‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 3)Chapitre 50 sur 58 · SCENE · texte numérisé non relu

SCENE

OCENE. ( Littérature. ) Théâtre , lieu où les pièces dra— matic^ues étaient représentées. Ce mot vient du grec cxT)vy)9 tente 9 papillon ou cabane y dans laquelle on représentait d'abord les poëmes dramatiques.

Selon RoUin, la scène était proprement une suite d'arbres rangés les uns contre les autres sur deux lignes parallèles, qui formaient une allée et un portique champêtre pour donner de l'ombre y axia y et pour garantir des injures de l'air ceux qui étaient placés dessous. C'était là, dit cet auteur , qu'on représentait les pièces avant qu'on eût construit les théâtres. Cassiodore tire aussi le mot scène de la couverture et de l'ombre du bocage sous lequel les bergers représentaient anciennement des jeux dans la belle saispn.

Scène se prend dans un sens plus particulier pour les décorations du théâtre : de là cette expression , la scène change j pour exprimer un changement de décorations. Yitruve nous apprend que les anciens kvaient trois sortes de décorations ou de scènes si^r leurs théâtres.

L'usage ordinaire était de représenter' des bâtimens ornés de colonnes et de statues sur les côtés ; et dans le ibnd du théâtre, d'autres édifices dont le principal était

Un temple ou un palais pour la tragédie , une maison ou ixxie rue pour la comédie y une ibrét ou un paysage pour la. pastorale, c'est-à-dire, pour les pièces satiriques, les atellanes , etc. Ces décorations étaient ou 'veraatilea, lorsc{u'elles tournaient sur un pivot, ou ductiles ^ lorsqu'on les faisait glisser dans des coulisses, comme cela se pratique encore aujourdliui. Selon les différentes pièces , on cliaiigeait la décoration; et la partie qui était tournée vers le spectateur, s'appelait scène tragique^ comique ou pastorale^ selon, la nature du spectacle auquel elle était assortie. On appelle aussi scènes le lieu où le poète suppose que l'action s'est passée. Ainsi , dans IpJiigénie , la scène est en Âulide , dans la tente d'Agamemnon« Dans jiihalie , la scène est dans le temple de Jérusalem , dans un vestibule de l'appartement du grand - fNrètre. Une de^ )[>rincipales lois du poëme dramatique, est d'observer Funité de la scène, qu'on nomme autrement unité de lieu^ En effet, il n'est pas naturel que la scène change de place, et qu'un spectacle commencé dans un endroit, finisse dans un autre tout différent et souvent très - éloi* gné. Les anciens ont gardé soigneusement cette règle , et particulièrement Térence : dans ses comédies, la scène ne change presque jamais ; tout se passe devant la porte d'une maison où il fait rencontrer naturellement ses acteurs.

Les Français ont suivi la même règle ; mais les Anglais en ont secoué le joug , sous prétexte qu'elle empêche la variété et l'agrément des aventures et des intrigues nécessaires pour amuser les spectateurs. Cependant les auteurs les plus judicieux tâchent de ne pas négliger totalement la vraisemblance, et ne changent la scène que dans les entr'actes, afin que, pendant cet intervalle, les acteurs

soient censës avoir fait le chemin nécessaire; et par la même raison , ils changent rarement la scène d'une rille a une autre ; mais ceux qui méprisent ou violent toutes les règles^ se donnent cette liberté. Ces auteurs ne se font pas même de scrupule de transporter tout-à-coup la scène de Londres au Pérou. Shakespear n'a pas beaucoup re^>ectt: la règle de l'unité de scène ; il ne faut que parcourir se> ouvrages pour s'en convaincre.

Scène est aussi une division du poëme dramatique', déterminée par l'entrée d^uu nouvel acteur : on divise uoe pièce en actes , et les actes en scènes.

Dans plusieurs pièces imprimées des Anglais , la diffé* rence des scènes n'est marquée que quand le lieu de k scène et les décorations changent; cependant la scène est proprement composée des acteurs qui sont présens ou intéressés à l'action. Ain^i , quand un nouvel acteur paratt, ou qu'il se retire y l'action change et une nouvelle scène commence.

La contexture ou la liaison et ^enchaînement des scènes entre elles , est encore une .règle du théâtre ; elles doivent se succéder les unes aux autres, de manière que le théâtre ne reste jamais vide jusqu'à la fin de Pacte.

Les anciens ne mettaient jamais plus de trois personnes ensemble sur la scène , excepté les chœurs , dont le nom* bre n'était pas limité : les modernes ne se sont point astreints à cette règle.

