Tome v
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naîre de choées, quand il est bien &it : c^est alors un on^ vrage très^philosophique. *
Un dictionnaire de sciences ne peut et ne doit être qu'un dictionnaire de £iits, toutes les {bis que 1^ causes nous sont inconnues, c'est-à-dire presque toujours. Enfin, un dictionnaire historique, fait par un philosophe, sera souvent un dictionnaire de choses : £iit par un écrivain ordinaire , par un compilateur de mémoires et de dates^ il ne sera guère qu'un dictionnaire de mots.
Quoi qu'il en soit , nous diviserons cet artide en trois parties, relatives à la division que nous adoptons pour les différentes espèces dé dictionnaires.
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Dictionnaire de Langue. On appelle ainsi un dictionnaire destiné à expliquer les mots les plus usuels et les plus ordinaires d'une langue; il est distingue du dictionnaire historique , en ce qu'il exclut les faits , les noms propres de lieux, de personnes , etc. , et il est distingué du dictionnaire de sciences en ce qu'il exclut les termes de sciences trop peu connues, et familiers aux seuls savans.
Nous observerons d'abord qu^un dictionnaire de langue est ou de la langue qu'on parle dans le pays où le dictionnaire se fait , par exemple , de la langue française à Paris; ou de langue étrangère vivante, ou de langue morte.
Dictionnaire de langue française. Nous prenons ces sortes de dictionnaires pour exemple de dictionnaires de langue du pays; ce que nous en dirons pourra s'appliquer
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facilement aux dictionnaires anglais faits à Londres , aux dictionnaires espagnols faits ù Madrid , etc.
Dans un dictionnaire de langue française 9 il y a prin-r cipalement trois choses à considérer ; la signification de^ mots , leur usage , et la nature de ceux qu'on doit faire eatrer dans ce dictionnnaire. La signification des mots s établit par de bonnes définitions ; leur usage y par une excellente syntaxe ; leur nature enfin ^ par l'objet du dictionnaire même. A ces trois objets princip^;*.x on peut en joindre trois autres subordonnés à ceux-ci ; la quantité ou la prononciation des mots , l'orthographe et Tétymologie. Parcourez successivement ces six objets dans Tordre que nous leur avons donné.
Les définitions doivent être claires ^ précises , et aussi courtes qu'il est possible 5 car la brièveté en ce genre aide à la clarté. Quand on est forcé d'expliquer une idée par le moyen de plusieurs idées accessoires , il faut au moins que le nombre de ces idées soit le plus petit qu'il est possible. Ce n'est point en général la brièveté qui fait qu on est obsciu* y c'est Je peu de choix dans les idées , et le peu (Tordre qu'on met entre elles. On est toujours court et clair quand on ne dit que ce qu'il faut ^ et de la manière qu il le faut ; autrement on est tout à la fois long et obscur. Les définitions et les démonstrations de géométrie , quand elles sont bien faites , sont une preuve que la brièveté est plus amie qu'ennemie de la clarté.
Mais coomie les définitions consistent à expliquer un mot par un ou plusieurs autres , il résulte nécessairemçnt de là qu il est des mots qu on ne doit jamais définir , puisqu'autrement toutes lés définitions ne formeraient plus qu'une espèce de cercle vicieux , dans lequel un mot seraij
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explique par un autre mot qu'il aurait servi à expliquer lui-même. De là il s'ensuit d'abord que tout dictionnaire de langue 9 dans lequel chaque mot sans exception sera défini y^st nécessairement un mauvais dictionnaire^ et l'ouvrage d'une léte peu philosophique. Mais quels sont ces mots de la langue qui ne peuvent ni ne doivent être définis ? Leur nombre est peut-être plus grand que l'on ne s'imagine ; ce qui le rend difficile à déterminer y c'est qu'il y a des mots que certains auteurs regardent comme pouvant être définis ^ et que d'autres croient au contraire ne pouvoir l'être: tels sont, par exemple , les mots âme y espace, courbe , etc. ; mais il est au moins un grand nombre de mots , qui , de l'aveu de tout le monde, se refusent à quelque espèce de définition que ce puisse être ; ce sont principalement les mots qui désignent les propriétés générales des êtres , comme existence , étendue , pensée , sensation , tems , et un grand nombre d^autres.
