‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 5)Chapitre 24 sur 56 · DIEU · texte numérisé non relu

DIEU

Jl)ieu«( Métaphya. et ThéoL )Teftullien rapporte que Thaïes étanf à la cour de Crësus , ce prince lui demanda Une elpficatîoiï claire et nette de la Divinité. Après plusieurs réponses taÈgtfes , le philosophe convint qu'il n'avait rien ht àite de satisfaisant. Cicéron avait remarque quelque clK>se de settiBIaUe du poète Simonide : Hiéron lui demanda ce que c'est que Dieu , et il promit de répondre en peu de jours. Ce délai passé , il en demanda un autre , et puis un autre encore : à la fin ^ le roi le pressant vivement^ il dit pour totrte réponse : plus /examine cette matière, et plus je la trotii^e au-dessus de mon intelli" gence* On peut côtichire dé Pérabarras de ces deux philosophes , qu'il d'y a guère de sujet quf mérite plus de circonspection dans nos jugemens , que ce qui regarde la Divinité : elle est inaccessible à nos regards; on ne peut la dévoiler ^ quelque soht qu'on prenne. « En effet, comme dit saint Augustin, Dieu est un être dont on parle sans en pouvoir rien dire y et qui est supérieur à toutes les définitions. » Les PP. de l'église, surtout ceux qui ont vécu dans les quatre premier» siècles, oât tenu le même langage. Mais quelque iûcomprékefisible qm soit Dieu , on ne doit pas cependant en inférer qu'il le soit en tout : s'il en était ainsi, nous n'aurions de lui nulle idée, et nous n'en aurions rien à dire. Mais nous pouvons et nous devons affirmer de Dieu qu'il existe, qu'il a de l'intelligence , de la sagesse .

DE l'eVCYCLOPÉDIB. tj^

ie la puissance , de la force , puisqu'il a donne ces préro* gatives à ses ouvrages ; mab qu'il a ces qualités dans un degré qui passe ce que nous en pouvons concevoir, les ayant i^ par sa nature et par la nécessité de son être, non par conununicatioD et par emprunt ; 2® les ayant toutes ensemble et réunies dans un seul être très-simple et indi-* visible, et non par parties et dispersées, telles qu'elles sont dans les créatures; 3" les ayant enfin comme dans leur source , au lieu que nous ne les avons que comme des émanations de TEtre infini, éternel, inefiable.

n n'y a rien de plus facile que de connaître qu'il y a un Dieu; que ce Dieu a éternellement existé; qu'il est impossible qu'il n'ait pas éminemment l'intelligence , et toutes les bonnes qualités qui se trouvent dans les créatures. L'bomme le plus grossier et le plus stupide, pour peu qu'il déploie ses idées et qu'il exerce son esprit, reconnaîtra aisément cette vérité. Tout lui parle hautement eu faveur de la Divinité. Il la trouve en lui et hors de lui : en lui , 1" parce qu'il sent bien qu'il n'est pas l'auteur de lui-même, et que pour comprendre comment il existe, il faut de nécessité recourir à une main souveraine qui l'ait tiré du néant; 3° au-dehors de lui, dans l'univers, qui ressemble à un champ de tableau où l'ouvrier parfait s'est peiiït. lui-même dans son ceuvre, autant qu'elle pouvait en être l'image; il ne saurait ouvrir les yeux qu'il ne découvre partout autour de lui les traces d'une intelligence puissante et sans bornes.

L'éternel est iod nom , le monde est son ouvrage.

Bâcius.

Cest donc en vain que Bayle s'efforce de prouver que Tome v. -, lâ

>78 BSPRIT

le peuple n'cai pas juge dans la question de Pexistenoe de Dieu*

£n effets comment le pronve-t-il ? C'est en disant que I» nature de Dieu est un sujet que les plus grands philo*» aopbes ont trouve obscur, et sur lequel ils ont été partagés* Cela lui donne occasion de s'ouvrir un vaste cbamp de réflexions aux dépens des anciens pbilosopbes, dont il tourne en ridicule les sentimens. Après avoir fait toutes f ea ineursions y il revient à demander s'il est bien facile i lliomme de connaître clairement ce qui convient ou ce qui ne convient pas à une nature infinie; agit-^elle nécessairement ou avec une souveraine liberté d'indifférence ? eonnaiit->eIle? aime-t-elle? bait-elle par un acte pur, aimplcy le présent, le passé et l'avenir, le bien et le mal , un méflie bomme successivement juste et pécbeur? estelle infiniment bonne? elle le doit être ; mais d'où vient (lone le mal? cst*elle immuable, ou cbange-t-elle ses rtao* lutions ilécbie par nos prières ? est-elle étendue , on un poïui indivisible ? si elle n'est point étendue^ d'où vient doBA retendue? aï elle Test , comment est-elle done im« xnense?

