HIATUS
Hiatus. (^Littérature , poésie.) Lliiatus est quelquefois doux et quelquefois dur à l'oreille : les Latins , du tems de Cicéron, l'ëvitaient, même dans le langage familier ; les Grecs n'avaient pas tous le même scrupule : on blâmaltTbéophrasle de l'avoir porté à l'excès. «Silsocrate, son maître , lui en a donné l'exemple, dit Cicéron , Thucydide n'a pas fait de même; et Platon, écrivain encore plus illustre , a négligé cette délicatesse « (lui , dont IVlocution, dit Quintilien, est d'une beauté divine et comparable à celle d'Homère.) Cependant, ce concours c'a voyelles que Platon s'est permis, non-seulement dans ses écrits philosophiques , mais dans ime harangue de la plus sublime beauté, Démosthène l'évitait avec soin : c'était donc une question indécise parmi les anciens , si l'on devait se permettre ou s'interdire l'hiatus.
Pour nous , à qui leur manière de prononcer est inconnue , prenons l'oreille pour arbitre.
J'ai dit que l'hiatus est quelquefois doux , quelquefois dur , et l'on va s'en apercevoir. Les accens de la voix peuvent être tour-à-tour détachés ou coulés conune ceux de la flûte, et l'articulation est à l'organe ce que le coup de langue est à l'instrument : or, la modulation du style, comme celle du chant, exige tantôt des sons coulés et tantôt des sons détachés, selon le caractère du sentiment ou de l'image que l'on veut peindre; donc, si la comparaison est juste juon-seulementrhiat us est quelquefois pcT-
DE l'encyclopédie. 5 1 9
mis , mais il est souvent agréable ; c est au sentiment à le choisir; c'est à Foreille à marquer sa place. Nous sommes Jëjà sûrs qu'elle se plaît à la succession immédiate de certaines voyelles : rien n'est plus doux pour elle que ces mots, Danaé^ Làis^Dea^ Léo y llia^ Thoaa^ Ijeucothoé^ Phao/i,, Léandrcj Actéon , etc. Le même hiatus sera donc mélodieux dans la liaison des mots, car il est égal pour l'oreille que les voyelles se succèdent dans un seul mot, ou d'un mot à un autre. Il y avait peut-être chez les anciens une espèce de bâillement dans Fhiatus; mais s'il y en a chez nous, il est insensible , et la succession de deux voyelles ne me semble pas moins continue et facile dans il y -a , il a-été-ày que dans Ilia, Danaé^ Méléa^re*
Nous éprouvons cependant qu'il y a des voyelles dont Tassemblage déplait : a-w, o-i, a-an, a-erij o-un , sont (le ce nombre , et l'on en trouve la cause physique dans le jeu même de l'organe ; mais deux voyelles dont les sons . vsc modifient par des mouvemens que l'organe exécute facilement, comme dans Ilia , Clio^ Danaé^ non-seulement se succèdent sans dureté, mais avec beaucoup de douceur.
Uhiatiis d'une voyelle avec elle-même est toujours dur à Toreille ; il vaudrait mieux se donner , même en prose, la licence que Racine a prise , quand il a dît, fécrwis en Argos , que de dire , f écrivis à Argos : c'est encore pis, quand l'hiatus est redoublé, comme dans U alla à
Athènes.
On voit par-là qu'on ne doit ni éviter, ni employer indifféremment l'hiatus dans la prose. U était permis anciennement dans les vers 5 on l'en a banni par une règle, trop générale et trop sévère : La Fontaine n'en a tenu compte y et je crois qu'il a eu raison.
Du reste , parmi les poètes qui observent cette règle en apparence , il n'y en a pas un qui ne la viole en effet , toutes les fois que 1'^ muet final se trouve entre deux voyelles; car cet e muet s'élide, et les sons des deux voyelles se succèdent immédiatement.
Hector tomba sous lui , Troy'expîra sous tous.... Allez donc et portez cette joi' à mon frère.
(Bacixs.)
Il y a peu d'hiatus aussi rudes que celui de ces deux vers : la règle qui permet cette élision et qui défend l'hiatus , est donc une règle capricieuse , et aussi peu d'accord avec elle-même qu'avec l'oreille , qu'elle prive d'une infiziitë de douces liaisons.
Mabmontel.
DS L'BNCYcr.opiLots. Sat