Ainsi le premier objet que doit se proposer l'auteur d*un dictionnaire de langue, c'est de former, autant qu^illui sera possible, une liste exacte de ces sortes de mots , qui seront comme les racines philosophiques de la langue. Je les appelle ainsi pour les distinguer des racines grammaticales, qui servent à former et non à expliquer les autres mots. Dans cette espèce de liste des mots originaux et primitifs, il y a deux vices à éviter : trop courte , elle tomberait souvent dans l'inconvénient d'expliquer ce qui n'a pas besoin de l'être, et aurait le dé&ut d'une grammaire dans laquelle des racines grammaticales seraient mises au nombre des dérivés ; trop longue , elle pourrait faire prendre pour deux mots de signification trës-difiérente , ceux qui dans le fond enferment la même idée. Par exemple^ les mots de
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durée et de tems , ne doivent point , ce me semble , se trouver Fun et l'autre dans la liste des mots primitifs ; il ne faut prendre que Tnn des deux ^ parce que la même idée est renfermée dans chacun de ces deux mots. Sans.doute la définition qu'on donnera de l'un de ces mots ne servira pas à en donner une idée plus claire que celle qui est présentée naturellement par ce mot ; mais elle servira du moins à faire voir l'analogie et la liaison de ce mot avec celui qu'on aura pris pour terme radical et primitif. En général^ les mots qu'on aura pris pour radicaux doivent être tels que chacun d'eux présente une idée absolument différente de l'autre ; et c'est là peut-être la règle la plus sure et la plus simple pour former la liste de ces mots : car après avoir fait l'énumération la plus exacte de tous les mots d'une langue , on pourra former des espèces de tables de ceux c[ui ont entre eux quelque rapport. H est évident que le même mot se trouvera souvent dans plusieurs tables ; et dès lors il sera aisé de voir par la nature de ce mot^et par la comparaison qu'on en fera avec celui auquel il se rapporte, s'il doit ^tre exclus de la liste des radicaux , ou s'il doit en faire partie. A l'égard des mots qui ne se trouveront que dans une seule table , on cherchera parmi ces mots celui qui renferme , ou parait renfermer l'idée la plus simple ; ce sera le mot radical : je dis qui paraît renfermer j car il restera souvent un peu d'arbitraire dans ce choix j^les mots de tems et de durée ^ dont nous avons parlé plus haut, suffiraient pour s'en convaincre. Il en est de même des mots être , exister , idée , perception , etautres semblables; De plus 9 dans les tables dont nous parlons, il faudra ob^ server de placer les mots suivant leur sens propre et prir» mitif y et non suivant leur sens métaphorique ou figuré ;
Ce qui abrégera beaucoup ces différentes tables : un aulre moytn de les abréger encore , c'est d'en exclure d'abcrJ tous les mots dériv*^ et composés qui viennent évidemment d'autres mots , tous les mots qui ne renfermant pas des idées simples , ont évidemment besoin d'être définis ; ce qu'on distinguera au premier coup d'œil : par ce moyen les tables Be réduiront et s'éclairciront sensiblement , et le travail seta extrêmement simplifié. Les racines philosophiques étant ainsi trouvées, il sera bon de les marquer dans le dictionnaire par un caractère particulier.
Après avoir établi des règles pour distinguer les mots qui doivent être définis , d'avec ceux qui ne doivent pas l'être , passons maintenant aux définitions mêmes. II est d'abord évident que la définition d'un mot doit tomber sur le sens précis de ce mot , et non sur le sens vague. Je m'explique; le mot douleur, par exemple, s'applique également dans notre langue aux peines de l'ânle « et aux sensations désagréables du corps : cependant la définition de ce mot ne doit pas renfermer ces deux sens à la fois ; e'est-là ce que j'appelle le sens ^ague, parce qu'il renferme à la (bis le sens primitif et ,Ie sens par extension t le sens précis et originaire de ce mot désigne les sensations désagréables du corps , et on l'a étendu de là aux chagrins de l'âme : voilà ce qn'ime définition doit bien faire sentir.
