‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophie (volume 4)Chapitre 41 sur 62 · ALCORAN · texte numérisé non relu

ALCORAN

AlcorAN ou Àl-Cokan. ( Théol. ) C'est le livre de la loi mahométane^ ou le livre des révélations prétendues et de la do'ctrine du faux prophète Mahomet.

Le mot alcoran est arabe , et signifie à la lettre , livre ou collection , et la première de ces deux interprétations est la meilleure 5 Mahomet ayant voulu qu'on appelât son alcoran te livre par excellence , à l'imitation des Juifs et des Chrétiens , qui nomment l'ancien et le nouveau Testament Y Écriture , les lAvres»

Les Musulmans appellent aussi leur alcoran aizeehry avertissement ou souvenir, pour ma[rquer que c'est im moyen d'entretenir les esprits des Croyans dans la connaissance de la loi , et de les y rappeler. Dans toutes les fausses religions , le mensonge a afiecté de se donner les traits de la vérité.

L'opinion commune , parmi nous, sur l'origine de l'alcoran , est que Mahomet le composa avec le secours de Batyras, hérétique Jacobite; de Sergius, moine Nestorien, et de quelques Juifs. Dllerbelot, dans sa BibUofhèque orientale , conjecture qu'après que les hérésies de Neslo-

DB L'fiiVCYCLOPéoiE. iSç

rlus €t d'Eutychès eurent été condamnées par des conciles œcxunëniques 9 plusieurs évoques, prêtres, religieux et autres s'étant retirés dans les déserts de l'Arabie et de l'Egypte , fournirent à cet ^imposteur des passages défigurés de rÉcriture sainte, et des dogmes mal conçus et mal réflécliis , qui s'altérèrent encore en passant par son imagi* nation : ce qu'il est aisé de reconnaître par les dogmes de ces anciens hérétiques , dispersés dans l'alcoran. Les Juifs * répandus dans l'Arabie, n'y contribuèrent pas moins ; aussi se vantent-ils que douze de leurs principaux docteurs en ont été les auteiu*s. Quoiqu'on n'ait pas de certitude entière , sur. le premier de ces sentimens , il parait néanmoins plus probable que le second 5 car comme il s'agissait, en donnant l'alcoran , de tromper tout un peuple , le secret et le silence, quelque grossiers que pussent être les Arabes, n'étaient-ils pas les voies les plus sures pour accréditer la fraude? et n'était-il pas à craindre que dans la multitude il ne se rencontrât quelques esprits assez éclairés pour ne regarder pas conyne inspiré, un ouvrage auquel, tant de mains auraient eu part?

Mais les Musulmans croient comme un article de foi , que leur prophète , qu'ils disent avoir été un homme simple et sans lettres , n'a rien mis du sien dans ce livre ; qu'il l'a reçu de Dieu , par le ministère de l'ange Gabriel , écrit sur un parchemin fait de la peau du bélier qu'Abraham immola à la place de son fils Isaac , et qu'il ne lui fut com~ muniqué que successivement , vei'set à verset , en différens tems et en différens lieux, pendant le cours de vingt-trois ans. C'est à la faveur de ces interruptions qu'ils prétendetit lustifier la confusion qui règne dans tout l'ouvrage ; contusion qu'il est si impossible d'éclaircir , que leurs plus ha-

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biles docteurs y ont travaillé vainement : car Mahomet , ou si l'on veut son copiste, ayant ramasaé pêle-mêle toutes ces prétendues révélations, il n'a plus été possible de retrouver dans quel ordre elles ont été envoyées du ciel.

Ces vingt-trois ans que l'Ange a employés à apporter r^coran à Mahomet, sont, comme on voit, une merveilleuse ressource pour ses sectateurs : par-là ils sauvent une infinité de contradictions palpables , qui se rencontrent dans leur loi. Ils les rejettent pieusement sur Dieu même , et disent que pendant ce long espace de tems , il corrigea et réforma plusieurs des dogmes et des préceptes qu^il avait précédemment envoyés à son Prophète.

