I^B^MI*W^M
XI ARMONIE. ( Philosophie. ) L'harmonie se dit de Tordre général qui règne entre les diverses parties d'un tout , ordre en conséquence duquel elles concourent le plus parfaitement qu'il est possible , soit à Teffet du tout , soit au but que l'artiste s'est proposé. D'où il suit que pour prononcer qu'il règne une harmonie parfaite dans un tout , il iaut connaître le tout y ses parties , le rapport de ses parties entre elles, l'effet du tout, et le but que l'artiste s'est proposé : plus on connaît de ces choses , plus on est convaincu qu'il y a de l'harmonie , plus on y est sensible ; moins on en connaît, moins on est en état de sentir et de prononcer sur l'harmonie. Si la première montre qui se fit fût tombée entre les mains d'un paysan, il l'aiurait considérée, il aurait aperçu quelque arrangement entre ses parties ; il en aurait conclu qu'elle avait son usage ; mais cet usage lui étant inconnu, il ne serait point allé au-delà, ou il aurait eu tort. Faisons passer la même machine entre les mains d'un homme plus instruit ou plus inteUigent, qui découvre au mouvement uniforme de l'aiguille et aux directions égales du cadran , qu'elle pourrait bien être destinée à mesurer le tems : son admiration croîtra. L'admiration eût été beaucoup plus grande encore, si l'observateur mécanicien eût été en état de se rendre raison de la disposition des parties relatives à l'effet qui lui était
niE l'encvclopédîe. 245
tonau^ et ainsi des autres à qui l'on présentera le même instrument à examiner. Plus une machine sera compliquée , moins nous serons en état d'en juger. S'il arrive dans cette machine compliquée des phénomènes qui nous paraissent contraires à son harmonie ^ moins le tout et sa destination nous sont connus , plus nous devons être ré-* serves à prononcer sur ces phénomènes ; il pourrait arri'ver que , nous prenant pour le terme de l'ouvrage , nous prononçassions bien ce qui serait mal^ ou mal ce qui serait bien j ou mal ou bien ce qui ne serait ni l'un ni l'autre* On a transporté le mot d'harmonie à l'art de gouverner ^ et l'on dit) il règne une grande harmonie dans cet état; à la société des hommes , ils vivent dans l'harmonie la plus parfaite ; aux arts et à leurs productions , mais surtout aux arts qui ont pour objet l'usage des sons ou des cou^ leurs»
Diderot.
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Harmonie i)u style. ( Littérature. ) Elle comprend le choix et le mérite des sons, leurs intonations, leur du-^ rée , le discernement et l'emploi du nombre^ la texture des périodes , leur coupe , leur enchaînement , enfin toute l'é^ conomie du discours , relativement à l'oreille, et l'art de disposer les mots, soit dans la prose 9 soit dans les vers , de la manière la plus convenable au caractère des idées , des images, des sentimens, que l'on veut exprimer.
Les recherches que je propose sur cette partie mécanique du style , et les essais que l'on fera pour y exercer son oreille et sa plume, doivent être, comme les études du peintre , destinés à ne pas voir le jour. Dès qu'on tra-
^44 ESPAIT
vaille sérieusement , c'est de la pensée qu'on doit s^occuper y et des moyens de la rendre ayec le plus de force j de clarté , de précision > qu'il est possible. Fiat quasi siruc^ tura qucedanty nec tamenfiat operoaè : nam eaaeti , quant infinitua, tumpuerilia labor. ( ClC )
C'est par l'analyse des élémens physiques d^ùne langue , qu'on peut voir à quel point elle est susceptible d'harmonie ; mais ce travail est celui du grammairien. Le devoir du poète ^ de l'historien , de l'orateur, est de se livrer aux mouvemens de son âme. S'il possède sa langue , s'il a exercé son oreille au sentiment de l'harmonie , son style peindra sans qu'il s'en ap^çoive; et l'expr^sion y viendra d'elle* même s'accorder avec la pensée.
Une oreille excellente peut suppléer à la réflexion ; mais avant la réflexion , personne n'est sûr d'avoir l'oreille délicate et juste. Le détail où je m'engage peut donc avoir son utlité.
Duœ aunt rea quœ permuhent aurea^ dit Cicéron ; aonua et numerua.
On peut considérer dans les voyelles le son pur , l'ar^ ticulation , l'intonation.
Les voyelles ne sont pas toutes également pleines et brillantes ? le son de Ya est le phis éclatant de tous y et la voix , comme pour complaire à Toreille , le choisit naturellement ; la preuve en est dans les accens indélibérés d'ime voix qui prélude y dans les cris de surprise , de douleur et de joie. Virgile connaissait bien la prédilection de Voreille pour le son de l'a y lorsqu'il l'a répété tant de fois dans ce ytxÉ mélodieux :
MMUa hatoU pkigU poceima ciMâ ;
DB L'ENTÔYCLOPâDIB. a45
•t dans ceux-ci , plus doux encore :
.••••••. Vd mixia ruèent ubi iiUa mmltê
Alba rosà , iaUs viigQ dabat ort eobreê*
Ces vers prouvent queVossius a tort de reprocher au son de Va de mancjuer de douceur ( suapitate ferè deatituirtur ) ; mais il a raison quand il ajoute , magi%ificentid aunes propemodùm percelUt.
Le son de Yo est plein , mais grave; pour le rendre plus oliiir dans le chant , on j mêle le son de Va j comme lorsqu'on veut éclater sur <iob; Véj pliis fiiible et moins volumineux y s'ëclaireit de même dans Vè ouvert y en appr(^ chaut 4e l'a; Vi est plus grêle , plus dâicat que IV; Yeu est vague, mais sonore; You est plus grave , mais moins &ible que l'a; Ve muet ou féminin est à peine un son.
O , aonum quidem habet ^aatum et aUqud ratiortâ magnificumi longé tamen minus quàm A •* nulla hoc aptior littera ad significanduni magnorum anirnaJUurn et ingentium corporum , seu vocem ^ seu sonum.
£, non quidem grapefn y sed tamen clarum satiè et sUgantem^ Jiahet^ sonum •* E, 'vocalis magie sonora et magnijiça quàm O ^ minus quàfn A; quum> et sonum kabeaê obsowiorêm, et propemodùm in ipsisfaucibus sepultum*
I, nulla est clarior vœe iUâ : in levihus et argutie usum hahet prœcipuum.
