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'S ACB^TOLOGIE , 0ZlSciE%l 4 Pratiqae.
ECCLt>E l'Existence, de Musique. < instramentale. ^ I I Vocale.
^"^ *' * S< I Sculpture.
î DlV 1 Architecture cifàle.
Gravure,
ET I, MODEBf
, ou Science de l*/I g^c.
Science des Id^es.
Science des PropositiO
Induction.
Démonstra-C Analys*^ tion. C Syntûèaj
\lS'aturelle. i
\Artificiclle.\ e^^JJ
êëroloçie.
éologie.
ydrologie.
igricalture.
Tardinage.
imie proprement dit Métallurgie.
A.lchimie, Magie naturelle.
DE
ABONDANCE. {Politique.)
L'Abondance des richesses et des commoditës de la vie^ est le partage d'un petit nombre de particuliers privilégiés,' que Ton regarde avec envie ^ mais dont on cesserait souvent d'ambitionner le sort , si l'on pouvait savoir à quel prix ou par quels moyens ils ont acquis cette abondance qui fait l'objet de nos désirs 9 et par combien de peines, de soins , de sollicitudes et souvent de remords , ils sont parvenus à cet heureux état ^ dont ils ne peuvent sentir euxmêmes les avantages , s'ils n'en profitent pas pour exercer la bienfaisance.
L'abondance des particuliers n'est point l'objet de cet article 9 où il ne s'agit que de celle qui fait la richesse des ^tats et le bonheur universel des citoyens.
Une paix durable dans lui état policé, où la loi sacrée <les propriétés est maintenue dans sa plus grande vigueur^ pourrait être regardée comme la cause première de l'abondance et de la félicité publique , puisque une guerre intestine de quelques années suffit pour entraîner après elle les fléaux de la famine et de la peste , avec la désolation universelle et la destruction entière du corps poli- ToME I. 10
ticjue. Mais si la paix procure l'abondance , ce n'est qu'au-* tant qu elle met les hommes en état de s'occuper sans relâche des travaux de la terre , dont les fruits renaissans fournissent à leurs besoins jouriiallers comme à leurs commodités et même à leurs plaisirs; tandis que l'éducation des bestiaux , qui est une suite et une dépendance de cette occupation tranquille, procure au peuple agricole des richesses d'un autre genre, que l'industrie sait mettre en valeur pour satisfaire la multiplicité de nos goûts.
Ainsi, les deux sources uniques de l'abondance générale roulent sur deux points fondamentaux , que les hommes ne doivent jamais perdre de vue : l'agriculture et toutes ses branches d'une part; et de l'autre, la nourriture des bestiaux* De là découlent les jouissances des consommateurs , l'augmentation de la population , la gloire et la puissance de l'état, et même le progrès des arts et des sciences. En effet 9 Fesprit humain tranquille et rassuré sur les moyens de se procurer le nécessaire, comme le sur perflu ( suivant les conditions où les hommes se trouvent ) , dans un état où la terre le produit, cherche à multiplier ses jouissances par l'invention des arts, et à satisÊiire par l'étude et la cultiu'e des hautes sciences la curiosité qui le dévore et le consume. La félicité publique s'augmente en raison des efforts que font tous les membres de la société pour concourir au même but , et participer à cette abondance de l'état qui fait le fruit du travail» G est alors que le luxe de consommation devient véritablement utile , et contribue à entretenir la joie et la santé parmi leshonune^ , à la différence de ce luxe destructeur qui ne consiste que dans une somptuosité d'apparence , dont le but est d'avilir l'agriculture en dévorant sa substance en pm^e perte.
