‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 5)Chapitre 2 sur 56 · DÉMON · texte numérisé non relu

DÉMON

JjÉMON. ( Hisi. anc. , mod. ^ ei Belles-lettres. ) Nom que les anciens donnaient à certains esprits ou gënies , qu'on croyait apparaître aux hommes pour leur rendre service ou pour leur nuire.

La première idée des démons est venue de Ghaldée ; de là elle s'est répandue chez les Perses y chez les Egyptiens et chez les Greos. Pythagore et Thaïes sont les premiers qui ont introduit les démons en Grèce. Platon a embrassé cette opinion, et l'a développée d'une manière plus étendue et plus daire qu'aucun des philosophes qui l'avaient précédé^i Par démena, il entendait des esprits inférieurs aux dieUx , mais supérieurs aux hommes 9 des esprits qui habitaient la moyenne région de l'air , et entretenaient la cammunication entre les dieux et les hommes , portant aux dieux les offrandes et les prières des h^^nnnes, et an^

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nonçant aux hommes la volonté des dieux. Il n'en admettait que de bons et de bienfaisans. Mais ses disciples, dans la suite , embarrassés de rendre raison de Porigine du mal, en adoptèrent d'autres , ennemis des hommes.

Cette nouvelle opinion n^était pas moins révoltante pour la raison y que la nécessité du mal dans l'ordre des choses. Car en supposant , comme on y était obligé , un être supérieur, dont ces esprits étaient dépendans, comment cet être leur aurait-il laissé la liberté de nuire à des créatures qu'il destinait au bonheur ? c'était un abîme pour l'intelligence humaine , et dans lequel la religion seule a pu porter le flambeau.

n n'y arien déplus commun dans la théologie payenne, que ces bons et ces mauvais génies. Cette opinion superstitieuse passa chez les Israélites par le commerce qu'ils eurent avec les Ghaldéens; mais parles démons ils n'entendaient point le diable ou un esprit malin. Ce mot n'a été employé dans ce dernier sens que par les évangélistes et par quelques Juifs modernes.

Un auteur anglais nommé Gale , s'est efforcé de prou« ver que l'origine et l'établissement des démons , était une invention d^'après l'idée du Messie. Les Phéniciens les appelaient BaaUm. Ss reconnaissaient un Être suprême, qu'ils nommaient Baal et Molochi mais outre cela ils admettaient sous le nom de Baalim quantité de divinités inférieures , dont il est si souvent fait mention dans l'ancien Testament. Le premier démon des Egyptiens fut Mercure ou Theut. L'auteur que nous venons de citer trouve beaucoup de ressemblance entre les différentes fonctions attribuées aux démons, et celles du Messie.

DÉMON DE SocRATE. (Hist anc. et Hist. de la Philosophie^ ) Ce philosophe disait avoir un génie familier , dont les ayerlissemens ne le portaient jamais à aucune entreprise, mais le détournai ent-seulement d'agir lorsqu'une action lui aurait été préjudiciable. Gicéron rapporte dans son livre de la Dipînation ^ qu'après la défaite de l'armée athénienne , commandée par le préteur Lâchez , Socrate fuyant avec ce général , et étant arrivé dans un lieu où aboutissaient plusieurs chemins différens, il ne voulut jamais suivre la même route que les autres, alléguant pour raison que son démon l'en détournait. Socrate en efiFet se sauva., tandis que tous les au très furent tués ou pris par la cavalerie ennemie. Ce trait , et quelques autres semblables , persuadèrent aux contemporains de Socrate , qu'il avait effectivement un démon ou un génie familier. Les écrivains , tant anciens que modernes , ont beaucoup recherché ce que ce pouvait être que ce démon, et plusieiu's ont été jusqu'à mettre en question si c'était un bon ou mauvais ange. Les plus sensés se sont réduits à dire que ce n'était autre chose que la justesse et la force du jugement de Socrate qui , par les règles de la prudence et par le secours d'une longue expérience , soutenue de sérieuses réflexions , faisait prévoir à ce philosophe quelle serait l'issue des affaires sur lesquelles il était consulté , ou sur lesquelles il délibérait pour lui-même. Le fait rapporté par Gicéron , et qui parut alors merveilleux, tient bien moins du prodige que du sang froid que Socrate conserva dans sa fuite ; la connaissance d'ailleurs qu'il avait du pays , put le déterminer à préférer ce chemin , qui le préserva des ennemis ^

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à la cavalerie desquels il était peut-être impraticable. Mais on conjecture que Socrate ne fut peut-être pas (aché de persuader à ses concitoyens 9 que quelque divinité s'intéressait à son sort , et par le commerce particulier qu'elle entretenait avec lui, le tirait du niveau des autres hommes.