Infimum dignitatis graduTn tenet U vocalis^ ( IsAAC Voasius. )
Dans les voyelles doubles, le premier son n'étant que passager , l'oreille n'est sensiblement affectée que du son final , sur lequel la voix se déploie.
a46 ESPRIT
LVffet de la nazale est de terminer le son fondamental par un son fugitif et harmonique qui résonne dans le nez : ce son fugitif donne plus d'éclat à la voyelle ; il la sou^ tient y il l'élève ^ et caractérise YfiarmoniehmyaLnte*
jMctanUs ventes Umpestaiesque sonoras,
(YUGUJI.)
J'eÉitends l'airain tonnant de ce peuple barbare.
On voit dans le premier exemple combien Virgile a dé^ féré au choix de l'oreille en déployant l'épithète^o/xoro^, qui nest point analogue à l'image imperio premit^ en l'employant , dis-je , préférablement à rebelles ^fremente»^ ininacea , que l'image semblait demander. C'est la même raison du volume de l'o , qui lui a fait employer tant de fgi^ dans ce vers ^
Vax quoque per hicos vulgo exaudita sUentes Ingensn
, L'abbé d'Olivet décide brève la voyelle nazsde à la fin des mots , comme dans turban y destin , Caton. U me semble, au contraire > que le ressentiment de la nazale en doit prolonger le son , du moins dans la déclamation soutenue y et partout où la voix a besoin d'un appui.
La résonnance de la nazale est interrompue par la succession immédiate d'une voyelle y à moins que l'on n'aspire celle-ci pour laisser retentir celle-là: tyran-inflexible j, destin-ennemi', mais cet hiatus que l'on a permis en poésie <» est peut-être le plus dur à l'oreille, et celui de tou& qu'on doit éviter avec le plus de soin.
Qbsçrvons cependant que zaoins la nazale est soqore ^
DE L'ENCYCf.OPÉpiE. ^4/
plus îl est aJs(Ç xlc réteindre, et par consAjuent moins Taspiration de la voyelle suivante est dure k l'oreille : aussi se permet -on plus souvent la liaison d'une voyelle avec les nazalcs on et un , qu'avec les nazales an et en : leçon utile, commun à tous ^ sont moins durs que main habile, océan irrité. Boileau lui-même a dit :
l<e chardon importun hérîsBa nos guérett.
Racine s'est permis dans Andromaque ,
Pourquoi d'un an emUier l'avoni-nous différée ;
C'est une négligence.
Dans les monosyllabes en^on ^ un , le son de la nazalc , pour éviter l'aspiration , se réduit à une voyelle pure, suivie de Yn consonne , qui s'en détache pour se lier avec la voyelle suivante iVun^t^F autre , Von-aime, en-estril? ( Dans ce dernier exemple Ve qui précède Vn , a pris le son de l'a bref. ) Toutefois il est mieux de conserver à la nazale la liberté de retentir , en ne la plaçant devant une voyelle que dans le repos et les sens suspendus. Il n'y a que La Motte qui n'aH pas senti la dureté de ce vers : " '
Et le mien incertain encore.
Cest peu de consulter, pour le choix , la beauté dès sons en eux-mêmes ; il fatttencore y observer un mélange , une variété qui nous flatte. La monotonie est fatigante , même dans les passages , à plus forte raison, dans les repos. Ce n'est pas que le même son répété ne plaise quelquefois. Quelle douceur, quelle grâce, dit Cicéron, ne senton pas dans ces composés, insipientem, iniquum, tncipi. teml'diW Udu qu'il trouve de la rudesse dans insapientem.
348 EsrttiT
inœguupi ^ trwapitem : mab cette exception oe d^tFpît pas la règle qui oblige à varier les sops^
Dans nos vers on a fait une loi d'éviter la consonpance de dei^x hëmistiches ; la même règle doit s'observer d^çs les repos des përio4i3s ; pli^ ces repos sont variés » pli^ la prose est harmpnieuse^ H y a une espèce dç conspmianiN? symétrique dont les Latins faisaient une grâce de style , aimUiter cadena , êimilHer deainens : cette symétrie peut avoir lien quelquefois dans la prçse iranoaise^ maia l'affectation en serait puérile.
Il y a dans la prose , comme dans les vers , des mesures qu'on appelle nombrea, composées de deux ou trois sons ; il faut évitçF qi^e les i^ombr^s vai$ip9 Vun de l'^tcQ 3^appuient sur les n^n^s fiii4^ > çovoxa/^ dw$ eç vers d« Bçilçau :
Du destiQ des Latins prononcer les oracles.
Jje9 CQxuonQçs ne sopt p^ de# ^vfi » vsms deç arlioiila-
tîpns d^ ^ns.
J^ p^rolç ^. d^s doupç et des forts , de9 ¥m$ pifaés» dca sons appuyés y des sqns {butés » coQune'U misiipie : il n'est donc point de consonne cpii , mise à sa place , ne cçntri-« bue à l'harmonie du discours ; mais la dureté blesse partout Tpr^Ue. Or « ]^ 4uret4 ^usi^te» non pas daiis la m-* desse pu l'âpraté 4(& l'^rticulati^n^ qui sQuvwt est imi— tative,
Tumferri rigor aiguë argutœ lamina serrœ.
mais dans la diffieuHé qu'eUe oppose 9 l'organe qui l'exécute. Le sentiment réfléchi de la peine que doit avoir
DE L'ENCYCLOPJÊIIIK. 349
lui qm parl^ y nou9 fatigue nous^^mèraes $ et voilà ^ dan^ sa cause fst dàpa son e&t , ce que nous eipptàousdureté de
style.
Ce vers raboteux que Bpilçau a feil dftua le style de Chapelain ,
Droite et roide est la côte , et le lentier étroit.
lessemble «saes à ce qu'il exprime: mais la' prononciation en est un travail , et l'organe y est à la gêne : en pareil cas, c'est par le mouvement qu^il fiiut peindre, et non par le froisaeinent 4çs syllabe^t
Aaat «1 chemin montant , sabloneux, mal-aisé» fit â< tQuf les eôtcs au soleil exposé ,
$ix fort» AeT«uw tmtj^^eRt^e ç«^f*
L'équipage s^ia^t^ soi#ait, etc.