Ce que nous venons de dire du sens précis par rapport au sens vague , nous le dirons du sens propre par rapport an sens lAétaphorique ; la définition ne doit jamais tomber que sur le sens propre , et le sens métaphorique ne doit y être ajouté que comme une suite et une dépendance du premier. Mais il faut avoir grand soin d'expliquer cv (ens métaphorique, qui fait une des principales richesses
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des langues, et parole moyen duquel, sans multiplier les mots, on est parvenu à exprimer un très* grand nombre d'idées. On peut remarquer, surtout dans les ouvrages de poésie et d'éloquence , qu'une partie très-considérable des mots y est employée dans le sens métaphorique , et que le sens propre des mots ainsi employés dans un sens métar. phorique, désigne presque toujours quelque chose de sensible. Il est même des mots , connue aveuffleTnent , bas^ ^esscy et quelques autres, qu'on n'emploie guère qu'au sens métaphorique : mais quoique ces mots pris au sens propre ne soient plus en usage, la définition doit néanmoins toujours tomber sur le sens propre, en avertissant qu'on y a substitué le sens figuré. Au reste , comme la signification métaphorique d'un mot n'est pas toujours tellement fixée et limitée, qu'elle ne puisse recevoir quelque extension suivant le génie de celui qui écrit, il est visible qu'un dictionnaire ne peut tenir rigoureusement compte de toutes les significations et applications métaphoriques , tout ce que l'on peut exiger , c'est qu'il fasse connaître au moins celles qni sont le plus en usage.
Qu'il me soit permis de remarquer à cette occasion comment la combinaison du sens métaphorique des mots avec leur sens figuré peut aider l'esprit et la mémoire dans Tétude des langues. Je suppose qu'on sache assez de mots d'une langue quelconque pour pouvoir entendre à peu près le sens de chaque phrase dans des livres qui soient ^rits en cette langue , et dont la diction soit pure et la syntaxe très-facile; je dis que sans le secours d'un dictionnaire , et en se contentant de lire et de relire assidûment les livres dont je parle , on apprendra le sens d'un grand nombre d'autres mots : car le sens de chaque phrase
ëtant entendu à peu près , comme jç le suppose , on en conclura quel est , du moins à peu près , le sens des mots qu'on n'entend point dans chaque pbrase ; le sens qu'on attachera à ces mots sera, ou le sens propre, ou le sen» figuré : dans le premier cas , on aura trouve le vrai sens du mot , et il ne faudra que le rencontrer encore une ou | deux fois pour se convaincre qu'on a deviné juste ; dans le second cas , si on rencontre encore le même mot ailleurs , ce qui ne peut guère manquer d'arriver, on comparera le nouveau sens qu'on donnera à ce mot, avec celui qu'on lui donnait dans le premier cas : on cherchera dans ces deux sens ce qu'ils peuvent avoir d'analogue , l'idée commune qu'ils peuvent renfermer , et cette idée donnera le sens propre et primitif. H est certain qu'on pourrait apprendre ainsi beaucoup de mots d'une langue en assez peu de tems. En effet , il n'est point de langue étrangère que nous ne puissions apprendre , comme nous avons appris la nôtre ; et il est évident qu'en apprenant notre langue maternelle , nous avons deviné le sens d'un grand nombre de mots, sans le secours d'un dictionnaire qui nous les expliquât : c'est par des combinaisons multipliées, et quelquefois très-fines , que nous y sommes parvenus ; et c'est ce qui me fait croire , pour le dire en passant , que le plus grand effort de l'esprit est celui qu'on fait en apprenant à parler ; je le crois encore au-dessus de celui qu'il faut faire pour apprendre à lire : celui-ci est purement de mémoire^ et machinal ; l'autre suppose au moins une sorte de rai- {sonnement et d'analyse.