On peut rapporter , en général , toute la doctrine de la religion mahométane aux points historiques et dogmatiques : les premiers, avec quelques traces de vérité, sont mêlé» d'une infinité de fables et d'absut dîtes. Par exempl« , on lit dans Falcoran , qu'après le châtiment dé la première postérité des enfans d'Adam , qu*on y nomme le plus, ancien des prophètes ^ Noé aVait réparé ce que les premiers avaient perdu 5 qu'Abraham avait succédé à ce second, Joseph au troisième; qu'un miracle avait produit et conservé Moyse; qu'enfin Saint-Jean' était venu prêcher l'Evangile; que Jésus-Christ, conçu sans corruption dans le sein d'une Vierge , exempte des tentations du démon, créé du souf&e de Dieu, et animé de son Saint-Esprit, était venu l'établir , et que Mahomet l'avait confirmé. En donnant ces éloges au Sauveur du monde , que ce livre appelle le verbe , la vertu ^ l^dme et la force de Dieu , il nie pourtant sa génération étemelle et sa divinité, et mêle Aes fables extravagantes aux vérités saintes de notre religion 5 et irien n'est plus ordinaire que d^ trouver à côte

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d^une chose aensée, les imaginatioiis les pltid tididules. Quant au dogme , les peines et les récompenses de la vie future étant tm motif tirès-puissant pbuf Animer ou retenir les hommes , et Mahomet ayant affaire à un peuple fopt adonné aux plaisirs des sens , il a trix devoir borner la félicité étemelle à une facilité sans bornes de contentet leurs désirs à cet égard, et les châtimens ^ prinèipalemeilt à la privation de ces plaisirs , accompagnée pourtant de quelques tourmetis terribles, moins par leUJr dutée que par leur riguëut. ^

En consé<|uence ^ il enseigne dans Falcoran qu'il y tt sept paradis ; et le livre d'Âzar , ajoute que Mahomet les vit tous , monté sur ïalborackj animal de taille moyenne , entre celle de l'âne et celle du mulet : que le premier est d argent fin; le second d'or; le troisièibe de pierres précieuses , où se trouve un ange ^ d'ime lùain duquel à l'autre il y a soixante-dix mille journées , avec un livre qu'il lit toujours; le quatrième est d'émeraudes ; le cinquième de cristal; le sixième de couleur de feu; et le septième est un jardin délicieux , arrosé de fontaines et de rivières dé lait , de miel et de vin; avec divers arbres toujours verts, dont les pépins se changent en des filles si belles et si douces, que si l'une d'elles avait craché dans la mer, l'eau n'en aurait plus d'amerturiie. Il ajoute que ce paradis est gardé par des anges , dont les uns ont la tête d'une vache , quî porte des cornes t lesquelles ont quarante mille nœuds , et comprennieïit quarante journées de chemin d'un nœud à l'autre. Les autres anges ont soixante-dix mille bouches, chaque bouche soixante dix mille langues, et chaque langue loue Dieu soixantedixmille foisle j our en soixante-dix millesor tes d'idiomès différens. Devant le trône dé Dieu sont quatorze

cierges allumés , qm contiennent cinquante journée^ âe chemin d'un bout à l'autre. Tous les appartemens de ces cieuî imaginaires seront omës de ce qu'on peut concevoir * de plus brillant 5 les Croyans y seront servis des mets les

plus rares et les plus délicieux, et épouseront des houris, ou jeunes filles, qui, malgré le commerce continuel que les Musulmans auront avec elles , seront toujours vierges. Par où Ton voit que Mabomet fait consister toute la béa

l^,\^j^ ^^tX^^ titude de ses prédestinés dans les voluptés des sens.

ll^S ^'l/ul.'A4 tfA^flf L'enfer consiste dans des peines qui finiront un jour It. . V, LP^^ ^^ bonté de Mahomet, qui lavera les réprouvé» dans

une fontaine, et les admettra à un festin composé des restes de celui qu'il aura fait aux bienheureux. II admet aussi un jugement après la mort , et une espèce de purgatoire, c'est-à-dire , des peines dans le tombeau et dans le

i * L- /«-t*^-- \ *^^^ ^^ ^ terre, pour les corps de ceux qui n'auront ps I ' \ parfaitement accompli sa loi.

Les deux points fondamentaux de Vahoran suffiraient pour en démontrer la fausseté : le premier est la prédestination , qui consiste à croire que tout ce qui arrive est tellement déterminé dans les idées étemelles , que rien n'est capable d'en empêcher les effets ; et l'on sait à quel point les Musulmans sont infatués de cette opinion. Le second est que la religion mahométane doit être établie sans miracles, sans dispute^ sans contradiction ; de sorte que tous ceux qui y répugnent doivent être mis à mort, et que les Musulmans qui tuent ces incrédules, méritent le paradis ; aussi 'l'histoire fait-elle foi qu'elle s'est encore moins établie et répandue par la séduction , que par la violence et la force des armes.