Parinî les chrétiens même y ajoute*t.iI, combien se for"» filent ies notions basses et grossières de la Divinité? Le anjf t en question n'est donc pas si aisé , qu'il ne £ulle ^'ouvrir les jeux pour le connaître. De très-grands pkiloaopiiea ont oonteniplc toute leur vie le cid et les astres , sans cesser de croire que le Dieu qu'ils reconnaissaient n'avait point créé le monde ^ et ne le gouvernait point*

Il est aisé de voir que tout cela ne prouve rien. Il y a une ffmà» différence entre connatUr^ qu'il y a un Dieu »

DK L^ENCYCI-OPÈDIE.

ifet connaître $a nature* Tavoue que cette dernière con-» naissance est inaccessible à nos faibles lumières; mais je ne vois pas qu'on puisse toucher à lautre. II est vrai que l'éternité d'un premier être, qui est l'infinité par rapport à la durée, ne se peut compreudrc dans tout ce qu'elle est; mais tous peuvent et doivent comprendre qu'il a «xisté quelque être dans Téternité ; autrement un être aurait commencé sans avoir de principe d'existence ^ ni dans lui ni hors de lui, et ce serait un premier effet sons cause. C'est donc la nature de Ihomme d'être forcé par sa raison daJmettre l'existence de quelque chose qu'il ne comprend pas : il comprend bien la nécessité de cette existence éternelle; mais il ne oomprend pas la nature d^ cet être existant nécessairement, ni la nature de son étei*' nité; il comprend qu'elle est, et non pas quelle elle est.

Je dis doue et je soutiens que l'existence de Die^ fgat une vérité que la nature a mise dans l'esprit de tous^iô^ hommes, qui ne se sont point étudiée à en démentir les sentimens* On peut bien dire ici que là votât du peuple est la voix de Dieu.

Bayle a attaqaé de toutes ses forces ce consentement unanime des nations, et a voulu prour<*r qu'il n'était point une preuve démonstrative de l'existence do Dieu« Il réduit la question à ces trois principes : le premiei' , qu'il y a dans l'âme de tous les hommes une idée de divinité; le second, que c'est une idée préconnue ^ anticipée et Communiquée par la nature , et non pas par Téitucation ; lie troisième , que le consentement de toutes les nations est un caractère infaillible de la vérité. Ete ces trois principes, il n'y a que le dernier qui se rapporte anx que^oms àe ^broit ; les deux autres sont une matière d^ Û^it : ear piyis-

que Ton trouTe le second par le premier , il est visible qae pour être sûr que l'idée de l'Être divin est innée et ne Yient pas de l'éducation , mais de la nature , il faut chercher dans lliistoire si tous les hommes sont imbus de Topinion qu'il y a un Dieu. Or , ce sont ces trois principes que Bayle combat vivement dans ses pensées diverses sur la comète. Voici un précis de ses raisonnemens.

1® Le consentement de tous les peuples k reconnaître un Dieu est un fait qu'il est impossible d'éclaircir. Montrezmoi une mappemonde; voyez -y combien il reste encore de pays à découvrir, et combien sont vastes les terres australes qui ne sont marquées que comme inconnues. Pendant que fignorerai ce que l'on pense en ces lieux-là» ]e ne pourrai point être sûr que tous les peuples de la terre aient donné le consentement dont vous parlez. Si je vous accorde , par grâce , qu'il doit vous suffire de savoir l'opi* BÎbn des peuples du monde connu, vous serez encore hors d'état de me donner une entière certitude : car que me ]^épondrez-vou9 si je vous objecte les peuples athées dont Strabon parle , et ceux que les voyageurs modernes ont découverts en Afrique et en Amérique ?

Voici un nouveau champ de recherches très-pénibles et inépuisables. Il resterait encore à examiner si quelqu'un a nié cette existence. Il se faudrait informer du nombre de ces athées ; si c'étaient des gens d'esprit et qui se piquas^ «eut de méditation. On sait que la Grèce , fertile en esprits • forts ^ et comme dit im de nos plus beaux esprits, berceau des arts et des erreurs , a produit des athées , qu'elle en a môme puni quelques uns; ce qui a fait dire que hietk d'autres eussent déclaré leur irréligion, s'ils eussent pu a'ittsurer de l'impunité.

DE l'encyclopédtk, i8i

3^ n e$t extrêmement difficile , pour ne pas dire impos-» sible « de discerner ce qui vient de la nature d'avec ce qui Tient de Téducation. Voudriez^vous bien répondre^ après y avoir bien pensé, qu'on découvrirait des vestiges de re« ligion dans des enfans à qui l'on n'aurait jamais dît qu'il y a un Dieu ? C'est ordinairement par là qu'on commence à les instruire j dès qu'ils sont capables de former quelques sons et de bégayer. Cette coutume est très-louable; mais elle empêche qu'on ne vérifie si , d'eux-mêmes 'et par les seules impressions de la nature , ils se porteraient à reconnaître un Dieu.

