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qu'il souffrirait 9 s^il alignait les autres. De là naissent les égards qui ne peuvent avoir lieu qu'autant que les intérêts «ont superficiels. Les passions nous ramènent à l'enfance ^ en nous présentant vivement un objet unique avec ce degré d'intérêt qui éclipse tout. Ce n'est point ici le lieu d'examiner quels peuvent être l'origine et les fondemens de la société.
Quels que puissent être les motifs qui forment et resserrent nos liens réciproques, il est certain que le seul ressort qui puisse nous mettre en mouvement , le désir du bien-^tre , tend sans cesse à nous isoler. Vous retrouverez partout les effets de ce principe dominant. Jetez un coup d'œil sur l'univers , vous verrez les nations séparées entre elles, les sociétés particulières former des cercles plus étroits 9 les familles encore plus resserrées , et nos vœux toujours circonscrits par nos intérêts ^ finir par n'avoir d'objet que nous-mêmes. Ce mot que Pascal ne haïssait dans les autres que parce qu'un grand philosophe s'aime comme iin homme du peuple , n'est donc pas haïssable , puisq[u'il est universel et nécessaire. C'est une disposition réciproque que chacun de nous éprouve de la part des au« très , et lui rend. Cette connaissance doit nous rendre fort indulgens sur ce que nous regardons comme torts à notre égard : on ne peut raisonnablement attendre de l'attachement de la part des hommes , qu'autant qu'on leur est utile. Il ne faut pas se plaindre que le degré d'utilité en soit toujours la mesure , puisqu'il est impossible qu'il y en ait une autre. L'attachement du chien pour le maître qui le nourrit est une image fidèle de l'union des hommes entre eux. Si les caresses durent encore lorsqu'il est rassasié , c est que l'expérience de ses besoins passés lui en fait pré-
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Yolr de nouveaux. Ce qu'on appelle ingratitude doit donc être très - ordinaire parmi, les hommes ; les bienfaits ne peuvent exciter un sentiment durable et désintéressé que dans le petit nombre de ceux en qui l'habitude fait attacher aux actions rares une dignité qui les élève à leurs propres yeux. La reconnaissance est un tribut qu'un orgueil estimable se paie à lui-même, et cet orgueil n'est pas donné à tout le monde. Dans la société telle que nous la voyons, les liens n'étant pas toujours formés par des besoins apparens, ou de nécessité étroite ^ ils ont quelquefois un air de liberté qui nous en impose à nous-mêmes. On n'envisage pas , comme effets du besoin , les plaisirs enchaliteurs de l'ami tié^ ni les soins désintécessés qu'elle nous fait prendre ; mais nous ne pensons ainsi, que faute de connaître tout ce qui est besoin pour nous. Cet homme dont la conversation vive fait passer dans mon âme une foule d'idées , d'images* de sentimens , m'est aussi nécessaire que la nourriture l'est à celui qui a faim. H est en possession de me délivrer de -l'ennui , qui est une sensation aussi importune que la faim même. Plus nos attachemens sont vifs , plus nous sommes aisément trompés sur leur véritable motif. L'activité des passions excite et rassemble une foule d'idées dont l'union produit des chimères , comme la fièvre forge des rêves à un malade ; cette erreur sur le but de nos passions ne nous séduit jamais d*une manière plus marquée que dans l'amour. Lorsque le printems de notre âge a développé en nous ce besoin qui rapproche les sexes , l'espérance jointe à quelques rapports , souvent mal examinés , fixe sur un objet particulier nos vœux d'abord errans; bientôt cet objet , toujours présent à nos désirs , anéantit pour nous tous les autres : Timagination active va chercher des fleurs.
