HÉRÉTIQUES
Hérétique. (Morale. ) C'est un homme qui fait choix d'une opinion , d'une secte , bonne ou mauvaise. Dans le sens ordinaire , ce terme désire toute personne qui croit ou soutient opiniâtrement un sentiment erroné siu: ua ou plusieurs dogmes de la religion chrétienne.
Nous n'avons pas dessein de démontrer ici combien est détestable le principe qui permet de manquer de foi aux hérétiques 3 ceux qui adopteraient cette maxime odieuse ^
Diî l'encyclopédie. 297
s'il s'en trouve encore dans le Daionde , seraient incapables de toute lumière et de toute instruction.
Nous ne nous arrêterons pas non plus à prouver Tinjustice de la baine (jue certaines gens portent aux hérétiques : nous aimons mieux tâcher de rectifier leur façon de penser par celle des gens éclaires et respectables dans rÉglIse, et nous ne leur citerons pour directeurs que Sal- \ien et saint Augustin. Voici comme s'exprime sur les sectateurs d'une des premières hérésies y je veux dire sur les Ariens mêmes , le digne et célèbre prêtre de Marseille, qu'on surnomma le maître des épêquea^ et qui déplorait avec tant de douleur les déréglemens de son tems y qu'on l'appela le Jérémie du Y® siècle.
(( Les Ariens (dit-Il) sont hérétiques , mais ils ne le savent pas ; ils sont hérétiques chez nous , mais ils ne le sont pas chez eux ; car ils se croient si bien catholiques , qu'ils nous traitent nous-mêmes d'hérétiques. Nous sommes persuadés qu'Us ont une pensée injurieuse à largéi^ération divine y eu ce qu'ils disent que le fils est moindre que le père. Us croient eux y que nous avons une opinion injurieuse pour le père y parce que nous faisons le père et le (ils égaux : la vérité est de notre côté , mais ils croient l'avoir en leur faveur. Nous rendons à Dieu l'honneur qui lui est dû , mais ils prétendent aussi le lui rendre dans leur manière de penser. Ils ne s'acquittent pas de leur devoir y mais dans le point même où ils manquent, ils font consister le plus grand devoir de la religion. Os sont ioQpies , mais dans cela même ils croient suivre la véritable piété. Us se trompent donc , mais par un principe damour envers Dieu ; quoiqu'ils n'aient pas la vraie foi y ils regardent celle qu'ils ont embrassée comme le parfait
agS , ESPJIIT
amour de Dieu. Il n'y a que le souverain juge de l'univerA qui sache comment ils seront punis de leurs erreurs au jour du jugement. Cependant il les supporte patienunent, parce qu'il volt que s'ils sont dans l'erreiu: , ils errent par un mouvement de piété. »
Ecoutons maintenant saint Augustin sur les hérétiques Manichéens ; son discours n'est pas moins beau : Nous n'avons garde ( leiu: dit-il ) de vous traiter avec rigueur ; nous laissons cette conduite à ceux qui ne savent pas quelle peine il faut pour trouver la vérité, et combien il est difficile de se garantir des erreurs. Nous laissons même celte conduite à ceux, qui ne savent pas combien il est rare et pénible de s'élever au-dessus des fantômes d'une imagination grossière, par le calme d'une pieuse intelligence. Nous laissons cette conduite à ceux qui ne savent pas quelle difficulté il y a de guérir l'œil de Thonmié intérieur , pour le mettre en état de voir son soleil ...« Nous laissons cette conduite à ceux qui ne savent pas quels soupirs et quels gémissemens il faut pour acquérir quelque petite connaissance de la nature divine.... Pour moi , je dois vous supporter comme on m'a supporté autrefois , et user envers vous de la même tolérance dont on usait envers moi lorsque j'étais dans l'égarement.
Le latin est d'une grande pureté. Illi in vos sœviant , qui nesciuntj cum quo labore verum inveniatur, et quant difficile caveantur errores..., Illi in vos sœviant, qui nesciunt,., Illi in vos sœpiant... Si saint Augustin s'est quelquefois écarté de sa morale, ce n'est pas ce que j'exa-* mine , il suffit que j'expose ses sentimens d'après lui-même. Enfin , je renvoie tous ceux qui seraient portés à baïr ou à approuver les violences contre les hérétiques , à IV-
cole du philosophe «le la Grèce . (]u: i de ce qu'il était ntf datems dt Socralt;. Pialou tuâ — n la seule peine due à un homme gui cm. . l e.-. » instruit. »
Eu eSét , ce qui prouve invincibiemen. rm,»doit supporter les errans en matière à'.- relif n. . l ; leur erreur peut avoir pour prindfM- uni ioii» - ii.
tîon de s'éclairer .
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soutenue de tonte la capacité . de tou\'. la.:::: toute rétendi:^ d'esprit nécessaire.
Il est donc honteux de di;cii« ju^ni-i!- vertus mêmes des hérétigues. Ou t cii:.,j ■■ odieuse, de peur que de leslîmt u: kut t-r?ne passât à celle de leurs OUI trtfje^ . *: ■ l. manière d'écrû^, à ctlui dt Ituri u;..ujv ,
pas de meilleures voies pour ai'pittjj - £^
parer le bon du mauviiib' ? Ai.u . « — .- — avait un fond d'orgueil inci-o\ iiji < . » — l'appaimce de la [Jus grandi; Ui..'^.-
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les orthodoxes , dans leurs réfutations , rapportent comme ils le doivent , les argumens des hérétiques dans toute leur force ^ il parait qu'il vaudrait tout autant laisser lire les ouvrages des hérétiques. Si les orthodoxes manquent à cette justice et à ce devoir en fait de critique , ils se déshonorent par leur peu de sincérité , et ils trahissent la bonne cause par leur défiance.
Le Chevalier de Jaucourt.