5® Le consentement des nations n'est point une marque caractéristique de la vérité : i^ parce qu'il n'est point sûr que les impressions de la nature portent ce caractère de la vérité ; 2® parce que le polythéisme se trouverait par« là autorisé. Rien ne nous dispense donc d'examiner si ce à quoi la nature de tous les hommes donne son consentement est nécessairement vrai.

En effet, si le consentement des nations était de quelque force, il prouverait plus pour l'existence de plusieurs £aLUS$es divinités que pour celle du vrai Dieu. Il est clair que les payens considéraient la nature divine comme une espèce qui a sous soi un grand nombre d'individus , dont les uns étaient mâles et les autres femelles , et que les peuples étaient imbus de cette opinion ridicule. S'il fallait donc reconnaître le consentement général des nations pour une preuve de vérité, il faudrait rejeter l'unité de Dieu et embrasser le polythéisme.

Pour répondre à la première objection de Bayle , on prouve qu'il n'y a jamais eu de nations athées. Les. hom*^ mes , dès qu'ils sont hommes , c'estrà-dire capables de SQ-^

iSt TISPKIT

ciétë et de raisonnement , reconnaissent un Dieu. Quand inéme faccorderais, ce que je ne crois pas ^rai , que Va« théisme se serait glissé parmi quelques peuples barbares et leroces, cela ne tirerait point à conséquence; leur aibéisme aurait été tout au plus négatif; ils n'auraient ignoré Dieu que parce qu ils n'auraient pas exercé leur raison. faut donc les mettre au rang des enfans qui vivent sans inflexion et qui ne paraissent capables que des actions animales; et comme Ton ne doit point conclure qu'il n'est pas naturel à l'homme de se gai^antir des injures de l'air, parce I qu'il y a des sauvages qui ne s'en mettent point en peine ,

on ne doit pas inférer aussi que parce qu'il y a des gens stupides et abrutis, qui ne tirent aucune conséquence de ce qu'ils voient , il n'est pas naturel k 1 homme de connaître la sagesse d'un Dieu qui agit dans l'univers.

On peut renvefser avec une égate facilité la seconde objection de Baylcé II n'est pas si mal-aisé qu'il le suppose de discerner si l'idée que nous avons de Dieu vient seulement de l'éducation et non pas de la nature. Voici les marques à quoi l'on peut le reconnaître. Les principes de l'éducation 'varient sans cesse , la succession des tcms , la révolution des affuiix^s, les divers intérêts des peuples, le mélange des nations , les diflerentes inclinations des hommes, changent l'éducation, donnent cours à d'autres maximes, et établissei^t d'autres règles d'honneur et de bienséance. Mais la nature est semblable dans tous les hommes qui sont et qui ont été : ils sentent le plaisir, ils désirent l'estime , ils s'aiment eux -mômes aujourd'hui comme autrefois. Si donc nous trouvons que ce sentiment qu'il y a un Dieu s'est cobservé parmi tous les changemens de la société, qu'en poiUTOn9<^nous conclure y sinon que ce

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sentiment ne vient pas de la simple éducation , mais qu'il est fondé sur quelque liaison naturelle qui est autre .œito première vérité et notre entendement ? Donc ce prîoeipt qu il y a un Dieu est une impression de la nature.

D'où ye conclus que ce n'est point louvrage die la poU^ tique 9 toujours changeante et mobile au gré des difiereataB passions des hommes. Il n e»t point vrai, quoi qu'en dise Bayle, que le magistrat législateur soit le premier insdtifrteur de la religion. Pour s'en convaincre , il ne £attt que jeter les yeux sur l'antiquité grecque et romaine^ et nôma barbare ; on y verra que jamais aucun législateur naien» trepris de policer une nation, quelque barbare ouféoooa qu'elle fût, qu^il n'y ait trouvé une religion : au contraîrey Ton voit que tous les législateurs, depuis celui des Tlicaoes jusqu'à ceux des Américains , s'adressèrentaux bordessati^ vages qui composaient ces nations, comme leur parlant de la part des dieux qu'ils adoraient.