ï>E l'encyclopédie. s
On distingue ^ dans V Esprit des Lois^ les peuples chasseurs j comme les sauvages de l'Âmërique; les peuples pasteurs y conune les Tartares , les Arabes ; et les peuples agricoles. Les premiers ne peuvent jamais être dans l'abondance, et la population j est nécessairement restreinte au plus petit nombre possible , eu égard à la vaste étendue de terrain qu'il faut parcourir pour se procurer la subsis-^ tance. En effet, les progressions de la population suivent nécessairement les moyens de subsister ; et les peuples c[uî ne sont point agricoles , ne peuvent jamais former une grande nation. S'ils sont pasteurs , ils ont besoin d'un grand pays , pour qu'ils puissent subsister en certain hom« bre : ils peuvent se réunir pour quelc[ue tems 9 comme leà Tartares de l'Asie, parce que leurs troupeaux peuvent être rassemblés quelque tems; mais toutes ces bordes étant réunies, il faut qu'elles se séparent bientôt, ou qu'elles aillent faire de grandes conquêtes dans quelque empire du midi. Si ce sont au contraire des peuples chasseurs, comme les sauvages de l'Amérique, ils sont encore en plus petit nombre , et forment pour vivre ime plus petite nation. La chasse et la pêche ne peuvent suffire à tous leurs besoins ; ils ne peuvent acquérir Fobjet de leur recherche qu'avec des peines et des soins immenses, et qu'en parcourant de vastes solitudes pour les dépeupler des animaux dont ils se nourrissent : aussi les peuples chasseurs sont nécessairement sauvages , nomades , errans , ignorant tous les arts , et réduits à la plus petite population. Leur pays est ordinairement plein de forêts; et comme les hommes n'y ont point donné de cours aux eaux , U est rempli de marécages où chaque troupe se cantonne et forme de loin à loin une petite nation sauvage.
Quand les nations ne cultivent pas les termes , dit l'auteur de Y Esprit dm Lois , voici dans quelle proportion le nombre des hommes s'y trouve* Gomme le produit d'un terrain inculte est au produit d'un terrain cultivé , de même le nombre des sauvages dans un pays est au nombre des laboureurs dans un autre ; et quand le peuple qui cultive les teires , cultive aussi les arts 9 le nombre des sauvages est au nombre de ce peuple 9 en raison <;omposée du nombre des sauvages à celui des laboureurs 9 et du nombre des laboureurs à celui des hommes qui cultivent les arts.
La population 9 cette force des empires , suit donc nécessairement les moyens de subsister; plus ces moyens sont &ciles et sûrs 9 plus la population augmente : au contraire , plus ces moyens diminuent , plus la population se rétrécit- L'abondance influe donc nécessairement sur la population ; mais il n'appartient qu'aux peuples agricoles d'être dans l'abondance de toutes choses 9 surtout si ù la culture de la terre ils joignent le soin et la nourriture des bestiaux 9 dont les profits continuels et journaliers s'accumulent avec le produit annuel des récoltes.
La fertilité ayant des bornes, et les fruits de la terre étant périssables , l'abondance des choses nécessaires à la vie est nécessairement restreinte et peu durable , si l'industrie humaine ne prévient ces inconvéniens 9 et si la législation des peuples agricoles n'est pas sans cesse occupée des moyens de perpétuer cette abondance qui fait la félicité de tous 9 et de l'assurer sur une base solide et inébranlable. Les terrains incultes, les friches^ les landes et les marais sont donc des signes visibles de la négligence d'un gouvemement-9 n'y ayant aucun de ces terrains que Fart ne puisse féconder : l'agriculture livrée à la routine et à Ti-
DB L'BNCYCLOPéDIB. 5
gnorance des gens qui l'exercent sans principe^ ) la mauvaise distribution des soles dont on laisse ordinairement la moitié sans culture, sous prétexte de repos, le défaut de prairies ■ artificielles , par lesquelles on pourrait suppléer si aisément aux prés naturels; la langueur du corn* merce , les lois fiscales qui l'enchaînent , les formes judi-claires qui rendent la justice si lente et si coûteuse, l'encouragement des arts futiles , la mendicité forcée par le défaut d'ateliers publics, où l'on occuperait les mendians valides, les troupes trop nombreuses, dont l'inaction en tems de paix pourrait être utilement employée aux travaux publics , etc. , sont autant de reproches faits aux gonvememens , et de moyens pour éloigner et rétrécir cette abondance qui r(endait les états florissans $ mais ce n'est qu'en se précautionnant contre l'intempérie des saisons et l'incertitude des récoltes, par des approvisionnemens dW^ donnance , et par des greniers publics de conservation 9 où l'on met quelques années en réseirve, que l'on peut ren« dre l'abondance fixe et durable.