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de toute espèce pour embellir notre idole. Adorateur de son propre ouvrage , un jeune homme ardent voit dans sa maîtresse le chef-d'œuvre des grâces ^ le modèle de la perfection , Tassémblage complet des merveilles de la nature ; son attention concentrée ne sVchappe sur d'autres objets que pour les subordonner à celui - là* Si sob âme vient à s'épuiser par des mouvemens aussi rapides , une langueur tendre l'apesantit encore sur la métne idée. L'image chérie ne l'abandonne dans le sommeil qu'avec le sentiment de l'existence ; les songes la lui représentent y et plus intéressante que la lumière , c'est elle qui lui rend la vie au moment du réveil. Alors si l'art ou la pudeur d'une femme , sans désespérer ses vœux , vient à les irriter pat le respect et par la crainte , l'idée des vertus jointe à celle des charmes y lui laisse à peine lever des yeux tretnblans sur cet objet majestueux ; ses désirs sont éclipsés par l'admiration; il croit ne respirer que pour ce qu'il adore; sa vie serait mille fois prodiguée , si l'on désirait de lui cet hommage. Enfin arrive ce moment qu'il n'osait prévoir ^ et qui le rend égal aux dieux ; le charme cesse avec le besoin de jouir , les guirlandes se fanent , et les fleurs desséchées lui laissent voir une femme souvent aussi flétrie qu'elles : il en est ainsi de tous nos sacrifiées. Les idées factices que nous devons à la société nous présentent le bien-être sous tant de formes di£férentes , que nos motifs originels se dérobent. Ce sont ces idées qui, en multipliant nos besoins, multiplient nos plaisirs et nos passions, et produisent nos vertus , nos progrès et nos crimes. La nature ne nous a donné que des besoins aisés à satisfaire : il semble y d'après cela, qu'une paix profonde dut r^ner parmi les hommes , et la paresse qui leur est naturelle
paràitrait devoir encore la cimenter. Le repos , ce partage téservë aux dieax, est Fobjet éloigné que se proposent tous le9 hommes 9 et chacun envisage la facilité d'être heureux «ans peine, comme le privilège de ceux qui se distinguent^ ée jà naît dans chaque homme un désir incpiiet qui l^éveille et le tourmente. Ce besoin nouveau produit des effi>|rts que la concurrence entretient , et par là la paresse devient le principe de la plus grande partie du mouvement dont les hommes sont agités. Ces efforts devraient au moins s'arvé^ter ai| point. où doit, cesser la crainte de manquer du nécessaire ; mais Fidée de distinction étant une feis formée , elle devient dominante , et cette passiea seeon()aire détruit celle qui lui a donné naissance. Dès qu'un homme s'est comparé avee ceux qui l'environnent , et qu'il a attaché de l'importance à s'en faire regs^rder, ses véritables besoins ne sont plus l'objet de son attention^ ni de ses démarches* Le repos en perspective , qui faisait courir Pyrrhus , fatigue encore tout ambitieux qui veut s'élever , tout avare qui amasse au - delà de ses besoins , lout homme passionné pour la gloire , qui craint des ri^ vaux. La modération , qui n^est que l'effet d'une paresse plus profonde , est devâniïe asse^ rare pour étre^admirée , et dès lors elle a pu être encoi^e un objet de jalousie , puisqu'elle était un mc^en de considération. La plupart des hommes modérés ont même été de tout tems soupçonnéis de masquer des desseins , parce qu*on ne voit dans les autres que la disposition qu'on éprouve , et que les désirs de chaque homme ne sont ordinairement arrêtés que par le sentiment de son impuissance.