L'abbé Mallet.

as:

DEMONSTRATIF.

Démonstratif. (^BetteS' Lettres.) Genre d'éloquence, qui a pour objet la louange ou le blâme.

Parmi les sources de la louange et de l'invective que les rbéteurs ont indiquées , il en est où la justice et la raison nous défendent de puiser. Ou peut , en louant un homme recommandable , rappeler la gloire et les vertus de sts aïeux ; mais il est ridicule d'en tirer pour lui un éloge. L'on peut et l'on doit démasquer l'artifice et la scélératesse des méchans, lorsqu'on est chargé par état de défendre contre eux la faiblesse et Tinnocence; mais ce sont euxmêmes, non leur famille, que l'on est en droit d'attaquer , et il est absurde et barbare de reprocher aux enfans les malheurs , les vices, ou les crimes des pèr^. Le reproche d'une naissance obscure ne prouve que la bassesse dé celui qui le fait. L'éloge tiré des richesses, ou le blâme fondé sur la pauvreté , sont également faux et lâches. Les Doms. le crédit, les dignités exigent le mérite, et ne le donnent pas. En un mol, pour louer ou blâmer justement

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qudqu'tm, il faut le prendre en lui-même 9 et le dépouiller de tout œ qui n'est pas lui.

C'est ainsi que chez les sages Egyptiens les mottsëtaielit jugés 9 et qu'un examen solennel de la vie discernait les bons des mëchans* Ghes les Grecs , disciples et héritiers de la sagesse des Egyptiens, la louange et le blâme, moins tardifs et bien plus utiles , n'attendaient pas la mort de l'homme vertueux^ ou du méchant, pour ëclatei;* Il y * avait des éloges funèbres pour les guerriers qui avaient mérité la reconnaissance de la patrie en combattant et en mourant pom* elle; et c'était moins un tribut pour les morts qu'une leçon pour les vivans. Mais pour le citoyen qui s'était signalé par quelque service éclatant, par des bienfaits envers l'état , pat des vertus et des talens utiles et recommandables , il y avait ^ de son vivant même, des éloges et des couronnes; il y en avait pour des républiques qui s'étaient montrées secourables et généreuses; et dans des fêtes solennelles , les députés des peuples de la Grèce venaient offrir l'hommage de leur reconnaissance au peuple bienfaiteur qui les avait servis. On Voit des eitemples de l'un et de l'autre usage dans la harangue de Démosthène pour la couronne. C'est un monument remarquable dans les fastes de l'antiquité, que le décret des peuples de By2ance et de Périnthe à la gloire d'Athènes, qui les avait sauvés lorsque Philippe assiégeait leurs murailles. Par ce décret 9 il était accordé aux Athéniens là liberté de s'établir dans les états de Périnthe et de Byzance, et d'y jotiir de toutes les prérogatives de citoyens ; de plus , dans Tune et l'autre ville, une place distinguée dans les spectàdes, le droit de séance dans le corps du sénat et dans les assemblées du peuple , à côté des pontifes , avec entière exemp-

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tioA d'impôts et d'autres charges de l'ëtat : enfin , il était ordonné que sur le port on érigerait trois statue^ de seize ooudées chacune , qui représentemiênt le peuple d' Athè-ses oouronné par le peuple de Bysance et par le peuple de Périfithe , qu'on lui env^rait des présens aux quatre jeux solennels de la Grèce y et qu'on y proclamerait la cou^ ronnâ cpie ces deux villes avaient décernée au peuple d'Athènes ; en sotte que la même cérémonie apprit À tous les Grecs y et la magnanimité des Athéniens ^ et la reconnaissance des Périnthiene et des Byzantins : ce sont les ternes du décret»

Pour la même cause , le peuple de la Ghersottèse décernait au peuple et au sénat d'Athènes une couronne d'or de soixante talens , et faisait dresser deux autels l'un à la déesse, de la reconmdssanoe ^ et l'autre au peuple athéniefl.