On a beaucoup écrit en faveur de la liberté du commerce des grains et de l'exportation, et avec une chaleur inconsidérée qui a obscurci le jugement des têtes les mieux organisées. On n'a pas senti qu'en se privant volontairement de son superflu sur l'espérance d'une récolte incertaine , avant d'avoir mis en réserve une suffisante quantité de blé , on rend précaire la vie du peuple, et on l'échange contre l'or des conunerçans et des monopoleurs, qui hâtent le' moment de la disette pour faire rentrer leurs fonds avec usure. On n'a pas même senti que renchérissement d'une denrée dont dépend la vie de l'homme , entraîne avec lui la chute des manufactures et des arts , et l'émigra^
lion de ceux dont les biens , l'industrie ou le travail ne peuvent atteindre le prix des grains ; que ce n'est qu'en faisant consommer à bas prix sur les lieux le superflu des récoltes j qu'on peut faire fleurir les arts , augmenter les manufactures et encourager la population par la certitude de l'abondance ; et qu'en tous cas , si l'exportation pouvait avoir quelques avantages , ce ne serait qu'en la res* treignant au superflu : mais qu'il ne peut y avoir de superflu que lorsque le nécessaire est assuré , et sous la main ^ pour ainsi dire 9 dans des greniers d'abondance , toujours prêts à être ouverts dans les disettes; car plus la population est considérable , plus les disettes sont à craindre»
On a dit ingénieusement c^e le blé était un cinquième élément, aussi nécessaire à l'homme que l'air et Feau. H serait donc & souhaiter qu'il fut aussi abondant y et que l'homme trouvât aussi aisément à apaiser sa faim qu'à é tancher sa soif; mais ce n'est qu'à la sueur de son firent ou par un tsavail opiniâtre , que l'homme se procure cette denrée de première nécessité; la providence l'y a condamné , pour l'oblige à on exercice utile d'où dépendent sa vie et sa santé.
Pater ipse cotenâi Haud facUem esse piam çoluitf primusgue per artem Mooii agros , cuns aeuens mortaUa corda ^ Nec iorpere gravi passas sua régna velemom
Géoig» de ViBG.
Mais si l'homme ne peut se procurer l'abondance de cette denrée qu'avec des peines[et des soins infinis , il pourrait du moins par son industrie trouver des moyens sor^ et peu dispendieux I de conserver ces mêmes denrées de
DB L^BNCYCLOPJÈDtE. y
première nécessité , de les tenir en réserve pour les tems malheureux qui surviennent inopinément, ou par Tin* lempérie des saisons, ou par des causes que toute la sdience humaine ne peut connaître, ni prévenir; pour cçs années de stérilité , où la terre semble se refuser à la production des semences qui lui sont confiées : mais parvenir à rendre ces précautions générales , par la voie de la persuasion , et par la conviction que chaque famille, chaque individu doit avoir de son plus grand intérêt ; faire répandre ces comiaissandes, de manière qu'elles deviennent des notions communes 5 en déoiontrer les avantages dans des pratiques sûres et par des exemples mis sous les yeux du peuple, c est là le point capital et le vœu d'une administration éclairée, qui sait aller au devant du besoin, et qui veut fixer dans ses états l'abondance et le bonheur des peuples*
( BÉGUILLET. )
V^MW^^K%<»W»%»
ÂBONDA.NCE. (^Bellea^Lettres. ) Il y a dans le style une abondance qui en fitit la richesse et la beauté : c'est une affluence de mots et de tours heureux pour exprimer les nuances des idées , des sentimens et des images»
Il y a aussi une abondance vaine qui ne fait que déguiser la stérilité de l'esprit et la disette des pensées, par l'ostentation des paroles.
Soit qu'on veuille toucher ou plaire, ou niême instruire simplement, l'abondance du style suppose Tabondanoe des sentimens et des idées que produit un sujet fécond , digne d'être développé. C'est. alors que la pensée et l'expression coulent ensenible à pleine source.
