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Les êalîreê de Boileau furent son premier ouvrage , et on le voit bien. Il a plus d'art , plus d'élëgance , plus de coloris que Rëgnier, mais moins de verve ^ de naturel et de mordant. N^y avait-il donc rien dans les moeurs du siècle de Louis XIV, qui pût lui allumer la bile ? H n'avait pas encore vu le monde , il ne connaissait que les livres, et que le ridicule des mauvais écrivains : son esprit ëiait fin et juste « mais son âme était froide et lente ; et de tous les genres , celui qui demande le plus de feu , c'est la satire* Boileau s'amuse à nous peindre les rues de Paris ! C'était l'intérieur , et l'intérieur moral , qu'il fallait peindre : la dureté des pères qui immolent leurs enfans à des vues d'ambition 9 de fortune et de vanité; l'avidité des enfans , impatiens de succéder et de se réjouir sur le tombeau des pères; leur mépris dénaturé pour des parens qui ont eu la folie de les placer au-dessus d'eux; la fureur universelle de sortir de son état où Ton serait beureux , pour aller être ridicule et malheureux dans une classe plus éle* vée; la dissipation d'une mère , que sa fille importunerait, et qui, n'ayant que de mauvais exemples à lui donner, fait encore bien de l'éloigner d'elle , en attendant que , rappelée dans le monde pour y prendre un mari qu'elle ne connaît pas , elle y vienne imiter sa mère qu'elle ne va que trop connaître; l'insolence d'un jeune homme enrichi par les rapines de son père , et qui Feu punit en dissipant son bien et en rougissant de son nom ; l'émulation de deux époux, à qui renchérira, par ses folles dépenses et par sa conduite insensée , sur les travers , sur les égaremens , sur les vices honteux de l'autre ; en un mot , la corruption , la dépravation des mœurs de tous les états où l'oisiveté règde , où le désœuvrement , l'ennui ,. Yh
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quiétude, le dégoût de soi-même et de loU« ses devoirs ^ la soif ardente des {daisirs , le besoin d'être remue par àt$ )ouis8ances nouvelles y les fantaisies y lejeuvorace» le luxe ruineux ^ causent de si tristes ravages, sans compter fous les sanctuaires fermés aux yeux de la satire , et où le vice repose en paix ; voilà ce que l'intérieur de Paris présente au poète satirique; et ce tableau, à peu de chose près^ dtait le même du tems de Boileau.
Boîleau affecte Thumeur âpre et sévère, pour être flatteur plus adroit; et en même tems qu'il baffoue quelques tnécbans écrivains, auxquels il ne rougit pas de reprocher leur misère, il prodigue l'encens de la louange à tout ce qui peut le prôner ou le protéger à la cour. Le généreux courage^ que celui d'attaquer Cottin, Gissagne, ou Chapelain ! et contre Chapelain , qu'est-ce qui le révolte ? Qu*il soit le mieux rente de tous les beaux esprits l Passe encore s'il l'eût voulu punir d'avoir osé se diklarer pour Scudéri contre Corneille , et de s'être mêlé de cri*^ tiquer le Cid. Boileau > je le répète encore , avait reçu de la nature un sens droit, un jugement solide; et IVtude lui avait donné tout le talent qu'on peut avoir sans la sensibilité et la chaleur de l'âme : mais il lui manquait ces deux élémens du génie; car il est très-vrai^ comme Ta dit le vertueux et sensible Yauvenargues^ que les grandes pensées viennent du cceur.
Un jeune poète de nos jours s'est essayé dans I0 genre de la satire. Il en a fait une contre le luxe; et dans œ coulp d'essai , il a laissé loin en arrière Vsehii que les pédans appellent le satirique français ; il & fait voir de quel style brûlant Un homme profondément blessé des vices de son siècle , sait les peindre et les attaquer; il a montvé
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qu'on pouvait avoir la. vigueur d'Aristophane ^ sans iiii« pudence et sans noirceur ; la yéhëmence de Juvénal^ sans déclamation 5 l'agrément, la gaieté d'Horace, avec plus d'éloquence , de force, d'énergie ; et une tournure de vers aussi correcte que Bolleau, avec plus de facilité, de mouvement , et de chaleur.
Marmontel*
saturnales;
OkTVBNAJaBSj Satumalia.{Liitératuref d/ntiq, rom») Célèbres fêtes des Romains.
Cette fête n'était originairement qu'une solennité populaire; elle devint une fête légitime, lorsqu'elle eut été établie par TuUus Hostilius ; du moins en fit-il le vceu , qui ne fut accompli que sous le consulat de Sempronius Âtratinus et de Minutius, suivant Tite-Live. D'autres auteurs en attribuent l'institution à Tarquin-le- Superbe , sous le consulat de T. Largius. Enfin, quelques écrivains font commencer les saturnales dès le tems de Janus , roi des Aborigènes, qui reçut Saturne eu Italie. Ensuite, voulant représenter la paix ^ l'abondance et l'égalité dont on jouissait sous son règne , il le mit au nombre des dieux; et pour retracer la mémoire de ce siècle d'ol*, il institua la fête dont nous parlons. Quoi qu'il en soit, sa célébration fut discontinuée depuis le règne de Tarquin ; mais on la rétablit par autorité du sénat, pendant la seconde guerre punique.