Gette manière de louer les actions généreuses avait soft éloquence^ H faut avouer cependant que ce ne fut que lorsque la vertu se ralentit psjrmi les Grecs ^ qu'cm y at'^ tacha l'aiguillon de la louange personnelle, cet aiguillon de gloire; et que des honneurs qui d'abord étaient réservés au mérite 9 bientôt moins rares et enfin prodigués , perdirent beaucoup de leur prix» C'est oe qui donna lieu 4 oe bel endroit de la harangue d'E^chine contre Gtésiphon , ou plutôt contre Démosthène.

« A votre avis , Athéniens 9 lequel dés deux vous pàràH un plus grand personnage, ou de Thémistocle, par qui vous remportâtes sur les Perses la victoire navale de Salanùne, ou de Démosthèûe, qui a fiii dans la bataille de Chéronée? Lequel doit l'emporter, ou de Mîltîade, vainqueur des Barbares à Marathon ^ ou de ce misérable ha-*

ran<meur ? Le prëféi*ez-vous aux fameux chefs qui f ain^ uècent de Phyle nos citoyens fugitifs? le placez vous au* dessus d'Aristide , surnommé le Juste , surnom si différent de celui qui caractérise Démosthène ? Moi , j'en atteste tous les habitans de l'Olympe , je ne crois nullement permis de mêler dans un même discours le souvenir de celte bète féroce avec la mémoire de ces héros. Or que Démosthène , dans la belle harangue qu'il prépare , nous indique où et quand on décerna jamais à quelqu'un de ces héros une seule couronne? Est-ce donc qu'alors le peuple d^Aihènes avait l'âme ingrate ? Non , mais magnanime. Et ces grands hommes , à qui la patrie n'accorda point cette espèce d'honneur , n'en étaient que plus dignes d'elle : car ils ne croyaient point que leur gloire dût se perpétuer dans des décrets , mais bien s'éterniser dans la mémoire des citoyens qui leur devaient de la reconnaissance; mémoire où , depuis ce tems-là jusqu'à ce jour , ils jouissent

d'une constante immortalité Une troupe de citoyens

avaient triomphé des Mèdes , au bprd du Strymon. Leurs chefs demandèrent une récompense , et le peuple leur tu accorda une grande dans l'opinion de ce tems-là : il ordonna que dans la galerie des statues on leur en élevât trois, à condition pourtant de n'y point graver leurs noms, afin que l'inscription parût appartenir en propre , non aux généraux, mais au peuple. » De ces trois inscriptions, en voici une qui donne l'idée des deux autres.

c Athènes , par ce monoment , A d'illuatree guerrière veut éternellement

Consacrer sa reconnaisance.

Enfans de ces héros, voulez-vous mériter Une semblable récompense?

' Tous n'avez qu'à les imiter. »

DE L^ENOYCLOPiDlK. 1^

« De \k iransportezp^vous , ajoute l'orateur , dans la galerie àe& peintures : car c'est dans ce lieu m^me ^ où vous vjoii$ swembleE frëflptenuneiiiy que l'on a déposé les moouneos de tontes les actions mémorables. Dans ce lieu un liUfiau TOUS retrace la i>atatlle de Maratbon, Mais cpiri est le génâsal qui commandait dans cette fameuse joniv»ée? Je m'assure qu'à cette question ^ tous unanimemait et conmie à l'^iTi vous répondez, Mïltiade» Nulle inscription toutef(^ ne le nomme : pourquoi cela ? est-ce qu'il ne demanda pas cette récompense ? Oui , certainement il la demanda; mais le peuple ne la lui accorda pomt; et, pour toute grâce, H voulut bien qu'au lieu d'une inscription qui nommât le vainqueur, il occupât dans le tableau la première }tlace , et fût représenté dans l'attitude d'un chef qui exhorte le soldat à faii^son devoir... Dans ce tèms-là , ajoute-t-il enfin , on décernait une couronne, non d'of, mais d'olivîer. Car alors une couronne d'olivier était précieuse ; au lieu que maintenant on méprise même une courçnne d'or. »

Démosthène , dans sa harangue sur le goui^ernement de la république^ reprocbe lui-même aux Athéniens de son tems de dire qu'un tel général a gagné telle bataille ; au lieu ^e du tems de Mîltiade et de Thémîstocle , on disait : Le peuple d Athènes a gagné la bataille de Ma* raÂhon^ le peuple ^Aikènee a remporté la victoire de Salamine*