Si on ne peut pas attirer sur soi les regards d'une république entière, on se contente d'être remarqué de ses voî-
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sins 9 et on est heureux par l'attention concentrée de son petit cercle. Des prétentions particularisées naissent ces différentes choses y qui divisent les connaissances et qui n'ont rien. à démôler entre elles. Beaucoup d'individus s'agitent dans chaque tourbillon pour arriver aux premiers rangs : le faible , ne pouvant s'élever , est envieux , et lâche d'abaisser cent qui s^élèvent; l'envie exaltée produit des crimes y et voilà ce qu'est la société. Ce désir, par lequel chacun tend sans cesse à s'élever , paraît contredire une pente à l'esclavage , qu'on peut remarquer dans la plupart des hommes, et qui en est une suite. Autreibis la crainte 9 et une sorte de saisissement d'admiration y ont dû soumettre les hommes ordinaires à ceux que des passions fortes portaient à des actions rares et hardies ; mais depuis que la reconnaissance a des degrés, c'est l'ambition qui mène à ^esclavage. On rampe aux pieds du trôné où l'on est encore au-dessus d'une foule de têtes qu'on fait courber. Les hommes qui ont des prétentions communes sont donc , les uns à l'égard des autres ^ dans un état d'effort réciproque. Si les hostilités ne sont pas continuelles entre eux , c'est un repos semblable à celui des gardes avancées de deux camps ennemis , l'inutilité reconnue de l'attaque maintient entre elles les apparences de la paix. Cette disposition inquiète^ qui, agite intérieurement les hommes, est encore aidée par une autre , dont l'effet , assez semblable à celui de la fermentation sur les corps , est d'aigrir nos affections , soit naturelles , soit acquises. Nous ne sommes présens à no^s-mémes que par des sensations immédiates, ou des idées; et le bonheur, que nous poursuivons nécessairement, n'est point sans un vifsentiment de l'existence : malheureusement la conti-
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nttîtë affaiblit toutes nos sensations. Ce qtie nous avons regardé long-tems, devient pour nous comme les objets qui s'éloignent , dont nous n'apercevons plus qu'une image confuse et mal terminée. Le besoin d'exister vivement est augmenté sans cesse par cet affaiblissement de nos sensations j qui ne nous laisse que le souvenir importun d'un état précédent. Nous sommes donc forcés pour être heureux, ou de changer continuellement d'objets, ou d'outrer les sensations du même genre. De là vient une inconstance naturelle, qui ne permet pas à nos vœux de s'arrêter ; ou une progression de désirs toujours anéantis par la jouissance , s'élancent jusque dans l'infini. Cette disposition malheureuse altère en nous les impressions les plus sacrées de la nature , et nous rend aujourd'hui nécessaire ce dont hier nous aurions frémi. Les jeux du cirque, où les gladiateurs ne recevaient que des blessures , parurent bientôt insipides aux dames romaines. On vit ce sexe, fait pour la pitié^ poursuivre à grands cris la mort des combattans. On exigea dans la suite qu'ils expirassent avec grâce , dit l'abbé Dubos, et ce spectacle affreux devint nécessaire pour achever l'émotion et compléter le plaisir. Par là notre attention se porte sur les choses nouvelles et extraordinaires , nous recherchons avec intérêt tout ce qui réveille en nous beaucoup d'idées ; par là sont déterminés même nos goûts purement physiques. Les liqueurs fortes nous plaisent principalement , parce que la chaleur qu'elles communiquent au sang produit des idées vives , et semble doubler l'existence : on pourrait en conclure que le plaisir ne consiste que dans le sentiment de l'existence , porté à un certain degré. En effet . en suivant ceui^ du chatouillement, depuis cette sensation vague, qui est