La langue la plus douce serait celle où la syllabe d'usage n-apait |amais qu^^ne consonne , comme la syUabe physique ; car dans une syllabe composée de plusieurs con sonnes qui sentblentse presser autour d'ime voyelle , sphinx j tpopf Greoêj CéeropSy la réunion prëcipitée de toutes ces aitieulations en un tems syllabique, rend Faotiopde Forgée pénible et confuse; et quoique chaque ooBsenne ait naturellement son e muet pour voyelle , Pinterralle insensible que laisse entre elles ce faible son , ne suffit pas pour les -iffticuler distinctement Tune après l'autre. Cependant ce n'est pas assez qu\ine langue soit douce r elle doit avoiir 4e quoi marquer le caractère de chaque îËlëe; et eda dépend surtout des articulations molles ou ferm^yrude^ ou liantes , qtk^elle nous présente au besoin. Par exemple , la réunion de deux consonnes en une syllabe lui donne quelquefois pJus de videur et d'énergie,
25o ESPRIT
comme de 1^ et de IV dams frémir , frissonner , frapper ^ frendere^frangere^fragor; et du ^ avec l'r, comme dans ces vers du Tasse tant de fois cités :
Qùama gU abiktior âeW ombre eteme Il rauco suon délia tartarea tromba, Treman le spaziose aire caverne.
et comme dans ce vers de Virgile y que le Tasse admirait lui-même :
ConQulsunirems , rostris stridenUbus aquor.
Ce n'est point là de la dureté, mais de cette âpretë que le même poëte estimait dans le Dante : Queata asprezza sente un non so che di mctgnifico e di grande.
Ce n'est jamais , comme \e l'ai dit , que le travail des organes de la parole qui gène et fatigue l'oreille 5 et c'est dans les mouvemens combinée de ces organes que se trouve la raison physique de l'espèce de syoïpathie ou d'antipa* thie que l'on remarque entre les syllabes.
Si l'oreille est offensée de la con^onnance des voyelles, par la même raison elle doit l'être du retour subit et répété tle la même articulation. Les Latins ar;aieut préféré pour cette raison meridiem à medîdiem. Qu'en français l'oii traduisit ainsi le début des Paradoxes de Gicéron: <( Brutusy j'ai souvent remarqué que quand. Caton, ton oncle opinait da«s le sénat, » cela serais chQquaut et risible. La fréquente répétition de.l'r et de 1'^ est dure à l'oreille , surtout dans des syllabes, compliquées , où \s siiEe, où l'r frémit à la suite d'une autre consonne* La Motte a corrigé dans une de ses odes, censeur sage et sincère. Il aurait bien dû corriger aussi : . '
Atide des affronts d'autruîi « . 1 . . «
Travail toujoun trop peu Tante. . . . .T Le» rois qu'après leur mort oo loue. • . . .' L'homme contre son propre ▼icc....^ Ton amour- propre trop crédule.
et une infinité de vers aussi durs , sur lesquels il avait le malheureux talent de se faire illusion.
lue Zf qui blessait l'oreille de Pindare, adouci dans notre langue , a quelquefois beaucoup de grâce ; mais dans une foule d'écrits modernes , on l'a ridiculement affecté.
Les Latins retranchaient Yx des mots composés ^ où il devait être selon l'étymologie , et nous avons suivi cet exemple,
La répétition des dentales mouillées , cJie et ge est dé* aagréable à l'oreille.
Mais écoutons ; ce berger joue lies plus amoureuses chansons.
(Là Mons. }
Les consonnes les plus favorables à l'harmonie sont celles qui détachent le plus distinctement les sons, et que l'organe exécute avec le plus d'aisance et de volubilité : telles sont les articulations simples de la langue avec le palais , de la langue avec les dents , de la lèvre iiiférieure avec les dents, et des deux lèvres ensemble.
L'Z, la plus douce des articulations , semble communiquer sa mollesse aux syllabes dures qu'elle sépare. M. de Ftaélon en a fait un usage merveilleux dans son style. « On fit couler, dit Télémaque, des flots d'huile douce et luisante sur tous les membres de mon corps. » L'Z, si j'ose le dire , est elle-même comme une huile onctueuse , jui, répandue dans le style j^ en adoucit le frottement; et
le retour frëcpient de l'Artiple U^ la, les ^ qu'on reproche à notre langue , est peut-être ce qui contribue le plus à lui donner de la mélodie. Voyez quçlle douceur 17 communique à ce demi-vers de Virgile :
Quœgue lacus latèliquiàgs.
Le gazouillement de 17 mouillée peut «erWr quelquefois à Yharmonie imitative , mais on en doit réseryer le fréquent usage pour les peintures qui le demandent. L'articulation mouillée qui termine le mot règne , serait in« soutenable , si elle revenait fréquen^ment.
Le mouillé faible de 17 , e:K primé par ce caractère^ , et dont nous avons ùit une voyelle y parce qu'il est consonne et vocale , est la plus délicate de toutes les articulations : mais cette consonne si douce est trop faiblç potir soutenir Ye muet , comme dms ces mots f paye » essaye ; ai lieu que joiute au son de Ta, comme Aaîns paya j déploya ou à telle autre voyelle sonore , comme dans foyer , cl toyen , rayon ^ elle est sensible et iparque ^ssez le nombre
Par cette analyse des articul^tiops de la langue , on doi voir quelles sont les liaisons qui ^attei\t pu qui blesseu roreille.
La prononciation est une suite dçs mouvemens varit que l'organe exécute ; et du passage pénible oa i&cile ^ )'un à l'autre , dépend le sentiment de dureté ou de doc eeur dont l'oreille est affectée. Collahantur 'verha lU if ter se quant aptiaaimè cohœreant ç^trema cwn pr mis (GicÉRON ). n faut donc examiner avec soinquell sont les articulations sympathiques ou antipathiques da les mots déjà composés , afin d'en rechercher pu d'en ci ter la rencontre dans le passage d'un mot à un autre. C
DS l'enctclofj&dib. 5|55
sait , par exemple , qu'il est plus facile k l'org^M de doubler une consonne en l'appuyaiit y qvat de changef d'articulation. Si l'on est libre de choisir , oii prëférefa doticf pour initiale d'un mot la finale da mot qui précède : L^^ Greca^^ont noa modelée ; le êoo^fuifind la terré i
Lliynien-B'eft pas toujouri ébtouré de flambeaux.
(Raoim.)
Il •▼lit de ptaDt fif-fermé cette arenve.
(La FoiTAtn.)