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Ces fêtes se passaiient en plaisirs, en réjouissances et en festins. Les Romains quittaient la toge , et paraissaient exx public en habit de table. Us s'envoyaient des présens , coDQtnae aux étrennes. Les jeux de hasard défendus en un autre tems, étaient alors permis; le sénat vaquait; les affaires du barreau cessaient ; les écoles étaient fermées. U semblait de mauvais augure de commencer la guerre , et de punir les criminels pendant un tems consacré aux plaisirs. ^
^ Les enfans annonçaient la fête en courant dans les nies dès la Veille , et criant : io saturnalia. On voit encore des médailles 9 sur lesquelles ces mots de l'acclamation ordinaire de cette fête se trouvent gravés. Spanheim en cite une qui devait son origine à la raillerie piquante que Narcisse, affranchi de Claude, essuya, lorsque cet empereur l'envoya dans les Gaules , pour apaiser une sédition qui s'était élevée parmi les troupes. Narcisse s'avisa de monter sur la tribune pour haranguer l'armée à la place du général ; mais les soldats se mirent à crier : io saturnaliai voulant' dire que c^était la fête des saturnales, où les esclaves faisaient les maîtres.
Les saturnales commencèrent d'abord le i t décembre, suivant l'année de Numa , et ne duraient alors qu'un jour. Jules César , en réformant le calendrier , ajouta deux jours à ce mois , qui furent insérés avant les saturnales , et attribués à cette fête. Auguste approuva cette augmentation par un édit, et y joignit un quatrième jour. Caligula y fit l'addition d'iin cinquièm^e, nommé Jupenalia. Dans ces cinq jours , était compris celui qui était particulièrement destiné au culte de Rhéa , appelé opalia. On célé-^ brait ensuite , pendant deux jours , en l'honneur de Plu*
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tOQy la fête aigillarUa^ à cause des petites figures <jixV>ffi offrait & ce dieu.
Toutes ces fêtes étaient autant de dépendances des ëoiumaleë , qui duraient ainsi sept jours entiers , savoir , du 1 5 au 21 décembre. C'est pourquoi Martial ( épigr. ,
iv. xri) dit
Saturai septem vénérai ante dles.
Telle est, en peu de mots, l'histoire des fêtes de Satame; mais elles méritent bien que nous nous y arrêtions da— vantage. *
Nous avons dit que les saturnales étaient consacrées aux plaisirs , aux ris et aux festins. En effet , la première loi de cette fête était d'abandonner toute affaire publique ; de bannir tous les exercices du corps ^ excepté ceax de récréation , et de ne rien dire en public qui ne fiât csonforme à ce tems de joie*
Les railleries étaient encore permises , ou pour m'esprimer avec un auteur latin, lapida proferendi liceôai. C'est pour cela qu'Âulugelle raconte qu'il' passa les saturnales à Athènes , dans des amusemens agréables et hon-> nêtes : satumalia Aihenia agitabamua hilare ac ho^ nesiè^ car les gens de goÀt ne se permettaient qu'une raillerie fine , qui eût le sel et l'urbanité attique.
Il ne faut pas s'étonner que les festins régnassent dans cette fête , puisque Tite-Lîve ( IrV. /, ch.j ) , en expo-sant l'institution des saturnales , parle en particulier de l'ordonnance d'un repas public : conpipium publicum per urbem , satumalia diem ac noctem clamatum» L'empereur Julien dit plaisamment à ce sujet, dans sa Satir» tiea Cééarê qui Pont précédé, que Tarqntn voulant celé*
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l>rer les saturnales , fit un grand festin , auquel il inrîta xion-seulement les dIeuiL y mais encore les Cësars ; et tous les lits y furent prépares , d'après l'usage que ces derniers suivaient pour leurs plaisirs.