Il est bon d'observer que l'alcoran , tant que vécut Ma-

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liomet, ne fut conserve que sur des feuilles volantes; et que ce fut Aboubekre , son successeur , qui ^ le premier , fit de ces feuilles volantes un volume , dont il confia la garde à Hapsha ou Âiicha , veuve dé Mahomet , comme l'original auquel on pût avoir recours en cas de dispute ; et comme il y avait dëjà un nombre infini de copies de laicoran répandues dans l'Asie , Othman , successeur d'Aboubekre, en fit faire plusieurs, conformes à l'original qui était entre les mains d'Hapsha, et supprima toutes les autres. Quelques auteurs prétendent que Mohavia, calife de Babylone , ayant fait recueillir les différentes copies de Talcoran , confia à six docteurs des plus habiles le soin de recueillir tout ce qui était véritablement du fondateur de la secte , et fit jeter le reste dans la rivière. Mais malgré Tattention de ces docteurs à établir un seul et même fondement de leur doctrine, ils devinrent néanmoins les chefs de quatre sectes différentes. La première et la plus superstitieuse est celle du docteur Melik , suivie par les Mores et par les Arabes. La seconde, qu'on nomme I'/tticniarie, conforme à la tradition d'Ali, est suivie parles Persans. Les Turcs ont embrassé celle d'Omar qui est la plus libre ; et celle d'Othman , qu'on regarde comme la plus isimple, est adoptée par les Tartares; quoique tous s'accordent à regarder Mahomet comme le plus grand des prophètes. Les principales différences qui soient survenues aux copies faites postérieurement à celle d' Aboubekre , consistent en des points qui n'étaient pas en usage du tems de Mahomet , et qui y ont été ajoutés par les commentateurs, pour fixer et déterminer la véritable leçon, et cela à l'exemple des Massorètes , qui ont aussi mis de pareils points au texte hébreu de l'Écriture.

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. Tout Falcora& est divisé en auras ou chapitres y et Its suras sont subdivisées en petits versets mal cousus et sans suite» q|ii ressemblent plus à de la prose qu'à de la poésie. La division de l'alcoran en suras est moderne ^ le nombre en est fixé à soixantCé La plupart de ces suias ou chapitres ont des titres ridicules , comme de la ^ache, des fourmis, des mouches ^ et ne traitent nullement de ce que leurs titres annoncent.

Il y a eu sept principales éditions de l'alcoran; deux à Médine» une à la Mecque» la quatrième à Goufa, une à Balsora 9 une en Syrie , et l'édition commune. La première contient six mille vers ou lignes ; les autres en contiennent deux cents ou deux cent trente-^ix de plus ; mais pour le nombre des mots ou des lettres , il est le même dans toutes : celui des mots est de soixante-dix-sept mille six cent trenteneuf» et celui des lettres de trois cent vingt-trois mille quinze.

Le nombre des commentaires de l'alcoran est si immense , que des titres seuls rassemblés on en pourrait faire un très-gros volume. Ben Oschair en a écrit l'histoire » intitidée, Tarihh Ben .Oschair^ Ceux qui ont le plus de vogue sont le Raidhaori Thaalebi , le Zamalch schart , et le BacaL

Outre l'alcoran» dont les Mahométans font la base de leur croyance 9 ils ont un livre de traditions appelé la Sonna. Ils ont aussi une théologie positive,» fondée sur l'alcoran et sur la sonna » et une scolastique fondée sur la raison. Ds ont leurs casuistes et une espèce de droit canon» où ils distinguent ce qui est de droit divin d'avec ce qui est de droit positif.

On a fait différentes traductions de l'alcoran : nous en

DB L BUrCYÔLÔPiiBlK. l45

«LVOns une en frari^is , d'Andrë du Rier , sieur de Maille-

zais; et le P; Maraci, professeur en langue arabe dans le

collège de Rome , en fit imprimer à Pado'ue, en iGgSr, une

latine, à laquelle il avait travaillé quarante ans, et'qni

passe pour la meilleure , tant par rapport à la fidélité à

rendre le teinte , qu'à cause des notes savantes , et de la

réfutation complète des rêveries de Falcoran , dont il Fa

ornée.'

( Uahhé Mallkt. )

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