Si La Fdûtdiiàe avait mU hofdi au Heu de fefmé , l'articulatiùA serait plus pénible. Ainsi j Virgile ayant à faire entrer le mot Tmolne dans ttn vdrd , l'a fait précéder d'un mot qui finit par un t :
Norme vides , croceos id Tmolme adores.
On sait que deux différentes labiales de suite sont pénibles & articuler ; on ne dira donc point ^ Alep-fait le commerce , Jacob'^ipait ^ cep-verdoyant* Il en est ainsi de foutes les articulations fatigantes pour l'org^ine ^ et qu^avecla plus légère attention il est facile de reconnaître , en lisant soi-mi6me à haute voix ce que l'on écrit.
Ij'étude que je propose parait d'abord puérile : mais on m'avouera que les opérations de la nature ne sont pas moins curieuses dans l'homme que celles de l'industrie dans le flûteur du célèbre Vaucanson ; et qui de ik>us a fôugi d'aller examiner les ressorts de cette machine?
Au choix , au mélange des sons , au soin de rendre Ie$ àftîculations faciles et de les placer au gré de l'oreille ^les anciens joignaient les accens et les nombres.
254 ESPRlt
L'accent prosodique est peu de chose dans les laiigues modernes , mais elles ont leur accent expressif, leur modulation naturelle : par exemple , chaque langue interroge , admire , se plaint , menace , commande , supplie avec des intonations , des inflexions différentes. Une langue qui dans ce sens-là n'aurait point d*accent , serait monotone , froide , inanimée 5 et plus l'accent est varié j- sensible, mélodieux dans une langue, et plus elle est favorable à Télo^ qnence et à la poésie.
L'accent français est peu marqué dans le langage ordinaire , la politesse en est la cause. H n'est pas respectueux d'élever le ton , d'animer le langage ; et l'accent dans lusage du monde n'est pas plus permis que le geste : mais , comme le geste ^ il est admis dans la prononciation oratoire , plus 'encore dans la déclamation poétique , et de plus en plus , selon le degré de chaleur et de véhémence du style ; de manière que dans le pathétique de la tragédie et dans l'enthousiasme de l'ode , il est au plus haut point où le génie delà langue lui permette de s'élever. Alais c'est toujours l'âme elle-même qui imprime ce caractère à l'expression de ses mouvemens. De là vient , par exemple , que notre poésie , assez vive dans le drame , est un peu froide dans l'épopée. Elle a une mélodie pour les sentimens , elle n'en a point pour les images; et si mon observation est juste , c'est une nouvelle raison poiu: nous de rendre l'épopée aussi dramatique qu'il est possible.
Uharmonie du style dans notre langue ne dépend pas, autant que dans les langues anciennes , du mélange des sons plus lents ou plus rapides , liés et soutenus par des articulations faciles et distinctes , qui marquent le nombre sans dureté. Mais notre langue même , à une oreille
DE l'encyclopédie. 255
délicate , offre encore sensiblement cette harmonie élé-* mentàire.
Commençons par avoir une idëe nette et précise du rhythme , du nombre et du mètre.
Le rbythme est dans la langue ce que dans la musique ou appelle mesure* Le nombre en est communëment le synonyme ; mais pour plus de clarté , on eu fait l'espèce du rby tbme. Ainsi , par exemple, on dit que le vers ïambique et le vers trochaïque ont le même rbytbme , et qa ils sont composés de nombres différens.
Dans le système prosodique des anciens, la mesure avait plusieurs tems, et la syllabe un tems ou deux, selon qu'elle était brève ou longue. On est convenu de donner à la brève ce caractère *^ , et à la longue celui-ci -. Ces élemens prosodiques se combinaient diversement , et ces combinaisons faisaient tel ou tel nombre ; en sorte que les nombres se variaient sans altérer la mesure : la valeur des notes était inégale , la somme des tems ne l'était pas , et chacun des pieds, ou nombres du vers, était l'équivalent des autres. Ainsi, dans le vers hexAnètre, le rhythme était constant , et le mouvement varié.
Le mètre était une suite de certains nombres déterminés ; il distinguait les espèces de vers.
lia mesure ou rhythme à trois tems n'a que trois combinaisons, et ne produit que trois pieds ou nombres ; le tribrache, « o u ; le chorée ou trochée,- « 5 et l'ïambe, « -. La mesure à quatre tems se combine de cinq manières, en dactyle , - « « ; spondée , — ; anapeste , w o - j amphibrache , « - « 5 et dypyrriche ,««««.
Les anciens avaient bien d'autres nombres , dont il serait superflu de parler ici. Or ces nombres, employés dans
a56 MPIOT
la prose , lui donnuent une Btiarche grure ou légfae, Venu ou rapide , au gré de l'oreille ; et sans avoir y cotÈmie le vers , un rhy thme précis et régulier , die trri»! àtê inonvemens analogues à oeiss de l'âme.
« La prose , dit Gieéron y n'admet aileun biitteikleiif de mesure , comme fait la musique ; mais toute son action est réglée par. le jugement de l'oreille 9 qui allonge ou abrè^ les périodes (il pouvait dire encore , (}ui les retarde ou les précipite), selon q[u'elle y est déternûnée par le sentiment du plaisir : c'est là Cd qu'on appelle nombre* a Ot lé même nt>mbre tantôt satisfiiit pleinement Foreîlle, fanlôt lui laisse désirer |m nombre plua ou moins rapide ^ plus ou moins soutenu : Gieéron en donne des exemples^ et cette diversité dans les sentiméns dont l'oreille est affisctée , a le plus souvent pour principe l'analogie des nondhres airec les mouvemena de l'âmey et le rapport des sons avec les images qu'ils rappellent à l'esprit.
Il y a donc ici deux sortes de pkiisir ^ comme daa» la musique. L'un , s'il est permis de le dire , n'afiecte que l'oreille ; c'est celui«qu'on éprouve à la lecture des vers d'Homère et de Virgile , même sans entendre leor kngoe^ il ùnt avouer que ce plaisir est âûble. L'autre est œlm de l'expression ; il intéresse l'imagination et le sentiment , et il est souvent très<*sensible.