Je reviens à la distinction du sens précis et propre des inots , d'avec leur sens vague et métaphorique : cette dis<- ^inction sera fort utile pour le développement et l'explî-^
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cation âes synonymes, autre objet très-important dans un dictionnaire de langue. L'expérience nous a appris qu'il n'y a pas dans notre langue deux mots qui soient parfaitement synonymes, c^est-à-dire , qui en toute occasion puissent être indifféremment substitués l'un k l'autre : je dis en toute occasion , car ce serait une imagination fausse et puérile , que de prétendre qu'il n'y a aucune circonstance où deux mots puissent être employés sans choix Tun à la place de l'autre ; l'expérience prouverait le contraire , ainsi que la lecture de nos meilleurs ouvragés. Deux mots exactement et absolument synonymes, se-* raient sans doute un défaut dans une langue, parce que l'on ne doit point multiplier sans nécessité les mots non plus que les êtres , et que la première qualité d'une langue est de rendre clairement toutes les idées avec le moins de mots qu'il est possible : mais ce ne serait pas un moindre inconvénient que de ne pouvoir jamais employer indifféremment un mot à la place d'un autre; non-seulement l'harmonie et l'agrément du discours en souffriraient, par l'obligation où l'on serait de répéter souvent les mêmes termes , mais encore un tel langage serait nécessairement pauvre et sans aucune finesse. Car qu'est-ce qui constitue deux ou plusieurs mots synonymes ? c'est un sens général qui est commun à ces mots : qu'est-ce qui fait ensuite que ces mots ne sont pas toujours synonymes ? ce .sont des nuances souvent délicates, et quelquefois presque insensibles , qui modifient ce sens primitif et général. Donc , toutes les fois que par la nature du sujet qu'on traite^ on xi'a point à exprimer ces nuances , et qu'on n'a besoin que du sens général , chacun des synonymes peut être indifféremment employé. Donc réciproquement , toutes les fois
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quon né pourra jamais employer dieux mots Tun pour Fautre dans une langue, il s'ensuivra que le sens de ces deux mots différera , non par des nuances fines , mais par des différences très-marquées et très-grossières : ainsi , les mots de la langue n'exprimeront plus ces nuances , et dèslors la langue sera pauvre et sans finesse.
Les synonymes, en prenant ce mot dans le sens que nous venons d'expliquer, sont très-fréquens dans notre langue* Il faut d'abord , dans un dictionnaire , déterminer le sens général qui est commun à tous ces mots ; et c'est-là souvent le plus difficile : il faut ensuite déterminer a^ec précision l'idée que chaque mot ajoute au sens général, et rendre le tout sensible par des exemples courts, clairs, et choisis.
