RAISONNEMENT
lAAisONNElilENt. ( Logique et Métaphysique. ) Le raiconnement n'est qu'un ^encbaînement de jugemens qui dépendent les uns des autres. L'accord ou la discordance de deux idées ne se rend pas toujours sensible par la considération de ces deux seules idées. Il faut^n aller chercher une troisième j ou même davantage , si cela est nécessaire , pour les comparer avec ces idées intermédiaires conjointement ou séparément ; et i'aote par lequel nous jugeons cette comparaison faite , que Tune ou Tautre de ces deux idées, ou toutes les deux s'accordent ou ne s'accordent, pas avec la troisième , s'appelle raisonnement.
Le père Mallebranche prouve d'ime manière asseas plausible y que toute la différence qui se trouve entre la simple perfection , le jugement et le raisonnement , con* siste en ce que y par la simple perception , l'entendement perçoit une chose sans rapport à une autre ; que dans le jugement j il perçoit le rapport qui est entre deux choses ou un plus grand nombre : et qu'enfin , dans le raisonnement , il perçoit les rapports perçus par le jugement ; de sorte que toutes les opérations de l'âme se ramènent à des perceptions.
U y a différentes sortes de raisonnemens ; mais le plus parfait et le plus usité dans les écoles , c'est le syllogisme^ qui se définit j un tissu de trois propositions, fait de ma^ nière , que si les deux premières sont 'vraies , il est inu-
possible que la troUième ne le aoii pas. La consëcpence ou conclusion est la proposition principale du sjUc^iamey et k laquelle les deux autres doivent se rapporter ; car on ne fait un syllogisme que pour obliger quelqu'un d^avouer une troisième proposition qu'il n'avouait pas auparavant. Supposez la véritë des deux prémisses du syllogisme , il faut que la conséquence soit nécessairement vraie , parce qu'Ole est enfermée équivalemment dans les prémisses. Pour rendre ceei intelligible , il faut se souvenir qu'une proposition est vraie, lorsque l'idée du sujet contient l'idée de l'attribut. Comme il ne s'agit, dans un syllogisme , que de faire sentir que la troisième pr(^8ition , dite la conséquence^ est vraie, il ne s'agit aussi que de faire apercevoir comment, dans cette conséquence, l'idée du sujet contient l'idée de l'attribut. Or, que fait-^m pour montrer que la consécpience contient l'idée de l'attribut ? On prend une troisième idée appelée Tizo^^^en terme (parce <{u'en effet elle est mitoyenne entre le sujet et l'attribut ): de manière qu'elle est contenue dans le sujet et qu'elle contient l'attribut ; car si une première chose en contient une seconde, dans laquelle seconde une troisième soit contenue, la première nécessairement contiendra la troisième. Si une liqueur contient du chocolat dans lequel est contenu du cacao, il est clair que cette liqueur contient aussi du cacao*
Ce que les logiciens ont dit du raisonnement dans bien des volumes , paraît entièrement superflu et de nul usage ; car, comme le remarque l'auteur de Yjirt de penser ^ la plupart de nos erreurs viennent bien plus de ce que nous raisonnons sur* des principes &ux, que non pas de ce que nous ne raisonnons pas suivant nos principes.' Raisonner ,
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dans le sens précis et philosophique, n est autre chose que ie donner son areu et sont assentiment à la convenance que Tesprît aperçoit entre fies idées qui sont actuellement présentes à l^esprit ; or , comme nos idées sont pour nous autant de perceptions intimes, et que toutes nos percep-* tîons întimes nous sont éyidentès , il nous est impossible de ne pas apercevoir évidemment , si de ces deux idées que nous avons actuellement dans l'esprit , l'une est la même que Fautre ; ou si elle n'est pas la même. Or, apercevoir qu'une idée est ou n'est pas une autre idée , c'est raisonner îuste : donc il est impossible à tout homme de ne pas bien raisonner.
Quand donc nous trouvons qu'un homme raisonne mal , et qu'il tire une mauvaise conséquence , ce n'est pas que cette conséquence ne soit juste par rapport à l'idée ou au principe d'où il la tire, mais c'est qu'il n'a pas ac-* tuéllement dans l'esprit l'idée que nous lui supposons. Mais , dira-t-on , il arrive souvent qu'un autre convient avec moi d^nne même pensée ou idée , et cependant il en tire une conséquence toute différente de celle que je tire : c^est ck^nc que lui ou moi nous raisonnons mal , et que sa conséquence ou la mienne ne sont pas justes : à quoi je réponds que la pensée ou idée dont vous convenez avec lui, n'est pas au juste la même pensée ou idée que la vdtre ; vous en convenez seulement dans l'expression , et non pas dans la réalité. Bien n'est plus ordinaire que d'user de la même ex|HTSsion qu^un antre , sous lacpieUe je n'ai pas là même idée que lui. Vous ajoutez qu un même homme , employant le même mot, et se rappelant la même penscfe, en tîre une conclusion différente de celle qu'il avait tirée auparavant , et qu'il avoue lui-même qu'il avait mal raisonné : je réponds de nouveau qu'il a tort de s'en prendre é
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son raisonnement : mais croyant se rappeler la même pensée , à cause que c'est peut - être le môme mot , la pensée d'où il tire aujourd'hui une conclusion différente de celle d'hier ; que cette pensée ^ db - je , est différente. de celle d'hier, et cela par quelque altération d'idées partielles imperceptibles,* car si c'était la même pensée , comment n'y trouverait-il plus la même convenance avec la conclusion d'hier , une pensée et sa conclusion étant une même idée par rapport à la convenance qu'y trouve notre esprit?