Gieéron divise le discours en périodes ^t en incises^ il borne la période à vingt-quatre mesures ^ et l'incise i deux ou trois. D'abord 9 sans avoir ^ard à la valeur des aylhbes, il attribue la lenteur aux incisea, et la rapidité arut périodes ; et en effet , flus les repoa sont fréquens , plus le style semble devoir être lent dans sa marche. Mai» bientôt il considère la valeur des syllabes dont la mesure
DE L'SXCYCLOPjftDIB. 367
posée 9 comme ûâsiàXTéêàencé chi ûotshte ; et avec raison : cài ai les repos , plu^ bu moîàs ftéqnenSj donnent au style' plus oïl InàiÈÉê èe kxiféiâ: ou de rapidité , k valeur des sons qu^ori f eâiplote ne conffSyue pas moins à lé précipiter ou t le Ralentir ^ et il est ^dent qu'un même nombre de syU hbea arrivera phii tite au repos, s'il se précipite en dactjflêê j que é'il se ttainait en graves 8po!ndées. On ne doit' donc perdre de vue , dans la théorie des nombres j ni la ecfdfe àès ^é^iodes , ni h valeur relative des sons.
Tms les gemnes de littérature n'exigent pas un' style ndn^rentx; ttiais tous demandent, comme je l'ai dit, un style saiisÊErisânt pour l'oreille.
QUâni^iâ énitn èuwe^ gravesque aéntetUioey tcùnen s£ inooriâitU iferhié ^eruniur, offenâuftt dures ^ quorum éètJudiciuTn auperbiaéimum. (Gic.)
iià diction philosophique est affranchie de la servitude déà tiômbres : Gicéron k compare k une vierge modeste <ft ùarve qui néglige St se parer. « Cependant rien de plus ^umiânieux^ dit-il, que la prose de Démocrite et de Platon. » G'est un avantage que la raison, la vérité même àe doit pas dédaigner. Il est incontestable que dans un géâée d^écrire où le ferme qui rend l'idée avec précision eslt quelquefois unique, où la vérité n'a qu'un point qui soûveni même est indivisible, il n'y a pas à balancer ^tre Fharmonie et le sens \ mais il est rare qu'on en soit réduit à sacrifier Fun à Fautre ; et celui qtd sait manier stf hxigue, trouve bien Part de les concilier.
Cicérou demande pour lé style de l'histoire des péfièdes nombreuses, semblables, dit-â, à celles d^Isocrate; toAi il ajoute c(ue c^ nombres fatigueraient bientôt l'oreille , s'ils n'étaient pas interi^ompùs par desr incises". Ce Tome viii. *7
cdntitiue dans notre prose : les bons ëcrlvains ne se sont ^ttiichés à peindre la pensëe que dans les mais dont l'esprit et f ôrfellle devaient être vivement frappés. C'est aussi à mioi se bornait Fambitioû des anciens : l'on va voir quel effet produisent dans le style des nombres placés à propos.
Tlëchier , dans l'oraison funèbre de M. de Torenne , termine ainsi la première période : « Pour louer la vîe et pour déplorer la mort dû sage et vaillant Màc^ chabéè. » S'il eût dit, du 'vaillant et sage MaccTiabée , et pourdéplorér sa mort y la période n'avait plui cette majesté sombre qui en fait le caractère : la cause pbysique en est dans la succession de Tiambe , de l'anapeste, et du didhorëe , qui n'est plus la même dès que les mots sont tratisposés. Oà doit sentir en effet que de ces nombres les detLX premiers se soutiennent, et que les deux derniers , ën^'écoulant, semblent laisser tomber la période avec là négligence et l'abandon de la douleur. « Cet bomme que Dieu avait mis autour d'Israël , comme un mur d'airain , où se brisèrent tant de fois toutes les forces de l'Asie...» veùait tous les ans , comme les moindres Israélites, réparer, avec ses mains triomphantes, les ruines du sanctuaire. » Il esft aisé de voir avec quel soin l'analogie des nombres, relativement aux images, est observée dans tous ces repos : pour fonder un mur d'aFmF/t, il a cboisi te grave spondée; et pour réparer les ruines du sanctuaire , queiis nombres majestueux il a pris! Si vous voulez éh mieux sentir l'effet , substituez à ces mots des synonytne^ qui n'aient pas la même cadence; supposez a)icto^ rieuse k la place de triomphante i temple j au lieu de Sanctuaire : « // venait tous les ans , comme les moin-
x>B l'encyclop£dis. ^59
fon d^ë de force et de rapidité* Tantôt la pensée est comme un arbre toufiîi dont les branches s'entrelacent ; elle demande le dëveloppement de la période ; tantôt les traits de lumière dont l'esprit est frappé , sont comme autant d'éclairs qui se succèdent rapidement ; l'incise en est l'image naturelle. Le style coupé convient encore mieux aux mouvemens tumultueux de l'âme : c'est le langage du pathétique véhément et passionné ; et quoique le style périodique ait plus d'impulsion à raison de sa masse , le style coupé ne laisse pas d'avoir quelquefois autant et plus de vitesse ^ cela dépend des nombres qu'on y emploie.
Il est reconnu que dans toutes les langues le style coupé y le style périodique » sont au choix de l'écrivain , quant aux suspensions et aux repos; mais toutes les langues , et en particulier la nôtre , ont-elles des tems appréciables , des quantités relatives, des nombres enfin déterminés ?
Il est du moins bien décidé qu'elles ont toutes des syllabes plus ou moins susceptibles de lenteurs ou de vitesse ; et cette variété suffit à l'harmonie de la prose.
La gène de notre syntaxe est effirayante pour qui ne connaît pas encore les souplesses et les ressources de la langue : l'inversion, qui donnait aux anciens l'heureuse liberté de placer les mots dans l'ordre le plus harmonieux, nous est presque absolument interdite. Mais cette difficulté même n'a pas rebuté les écrivains doués d'une oreille sensible ; et ils ont su trouver au besoin , des nom* bres analogues au sentiment , à la pensée, au mouvement de l'âme, qu'ils voulaient exprimer.