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une iinportunité jusqu'à ce dernier terme , au-delà duquel est la douleur : en descendant du chagrin le plus profond jusqu'à cette douleur tendre et intéressante , qui eq est une teinte affaiblie , on serait tenté dç croire que la douleur et le plaisir ne diffèrent que par des nuances. Quoi qu'il en soit , il est certain que nous devons au besoin d'être émus une curiosité , qui devient la passion de ceux qui n'en ont point d'autres, un goût pour le merireilleux ^ qui nous entraine à tous les spectacles extraordinaires , une inquiétude qui nous promène dans la région de^ chimères. Ce qui est renfermé dans ce qu'on appelle les termes de la raison , ne peut donc pas être long-tems pour nous le point fixe du bonheur. Les choses difficiles et outrées, les idées de la nature doivent nous s'éduîre presque sûrement. La vigilance religieuse et loccupation de la prière ne suffisent pas à l'imagination- mélancolique d'un bonze. Il lui faut des chaînes dont il se charge ; des charbons ardens qu'il mette sur sa tète ; des clous qu'il s'enfon^ dans les chairs ; il est averti de son existence d'une manière plus intime et plus forte que celui qui remplit simplement les devoirs de la vie civile et de la charité. Suivez le cours de toutes les affections humaines 9 vous les verrez tendre à s'exalter , au point de paraître entièrement défigurées. Vhomme délicat et sensible devient faible et pusillanime ; la dureté succède au courage; le cQntempIatif devient quiétiste , et le zélé est bientôt uu homme atroce. H en est ainsi des autres caractères , et mêmç de celui qui se montre de la manière la plus constante dans quelques individus » la gaieté. Il est rare qu'elle dure plus long-tems que la jeunesse, parce qu'elle est absorbée par les passions , qui occupent l'âme plus
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profondément , ou détruite par son exercice même. Mais dans ceux en qui ce caractère subsiste plus long-temSt parce qu'ils ne sont capables que d'intérêts superficiels j il s altère par degrés , et perd beaucoup de son honnêteté première. Les hommes légers » qui n'ont que la gaieté pour attribut, ressemblent assez à ces jeunes animaux qui, après avoir épuisé toutes les situations plaisantes » finissent par égratigner et mordre. Cette pente , qui entraîne presque tous les individus , peut s'observer en grand dans la masse des événemens qui ont agité la terre. Suivez l'his*toire de toutes les nations ^ vous verrez les meilleurs gou* vernemens se dénaturer : une fermentation lente 9l fait croître la tyrannie dans les républiques : la iiio^archie s'est changée par le tems en pouvoir arbitraire.
Lorsque dans un état la sécurité coipmence à polir les mœurs, et que les idées se tournent du côté des plaisirs^ la vertu règne au milieu d'eux : une urbanité modeste couvre la volupté d'un voile , mais il devient bientôt importun. Alors le libertinage se produit sans pudeur , et des goûts honteux insultent la nature. Dans les arts , vous verrez l'architecture quitter une simplicité noble pour prodiguer les ornemens; la peinture ohargera son coloris 3 la même altération se fera sentir dans les ouvrages d'esprit. Le besoin de nouveauté mettra la finesse à la place de l'élégance ; l'obscurité prendra celle de la force , ou sophistiquera fort; une métaphysique puérile analysarji les sentimens ; tout sera perdu , si quelques gikiies heureux ne rompent pas cette marche naturelle des penchans humains. Mab la pilysique expérimentale cultivée, et le tableau de la nature présenté par des homi^es d'une trempe forte et rare , pourront donner à l'esprit humain
UQ spectacle qui ëtendra ses vues, et fera nattre un nouvel ordre de choses.