A prendre la chose de ce biais , un art des plus inutiles serait l'art de raisonner , puisqu'on ne peut jamais manquer ii bien raisonner , suivant les idées qu'on a dans l'esprit actuellement. Tout le secret dépenser juste consistera donc ii se mettre actuellement dans l'esprit , avec exactitude^ la première idée qu'il faut avoir des choses dont on doit juger ; mais c'est ce qui n'est point du ressort de la logique, laquelle n'a pour but essentiel que de trouver la convenance ou disconvenance de deux idées qui doivent être présentes actuellement à l'esprit.
La justesse de cette première idée peut manquer par divers endroits : i® du côté de l'organe de nos sens , qui n'est pas disposé delà même manière dans tous les hommes; 2' du coté de notre caractère d'esprit, qui, étant quelquefois tourné autrement que celui des autres hommes, peut donner des idées particulières avec lesquelles nous tirons des conséquences impertinentes , par des raisonnemens légitimes ; 5® la justesse des idées manque encore faute d'usage du monde , faute de réflexion , fiiute d'être assez en garde contre les sources de nos erreurs ; 4® faute de mémoire , parce que nous croyons nous bien souvenir d'une chose que nous avons bien sue, mais que ne se rap-
j[yeite paii assez notre esprit ; 5^ piar le défaut du bn^aige liumaii]} qui) étant souvent équivoque^ et signifiante 8<elon diverses occasions | des idées diverses 4 noua fait prtedi<e très-fréquemment l'une peur l'autre.
Quoi qu'il en soit , l'erreur d'une première idée, d'eu nous tirons une conséquence toujours conforme i icètte première idée y ne regarde point là natut^e de la vérité fan^ terne et logique , ou du raisonnement pris date la précision philosopliique. Elle regarde ou là métaphysique qui nous instruit des premières vérités et I^ pi*emi'ètes idééà dés choses ; ou la morale , qui modelée dès passions dont l\igitation trouble dans notre esprit les Vraies idées ^dé§ ob^ jets ; ou l'usage du monde , qui fournit les jUstés idéèâ du commerce cle la société civrle , par rapport aux tems et aux pajB divers ; ou Fusage des choses saintes » et sut^tout de la loi de Dieu , qui seul nous ftmniit les idées \t^ pius essentielles à la conduite de l'homme; mais, etabCrê Utie fois, Terreur ne regarde nxAlèinetkt le Raisonnement ^ iâi tant que raisonnement <, c^est-à-4ire , en tant qUë là perception de la convenance ou disconvenànce d'une idtfé ^i est actuellement dans notre esprit, àvet; Uhe auttë'idée qui y est actuellement aussi ^ et don^ la coùvenàbëé du disconvenance s'aperçoit toujours infailliblement et néce^-" virement; ( Logique du P. Buffier ).
Je ne puis mieux terminer ce que j'ai & diire'âû rsitidti* aemént qu'en rendant raison d^unè expéi-ièncë. tWi dlémande comment oh peut , datis la tohvèrsation; développer ^ souvent sans hésiter , des raisotmetiiëns (brt 6tefidtis. Toutes les parties en sont-elles présentes dàiis le ihètne instant ? Q: , si elles- ne le sont pas , tbih^hb il est ViratsIeiÀblable , puisque l'esprit est trop borné pour sàtslr tout-à-^ Tome xiii. i 1
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la-fois un gratid nombre d'idées , par quel hasard se eezi^ duit-il avec ordre? Voici comme l'explique l'auteur ds ï Essai sur Vorigine detr connaissances hmaines.
Au moment qu'un homme se propose de faire un rai* Bonnement y l'altenlion qu'il donne à la proposition qu'il veut prouver , loi fait apercevoir successivement les propositions principales ^ qui sont le résultat des différentes parties du raisonnement qu'il va faire* Si elles sont fortement liées y il les parcourt si rapidement qu'il peut sir maginer les voir toutes ensemble. Ces proposition» saisies, il considère celle qui doit être exposée, la première. Par ce moyen , les idées propres à la mettre dans son jour se réveillent en lui selon Tordre de la liaison qui est cotre elles : de là il passe à la seconde , pour répéter la mcme opération 9 et ainsi de suite jusqu'à la conclusion de son raisonnement. Son esprit n'en embrasse donc pas en même tems toutes les parties , mais par la liaison qui est outre elles 9 il les parcourt avec assez de rapidité pour devancer toujours la parole , à peu près comme l'oeil de quelqu'un qui lit haut, devance la prononciation. Peut -être detnandera-t-on comment on peut apercevoir les résultats d'un raisonnement, sans avoir $aisi les différentes parties dans tout leur détail. Je réponds que cela n arrive que quand nous parlons sur des matières qui nous sont familières, ou qui ne sont pas loin de Tètre, par le rapport qu'elles ont à celles que nous connaissons davantage. Voilà le seul cas, où le phénomène proposé peut être remarqué : dans tout autre Ion parle en hésitant : ce qui provient de ce que les idées étant liées trop faiblement , se réveillent avec lenteur; ou Ton parle sans suite » et c'est un effet de Tignorance. Diderot,
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