A Borne, on observe de jnême que^ dans les tems où les grandes vertus étaient les plus communes, les honneurs pnibliqueme0t rendus aux citoyens étaient plus rares. On croit même assez communément que jusqu'au tems de Cîcéron, il n'y eut point d'éloges prononcés en l'honneur Tome v. a

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des virans , et presque pas en l'honneur des morts. Cependant je yois dans Plutar<jue (vie de Camille) y que les dames romaines s'ëtant dëpouillëes de leurs joyaux d'or pour en fisiire l'urne vouée à Apollon , le sënat , voulant recompenser et honorer dignement leur magnanimité » ordonna qa après leur mort on ferait leur oraison funèbre ^ comme on faisait celle des grands personnages • Quoi qu'il en soit , les orateurs romains parlaient assez légèrement de ce genre d'écrire en usage parmi les Grecs : Laudationes scriptitaperunt. Les louanges qui se mêlaient dans leurs plaidoyers avalent la brièveté simple et nue d'un témoignage: iVb^^rœ laudationesy quitus mjbro utimur, testimonii brevitatem habent nudam atque inomatam .- et^ à l'égard de celles qu'on donnait aux morts dans les devoirs funèbres y on ne croyait pas que ce fût le lieu de faire briUer l'éloquence : une piété triste dictait cette harangue y où l'éloquence , dit Cicéron , n'avait point à se déployer : quœ ad orationis laudem minime accommodata est, (De Orat. 1. 2. )

Mais Cicéron donna lui-même, soit dans ses plaidoyers, soit dans des harangues particulières, les modèles les plus par£eiits de l'art de louer grandement. Il fit presque en même tems le panégyrique de Caton et la félicitation à CésoTypro Marcello y qui est le chef-d'œuvre des harangues. Dans deux traits de conduite si opposés en apparence, on a peine, au premier coup d'oeil, à reconnattre le même homme. Pose dire pourtant que l'oraison pour Marcellus n'est pas d'un homme indigne d'avoir loué Caton. L'on voit, par les lettres de Cicéron, que, dans reloge de Caton , il avait mis de la prudence ; il mit du courage dans celui de César, mais le courage le plus adroit*

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Saisissons en passant l'esprit de cette harangue éloquente. En parlant de l'art oratoire > on peut se permettre d'efiacer la seule tache qui reste à la mémoire de Cicéron ^ et de prouver ce qu'il dit de lui - même i Servipi cum aliqud dignitate. (Ad Âtticum.)

Après la défaite de Scipion en Afrique, il n*y avait pour un citoyen dHmportanc^ que trois partis à prendre : ou de mourir , ou de s'élever , ou de s'exiler soi-même dans quelque coin du monde, comme avait fait Marcellus à Mytilène , et d'y vivre obscur , s'il plaisait au vainqueur • ou de s'accommoder au tems , et de tâcher encore d'êtie utile à sa patrie, en se ménageant , avec décriée et avec dignité , la bienveillance de César : c'est là ce que fit Cicéron. Il fallait, pour cela, tenir un milieu juste entre Taustérité d'un philosophe et la bassesse d'un courtisan • être républicain, mais Têtre avec prudence; croire, ou supposer à César la volonté de n'être lui-même que le premier des citoyens; et Tencourager par des louanges^ puisque la force n'avait pu l'y réduire^ à mettre le comble à sa gloire, en accordant à sa patrie le bienfait de la liberté*

L'exemple récent dés proscriptions de Marins et de Sylla ne justifiait que trop , dans les moeurs de Rome , la conduite opposée à celle de César envers ses ennemis , c'est-à-dire l'abus de la force et de la victoire. Souverain parle droit des armes , si légitime aux yeux des Romains^ César fut magnanime à s^ périls ; et dans peu , sa mort prouva bien le mérite de sa démence.

Ce fut cette clémence que Cicéron loua dans l'oraison pour Marcellus.

«Il faut, écrivait-il à se% amis, nous contenter de <ip qu'on voudra bien nous accorder comme une grâce* Cehii

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qui n'a pu se soumettre à cette nécessitiS a d& choisir la mort... Puisque, avec tout mou courage et toute ma philosophie , j'ai cru que le meilleur parti était de vivre , il Êtut bien que faime celui de qui je tiens cette vie, que )'ai préférée à la mort. )» ' ^

En louant donc César de s'être Vaincu lui-même , et en élevant cette victoire au-dessus de celles qu'il avait remportées stur les nations , il ne le flatte point ; il ne dit que des faits dont Tunivers était rempli : mais en l'exhortant à ne pas négliger le soin de sa vie , et en lui reprochant le mépris qu'il en fait , il lui montre l'usage qu'il en doit faire. C'est là le but de sa harangue ; c'est là que la louange la plus éloquente assaisonne et déguise la plus courageuse leçon.