Il faut encore distinguer dans les synonymes les diiférences qui sont uniquement de caprice et d'usage quelquefois bizarre, d'avec celles qui sont constantes et fondées sur des principes. On dit , par exemple , tout conspire à mon bonheur i tout conjure ma perte : voilà conspirer qui se prend en bonne part , et conjurer en mauvaise ; et on serait peut-être tenté d'abord d'en faire une espèce de règle : cependant on dit également bien conjurer la perte de Fétaty et conspirer contre F état : on dit aussi la conspiration , et non la conjuration des poudres. De même on dit indifféremment des pleurs de joie , ou des lannes de joie : cependant on dit des larmes de sang^ plutôt que des pleurs de sang; et des pleurs de rage^ plutôt que i\v> larmes de rage : ce sont-là des bizarreries de la langue sur lesquelles est fondée en partie la connaissance des synonymes. Un auteur qui écrit sur cette matière doit niariquer avec soin ces différences, au moins par des cxc^lpl^^
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qui donnent occasion au lecteur de les observer. Je ne crois pas non plus qu'il soit nécessaire dans les exemples des synonymes qu'on donnera , que chacun des mots qui composent un article de synonymes, fournisse dans cet article un nombre égal d'exemples : ce serait une puérilité que de ne vouloir jamais s'écarter de cette règle ; il serait même souvent impossible de la bien remplir : mais il est bon aussi de l'observer, le plus qu'il est possible, sans aiFectation et sans contrainte , parce que les exemples sont par ce moyen plus aisés à retenir. Enfin un article de synonymes n'en sera pas quelquefois moins bon, quoiqu'on puisse dans les exemples substituer un mot à la place de l'autre; il faudra seulement que cette substitution ne puisse être réciproque : ainsi quand on voudra marquer la différence entre pleurs et larmes, on pourra donner pour exemple entre plusieurs autres, les larmes dCune mère et les pleurs de Ut vigne ou de V aurore^ quoiqu'on puisse dire aussi-bien les pleurs dune mère que sesJarmesy parce qu'on ne peut pas dire de même les larmes de la TÎgne ou de l'aurore, pour les pleurs de l'une ou de l'autre. Les différens emplois des synonymes se démêlent en général par une définition exacte de la valeur précise de chaque mot , par les difiérentes circonstances dans lesquelles on en fait usage , les difiérens genres de styles' où on les applique^ les différens mots auxquels ils se joignent, leur usage au sens jpropre ou au figuré , etc.
Nous n'avons parlé jusqu'à présent que de la signification des mots , passons maintenant à la construction et à la syntaxe. Remarquons d'abord que cette matière est plutôt l'objet d*un ouvrage suivi que d'un dictionnaire ; parce qu'une bonne syntaie est le résultat d'un certain
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nombre de principes philosophiques y dont la force dépend en partie de leur ordre et de leur liaison , et qui ne pourraient être que dispersés , ou même quelquefois déplacés, dans un dictionnaire de langue. Néanmoins pour rendre un ouvrage de cette espèce le plus complet qu'il est possible , il est bon que les règles les plus difficiles de la syntase y soient expliquées, surtout celles qui regardent les articles, les participes, les prépositions, les conjugaisons de certains verbes : on pourrait même, dans un très* petit nombre d'articles généraux étendus , y donner une grammaire presque complète , et renvoyer à ces articles généraux dans les applications aux exemples et aux articles particuliers. Tinsiste légèrement sur tous ces objets , tant pour ne point donner trop d'étendue à cet article , que parce qu'ils doivent pour la plupart être traités ailleurs plus à fond.
Ce qu'il ne faut pas oublier surtout, c'est de tacher, autant qu'il est possible , de fixer la langue dans un dictionnaire, n est vrai qu'une langue vivante , qui par con* séquent change sans cesse, ne peut guère être absolument fixée ; mais du moins peut-on empêcher qu'elle ne se dénature et ne se dégrade. Une langue se dénature de deux knanières, par l'impropriété des mots, et par celle des tours ,: on remédiera au premier de ces deux défauts , non-seulement en marquant avec soin, comme nous avons dit , la signification générale , particulière , figurée , et métaphorique des mots ; mais encore en proscrivant expressément les significations impropres et étrangères qu'un abus négligé peut introduire , les applications ridicules et tout- à -fait éloignées de l'analogie; surtout lorsque ces significations et applications commenceront à s'autoriser
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pàf Texemple et Tusage de ce qu'on appelle la bonne compagnie. Ten dis autant de l'impropriété des tours. Cest aux gens de lettres à fixer la langue , parce que leur état est de l'étudier , de la comparer aux autres langues, et d'en faire l'usage le plus exact et le plus vrai dans leurs ouvrages. Jamais cet avis ne leur fut plus nécessaire : nos livres se remplissent insensiblement d'un idiome tout-àiait ridicule; plusieurs pièces de théâtre modernes, jouées avec succès , ne seront pas entendues dans vingt années y parce qu'on s'y est trop assujetti au jargon de notre tems , qui deviendra bientôt suranné , et sera remplacé par un autre. Un bon écrivain , un philosophe qui fait un dictionnaire de langue , prévoit toutes ces révolutions ; le précieux, l'impropre, Tobscur, le bizarre, l'entortillé, choquent la justesse de son esprit; il démêle dans les façons de parler nouvelles ce qui enrichit réellement la langue , d'avec ce qui la rend pauvre ou ridicule ; il conserve et adopte l'un , et fait main-basse sur l'autre.