Corneille, dans l'examen de sa tragédie d'JE/bractf, pour justifier le coup d'épée que ce romain donne à sa sœur Camille , examine cette question , sHl est permis d^en* sanglanter la scène ; et il décide pour l'affirmative^ fondé: x° siir ce qu'Aristote a dit que , pour émouvoir puiâsam-

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ment , il fallait faire voir de grands déplaisirs^ des bles*" sures , et même des .morts ; 2* sur ce qu'Horace n'exclut de la vue des spectateurs que les ëyënemens trop dénaturés y tels que le festin d'Âtrée , le massacre que Médée &it de ses propres enfans , encore oppose-t-il un exemple de Sr^nèque au précepte d'Horace; et il prouve celui d'Aristote par Sophocle , dans une tragédie où Âjax se tue devant les spectateurs^ Cependant le précepte d'Horace n'en paraît pas moins fondé dans la nature et dans les mœurs. 1^ Dans la nature ; car «tifin , quoique la tragédie se propose d'exciter la terreur ou la pitié , elle ne tend point à ce but par des spectacles barbares et qui choquent l'humanité. Or , les morts violentes y les meurtres y les assassinats , le carnage inspirent trop d'horreur ; et ce n'est pas l'horreur , mais la terreur qu'il faut exciter, s® Les mœurs n'y sont pas même choquées. En eflfet , quoi de plus propre à endurcir le cœur , que l'image trop vive des cruautés ? quoi de plus contraire aux bienséances , que des actions dont l'idée seule est effrayante? Les maîtres de l'art ont dit :

Ce qu'on oe doit point voir, qu'un récit nous l'expose : Les yeux en la voyant saisiront mieux la chose; Mais il est des objets que fart judicieux Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux,

( Art Poétique y chant III. )

Les Grecs et les Romains , quelque polis qu'on veuille les supposer , avaient encore quelque férocité 2 chez eux , le suicide passait pour grandeur d'âme ^ chez nous, il n'est qu'une frénésie , une fureur : les yeux qui se repaissaient au drque des combats de gladiateurs , et ceux mêmes des femmes qui prenaient plaisir à voir couler le sang humain, pouvaient bien en soutenir l'image au théâtre. Les nôtres

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en seraient blesses : ainsi , ce qui pouvait plaire , relati' vement à leurs mœurs • étant tout-à-£sit hors des nôtres, c'est une témérité que d'ensanglanter la âcène. L'usage en est encore fréquent chez les Anglais , et Shakespear surtout est plein de ces situations. En Tain Gresset a youIq les imiter dans sa tragédie ii Edouard ; le goût de Paris ne s'est pas trouvé conforme au goût de Londres. Il est vrai que toutes sortes de morts, même violentes ^ ne doivent point être bannies du théâtre ; Phèdre et Inès empoisonnées j viennent expirer ; Jason , dans la Médée de Longepierre^ et Orosmane, dans Zaïre y s'arrachent la vie de leurs propres mains ; mais , outre que ce miouYement est extrêmement vif et rapide ^ on, emporte ces personnages , on les dérobe prompt ement aux yeux det spectateurs, qui n'en sont point blessés conune ils le seraient, s'il leur fallait soutenir quelque tems la vue d'un homme qu'on suppose massacré et nageant dans son sang. L'exemple de nos voisins, quand il n'est fondé que sur leur façon de penser, qui dépend du tempérament et du climat, ne devient point une loi pour nous qui vivons sous un autre horizon^ et dont les mœurs sont plus conformes à l'humanité.

( Cet article est extrait des Principes pour la lecture des poètes. )

Scène. ( Musique. ) On distingue en musique lyrique la scène du monologue , en ce qu'il n'y a qu'un seul acteur dans le monologue , et qu'il y a dans la scène au moins deux interlocuteurs : par conséquent, dans le monologue, le caractère du chant doit être un, du moins quant à la personne ; mais , dans les scènes , le chant doit avoir au-

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tant de caractères différens qu'il y a d'interlocuteurs. En effet y comme en parlant y chacun garde toujours la même voix, le même accent, le même timbre, et communément le même style dans toutes les choses qu'il dit , chaque acteur , dans les diverses passions qu'il exprime , doit toujours garder un caractère qui lui soit propre et qui le distingue d'un autre acteur. La douleur d'un vieillard n'a pas le même ton que celle d'un jeune homme; la colère d'une femme a d'autres accens que celle d'un guerrier : un barbare ne dira point je vous aime , comme un galant de profession. Il faut donc rendre dans les scènes , nonseulement le caractère de la passion qu'on veut peindre , mais celui de la personne qu'on fait parler. Ce caractère s'indique en partie par la sorte de voix qu'on approprie à chaque rôle ; car le tour de chant d'une haute - contre est différent de celui d*une basse-taille. On met plus de gravité dans les chants de bas-dessus, et plus de légèreté dans ceux des voix plus aiguës. Mais, outre ces différences, l'habile compositeur en trouve d'individuelles qui caractérisent ses personnages; en sorte qu'on connaîtra bientôt à Taccent particulier du récitatif et du chant, si c'est Mandane ou Emire , si c'est Olinte ou Âlceste qu'on entend. Je conviens qu'il n'y a que des hommes de génie qui sentent et marquent ces différences ; mais je dis cependant que ce n'est qu'en les observant , et d'autres semblables , qu'on parvient à produire l'illusion.

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