‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 4)Chapitre 27 sur 62 · partie de l'action qui a précédé. L'entr'ade lui en fournit · texte numérisé non relu

partie de l'action qui a précédé. L'entr'ade lui en fournit

l'occasion. Les chœurs des Grecs servaient à ce double

usage; et l'on s'aperçoit clairement que la pliqpart ont été

composés dans cette vue. Ce sont des repos qui servent à

arranger et à affermir les impressions reçues; aussi rien de

plus mal ima{^né que de remplir ces intervalles par des

dansjss ou des concerts de musique » qui ne son); propres

qu'à distraire l'atteMicm.

Dans certains cas enfin , l'interruption est nécessaire à l'action du drame. H arrive souvent que le poète est obligé de faire paraître un personnage sur la scène» qui doit y venir seul; dans ce cas, il faut qu'il y ait eu une interrupr tiôn de scènes. D'un autre côté , si l'acteur , qui est restg seul au théâtre » est obligé de quitter la scène , pour que Faction puisse avancer; lorsqu'il est question , par ex«nple , d'aller pr^dre ailleurs quelque édaircissement indispensable , la scène se trouve nécessairement vide* Qu^^ quefois encore le progrès de l'action dépend de choses qu^ ne peuvent point être mises sur la scène; en ce cas là Finterruption devient inévitable. Le dénouement de la tragédie des sept capitaines devant Thèbes , dépend , par exemple , du combat entre le» deux frères ennemis; aprè&

gue tout a été amené jusqu'à ce point y il faut de nécessite? que Faction reste suspendue jusqu'à la fin du combat* Si le poète avait voulu remplir cet intervalle, par des dialogues sur quelques lieux communs de morale , comme oim en trouve dans des pièces modernes , il aurait ennuyé.

C'est de ces considérations que le poète dramatique doit tirer la distribution de ses actes. L'action doit toujours être interrompue, de manière que la suspension soit fondée sur l'un ou l'autre des motifs que nous venons d'énoncer. La nature n'avoue point la règle arbitraire et l'usage étaUi chez quelques modernes de faire tous les actes d'une étendue à peu près ^ale. Les anciens n'y ont jamais songé. Un même drame , chez les anciens , contient des actes fort longs et des actes trèsrcourts.

Quoique le nombre de cinq soit généralement celui des actes chez les anciens, on ne péchera contre aucune règle bien établie , si , dans la disposition d'une pièce de théâtre, on réduit les actes à un moindre nombre.

Yossius,en marquant la division d'une pièce de théâtre en dnq actes, nousdit que dans le premier on expose^ que dans le second on développe Fintrigne, que le troisième doit être rempli d'încidens qui forment le nœud, que le quatrième prépare les moyens du dénouement, auquel le cinquième doit être uniquement employé.

Et si la fable est telle, qu'une scène Fexpose, et qu'un mot la dénoue , comme il arrive quelquefois , que devient la division de Yossius?

Quelle est la tragédie , la comédie bien composée , dont le nœud ne commence qu au troisième acte , et dont le cinquième acte en entier soit employé à dénouer ?

Le nœud est la partie de Fintrigue qui doit occuper le

DB l'encyclopédie. 5/

plus d'espace. C'est comme un labyrinthe dont l'exposition fait l'entrée , et le dénouement la sortie.

Les poètes habiles dans leur art conunencent le nœud le plus tôt possible , et le prolongent de même , en le serrant de plus en plus.

Avant la fin du premier acte de VIphigénieen Aulidej la situation a changé deux fois , en devenant toujours plus tragique:

Jfon , tu ne mourras point , je n'y puis consentir.... Et si ma fille vient, je consens qu'on l'iihmole..,. Je cède « et laisse aux dieux opprimer l'innocence. ••.

Iphigénie est arrivée , Achille demande sa main , et Calchas denoiande son sang; voilà déjà le nœud formé. C'est le modèle des gradations que le péril, le malheur^ la crainte , ' la pitié , l'intrigue , en un mot , doit avoir.

En effet , qu'est-ce qu'un acte ? son nom l'exprime : un degré , un pas de l'action. C'est par cette division de l'action totale en degrés que doit commencer le travail du poète, soit dans la tragédie, soit dans la comédie^ lorsqu'il en inédite le plan.

H s'agit , par exemple , de démasquer Tartuffe , ou de le voir maître de la maison ,* diviser le fils et le père, dé" pouiller l'un , amener l'autre à lui donner tout son bien et la main de sa fille. Que fait Molière dans son premier acte? il met sous nos yeux le tableau de cet intérieur domestique. L'ascendant que Tartuffe a sur l'esprit d'Orgon» la prévention aveugle de celui-ci et de sa sœur en faveur d'un fourbe hypocrite , et la mauvaise opinion qu'a [de lui tout le reste de la famille , se manifestent dès la première scène : le combat s'engage ; l'action commence ave^ chaleur.

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