La peine qu'on se donne pour enfî<:hir des sujets stériles,
pour agrandir de petits objets ^ est au moms înutfle et souvent importune.
Chapelain , qu'on a voulu donner pour un homme de goût , en fait de poésie y et qui n'avait pas même l'idée de la grâce et de la beauté poétiques , emploie à décrire le& charmes et la parure d^Agnès Sorel, quarante vers dans le goût de ceux-ci :
On voit hors des deux bouts de ses deux courtes manches^ Sortir à découvert deux. mains longues et blanches Dont les doigts inégaux , mais tous ronds et menus , Imitent l'embonpoint des bras longs et charnus.
L'art de peindre en poésie , est l'art de toucher avec esprit^ et l'abondance consiste alors à faire beaucoup avec peu , c'est-à-dire , k donner à Timagination , par quelques traits légèrement jetés, de quoi s'exercer elle-même.
Voyez dans ces trois vers de Virgile, comme Vénus est peinte en chasseresse :
Ifamfue humerk àe more hàbilem suspenàèrat areum VenaUix^ dederatque comam diffundere ventis^ Nuda genu; nudosque ^aus colhctafluenU&è
L'abondance du style a lieu non-seulement dans la poésie descriptive, mais dans l'expression des sentimens ou lame se répand , dans les réflexions où elle se repose^ Virgile > et Racine son rival, en ont mille e:jLemples«
C'est une précieuse abondance que celle qui, réunie avec la précision , dont on la croirait ennemie , rassemble dans le plu$ petit espace tous les traits d'un riche tableau^ comme dans ces vers d'Horace^ qu'on ne traduira jamais ^
Qub pùius ingens ^ aihaque populm
Umbram hospiialem consociare amant Rarnis ; et ohliquo laborat ,
Lpnphafugax trepidare ri^o.
Un nouveau charme de l'abondance ^ c'est l'air de négli-* gence et de simplicité dans celui qui prodigue les richesses du style , avec celles du génie. Cette rare félicité , si j'ose m'exprimer ainsi , règne dans le style de La Fontaine et dans celui d'Ovide ; mais l'abondance d'Ovide va jusqu'au' luxe. Dès différentes faces sous lesquelles Ovide présente une pensée j ou des nuances variées qu'il démêle dans un sentiment, chacune plairait, si elle était seule : mais la foule en est fatigante; et à côté de la richesse , on aperçoit enfin l'épuisement.
La poésie allemande surabonde en détails dans les peintures physiques ; la poésie italienne , dans l'analyse des sentimens , donne souvent dans le même excès.
La passion donne lieu à l'abondance du style dans les momens où l'âme se détend et se soulage par des plaintes :
ht% faibles déplaisirs s'amuseot a parler.
Mais lorsque le cœur est saisi de douleur^ enflé d'orgueil ou de colère, la précision et l'énergie en sont l'expression naturelle. H arrive cependant quelquefois que l'abondance contribue à l'énergie, comme dans ce vers de Didon :
Std mUii vel ielbis opiem prias ima .d^iseatf . Vel paUr ommpotens adigai me fulmine adumhras , ^ PaUenUs umhras Erebi^ noctemqne profiuidean^ Anie pudor çuam te violo , aut tua jura resobo*
On voit là une. femme qui sent sa iaiblesse ; et qui , ta-
lO
EapAAr
chant de s'affermir par un nouveau serment , le fait le plus inviolable et le plus effrayant qail lui est possible : ainsi cette redondance de style ,
Palienies umbras Erebi^ noctemque profundam ,
est l'expression très-naturelle de la crainte qu'elle a de manquer à sa^foi.
Quand le carax^tère de celui qui parle est austère et grave, l'expression doit être pleine, forte et précise. Fernand Cortès, à son retour du Mexique, rebuté par les ministres de Philippe H, et n'ayant pu approcher de lui, se présente sur son passage, et lui dit : Je ni! appelle Fernand Cortès ; j'ai conquis plus de terres à ^votre ma/esté, qu'elle n'en a hérité de l'empereur Charles^ Quint y son père, et je meurs de faim. Voilà de l'âoquence.