Il serait peut-être impossible de rendre l'harmonie
j6!I zsriiit
Fimage de ce long et morne silence ! Comme le dipyrriche et le dactyle , suivis d'un spondée , peignent vivement les pleurs de Jérusalem ! Comme le mouvement renversé de l'ïambe et du eborée dans s'èbmnlérènt y est analogue à l'action qu'il exprime ! Combien plus frappante encore est l'harmonie imitative dans ces mots : « Le Jourdain se troubla, et, ses rivages retentirent du son de ces lugubres paroles ! »
Bossuet n'a pas donné une attention aussi sérieuse au choix des nombres : son harmonie est plutôt dans la coupe des périodes y brisées ou suspendues à propos , que dans la lenteur ou la rapidité des syllabes ; mais ce qu'il n'a presque jamais négligé dans les peintures majestueuses , c'est de donner des appuis à la voix sur des syllabes so-> nores et sur des nombres imposans,
« Celui qui règne dans les cieux, de qui relèvent tous les empires , à qui seul appartient la gloire, la majesté , l'indépendance , etc. » Qu'il eut placé Yindépen-dance avant la gloire et la majesté , que devenait l'har« monie ? « U leur apprend , dit-il en parlant des rois , il leur apprend leurs devoirs d'une manière souveraine et digne de lui. » Qu'il eût dit seulement d'une manière digne de lui, ou cPune manière absolue et digne de tui^ Fexpression perdait sa gravité : c'est le son déployé sur la pénultième de souveraine qui en fait la pompe.
« Si elle eut de la joie de régner sur une grande nation» dit-il de la reine d'Angleterre , c'est parce qu'elle pouvait contenter le désir immense qui sans cesse la sollicitait à faire du bien* » Retranchez Tépithète immense , substituez-y celle êi extrême , ou telle autre qui n'aura pas cette nazale volumineuse , Fexpression ne peindra plus rien.
DB L^fiNCYCLOPÉDIB. a65
Examinons du même orateur le tableau qui termine l'oraison fîmèbre du grand Condë. « Nobles rejetons de tant de rois ^ lumières de la France ^ mais aujourd'hui obscurcies et couvertes de votre douleur comme d'un nuage, venez voir le peu qui vous reste d'une si auguste naissance y de tant de grandeur , de tant de gloire* Jetez les yeux de toutes parts» Toilà tout ce qu'a pu faire la magnificence et la piétë pour honorer un héros. Des titres f des inscriptions , vaines marques de ce qui n'est plus ; des figures qui semblent pleurer autour d'un tombeau y et de firagiles images d'une douleur que le tems emporte avec tout le reste ; des colonnes qui semblent vou-» loir porter jusqu'au ciel le magnifique témoignage de votre néant. » Quel exemple du style harmonieux ! Obscurcies et couvertes de votre douleur n'aurait peint qu'à l'ima> gination ; comme d^un nuage rend le tableau sensible à Toreille. Bossuet pouvait dire, les déplorables, restes dune si auguste naissance ; mais pour exprimer son idée il ne lui fallait pas de grands sons ; il a préféré le peu qui reste ^ et a réservé la pompe de l'harmonie pour la naissance y la grandeur et la gloire ^ qu'il a fait contraster, avec ces faibles sons. La même opposition se fait sentir dans ces mots, vaines marques de ce qui n'est plus. Quoi de plus expressif à l'oreille que ces figures qui semblent pleurec autour d*ûn tombeau I c'est la lenteur d'une pompe funèbre. Et qu'on ne diise pas que Fe hasard produit ces effets : on découvre partout , dans les bons écrivains , W traces du sentiment ou dé la réflexion : si ce n'est point Fart, c'est le génie ; car le génie est l'instinct des grands hommes. Il suffit de lire ces paroles de Fléchier dans la péroraison de Turenne : « Ce grand homme étendu suc
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ses propres trophées , cp corps pàje çt j|aii(|aiit 9Xffirè^ ^u* qud fume encore la foudre qui IV frfippé ; » il ;su^t dç les lire à haute voix f pour sentir Vharrnonie qui jr^lt^ de cette longue sujite de syllabes tris|^0]L^n.t spnprçs y terminëe tout à coup par ce dypyrrîche , quSi /'a fi^pfè. Dan3 le même endroit , au lieu de Iq. religion pt ^ Iqpartrie éploréè y que l'op dise j de la reljgiçji ef fie la patrie en pleurs , il n'y a plus aucune harmonie^ et cette différ reqce , si sensible pour l'oreille y dëp^D^d d'un dichoree sur lequel tombe la période : effet singulier de ce nombrç , dont on peut voir Finfluence dans presque tjous les er^pfo^ pies que je viens de citer y et qui , dans nptre langu/e , comme dans celle des Latins , conserve sur Tpreille Iç même empire qu'il exer^it du tems de Cicéron*
Je n'aî f^^^ sentir que les effets d'una harmonie jna)e^ .tueuse et sombre , p^rce que j'en ai pris les modèles dans des discours où tout respire la douleur. Mais dans les momens tranquilles y dans la peinturf des émotions de l'âmçy dans les tableaux naïfs et touchans y l'éloquence française a mille exemples du pouvoir et du charme de l'harmonie» Lisez ces descriptions si douces que la plume de Fénâon. a répandues dans le Télémaque : lisez les discours enchanteurs que le touchant Massillon adressait à un je1^le roi : vous verrez combien la mélodie des paroles ajoute à l'éloquence de la vertu.
Le poëme épique exigerait tous les çham^es de l^annoniç ; mais par malheur nous avons peu de poëmes ei^ prose que l'on puisse citer comme des modèles du style harmonieux ; il semble que les traducteurs n'aient pas même ei| la pensée de substituer à l'harmonie des poêles ancien^ y les nombres et les mouvement dont notre langue est sus-
DE l'encyclopédib. 365
ceptible « cependant on en trouve plus d'un exemple dans la traduction du Paradis perdu et dans celle de V Iliade ; et quoi qu'en disent les partisans trop zélés de nos vers , lorsque dans Homère la terre est ébranlëe d'un coup du trident de Neptune , l'effroi de Pluton qui s^ élance de son trône , est mieux peint par ces mots de madanlte Dacier que par lliëmistiche de Boileau, Pluton sort de son trône.. Et lorsqu'elle dit des enfers : <i Cet affreux séjour , demeure étemelle des ténèbres et de la mort, abhorré des hommes et craint même des dieux ; 9a prose me semble , même du côté de Yharmonie 9 au-dessus des vers ,
Cet empire odieax Abhorré des morteU et craint même des Dieui ,
OÙ l'on ne trouve rien de semblable à ces nombres , de-» meure éternelle des ténèbres et de la mort.