On nous permettra d'observer ici qu'un des moyens les plus propres pour se formera cet égard le style et le goût, c'est de lire et d'écrire beaucoup sur des matières philosophiques : car la sévérité de style , et la propriété des termes et les tours que ces matières exigent nécessairement, * accoutumeront insensiblement l'esprit à acquérir ou k reconnaître ces qualités partout ailleurs , ou à sentir qu'elles y manquent : de plus , ces matières étant peu cultivées et peu connues des gens du monde , leur dictionnaire est moins sujet à s'altérer, et la manière de les traiter est plus invariable dans ses principes.
Concluons de tout ce que nous venons de dire, qu'un bon dictionnaire de langue est proprement l'histoire phi-
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losophique de son enfance , de ses progrès , de sa vigueur, de sa décadence. Un ouvrage fait dans ce goût, pourra joindre au titre de dictionnaire celui de raisonné , et ce sera un avantage de plus : non-seulement ou saura assez exactement la grammaire de la langue , ce cjui est assez rare ; mais ce qui est plus rare epcore^ on 1^ saura en philosophe. Venons présentement à la nature des mots qu'on doit faire entrer dans un dictionnaire de langue. Premièrement on doit en exclure, outre les noms propres, tous la termes de sciences qui ne sont point d'un usage ordinaire et familier ; mais il est nécessaire d'y faire entrer tous les mots scientifiques que le commun des lecteurs est sujet à entendre prononcer , ou à trouver dans les livres ordinaires. J'en dis autant des termes d'arts, tant mécaniques que libéraux. On pourrait conclure de là que souvent les figures seront nécessaires dans un dictionnaire de langue: car il est, dans les sciences et dans les arts, une grande quantité d'objets , même très -familiers, dont il est très-difficile et souvent presque impossible de donner une définition exacte , sans présenter ces objets aux yeux ; du moins est-il bon de joindre souvent la figure avec la définition . sans quoi la définition sera vague ou difficile à saisir. Cest le cas d'appliquer ici ce passage d'Horace : Segnius irritant animos deniissaper aurenij quam quœsuntocuUs subjecta Jidelibus, Rien n'est si puéril que de faire tir grands efforts pour expliquer longuement sans figures . rc qui avec une figure très-sin^.ple n'aurait besoin que d'une courte explication. Il y a assez de difficultés réelles dan» les objets dont nous nous occupons, sans que nous cherchions à multiplier gratuitement ces difficultés. Réservons nos efforts pour les occasions où ils soiit absolument né-
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cessaîres : nous n'en aurons besoin que trop souvent* Â Texception des termes d'art et de sciences dont nous venons de parler un peu plus haut , tous les autres mots entreront dans un dictionnaire de langue. Il faut y distinguer ceux qui ne sont d'usage que dans la conversation, dWec ceux qu'on emploie en écrivant; ceux que la prose et la poésie admettent également, d'avec ceux qui ne sont propres qu'à luneou à l'autre; les mots qui sont employés dans le langage des honnêtes gens , d'avec ceux qui ne le sont que dans le langage du peuple; les mots qu^on admet dans le style noble, d'avec ceux qui sont réservés au style familier ; les mots qui commencent à vieillir, d'avec ceux qui commencent à s'introduire, etc. Un auteur de dictionnaire ne doit sans doute jamais créer de mots nouveaux , parce qu'il est l'historien et non le réformateur de la langue; cependant il est bon qu'il observe la nécessité dont il serait qu'on en fit plusieurs, pour désigner certaines idées qui ne peuvent être rendues qu'imparfaitement par des périphrases ; peut-être même pourrait-il se permettre d'en Hasarder quelques-uns , avec retenue , et en avertissant de linnovation; il doit surtout réclamer les mots qu'on a laissé mal à propos vieillir, et dont la proscription a énervé et appauvri la langue au lieu de la polir.