<( De tes enneihis , lui dit-il , les plus opiniâtres ont quitté la vie , les autres te la doivent , et sont devenus tes amis. Cependant les ténèbres du cœur humain sont si profondes, les replis en sont si cachés , que nous devons te donner des soupçons pour exciter ta vigilance. » (Ce passage est bien remarquable. ) Sed tamen quum in animis JtominuTn tantœ latebrœ sint et tanti recessus , augeamua èanè suspicionein tuant '^ aimul enim augehimus diligentiam. « C'est à toi, ajoute- 1- il, et à toi seul de relever tout ce qu'a renversé la guerre, de rétablir les tribunaux , de rappeler la bonne foi , de réprimer les passions , de rendre nombreuse et florissante une génération nouvelle , de réunir et de lier ensemble , par de sévères lois, tout ce que nous voyons dissous et dispersé... C'est à loi de guérir toutes les plaies de la guerre ; et nul autre ^^e toi n'est capable de les fermer. Pentends à regret, aj<mt(p-t-il , ces paroles si mémorables qui ne tVchappent

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que trop souvent : Xai assez vécu pour la nature ei pour la gloire. Assez pour la nature , cela peut être ; assez pour la gloire , je le veux encore ; mais certainement trop peu pour la patrie \ et c'est là le plus important. Tu es encore si loin , à son égard , d'avoir consonmié tes travaux y quç tu n'as pas même jeté les fondemens du bonheur public <pie.lu médites. C'est à la fin de ce grand ouvrage que tu placeras le terme de ta vie^ si tu consultes, je ne dis pa# seulement ton amour pour la république y mais ton équité naturelle. Et que serait-ce si , pour la gloire même , dont tu es si avide tout sage que tu es, tu n'avais pas assez vécu? Quoi! diras-tu y n'ai-je donc pas acquis assez de gloire?

Assurément c'en serait assez pour un autre et pour plur sieurs autres ensemble» mais pour toi seul ce n'est pas assez ; et si le fruit de tes travaux immortels se réduisait à laisser la république dans l'état où nous la voyons, considère , César , que tu mériterais plus d'admiration que de gloire; car la gloix'e est une renommée acquise par les ^ryioes éclatans qu'on a rendus aux siens, à sa patrie ^u à l'humanité entière. Ce qui te reste à faire est donc de travailler à donner à la république une constitution du*rable , et à jouir toi - même de la tranquillité et du rèpos^ que tu lui auras assuré. Alors, apris avoir payé à la patrie ce qu£ tu lui dois , et après avoir rempli le vœu de la nature, rassasié de la vie, tu diras, si tu veux^ que tu as assez vécu. » C'est le développement de ce devoir, imposé^ à César , d'employer le reste de sa vie à rétablir la r^nblique ; c'est là , dis - je , ce qui forme la partie lessentielle de la harangue de Cicéfon ; et jamais la magnificenice let l'adresse de l'âoquence n'ont été à on plus hwt poin^*

Dès q[ue Cîcéron reconnut que César voirait doi^cr^

il prit le parti de la retraite et du silence. Scmiliberi saltem simus ^ ëcrivait-il à Âtticus, qtiod assequemur et tacendo et latendo; et il finit par pri^sager et par souhaiter même la perte de César : Corruat iate necesse est, ., ^ id spero vwis nobisfore, Cicëron était sénateur ; et le sénat était un roi que César avait détrôné.

La louange était , comme on vient de le voir , la fonction la plus rare de Forateur dans les anciennes républiques; et au contraire , Taccusation , le reproche, le blâme^ étaient l'un de ses emplois les plus fréquens.