L'auteur du Félémaque excelle dans les situations pai-* sibles : sa prose mélodieuse et tendr^ exprime le caractère de son âme , la 4puceur et l'égalité $ mais , dans les momens où l'expression demanderait des mouvemens brusques et rapides, son style n'y répond pas assez»
C'est surtout dans le récit que le poète doit rechercher les nombres : ils ajoutent au coloris des peintures un degré de vérité qui les rend mobiles çt vivante^* Par là les plus petits objets deviennent intéressans : une paille, une feuille qui voltige dans un vers, nous étonne et nous chsirme l'oreille.
Sc^è /fp^m paleam etfoondes voUtare caâucas ^
Mais dans le style passioimé, c'est à la coupe des pé^ riodes qu'il faut s'attacher ; c'est de là que dépend es-*
sentieliemeat rimiiation des mouvemens de l'âme.
Me me , adsum gui fed : in me comertiie ferrum ^ O BuUdi ! meafraus ornais : nihU iste nec ausus , Nec potuit.
(VllGILI.}
L'impatience , la crainte de Nisus , pouvait-elle être mieux exprimée ? Quoi de plus y if , de plus pressant que cet ordre de Jupiter ?
Vade , agey^ nate^ voca uphiros , et îabere permis^
Voyez au contraire dans le monologue d'Armide , l'effet des mouvemens interrompus :
Frappons. • . . Ciel 1 qui peut m'arrèter r Achevons. . • Je frëmu. VeogeoDs-nous. • • Je soupire.
Est-ce ainsi que je dois me venger aujourd'hui t Ma colère s'éteint quand j'approche de lui.
Plus je le vois) plus ma veogeance est vaino»',
Mon bras tremblant se refuse \ ma haine^
Ah ! quelle cruauté de lui ravir le jour I A ce jeune héros tout cède sur la terre.
Qui croirait qu'il fût oé pour la guerre ?
U semble être fait pour l'amour..
Dans tout ce que je viens de dire en faveur de notre langue 9 pour encourager les' poètes à y chercher la double harmonie des sons et des mouvemens^ jen'ai propose que la simple analogie des nombres avec le caractère de la pensëe. La ressemblance réelle et sensible des sons et des mouvemens de la langue avec ceux de la nature , cette harmonie imitative qu'on nomme onomatopée^ et don^ nous voyons des exempres dans Tes anciens, n'est presque
X)S l'encyclofAdis. 36/
^s permise à nos poètes. La raison en est , que 9 dans la formation des langues grecque et latine^ l'oreille avait été consultée, au lieu que les langues modernes ont pris naissance dans des tems de barbarie où l'on parlait pour le besoin et nullement pour le plaisir. En gënëral , plus les peuples ont eu l'oreille sensible et juste ^ plus le rapport des sons avec les choses a ëté observé dans l'in^ ention des termes. La dureté de l'organe a produit les langues âpres et rudes 5 l'excessive délicatesse a produit les langues faibles^ sans énergie, sans couleur. Or une langue qui n'a que des syllabes âpres et fermes 9 ou que des syllabes molles et liantes, a le défaut d'un monocorde. G'est d&la variété des voyelles et des articulations que dépend la fécondité d'une belle harmonie. Dire d'une langue qu'elle est douce ou qu'elle est forte y c'est dire qu'elle n'a qu un mode ; une langue riche les a tous. Mais si les divers caractères de fermeté et de mollesse y de douceur et d'âpreté, de vitesse et de lenteur 9 y sont répandus au hasard , elle exige de l'écrivain une attention continuelle y et ime adresse prodigieuse pour suppléer au peu d'intelligence et de soin qu'on a mis dans la formation de ses élémens ; et ce qu'il en coûtait aux Démosthène et aux Platon , avec la plus belle des langues , doit nous consoler de ce qu'il nous en coûte.
n est facile dans une langue de concilier Yharmonie avec les autres qualités du style; et si l'on veut imaginer une langue qui peigne naturellement, il faut la supposer, non pas formée successivement au gré du peuple y mais composée ensemble et de concert par un métaphysicien coDuneLocke, un poète comme Racine, et un grammairien comme Du Marsais. Alors on .voit éclore une langue a la fois philosophique et poétique, où Tanalogie des termes
avec les choses est sensible et constaute , non-seulement dans les couleurs ppimitives , mais dans les nuances les plus délicates ; de manière que les syn^uymes en sont grar dues du rapide au lent , du fort au Êtible , du grave au léger , etc. Au système naturel et fécond de la gâiératioii des termes , depuis la racine jusqu'aux derniers rameaux , se joint une richesse pjrodigieuse de figures et de tours » une variétë infinie da]|3 les mouvemens , dans les tons , dans le mélange de$ sons articulés et d,es prosodiques , par conséquent une ei^trôine facilité à tout exprima y. à tout peindre. Ce grand ouvrage une fois achevé , je suppose que les inventeur^f donnassent pour essais quelipies morceaux traduits d'Homère 9 d'Anacréon^ de Virgile, deTibulle, de Milton, de l'Arioste, de Corneille, de La Fontaine : d'«^rd ce seraient autant de grifiies qu'on s'amuserait à expliquer à Taide dçs livres élémentaires ; peu à peu on se familiariserait avec la langue nouvelle > on en sentirait tout le prix : on aiirait même , par la sinjiplieîté de sa méthode, une çxtrème facilité à l^apprendre^ et bientôt, pour la première fois, on goûterait le plaisir de parler un langage qui n^aurait eu ni le peuple pour inventeur , ni l'usage pour arbitre y et qui ne se ressentirait ni de l'ignorance de l'un, ni des caprices de l'autre. Voilà un beau songe ^ me dira-t-on : je l'avoue ; mais ce songe m'a semblé propre à donner l'idée de ce que j'ent^icUpar l'Aormonie d'une langue ; et tout l'art du style harmonieux consiste à rapproc^ier, autant qu'il est possible, de ce modèle imaginaire ^ la, langue dans laquelle on écrit.
Marmontkw
DE l'encyclopédie. 26q
■■il i*i i'»**-
HÉLÏASTES.
HéliAlÏJTE. {Hùtoire ancienne^ SEfenibre du plus nombreux tr3>Biial de là vïHe d'Àthèùès.
Le frSnmàl des héliasteB nVtàit'pas seulement le plus nombreux d'Âtbënes , il était encore le plus important j ptdsqu'd Vagissait pfrincipàlement dans ses décisions , ou cl'mtei|Aréter les lois obscures, ou de maintenir celles auxqaelks on pouvait avoir donné quelque atteinte.