Nous voyons que Yhomme , paresseux par nature , mab agité par l'impatience de ses désirs , est le jouet continuel d'un esprit qui ne se renouvelle que pour le trahir. Fatigué dans la recherche du bonheur par mille intérêts étrangers qui le croisent, rebuté par les obstacles , ou dégoûté par la jouissance, il semble que la méchanceté lui dût être pardonnable, et que le malheur soit son état naturel. L'intérêt de tous réclamant contre l'intérêt de chacun^ a donné naissance aux lois qui arrêtent l'extérieur des grands crimes- Mais , malgré les lois ^ il reste toujours à la méchanceté un empire qui n'en est pas moins vaste pour être ténébreux. Dans une société nombreuse , une foule d'intérêts honnêtes et obscurs que la scélératesse peut troubler, lui donnent sans danger un exercice continuel. La société humaine serait donc une confédération de méchans que Yiniérét seul tiendrait unis , et auxquels il ne faudrait que la suppression de cet intérêt pour les armer les ims contre les autres. Mais en observant l'homme de près , il n'est pas possible de méconnaître en lui un sentiment doux qui l'intéresse au sort de ses semblables toutes les fois qu'il est tratiquillç sur 1q sien. Peut-être rencontrerez-vous quelques monstres atrabilaires qu'une organisation vicieuse et rare porte à la cruauté. Une habitude affreuse aura rendu peut-être à quelques autres cette émotion nécessaire. La plupart des hommes , lorsque des passions particulières ne leç enlèveront pas aux mouvemens de la nature , céderont à une sensibilité précieuse qui est la source de toutes les vertus , et qui peut être celle d'un bonheur constant.. Ce sentiment tempère
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clans l'homme l'activité de l'amour-propre ; et, peu sem* blable aux autres genres d'émotion , il acquiert des forces en s'exerçant. On ne saurait donc l'inspirer de trop bonne heure aux enfans.
On devrait chercher à l'exciter en eux par des images pathétiques, et leur présenter des situations attendrissantes qui puissent se développer. Des leçons de bienséance seraient peut-être plus de leur goût, et leur serviraient sûrement plus que ne le peuvent faire les mots barbares dont on les fatigue. Si ces idées ne sont pas fort actives pendant ^effervescence de la jeunesse, elles s'em«* parent du terrain que les passions abandonnent , et leur douceur remplace l'ivresse de celle-ci. Elles élèvent et remplissent Tâme. Malheureux qui n'a point éprouvé la sensation complète qu'elles procurent ! Nous disons qu'on pourrait développer dans les enfans le sentiment vertueux de la pitié. L'expérience apprend qu'on pourrait aussi leur inspirer tous les préjugés favorables , soit au bien des hommes en général , soit à l'avantage de la société particulière dans laquelle ils vivent. Ces heureux préjugés faisaient à Sparte autant de héros que de citoyens-, et ils pourraient produire dans tous les hommes toutes les vertus relatives aux situations dans lesquelles ils sont places. L'amour-propre étant une fois dirigé vers un objet; une première action généreuse est un engagement pour la seconde , et des sacrifices qu'on a faits naît une estime de soi-même qui soutient et assure le caractère qu'on s'est donné. On devient pour soi le juge le plus sévère. Cet orgueil estimable maîtrise l'âme, et produit ces mouvemens de vertu que leur rareté fait regarder comme hors de la nature. Cette estime de soi-même est le principe le
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plus sûr de toute action fgite et généreuse; an ne doit point en attendre d'esclaves avilis par la crainte. L'a^ser-visçement qq peut conduire qu'à la bassesse et au crime. Mais l'éducation ne peut pas être regardée comme une affaire de précepte?