l^slateurs de la Crète. Il rendit ses institutions respectables, en les proposant au nom de Jupiter. Il porta la crainte des dis* sensioDs que le culte peut exciter , ou la vénëration pour les dieux , jusqu'à défendre d'en prononcer le nom.

Minos fut le successeur de Rhadamante, l'émule de sa justice en Crète 9 et son collègue aux enfers. Il allait consulter Jupiter dans les antres du mont Ida; et c'est de là qu'il rapportait aux peuples non ses ordonnances, mais les volontés des dieux.

Les sages de la Grèce succédèrent aux législateurs. La vie de ces hommes , si vantés pour leur amour de la vertu et de la vérilé,n'est souvent qu'un tissu de mensonges et de puérilités, à commencer par l'historiette de ce qui leur mérita le titre de sages*

De jeunes Ioniens rencontrent des pécheurs de Milet , ils en achètent un coup de filet; on tire le ifilet , et l'on tiouve parmi les poissons un trépié d*or. Les jeunes gens prétendent avoir tout acheté et les pécheurs n'avoir vendu que le poisson. On s'en rapporte à l'oracle de Delphes , qui adjuge le trépié au plus sage des Grecs. Les Milésiens loifrent à Thaïes, le sage Thaïes le transmet au sage Bias, le sage Bias à Pittacus, Pittacus à un autre sage et celui-ci à Solon, qui restitua à Apollon le titre de soffe et le trépié.

La jGrèce eut sept sages. On entendait alors par un sage , un homme capable d'en conduire d'autres. On est d accord sur le nombre ; mais on varie sur les personnages*

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Thaïes, Solon, Chilon, Pittacus, Bias, Cléobule, el Périandre^ sont le plus généralement reconnus* Les Grecs , ennemis du despotisme et de la tyrannie , ont substitué à Périandre , les uns Myson , les autres Anacharsis. Nous allons commencer par Myson.

Myson naquit dans un bourg obscur. Il suivit le genre de vie de Timon et d'Âpémante , se garantit de la vanité ridicule des Grecs, encouragea ses concitoyens à la vertu , plus encore par son exemple que par ses discours , et fut véritablement un sage.

Thaïes fut le fondateur de la secte ionienne.

Solon succéda à Thaïes. Malgré la pauvreté dé sa famille, il jouit de la plus grande considération. Il descendait de Godrus. Exécestide^ pour réparer une fortune que sa prodigalité avait épuisée , jeta Solon, son fils, dans le commerce. La connaissance des hommes et des lois fut la principale richesse que le philosophe rapporta des voyages que le commerçant entreprit. H eut pour la poésie un goût excessif, qu^on lui a reproché. Personne ne connut aussi-bien l'esprit léger et les mœurs firivoles de ses concitoyens, et n'en sut mieux profiter. Les Athéniens désespérant, après plusieurs tentatives inutiles, de recouvrer Salamine, décernèrent la peine de mort contre celui qui oserait proposer de rechef cette expédition. Solon trouva la loi honteuse et nuisible. Il contrefit l'insensé ; et le front ceint d'une couronne, il se présenta sur une place publique , et se mit à réciter des élégies qu'il avait composées. Les Athéniens se rassemblent autour de lui ; on écoute ; on applaudit 5 il exhorte à reprendre la guerre contre Salamine. Pisistrate l'appuie; la loi est révoquée ; on marche contre les habitans de Mégare; ils sont défaits.

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et Salamine est recouvrée. Il s'agissait de prévenir l'ombiage que ce succès pouvait donner aux Lacédémoniens ^ et l'alarme que le reste de la Grèce en pouvait prendre ; Solon s'en chai^ea , et réussit : mais ce qui mit le comble à sa gloire, ce fut la défaite des Gyrrhéens , contre lesquels il conduisit ses compatriotes , et qui furent sévèrement châtiés du mépris qu'ils avaient affecté pour la religion.

Ge fut alors que les Athéniens se divisèrent sur la forme du gouvernement ; les uns inclinaient pour la démocratie , d'autres pour l'oligarchie y ou quelque administration mixte. Les pauvres étaient obérés au point que les riches , devenus maîtres de leurs biens et de leur liberté , l'étaient encore de leurs enfans : ceux-ci ne pouvaient plus supporter leur misère ; le trouble pouvait avoir des suites fâcheuses. Il y eut des assemblées. On s'adressa , d'une voix générale , à Solon , et il fut chargé d'arrêter Tétat sur le penchant de sa ruine. On le créa archonte^ la troisième année de la quarante-sixième olympiade ; i rétablit la police et la paix dans Athènes ; il soulagea les pauvres , sans trop mécontenter les riches ; il divisa le peuple en tribus; il institua des chambres de judicature ; il publia ses lois 5 et , employant alternativement la persuasion et la force 9 il vint à bout des obstacles qu'elles rencontrèrent. Le bruit de sa sagesse pénétra jusqu'au fond de la Scythie , et attira dans Athènes Ânacharsis et Thoxarîs , qui devinrent sz^ admirateurs , ^t:^ disciples et ses amis.