L'entretien de Caton et de Brutus dans la Pharsale serait sublime s'il n'était pas diffus. Li^cain était jeune; et l'ambition d'un jeune homme est d'étonner en renchérissant sur lui-même. Le comble de l'art est de s'arrêter où s'arrêterait la nature. Virgile et Bacine sont des modèles de cette sobriété, Homère et Corneille n'ont pas ce mérite.
Partout où la philosophie est susceptible d'éloquence , elle permet au style une abondance ménagée. Voyez Plutarque exprimant le délire et 1^ angoisses de l'homme su« perstitieux.
Voyez , dans V Histoire Naturelle <, toutes les richesses de la langue, employées à décrire la beauté du paon et la férocité du tigre.
Le genre oratoire est celui où les richesses du style peuvent se répandre le plus abondamment ; et c'est là surtout que l'on voit des exemples d'une abondance vicieuse : il
DE l'BNCTCLOPÉDIE. 11
n y a peut-être pas un orateur qui soit exempt de ce reproche.
Le barreau moderne , où , en dépit de la raison et de Féquitë, Felocjuence passionnée veut dominer comme dans la tribune , retentit de déclamations ; c'est un débordement de paroles , aucpiel il serait bien à souhaiter qu'on pût mettre une digue* Gomment démélei la vérité dans le cahos des plaidoiries ? Combien de fois les juges ne pourralent-îls pas dire aux avocats , ce que les Lacédémoniens disaient à certain harangueur prolixe : Nous apôns ou^ bUê le commencement de ta harangue , ce qui est cause que n'ayant pas compris le milieu , nous ne saurions répondre à la fin!
C'est encore pis, s'il est possible, pour l'éloquence de la chaire. L'usage de parler une heure sur un sujet stérile ou simple; la méthode établie de diviser , de subdiviser, de prouver ce qui est évident , ou d'expliquer ce qui est inef- £ible; d'analyser, d'amplifier ce qui demanderait, poux frapper les esprits , des touches fortes et de grands traits : voilà ce qui ne fait que trop souvent de l'éloquence de la chaire un babil dont la volubilité nous étourdit, et dont la monotonie nous endort»
Il est certain que les grandes vérités morales et religieuses, dont la chaire doit retentir, exigent quelquefois des développemens : et c'est là que le style doit employer son abondance 9 mais avec l'économie que le goût et la raison prescrivent.
Le sage est mèaager da temps et des paroles ,
surtout lorsqu'il occupe tout un peuple assemblé. Écoutez} Massillon ^ parlant de la tolérance religieuse :
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a L'église n'opposa jamais aux persëcutions que la patience » et la fermeté ; Ja foi fut le seul glaive avec lequel elle » vainquit les tyrans. Ce ne fut pas en répandant le sang jf de ses ennemis qu'elle multiplia ses disciples 5 le sang de » ses martyrs tout seul fut la semence des fidèles. Ses pre- » miers docteiurs ne furent pas envoyés dans l'univers » comme des lions , pour porter partout le meurtre et le » carnage, mais comme des agneaux, pour Être eux-mè- » mes égorgés. Us prouvèrent, non en combattant, mais » en mourant pour la foi, la vérité de leur mission, t»
Ecoutez le même, précliant la bienfaisance à un jeune roi : « Toute cette vaine montre qui vous environne 9 lui » ditril , est pour les autres ; ce plaisir ( le plaisir de faire du » bien ) est pour vous seul ; tout le reste a ses amertumes , » ce plaisir seid les adoucit toutes. La joie de faire du bien » est tout autrement douce et touchante que la joie de » le recevoir : revenez - y encore 5 c'est un plaisir qui » ne s'use point : plus on le goûte , plus on se rend digne » de le goûter. On s'accoutinne à sa prospérité propre, et » on y devient insensible 5 mais on sent toujours la joie » d'être l'auteur de la prospérité d'autrui* »
On voit là sans doute la même idée revenir , et se présenter sous des traits qui semblent les mêmes , mais dont chacun la rend plus vive et plus touchante , et qui, pour émouvoir le coeur, ont la force de l'eau qui tombe goutte à goutte sur le rocher qu'elle amollit enfin.