*: c'est l'ei^en^ple , l'exemple seul , qui modi6e les hommes 5 excepté quelques âmes privilégiées qui jugent de l'es$enee des choses par ce qu'elles sentent e}les-mème, le3 autres §ont entraînées par l'imitation. C'est elle qui fait prpstçrner l'eniapt aux pieds des autels, qui doun^ l'air gr^ve aij fiU d'im m^gi^itrat, ^t h contenance fière à cdvi d'uu gu^er. Cett^ pente 9 imiter , cette facilité q^e nguis avons d'être émus p^r les passions 4es autres , semble annoncer qu)ç les hommi^s ont entre eux des rapports secrets qui les unissent, J^ société se trouve composée dlmmumes nidifies les uns par les autres, et l'opinion publique donne à tous ceux de chaque famille pçirticulière un air de reasemblftnc^ qui perce à travers la différence des caractères, hsi continuité des exemples domestiques iait s^ns 4o\4te une impression vive sur les enflons ; mais elle n'e^t rien en comp^s^ison 4e celle qu'ils reçoivent de h mas§e générale des mœurs de leur tems^ C^ïaque ?iè(île a dom? des traits mftrqu^s qui k distin^ifeut d'un autre. On dit 9 4e ^ièck (fe la chevalerie : on poi:^Tait dire , le dècle 4ej9 beaux-aHs , celui de la philosophie ; et plut à Pieu q^i'il en vint un qn'oa put ^ppeler le eièçle de Içi bwnfaii^ance ^t çfe Ffiumamtél Puisque ce sgnt re:8^u\ple et l'opinion qui désignent les différens points vers lesquels doit se tourner l'^^our-propre des particuliers • et qui déterminent en eux l'amour du bien-être , il s'ensuit que les hpmmes se font , et qu'il est à peu près possible de leur donner la fprme que
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ion voudra. Cela peut arriver , sur-tout dans une monarebie : le trône est un piédestal sur liequel l'imitation va cherdhcr son Hiodète. Dans les i^épûbKques , l'égalité ne souffrte point tju'uti homme s'élève âs^ez poiir être sans cesse en spectacle. La vertu de Caton ne fut qû^une satire inutile des vices et son tems. Mais dans tout gouverneÉftent , les opiùions et les mtsurs dépendent infiniment de sa situation actuelle. S*ileSt tranquille atideliorsy et qu'au dedans le bon ordre et l'aisance rendent les citoyens teureux, vous verrez éclote les irrts de plaisir, et la mollesse marchant à leur suite , énerver lés corps, engourdir le cbWage , et conduii^ à raffaîssement par la volupté. Si des troubles étrangers ou des divisions intestines menacent la sûreté de l'état des citoyens, h. vigilance iiaîtra de l'inquiétude, l'esprit, la crainte et la haine formeront des projets, et ces passions tumultueuses produiront des efforts , des talens et des crimes hardis. H faudrait des révolutions bien extraordinaires dans les situattbns, pour en produire d'r^ussi subites daHs lessentimens publics. Le caractère des nations est ordinairement Fefiet 'des préjugés de Fenfance , qui tiennent à la forme de leur gouvernement. Â lempire de l'habitude , on ajouterait pour les hommes la force beaucoup plus puissante du plaisir, si Ton prenait soin de l'éducation des femmes. Ou ne peut que gémir en voyant ce sexe aimable privé des secours qui feraient également son bonheur et sa gloire. Les femimes doivent à des organes délicats et sensibles, des passions plus vives que ne sont celles des hommes. Mais si l'amour-propre et le goût du plaisir excitent en elles des mouvemens plus rapides, elles éprouvent aussi d'une manière pluÂ^orte le sentiment de la pitié, qui en est la ba-
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lance. Elles ont donc le germe des qualités les plus brillantes: et si l'on joint à cet avantage les charmes de la beauté^ tout annonce en elles les reines de l'univers. Il semble que la jalousie des hommes ait pris à tache de défigurer ces traits. Dès l'enfance on concentre leurs idées dans un petit cercle d'objets , on leur rend la fausseté nécessaire. L'esclavage auquel on les prépare , en altérant l'élévation de leur caractère , ne leur laisse qu'un orgueil sourd qui n^emploie que de petits moyens : dès lors ^ elles ne régnent plus que dans l'empire de la bagatelle. Les colifichets devenus entre leurs mains des baguettes magiques y transforment leurs adorateurs comme le furent autrefois ceux de Circé. Si les femmes puisaient , dans les principes qui forment leur enfance , l'estime des qualités nobles et généreuses 5 si la parure ne les embellissait qu en faveur du courage et des talens supérieurs, on verrait l'amour concourir avec les autres passions à £iire ëclore le mérite eu tout genre; les femmes recueilleraient le fruit des vertus qu'elles auraient fait naîte. Combien aujourd'hui , victimes d'ime frivolité qui est leur ouvrage, sont punies de leurs soins par leurs succès!
M. Lb Roi.
Fljr DU TOME HUITIÈMIS.