Les hélîastes étaient ainsi nommés , selon quelquesuns, du mot o^î^ f faséefnble en grand nombre, et selon d'autres , de ^Xfoç> fe soleil y parce qu'ils tenaient leur tribuftal dans ttti lieu découveit qu'on nommait rikta coe*
Les liiesmotbèles convoquaient l'assemblée des béliastes, qm était de mille, et quelquefois de quinze cents juges. Selon Harpocration, le premier de ces deux nombres se tirait de deux autres tribtmaux , et celui de quinze cent^ se tirait de trois ^ selon JA. Blancbard , l'un des membi^ de l'acâdéknie des inscriptions , des recherches éàsquel je vais profiter.
Les thesmothètes , pour remplir le nombre de quinze cents , appelaient à ce tribimal ceux de chaque tribu qui étaient sortis les derniers des fonctions qu'ils avaient exercées dans un autre tribunal. Il paraît que les assemblées des héliastes n'étaient pas fréquentes , puisqu'elles auraient interrompu le cours des affaires ordinaires ^ l'exercice des tribunaux réglés.
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Les thesmothètes faisaient payer à chacun de ceux qui assistaient à ce tribunal, trois oboles pour leur droit de présence , ce qui revient à deux sesterces romaines y ou une demi-drachme ; c'est de là qu'Aristophane les appelle en plaisantant , les confrères du Triobole. Le fonds de cette dépense se tirait du trésor public , et cette solde s'appelait jjLearoç riktadrixoç* Mais aussi on condamnait à l'amende les membres qui arrivaient trop tard; et s'ils se présentaient après que les orateurs avaient commencé à parler, ils n'étaient point admis.
L'assemblée se formait après le lever du soleil , et finissait à son coucher. Quand le froid empêchait de la tenir en plein air, les )uges avaient du feu ; le roi indiquait l'assemblée , et y assistait ; les thesmothètes lisaient les noms de ceux qui devaient la composer, et chacun entrait et prenait sa place , à mesure qu'il était appelé. Ensuite si les exégètes , dont la fonction était d'observer les prodiges et d'avoir soin des choses sacrées , ne s'opposaient point, on ouvrait l'audience. Ces officiers nommés exégètes , ont été souvent corrompus par ceux qui étaient intéressés à ce qui devait se traiter dans l'assemblée.
Le plus précieux monument qui nous reste sur ce tribunal des héliastes , est le serment que prêtaient ces juges entre les mains des thesmothètes. Démosthène nous Fa conservé tout entier dans son oraison contre Timocrate : en voici la forme, et quelques articles principaux.
« Je déclare que je n'ai pas moins de trente ans.
» Je jugerai selon les lois et les décisions du peuple d^Athènes et du sénat des cinq cents.
» Je ne donnerai point, mon suffrage pour rétablissement d'un tyran . ou pour l'oligarchie.
SE l'encyclopédie. 2JX ^
i> Je ne consentirai point à ce qui pourra être dit on opine ^ qui puisse donner atteinte à la liberté du peuple d'Athènes.
» Je ne rappellerai point les exilés , ni ceux qui ont été condamnés à mort.
D Je ne Torcerai point à se retirer^ ceux à qui les lois et les sufirages du peuple et du tribunal , ont permis de rester.
» Je ne me présenterai point , et je ne souffriraipoint qu'aucun autre y en lui donnant mon suffrage ^ entre dans aucune fonction de magistrature, s'il n'a au préalable rendu ses comptes de la fonction qu'il a exercée.
i> Je ne recevrai point de présent dans la vue de l'exercice de ma fonction dihéliaate j ni directement, ni indirectement, ni par surprise, ni par aucune autre voie.
» Je porterai une égale attention à l'accusateur et i Faccusé; et )e donnerai mon sufirage sur ce qui aura été mis en contestation.
» Ten jure par Jupiter , par Neptune et par Gérés , et si je viole quelqu'un de mes engagemens , je les prie d'en faire tomber la punition sur moi et sur ma famille ; je les conjure aussi de m'accorder toutes sortes de prospérités , si je suis fidèle à mes promesses. »
Il faut lire dans Démosthène la suite de ce serment , pour connaître avec quelle éloquence il en applique les principes à sa cause. Mais j'aurais bien voulu que cet orateur ou Pausanias , nous eussent expliqué pourquoi dans ce serment, on n'invoque point Apollon, comme on le pratiquait dans ceux de tous les autres tribunaux.
La manière dont les juges y donnaient leurs suffrages nous est connue ; il y avait une sorte de vaisseau sur le-
^n2 ESPRIT
quel ëtait un tissu d'osier, et par-dessus deux urnes , l'une de cuivre et l'autre dé bois ; aru couverde dé ces urnes était une fente garnie d'un carré long qui , large par le haut , se rétrécissait par le bas , comme nous voyons à quelques troncs anciens dans nos églises. ^
L'urne de bois ^ nommée xôyioç j était celle où les juges |âtaient le suffrage de la condstmnattron de TafCCtiâé; celle de cuivre , nommée àfAopoç 9 recevait les suffrages portés pour l'absolution.
C'est devant le tribunal des hélioatea que fut traduite k célèbre et généreuse Pbrynée, dont les richesses étaient si grandes qu'elle offrit de relever lés murailles dé lliébes abattues par Alexandre, si on voulait lui faire l'honneur d'employer son nom daâs une inscription qui en rappelât la mémoire* Ses discours, ses manières, les caresses qu'elle fit aux )Uges, et les larmes qu'elle répandit , la sauvèrent de la peine que l'on croyait que méritait là corruption qu'elle entretenait, en séduisant les personnes <ie tout âge.
Ge fut encore dans une assemblée des héliastes , que Pisistrate vint se présenter, couvert de blessures qtf il s'était faites aussi bien qu'aux mulets qui trathaieiit son cbar. n employa cette ruse pour attendrir les juges contre ses prétendus ennemis , qui, jaloux, di^t-il, de la bienveillance que lui portait le peuple , parce qu'il soutenait ses intérêts, étaient venus l'attaquer pendant qu'il s^amnsait à la chasse. Il réussit dans son dessein, et obtint des héliastes une garde, dont il se servit pour s'emparer de la souverainetés Le pouvoir de ce tribunal paraît d'autant mieux dans cette concession , que Solon , qui était présent, fit de vains efforts pour l'empéchen
Le Chepafier de JAUCOtTliT.
DE l'encyclopédie. 3^5