Il faut, quand il est question des noms substantifs, en désigner avec soin le genre; s'ils ont un plurierou s'ils n'en ont point; distinguer les adjectifs propres, c'est-4-dire qui doivent être nécessairement joints à un substantif, d avec les adjectifs pris substantivement , c'est-à-dire qu'on emploie conmie substantifs, en sous->entendant le substantif qui doit y être joint. Il faut marquer avec soin la terminaison des adjectifs pour chaque genre; il faut^ pour les
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verbes y distinguer s'ils sont actifs, passifs ou neutres, et désigner leurs principaux tems , surtout lorsque la conjugaison est irrégulière; il est bon même, en ce cas, défaire des articles séparés pour chacun de ces tems , en renvoyant à l'article principal : c'est le moyen de faciliter aux étrangers la connaissance de la langue. Il faut enfin , pour les prépositions , marquer avec soin leiu-s diflférens emplois , qui souvent sont en très-grand nombre , et les divers sens qu'elles désignent dans chacun de ces emplois. Voilà pour ce qui concerne la nature des mots , et la manière de les traiter. Il nous reste à parler de la quantité, de l'orthographe , et de l'étymologie.
La quantité, c'est-à-dire la prononciation longue ou brève , ne doit pas être négligée. L'observation exacte des accens suffit souvent pour la marquer. Dans les autres cas, on pourrait se servir des longues et des brèves , ce qui abrégerait beaucoup le discours. Au reste , la prosodie de notre langue n'est pas si décidée et si marquée que celle des Grecs et des Romains , dans laquelle presque toutes les syllabes avaient une quantité fixe et invariable. Il n'y en avait qu'un petit nombre dont la quantité était à volonté longue et brève , et que , pour cette raison , on appelle communes. Nous en avons plusieurs de cette espèce , et on pourrait ou n'en point marquer la quantité , ou la désigner par un caractère particulier semblable à celui dont on se sert pour désigner les syllabes communes en grec et en latin et qui est de cette foime v .
A l'égard de l'orthographe , la règle qu'on doit suivre sur cet article, dans un dictionnaire , est de donner a chaque mot l'orthographe la plus communément reçue, et d'y joindre l'orthographe conforme à la prononciation , lors-
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que le mot ne se prononce pas comme il s'écrit. Cest ce qui arrive très -fréquemment dans noire langue, et ccrlaîrncment c'est un défaut considérable : mais quelque grand que soît cet inconvénient, c^en serait un plus grand encore que de .changer et de renverser toute l'orthographe , surtout dans un dictionnaire. Cependant, comme une réforme eu ce genre serait fort à désirer , je croîs qu'oft ferait bien de joindre à Torthographe convenue de chaque mot celle qu il devrait naturellement avoir suivant la pro« noncîatîou» Quon nous permette de faire ici quelques réflexions sur .celte différence entre la prononciation et rorthographe 3 elles appartiennent au sujet que nous traitons*
Il serait fort à souhaiter que celte différence fut proscrite dans toutes les langues. Il y a pourtant sur cela plusieurs difficultés a faire. La première , c'e^t que des mots qui signi6ent des choses très-différentes, et qui se prononcent ou àpeU'près, ou absolunientde même, s'écriraient de la mcme façon , ce qui pom^ratt produire de lobseurilé dans le discours. Âimi , ces quati*e mots, tan^ tant^ tend, te ma , devraient , à la rigueur, s'écrire tous comme le premier , parce que la pronciation de ces mots est la même , à quelques légères différences près. Cependant ces quatre mots désignent quatre choses bien différentes. On peut répondre à cette difficulté : i° que quand la prononciation <Ies mots est absolument la même et que ces mots signifient des choses différentes , il n'y a pas plus à craindre de les confondre dans la lecture, qu'on ne fait dans la conversation où on ne les confond jamais ; 2° que si la prononciation n^e$t pas exactement 1» même, comme dans tan et tema , un accent dont on conviendrait , marquerait aisë-