La statue de Saturne , qui était liée de bandelettes de laine pendant toute l'année , apparemment en mémoire cle la captivité où il avait été réduit par les Titans et par Jiipit^ 9 en était dragée pendant sa fôte^ soit pour mar-» quer sa délivrance , soit pour représenter la liberté qui régnait pendant le siècle d'or, et, celle dont on jouissait pendant les saturnales. En effet , toute apparence de servitude en était bannie; les esclaves portaient le chapeau » marque de liberté ; se vétissaient des mâmes habits que les citoyens , et se choisissaient un roi de la fête*
Je sais que Topinion commune est, que dans les saturnales, les valets changeaient, non -seulement d'état et d'habits avec leurs maîtres, mais même qu'ils en étaient servis à table. Je ne suis point de ce sentiment , et l'autorité de Lucien ne m'embarrasse guère. Gomme cet auteur a coutume de broder tous ses tableaux , on )Uge bien qu'il ne faut pas prendre k la lettre sa peintuiae des saturnales. Quant au témoignage d'Athénée , \e puis lui opposer ceux de Sénèque , épit* UCf^II; de Tasse , in syh. koL Dec. , et de Plutarque ^ dans sa vie de Numa. Tous se contentent de dire, que durant cette fête les valets mangeaient avec leurs maîtres , et des mêmes mets : or , ce n'était encore là qu^un usage bourgeois, qui ne s'étendait point dans les maisons de gens d'un certain ordre« Mais en général, cette fête admettait chez lei Romains un renversement d'état, qui, selon moi, était trop mal masqué pour instruire le mattre ni l'esdiave* Il n'y a que la douce éga*
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litëy dit très-bien Rousseau « qui puisse rétabli jt l'ordrde la nature , former une instruction pour les uns , Jiit. consolation pour les autres, et un lien d'am£t:i^ |>oq: tous.
Ce que je n'ose décider, c'est si la fête des salnmale était purement romaine, ou si elle tirait son origixie dtautres peuples. Quoi qu'en dise Denys d'Hall je sais que les Athéniens avaient une fête fort i blante à celle des saturnales , et qu'ils nommaient j^pavtâ} : il me semble que les salzea j établies à Babylone , ^t^ent dans le même goût. Enfin, on célébrait en Tfaessalie uni: fête fort ancienne, et qui avait trop de rapport aveo le< saturnales , pour en passer sous silence l'origine et h description.
Les Pélasges , nouveaux habitans de l'Hémonie , faisant un sacrifice solennel à Jupiter , un étranger , nommé J^elorus, leur annonça qu'un tremblement de terre venait de faire entr'ouvrir les montagnes voisines ; que les eaux d'un marais, nommé Tempe ^ s'étaient écoulées dans le fleuve Pénée, et avaient découvert une grande et belle plaine. Au récit d'une si agréable nouvelle , ils invitent l'étranger à manger avec eux , s'empressent à le servir , et permettent à leurs esclaves de prendre part à la réjouissance. Cette plaine , dont ils se mirent aussitôt en possession , étant devenue la délicieuse vallée de Tempe , ils continuèrent tous les ans le même sacrifice à Jupiter, | surnommé Pélorien^ en renouvelant la cérémonie de donner à manger à des étrangers et à leurs esclaves , auxquels ils accordaient toute sorte de liberté. Dans la suite, les Pélasges ayant été chassés de THémonie , vinrent s'établir en Italie par ordre de l'oracle de Dodone , qui leur
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commanda de faire des sacrifices à Saturne et à Pluton. ' Les termes ambigus de l'oracle les engagèrent d'immoler ^ des victimes humaines à ces deux sombres divinités ; ils suivirent l'usage reçu parmi les Carthaginois , les Tjriens et d'autres nations qui pratiquaient de tels sacrifices. On dit qu'Hercule abolit cette coutume barbare des ' Pélasges. Passant par l'Italie à son retour d'Espagne, il " demanda la raison de ces sacrifices dont il était indigné ; ~ et comme on lui cita l'oracle de Dodone, il leur dit que ' le mot xîtpoàriç désignait des iétes en figures; et que ^ celui de «porà qu'ils avaient pris pour des hommes, si- ^ gnifiait des lumières; il leur apprit donc qu'il fallait offrir à Pluton des représentations d'hommes , et des cierges à Saturne. Voilà du moins l'origine qu'on apporte delà coutume qui s'observait pendant les saturnales^ d'allumer des cierges , et d'en faire des présens.
Ce qu'il y avait encore de singulier, dans les sacrifices de Saturne, c'est qu'ils se faisaient la tête découverte. Plutarque en donne pour raison , que le culte qu'on rendait à ce dieu , était plus ancien que l'usage de se couvrir la tête en sacrifiant, qu'il attribue à Énée. Mais ce qui paraît plus vraisemblable, c'est qu'on ne se couvrait la tête que pour les dieux célestes ; et que Saturne était mis au nombre des dieux infernaux.
TertuUien, dans son traité de IdoL ^ cap» xiv^ se plaint, que, entre autres fêtes païennes,les chrétiens solennisaient les saturnales ; et cette coutume leur fut effectivement défendue par le canon xxxix du concile de Laodicée. Cependant ils eurent tant de peine à perdre leur habitude de célébrer les fêtes de plaisirs et de réjouissances, qu'ils s'avisèrent d'en substituer de nouvelles à celles
qui étaient abolies > et c'est peut-être là Porigine de la Rtm
des fous.
Le Chevalier db Iaucourt.