‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 3)Chapitre 10 sur 58 · Tome xiii · texte numérisé non relu

Tome xiii

trius Polîocertës , est l'offre qu'il leur fît d'accorder à chacun des citoyens la grâce particulière que le pouvoir souverain lui permettait de faire. Il fut investi de placets ^ et bientôt surcharge. Comme ii passait sur un pont; Il prit le parti , pour se soulager tout-à-coup , de jeter tous les placets dans la rivière^ donnant à entendre qu'il n'y pouvait suffire,

hsipromesse effectivement ne pouvait guère s'accomplir; mais pourquoi avait- il promis?

Si avant que de donner sa parole on y pensait, on ne serait pas dans la «uite embarrasse à la tenir, il ne faut s'engager qu'avec circonspection, quand on veut se dégager avec facilité.

Au reste , quel est le principe des promesses vaines ou fausses? ce n'est pas un bon cœur comme on le suppose quelquefois , c'est la présomption d'en avoir l'apparence , et de s'en donner le relief; c'est un air de libéralité qui n'est d'aucune dépense; souvent c'est l'envie de gagner les esprits, sans penser à le mériter : mais la crainte de déplaire aux autres , en leur manquant de parole , empêcherait de la donner , quand on n'est pas sûr de la pouvoir tenir et déterminerait à la tenir infailliblement quand on en a le pouvoir. C'est une chose indispensable , nonseulement dans les choses importantes , mais encore dans les plus légères; ce qui de*soi n'Intéressait pas , intéresse par l'attente qu'on en a fait naître.

Cependant pour ne pas pousser l'obligation au-delà des bornes, il est à propos d'observer certaines circonstances. n est certain d'abord que dans les choses de la vie on ne veut point, en promettant, s'engager à des difficultés plus grandes que celles qui sont communément attachées à la

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cbosè pron^'se; quand* ces difScultés augmentetit, ou qu'il ea survient de particulières , on n'a pas prétendu s'engager à les surmonter, comme on n'a pu raisonnablement ne les pas prévoir. Ce doit être néanmoins un motif de circonspection 9 pour ne pas aisément promettre : mais C9 doit être une raison pour dispenser de l'exécution.

D'ailleurs^ ce qu'on appelle communément j[7/Y>/ne«9e, n'est souvent qu'un désir » une disposition ^ un projet ac-^ tuel de celui qui parle » et qui semble promettre. H a la pensée, la volonté même d'effectuer ce qu'il dit, mais il n'a ni la pensée, ni la volonté de s'y engager* Le terme de promettre dont il se sert, équivaut à celui At prendre la résolution ou le dessein : on ne kisse pas d'être blâmable d'y manquer ; mais c^est mpins à un autre qu'à soi-même qu'on en est responsable^ puisque c'est plutôt inconsidé-^ ration ou nonchalance que l'on doit se reprocher, qu'une infidélité ou une injustice* Ainsi , au. même tems que les autres doivent nous passer ces fautes, conmie n'étant point soumises à leurs droits particuliers , nous ne devons pas nous les pardonner à nous-mêmes , étant contraires a notre devoir et aux règles d'une exacte sagesse.

La réflexion aurait lieu surtout si la faute devenait habituelle; quand elle est fortuite, elle est excusable. Ce serait être peu sociable de trouver étrange que d'autres à notre égard, laissassent échapper quelque inattention.

Nous avons déjà observé que des règles sont pour une promesse sérieuse. S'il s'agissait, comme il arrive souvent, de ce qu'on promet en plaisantant , ou en donnant à entendre qu'on le fait seulement pour se tirer d'embarras, ce qui n'est pas sérieux n'étant pas un engagement, ne saurait être aussi une véritable promesse 5 et ceux qui la

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prendraient pour telle, manqueraient d'usage dans le» choses de la vie.

Pour réduire en deux mota ce cpie nous avons dit stir le sujet des promesses , évitons deux défauts ou inconvë— niens ; trop de liberté à exiger des promesses , et trop de facilité à les faire : l'un et l'autre vient de faiblesse daiis l'esprit. Les personnes qui aiment à se faire promettre, sont les mêmes qui sont accoutumées à demander , à soti— haiter, à sentir des besoins, et en avoir de toutes les sortes» Rien n'est plus opposé à la vraie sagesse et à notre propre cepos. Tous les besoins sont des désirs, et par conséquent des misères : retrancbons-les, nous n'auronspresque jamais rien à attendre des autres pour nous le faire promettre; nous en serons beaucoup plus indépendans , et eux moins importunés. /

D'un autre cÀté, ceux qui promettent si aisément^ sont disposés à donner sans trop savoir pourquoi. Si c'était en eux une vraie libéralité , eUe serait attentive; car donner pour donner , sans règle , sans mesure , sans motif, ce n'est pas vertu, c'est fantaisie, ou envie de se faire valoir par la promesse. L'expérience démontre que des gens si prompts k donner ou à faire des promesses à quoi ils ne sont point obligés , sont les moins exacts à rendre ou à payer ce qu'ils doivent par une obligation étroite*

Diderot..

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