 Athènes , les magistrats rendaient leurs comptes en public ; et le héraut du tribunal des comptes demandait à haute voix : Quelqu'un veut -il proposer quelque chef d^ accusation ? Les généraux d'armée , tous les hommes publics étaient soumis à l'inspection et à l'accusation pu-^ blique. Tout citoyen doué du don de l'éloquence était un homme redoutable pour qui faisait mal son devoir. H en était de même à Rome. L'ambitieux qui briguait les charges y l'administrateur infidèle qui s'enrichissait aux dépens du public, le proconsul ou le préteur qui exerçait dans sa province , des violences , des concussions et des rapines, était traduit en jugement par tel des citoyens qui voulait l'accuser. Il ne faut donc pas s'étonner si l'éloquence était si fort en recommandation. C'était l'arme offensive et défensive de l'honneur ^ de la fortune , de la vie des citoyens. Toutes les causes criminelles se plaidaient. Gicéron avait passé sa vie à attaquer ou à défendre; mais les trois hommes qu'il poursuivit avec te plus d'ardeur furent Verres , Catilina et Marc-Antoine.

L'abus de la louange était l'adulation 5 l'abus de Taccusation juridique était la calomnie ou la diffamation gi-a«

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tuite : j'appelle gratuite celle qui ne portait pas sur une infraction des lois* Les orateurs faisaient cette distinction, et ue l'observaient pas. Les haranguer d'Eschine et de Démosthène, l'un contre l'autre, sont remplies des injures les plus atroces. Les Philippiques de Gicëron ne sont pas exemptes de ce défaut. On voit pourtant que chez les Grecs, plus délicats en toute autre chose et plus polis que les Romains, l'invective était plus grossière , par la raison. sans doute que les Romains, plus sérieux et plus sévères dans leurs moeurs, voulaient aussi plus de décence. Ds sont blessés , dit Gicéron , ai turpiter, ai aordidè , ai quoquo ammi vitio dictum eaae âîiquid videaiur. Le peuple d'Athènes , plus enclin à écouter la médisance , et plus malin par vanité , n'exigeait pas tant de respect. Son premier mouvement était d'applaudir à la calomnie; son mouvement de réflexion était de détester et de punir le calomniateur.

Lorsqu'il n'y eut plus de liberté pour Rome, et qu'il j restait encore quelque éloquence , la louange y fut prostituée , et l'accusation interdite ou changée en délation.

Dans l'un des meilleurs ouvrages de littérature dont notre siècle ait. droit de s'honorer (YJEaaai de Thomas sur les JE logea ) , on peut voir quel abus monstrueux on fit de la louange et de l'apologie. U éloge funèbre de Tibère fi^ prononcé par Caligula ; Claude fut loué par Néron ; et ce tigre eut le courage de vouloir justifier en plein sénat le meurtre de sa mère. Dans des ten^s plus heureux, l'éloge funèbre d'Antonin fut prononcé dans la tribune par JMarc-Aurèle : c'était la ofertw qui louait hf vertu ; c'était, le maître du monde qui faisait à Vunivers le serment ^être humain et juste , en célébrant la justice

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et Vhumanité aur la tombe d! un grand homme. (E^ni sur les Éloges. )

Cicéron, en louant Pompée et Cësar^ uvaît dcflftnë, quoique bon citoyen^ un exemple tpès-âangeretn ^ qui fut suivi par des esclaves* La flatterie , sous les empereurs, fut proportionnéie à k bassesse d'un peuple avili , et à l'orgueil de ses tyrans : les plus féroces furent les jAus loués. Le |>anégyrique de Trajan fut une sorte d'expiation des turpitudes de l'éloquence. La philosophie y recomm^da la vertu à la vertu même , et pour l'encourager à se ressembler toujours , lui présenta le miroir : il est à croire que Trajan n'y jeta qu tin coup d'ceil /nodeste. Il se fût pourtant plus honoré si^ en imposant silence au consul 9 il lui eût dit^ comme un autre empereur {Niger) dit depuis à un panégyt'iste qui veilait le louer en face i Orateur^ faites^nouè T éloge de quelque grand homme qui ne soit plus*, pour moi , vivant , Je veux être aimé y et loué quand je serai mottk, ( Essai sur les Éloges. )

La servitude et, après elle, l'ignorance et la barbarie avaient étouffé l'éloquence : la religion la ranima ; et le genre dont nous parlons , celui de la louange et du blâme , ayant reparu dans là chaire *, y reprit enfin la décence ^ la dignité^ l'éclat qu'il avait eu dans la tribune» et pitts de majesté encore*

Mais l'éloquence politique , celle qui ^ datas les tribunaux d'Athènes et de Rome , avait exercé la censlure de l'administration publique » cette fille du patriotisme et de la libarté, cette éloquence gardienne et protectrice dik bien public t ne reparut presque jamais.

Mak^oniëu

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