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ment *h ^ffërence , sans multiplier d'ailleurs la mauièrd d'ëcrire un même son : ainsi Y a long est distingué de Va bref par un accent circonflexe , parce que l'usage de Fac^ cent est de distinguer la quantité dans les sons qui d'ailleurs se ressemblent. Je remarquerai , à cette occasion^ que nous avons dans notre langue trop peu d'acccns, et que nous nous servons même assez mal du peu d^acccns que nous avons. Les musiciens ont des rondes y des blanches y des noires , des croches simples, doubles, tri* pies, etc., et nous n avons que trois accens; cependant, à consulter Torcille , combien en faudrait - il pour la seule lettre el D'ailleurs Tacccnt ne devrait jamais servir qu'à marquer la quantité , ou à désigner la prononciation , et nous nous en servons souvent pour d autres usages : ainsi nous nous servons de lacccnt grave dans succèaj pour marquer la quantité de Te, et nous nous en servons dans la préposition à, pour la distinguer du mot a , troisième personne du verbe avoir ^ comme si le sens seul du discours ne suffisait pas pour faire cette distinction. Enfin , un autre abus dansTusage des accens, c'est que nous désignons souvent par des accens difTércns, des sons qui se ressemblent; souvent nous employons l'accent grave et l'accent circonflexe pour désigner des e dont la prononciation est sensiblement la même , comme dans béte , pmcèsj etc.
Une seconde difficulté sur la réformation de Torthographe, est 'celle qui est fondée sur les étymologies : si on supprime , dira-t-on , le ph pour lui substituer ly, comment distinguera-t-on les mots qui viennent du grec, d'avec ceux qui n'en viennent pas ? Je réponds que cette distinction serait encore très*facile , par le moyen d'une
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espèce d^acccnt qu'on ferait porter à Tjf dans ces sortes cle mots : ce qui serait d^autant plus raisonnable , que dans philosophie ^ par exemple, nous n'aspirons certainement aucune des deux h , et que nous prononçons Jiloaojie ; au lieu que le cp des Grecs, dont nous avons formé notre phj était aspiré. Pourquoi donc conserver 17t, qui est la marque de l'aspiration , dans les mots que nous n'aspirons point? Pourquoi mcmc conserver dans notre alphabet cette lettre, qui n'est jamais ou qu'une espèce d accent , ou qu'une lettre qu'on conserve pour l'etymologic? ou du moins pourquoi remployer ailleurs que dansc/t, qu'on ferait peut-ctre mieux d'exprimer par un ccul caractère?
Les deux difficultés auxquelles nous venons de répondre, n'empôcberaicnt donc point qu'on ne pût, du moins à plusieurs égards, réformer notre orthographe; mais il serait , ce me semble , presque impossible que cette réforme fut entière, pour trois raisons^ La première, c'est que dans un grand nombre de mots il y a des lettres qui tantôt se prononcent et tantôt ne se prononcent point, suivant qu'elles se rencontrent ou non devant une voyelle: telle est, dans l'exemple proposé, la dernière lettre » du mot tems , etc. Ces lettres qui souvent ne se prononcent pas, doivent néanmoins s'écrire nécessairement; et cet inconvénient est inévitable , à moins qu'on ne prît le parti de supprimer ces lettres dans le cas où elles ne se prononcent pas , et d^avoir par ce moyen deux orthographes différentes pour le même mot : ce qui serait un autre in-* convénient. Ajoutez à cela que souvent même la lettre surnuméraire devrait s'écrire autrement que l'usage ne le prescrit ; ainsi Va dans tems devrait être un z , \ed dau^