Après avoir rendu à sa patrie ce dernier service, il s^en exila. Il crut que son absence était nécessaire pour accoutumer ses concitoyens, qui le fatiguaient sans cesse de

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leurs doutes , à interpréler eux-mêmes ses lois. Il alla en Egypte , où il fit connaissance avec Psenophe ; et danà la Crète , où il fut utile au souverain par ses conseils, il visita Thaïes ; il vit les autres sages; il conféra avec Përiandre , et il mourut en Chypre , âgé de 80 ans. Le désir d apprendre qui l'avait consumé pendant toute sa vie j ne s'éteignit qu'avec lui. Dans ses derniers momens ^ il était encore environné de quelques amis , avec lesquels il s'entretenait des sciences qu'il avait tant chéries.

Sa philosQphie-pratique était simple : elle se réduisait à un petit nombre de maximes communes, telles que cellesci ; ne s'écarter jamais de la raison ; n'avoir aucun commerce avec le méchant; méditer les choses utiles ; éviter le mensonge : être fidèle ami ; en tout considérer la fin ; c'est ce que nous disons à nos enfans : mais tout ce qu'on peut faire dans l'âge mûr , c'est de pratiq^er les leçons qu'on a reçues dans l'enfance.

Chilon de Lacédémone fut élevé à l'éphorat sous Euty' dème. Il n'y eut guère d'homme plus juste. Parvenu à une extrême vieillesse, la seule faute qu'il se reprochait^ c'était une &ible amitié qui avait soustrait un coupable à la sévérité des lois. Il était patient , il répondait à son frère , indigné de la préférence que le peuple lui avait accordée pour la magistrature : tu ne sais pas supporter une injure y et je le sais moi. Ces mots sont laconiques. Cb/inais-toi : rien de trop : laisse en repos les morts : sa vie fut d'accord avec ses maximes. Il mourut de joie , en embrassant son fils qui sortait vainqueur des jeux olympiques.

Pittaçus naquit à Lesbos , dans la trente - deuxième olympiade. Encouragé par les frères du poète Âlcée , et

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brûlant par lui-même du désir d'affranchifsa patrie ^ il débuta par l'exécution de ce dessein périlleuse En recon* naissance de ce service 9 ses concitoyens le nommèrent gé-* néral dans la guerre contre les Athéniens. Pittacus proposa à Phrinon, qui commandait l'eniiemiy d'épai^er le sang de tant d'honnêtes gens qui marchaient à leur suite y et de finir la querelle des deux peuples par un com^* bat singulier. Le défi fut accepté. Pittacus enveloppa Phrinon dans un filet de pêcheur qu'il avait placé sur son bouclier et le tua. Dans la répartition des terres , on lui en accorda autant qu'il en voudrait ajouter à ses domaines; il ne demanda que ce qu'il en pourrait renfermer sous le jet d'un dard , et n'en retint que la moitié. Il prescrivit de bonnes lois à ses concitoyens. Après la paix , ils recla-» mèrent Tautorité qu'ils lui avaient confié , et il la leur résigna. Il mourut âgé de soixante -dix ans, après avoir passé les dix premières années de sa vie dans la douce obscurité d'une vie privée. Il n'y a presque aucune vertu dont il n'ait mérité d'être loué. Il montra sur-tout l'élévation de son âme dans le mépris des richesses de Grésils; >^a fermeté dans la manière dont il apprit la mort impré^ vue de son ûh ^ et sa patience 9 en supportant sans mur^ mure les hauteurs d'une femme impérieuse.

Bias de Priène fut un homme rempli d'humanité ; il racheta les captives |messéniennes , les dota étales rendit à leurs parens. Tout le monde sait sa réponse à ceux qui lui reprochaient de sortir les mains vides de sa ville abandonnée au pillage de l'ennemi : J'emporte tout avec moû Il fut orateur célèbre et grand poète. Il ne se chargea jamais d'une mauvaise cause 5 il se serait cru déshonoré, s'il eiit employé sa voix à la défense du crime et de Tinjus-*

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