L'abondance du sentiment n'est pas fatigante comme celle de l'esprit 5 aussi n'y a-t-il que les sujets pathétiques sur lesquels il soit possible de parler d'abondance ; expression qui |)eint vivement cette sorte d'éloquence , où , sans préparation, comme sans ordre et sans suite, une âme
DE l'encyclopédie. i5
pleine d'un grand sujet , et profondément pénétrée , répand avec impétuosité les sentimens dont elle est remplie, et fait passer dans toutes les âmes ses rapides émotions.
On a vu des prodiges du pouvoir de cette éloquence : le véhément Bridaine a déchiré plus de cœurs et fait couler plus de larmes , que le savant et profond Bourdaloue y et 9 si j'ose le dire j que le sublime Bossuet.
Maïs lorsque la force de l'éloquence doit résulter de l'ordre et de l'enchaînement des idées , c'est une imprudence de se livrer à l'inspiration du moment , à moins qu'une longue habitude de l'élocution n'ait mis l'orateur en état de s'abandonner à sa véhémence , sans rien perdre de la méthode pressante du raisonnement. Ce sont des exceptions rares à ce que Plutarque avait observé des Oraisons faites à Timprépu. « Elles sont pleines , dît-il , de grande » nonchalance et de beaucoup de légèreté 5 car ceux qui » parlent ainsi à l'étourdie, ne savent là où il faut commen- » cer , ni là où ils doivent achever ; et ceux qui s'accou- » tument ainsi à parler à la volée , outre les fautes qu'ils » commettent , ils ne savent garder mesure ni moyen en » leurs propos , et tombent dans une merveilleuse super- » fluité de langage. »
On raconte à ce propos qu'en Italie , où les prédicateurs parlent assez communément d'abondance , l'un d'eux prêchant sur le pardon des injures , après s'être efforcé de persuader à ses auditeurs , qu'il fallait non*seulement pardonner à ses ennemis, et ne pas leur vouloir du mal, mais encore les aimer et leur faire du bien, emportépar sa véhémence , reprit ainsi : Mais^ me direz-vou^ , Je n'ai point d'ennemis tojous n'aides point d'ennemis , mes frères! et le monde j lepécîié^ la clutir^ ne sont-ils pas ayos ennemis?
l4 EdPRtt
Cest ainsi qu'un orateur dont la marche n'est point r^ glee risque souvent de s'égarer.
Il faut avouer cependant qu'il n'y a que cette façon de produire les grands effets de l'éloquence , et de saisir tous les avantages du lieu , du moment y de son émotion propre et de celle des auditeurs ; et voilà pourquoi Bourdaloue disait d'un missionnaire de son tems : On rend à ses sermoTis les bourses que Von vole aux miens. Les missionnaires ont en effet cet avantage inestimable sur les prédicateurs étudiés; elle est la même au barreau , pour les avocats qui parlent d'abondance 9 sur ceux qui froidement, récitent le plaidoyer qu'ils ont écrit. Ce talent, que Fénélon voulait qu'on acquît y demande un grand travail, et suppose les dons les plus précieux de la nature : il est cependant quelquefois porté si loin par l'habitude , qu'il y a des orateurs dont l'élocutîon même gagne à n être point travaillée, et qui parlent mieux d'abondance qu'ils n'écrivent avec réflexion.
Le vice du style opposé à l'abondance, est la sécheresse et la stérilité : on s'en aperçoit aisément , lorsque sur un sujet qui demande à être approfondi et développé, l'écrivain demeure , comme Tantale au milieu d'un fleuve, haletant , si j'ose le dire, après l'expression vive , énergique ou touchante, qui semble lui échapper des lèvres au moment qu'il croit la saisir.
(Mahmontel.)
DE l'encyclopédie. x5
SX
ABSTINENCE- (Philosophie.)
