‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 2)Chapitre 44 sur 47 · HOMME · texte numérisé non relu

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xioMME. ( Morale. ) Ce mot n'a de signification précise qu'autant qu'il nous rappelle tout ce que nous sonunes ; mais ce que nous sommes ne peut pas être compris dans une définition : pour en montrer seulement une partie, il faut encore des divisions et des détails* Nous ne parlerons point ici de notre forme extérieure ^ ni de l'organisation qui nous range dans la classe des animaux. L'homme que nous considérons est cet être qui pense, qui veut et qui agit. Nous chercherons donc seulement quels sont les ressorts qui le font mouvoir et les motifs qui le déterminent* Ce qui peut rendre cet examen épineux, c'est qu'on ne voit point dans l'espèce un caractère distinctif auquel on puisse reconnaître tous les individus. Il y a tant de différence entre leurs actions, qu'on serait tenté d'en supposer dans leurs motifs. Depuis l'esclave qui flatte indignement son maître , jusqu'à Thamas, qui égorge des milliers de ses semblables pour ne voir personne au-dessus de lui , on voit des variétés sans nombre. Nous croyons apercevoir dans les bêtes des traits de caractère plus marqués. Il est vrai que nous ne connaissons que les apparences grossières de leur instinct. L'habitude de voir, qui seule apprend à distinguer, nous manque par rapport à leurs opérations. En observant les bêtes de près , on les juge plus capables de progrès qu on

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ne le croit crdinairement. Mais toutes leurs actions ras-* semblées laissent encore entre elles et l'homme une clîstance infinie. Que l'empire qu'il a sur elles soit usurpé sî l'on veut , il n'en est pas moins une preuve de la supë* rîorité de ses moyens , et par conséquent de sa nature. On ne peut qu'être frappé de cet avantage lorsqu'on re* garde les travaux immenses de l'homme , qu'on examine le détail de ses arts et le progrès de ses sciences ; qu'on le voit franchir les mers ^ mesurer les cieux , et disputer au tonnerre son bruit et ses effets. Mais comment ne pas frémir de la bassesse ou de l'atrocité des actions par les* quelles s'avilit souvent ce roi de la nature? Effrayés de ce mélange monstrueux , quelques moralistes ont eu recours pour expliquer l'homme à un mélange de bons et de mauvais principes , qui lui-même a grand besoin d'être expliqué. L'orgueil , la superstition et la crainte , ont produit des systèmes , et ont embarrassé la connaissancîe de l'homme de mille préjugés que l'observation doit détruire. La religion est chargée de nous conduire dans la route du bonheur qu'elle nous prépare au-delà des tems. La philosophie doit étudier les motifs naturels des actions de l^omme j pour trouver des moyens du même genre de le rendre meilleur et plus heureux pendant cette vie passagère.

Nous ne sommes assurés de notre existence que par des sensations. C'est la faculté de sentir qui nous rend présent à nous-mêmes, et qui bientôt établit des rapports entre nous et les objets qui nous sont extérieurs. Mais cette faculté a deux effets qui doivent être considérés séparément, quoique nous les éprouvions toujours ensemble. Le premier effet est le principe de nos idées et de

nos connaissances ; le second est celui de nos mouvemens et de nos inclinations. Les philosophes qui ont examiné renlendement humain , ont marqué Tordre dans lequel naissent en nous la perception , l'attention, la réminiscence, l'imagination, et tous ces produite d'une faculté générale. qui forment et étendent la chaîne de nos idées. Notre objet doit être ici de reconnaître les principaux effets du désir. C'est l'agent impérieux qui nous remue, et le créateur de toutes nos actions. La faculté de sentir appartient sans doute à l'âme; mais elle n'a d'exercice que par l'entremise des organes matériels dont l'assemblage forme notre corps. De là natt une différence natiurelle entre les hommes. Le tissu des fibres n'étant pas le même dans tous, quelques-uns doivent avoir certains organes plus sensibles , et en conséquence recevoir des objets qui les ébranlent une impression dont la force est inconnue à d^autres. Nos jugemens et nos choix ne sont que le résultat d'une comparaison entre les différentes impressions quinous recevons. Ils sont donc aussi peu semblables d'un homme à un autre que ces impressions mêmes. Ces variétés doivent donner à chaque homme ime sorte d'aptitude particulière qui le distingue des autres par les inclinations , comme il l'est à Fextérieur par les traits àc son visage. De là on peut conclure que le jugement qu'on porte de la conduite d'autrui est souvent injuste , et que les conseils qu'on lui donne sont plus souvent encore inutiles. Ma raison est étrangère à celle d'un homme qui ne sent pas comme moi; et si je le prends pour un fou, il a droit de me regarder comme un imbécille. î^Iai^ toutes nos sensations pairticulières , tous les jugemens qui en résultent , aboutissent à une disposition commune à

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tous les êtres sensibles y le désir du bien-être. Ce désir sans cesse agissant , est déterminé par nos besoins vers certains, objets. S'il rencontre des obstacles , il devient plus ardent ^ il s'irrite » et le désir irrité est ce qu'on appelle passion y c'est-à-dire un état de souffrance , dans lequel l'âme toute entière se porte vers un objet comme vers le point de son bonheur. Pour connaître tout ce dont l'homme est capable , il faut le voir lorsqu'il est passionné. Si vous regardez un loup rassasié , vous ne soup* çonuerez pas sa voracité. Les mouvemens de la passion sont toujours vrais, et trop marqués pour qu'on puisse s'y méprendre. Or , en suivant un homme agité par quelque passion , je le vois fixé sur un objet dont il poursuit la jouissance ; il écarte avec fureur tout ce qui l'en sépare. Le péril disparaît à ses yeux , et il semble s'oublier soimême.

Le besoin qui le tourmente ne lui laisse voir que ce qui peut le soulager. Cette disposition frappante dans un état extrême agit constamment, quoique d'une manière moins sensible , dans tout autre .^tat. ^ homme , sans avoir un caraEctère particulier qui le distingue , est donc toujours ce que ses besoins le foht être. S'il n'est pas naturellement cruel , il ne lui faut qu'une passion et des obstacles pour Fexciter à faire couler le sang. Le méchant j dit'Hobbes, ri^sî qiûun enfant robuste* En effet , supposez l'homme sans expérience , comme est un enfant , quel motif pourrait l'arrêter dans la poursuite de ce qu'il désire? C'est l'expérience qui nous fait trouver dans notre union avec les autres , des facilités pour la satisfaction de nos besoins. Alors l'intérêt de chacun établit dans son esprit une idée de proportion entre le plaisir qu'il cherche et le dommage

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