L'Abstinence, est la privation Tolontaire des choses permises et agréables j dont nous nous interdisons à nousmêmes l'usage , dans la vue de. nous rendre plus parfaits.
Il ne faut pas confondre l'abstinence avec l'obéissance â une loi qui nous défend l'usage criminel d'une chose , ni avec la nécessité qui nous en prive malgré nous , ni avec Teffort d'un malade qui se prive de ce qui rendrait son mal incurable. Les uns et les autres cèdent à l'autorité de la loi , à la force de la nécessité , à la crainte de la mort ou des souffirances.
L'abstinence n'est pas non plus la même chose que la modération; ceUe-ci se borne à l'usage et s'éloigne de l'excès ; l'abstinence s'interdit l'usage y et se prive tout-à-faît de ce qui est agréable et permis. L'excès étant vicieux , la modération est un devoir étroit dans tous les cas ; s'en écarter, c'est être intempérant. L'abstinence est une obligation imparfaite , elle dépend des circonstances , elle varie au point que dans bien des cas elle serait vicieuse.
Les objets de l'abstinence sont tous les plaisirs naturels dont notre constitution corporelle et spirituelle nous met en état de )ouir, et que les règles de la vertu n'interdisent pas.
Les motiis à l'abstinence ne peuvent donc pas être tirés de la nature même des plaisirs ; car , selon la définition ils sont tous de la classe des choses que Dieu a faites pour
l6 ESPRIT
notre usage : en jouir conformément aux vues de la nature et aux lois de la raison ^ ne saurait être un crime : s'en priver ne saurait être par soi-même une vertu, La religion seule peut la rendre telle.
Le sage s'impose la loi de l'abstinence y par des raisons auxcjuelles il ne cède que quand le soin de la perfection lui paraît le demander , et que Içs devoirs essentiels l'exigent comme moyen de s'en acquitter plus parfaitement.
Le premier motif à l'abstinence est, pour le sage, le danger de lliabitude qu'il sent se former cbez lui et acquérir trop de force. Quel est l'homme qui n'est pas quelquefois sollicité par son devoir , par quelque circonstance grave , à se priver d'un plaisir permis et à sa portée? Or, pour peu que l'habitude soit enracinée, que la pente du cœur y porte , les sens se révoltent contre la tiécessité des privations ; on supporte impatiemment le joug d'un devoir pénible , on le remplit à contre-cœur , on s'en acquitte mal , on com't risque de devenir coupable , si la tentation se présente. L'abstinence rompt le charme de l'habitude , prévient par cela même la révolte des sens et les murmm'es du cœur contre un devoii" qui n'exige que ce à quoi nous nous sommes soumis nous-mêmes sans y être couti'aints.
Toute jouissance agréable distrait Fesprit, et le dispose mal pour des réflexions sérieuses , importantes , qui exigent une âme détachée de tous les objets sensibles : nouveau motif à l'abstinence , pour une personne sat^c qui se trouve dans des circonstances qui exigent d'elle des réflexions de cette nature.
Je m'aperçois du germe de quelque vice dans mon cœur, il faut le combattre et le déraciner; des sens aux-
quels je ne refuse aucune satisfaction , qtioiqne S9W wcè» 9 me rendent peu propre à combattre un penchant yicieui^ 9 l'abstinence affaiblit cet empire de mes sen^ 9 et augmente par-là celui de ma raison; j'aî recours à elle y non comme à une action bonne par elle-même , ou comme à nn équivalent à doni^r ausuprème législateur en place delà vertu qui me manque y mais comme un moyen de me corriger plus Ut* cilement de mes défauts; c'est un autre motif à l'abstinence. Si l'abstinence est , par ces considérations y une pratiqua utile pour le sage, il faut se souvenir encore que le cbristianisme en a &it ime vertu religieuse ; mais qu'aussi on peut ' la rendre vicieuse, si la prudence n'en dirige pas l'usage..» Plusieurs croient que les premiers homimes avant Je d4^ luge s'abstenaient de vin et de viande , parce que l'Ecriture marque expressément que Noé, après le déluge , commença à planter la y igné , et que Dieu lui permit d'user de la viande , au lieu qu'il n'avait donné à Adam pour nourriture que les fruits et les herbes de la terre : mais le sentiment contraire est soutenu par quantité d'habiles interprètes , qui croient que les hommes d'avant le déluge ne se refusaient ni les plaisirs de la bonne chère ni ceux du vin; et l'Ecriture en deux mots nous fait assez connaître à quel excès leur corruption était montée , lorsqu'elle dit que toute chair apait corrompu sa 'voie. Quand Dieu n'aurait pas permis à Adam ni l'usage de la chair, ni celui du vin, $es descendans impies sç seraient peu mis en peine de ces àéfeaases. {Geu* ix. 20. iij.2^/vj. n. 12.) / ^
La Ipi ordonnait aux. prêtres de s'abstenir de vin pendant tout le tems qu'ils étaient occupés -au service du temple. La même défense éUit Êiite ^ux Jfftajaréw^ ppur tout le tems de leur ^a^ar^fi^ I^i^s Jfûfs s'at^stienneKit Àe plu-
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sienrs sortes dVnimaux , dont on trouve le détail dans le Lévitique et le Deutéronome. Saint Paul dit que les athelètes s'abstiennent de toutes choses pour obtenir une couronne corruptible , c'est-à-dire , qu'ils s'abstiennent de tout ce qui peut les affaiblir ; et en écrivant à Timotliée y il blâme certains hérétiques qui condamnaient le mariage €t l'usage des viandes que Dieu a créées. Entre les premiers Chrétiens , les uns observaient l'abstinence des viandes défendues par la loi , et deis chairs immolées aux idoles ; ^'autres méprisaient ces observances comme inutiles , et usaieiit de la liberté que Jésus -Christ a procurée à ses fidèles. Saint Paul a donné sur cela des règles très- sages, qui sont rapportées dans les épitres aux Corinthiens et aux Romains* ^^^ Le concile de Jérusalem , tenu par les apôtres , ordonne aux fidèles convertis du paganisme de s'abstenir du sang des viandes suffoquées , de la fornication , et de l'idolâtrie»
/^ Saint Paul veut que les fidèles s'abstiennent de tout ce jj^- < qui a même l'apparence du mal, ab omni specie mala I abatinete vos ; et à plus forte raison de tout ce qui est Vxéellement mauvais et contraire à la religion et à la piété- Orphée j après avoir adouci les mœurs des hommes , établit une sorte de vie , qu on nomma depuis Orphique ; et une des pratiques des hommes qui embrassaient cet état ^ était de ne pas manger de la chair des animaux., Il est plausible de dire qu'Orphée ayant rendu sensibles aux lois de la société les premiers hommes qui étaient anthropophages :
Sihesires hommes sacer interpresque deorum , CaêUbus ei fœdo viciu deterruit Orpheus.
il leur avait imposé la loi de ne plus manger de viande du tout, et cela sans doute pour les éloigner entièrement de leur première férocité 5 que cette pratique ayant ensuite été adoptée par des personnes qui voulaient embrasser une vie plus parfaite que les a.utres , il y eut parmi les Payens une sorte de vie qui s'appela pour lors vie Orphique, dont Platon parle dans l'Ëpinomis, et au sixième livre de ses lois. Les Phéniciens et les Assyriens , voisins des Juifs , avaient leurs jeûnes sacrés. Les Egyptiens , dit Hérodote y sacrifient une vache à Isis , après s'y être préparés par des jeûnes : et ailleurs , il attribue la même cou« tume aux femmes de Gyrène* Chez les Athéniens , les fêtes d'Eleusîne et des Tesmophores étaient accompagnées de jeûnes rigoureux , surtout entre les femmes, qui passaient un jour entier assises à terre dans un équipage lugubre , et sans prendre aucune nourriture». A Rome 9 il y avait des jeûnes réglés en l'honneur de Jupiter ; et les historiens font mention de ceux de Jules César , d'Auguste , de Vespasien, de Marc Aurèle, etc. Les athlètes en particulier en pratiquaient d'étonnans.
( L'abbé Mallet. }
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