Nous voici enfin à la troisième objection , qui paratt i Bayle la plus forte et la plus solide des trois. La première raison qu'il apporte pour ôter an consentement général des nation» tout son poids en fait de preuve , est des plus subtiles. Sonio^ument se réduit à cet enthymème. Le fond de noire âme est g&té et corrompu : donc un sentiment que nous inspire la nature, doit pour le moins nous paraître suspect. Je n'aurais jamais cru que nous dussions nous prémunir contre l'illusion , quand il est question de croire qu'il y a un Dieu. Distinguons en nous deux sentimens , dont l'un nous trompe toujours , et l'autre ne nous trompe jamais. L'un est le sentiment de l'homme qui pense et qui 5uit la raison , et l'autre est le sentiment de l'homme de cupidité et de passions; celui-ci trompe |a raison, parce

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q[u'il précède toutes les réflexions de l'esprit; mais Tanfre ne la trompe jamais , puisque c'est des plus pures lumières de la raison qu'il tire sa naissance. Gela posé , tenons à l'argument du polythéisme qui aurait été autorisé si le consentement des nations était toujours marqué au sceau de la vérité. Je n'en éluderai point la force , en disant que le polythéisme n'a jamais été universel , que le peuple Juif n'en a point été infesté , que tous les philosophes étaient persuadés de l'existence d^un seul Dieu, aussi«<bien que ceux qui étaient initiés aux grands mystères. J'accorde à Bayle que le polythéisme a dominé tous les esprits, à quel* ques philosophes près ; maiç je soutiens que le sentiment que nous avons de l'existence de Dieu, n'est point une erreur universelle ; et voici sur quoi je me fonde. Il y a deux sortes de causes dans nos erreurs ; les unes extérieures, et les autres intérieures. Je mets au premier rang Texemple^ l'éducation , les mauvais raisonnemens , les sophismes du discours. Les causes intérieures de nos erreurs et de nos préjugés se réduisent à trois, qui sont les sens , l'imagina* tion y et les passions du cœur. Si nous examinons les causes extérieures de nos erreurs , nous trouverons qu'elles dé« pendent des circonstances, des tems, des lieux, et qu'ainsi elles varient perpétuellement. Qu'on considère toutes les erreurs qui régnent et toutes celles qui ont régné parmi les peuples^ l'on trouvera que l'exemple, l'éducation, les sophismes du discours , ouïes fausses couleurs de Téloquence^ ont produit des erreurs particulières, mais non pas des erreurs générales. On peut tromper quelqueshommes, ouïes tromper tous dans certains lieux et dans certains tems, mais non pas tous les hommes dans tous les lieux et dans tous les «ièdçs ; or puisque l'esgstence de Dieu a rempli tousles iema

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et tous les lieux ;, elle n'a point sa source dans les causes ex* . t^rieures de nos erreurs. Pour les causes intérieures de nos erreurs, comme elles se trouvent dans tous les hommes du monde, et que chacun a des sens, une imagination et un cœur qui sont capables de le tromper, quoique cela n'arrive que par accident^et parle mauvais usage que nous en faisons,elles peuvent faire nattre des erreurs constantes et universelles.

Ces observations conduisent au dénouement de la difficulté qu'on tire du polythéisme. On conçoit aisément que le polythéisme a pu devenir une erreur universelle, et que par conséquent ce consentement unanime des nations ne prouve rien par rapport à lui ; il n'en faut chercher la source que dans les trois causes intérieures de nos erreurs^ Pour contenter les sens, les hommes se firent des dieux visibles et revêtus d'une forme humaine. Il fallait bien que ces étres-là fussent faits comme des hommes : quelle autre figure eussent-ils pu avoir ? Du moment qu'ils sont de figure humaine , Timagination leur attribue naturellement tout ce qui est humain : les voilà hommes en toutes manières, à cela près qu'ils sont toujours un peu plus puissans que des hommes. Lisez l'origine des fables de Fontenelle, vous y verrez comment l'imagination^ de con* cert avec les passions , a enfanté les dieux et les déesses , et les a souillés de toutes sortes de crimes.

L'existence de Dieu étant une de ces premières vérités qui s'emparent avec force de tout esprit qui pense et qui réfléchit , il semble que les gros volumes qu'on fait pour la prouver, sont inutiles, et en quelque sorte injurieux aux hommes; du moins cela devrait être ainsi. Mais enfin, puisque l'impiété produit tous les jours des ouvrages pour détruira cette vérité, ou du moins pour y répandre des

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nuages , ceux qui sont bien intentionnés pour la religion , doivent employer toute la sagacité de leur esprit pour la soutenir contre toutes les attacpies de Firréligion.

Pour contenter tous les goûts , je joindrai ici des preuves métaphysiques, historiques et physiques de Texis- .tence de Dieu. Clarke , par les mains de qui les matières les plus obscures , les plus abstruses , ne peuvent passer sans acquérir de Tévidence et de l'ordre , nous fournira les preuves me taphysiques. M. Jaquelot , Thomme du monde qui a réuni le plus de savoir et de raisonnement, et qui a le mieux fondu ensemble la philosophie et la cri. tique, nous fournira les preuves historiques. Nous puiserons dans Fingénieux Ftnleuelle les preuves physiques , mais parées de tous les omemens que Tesprit peut prêter à Un fond si sec et si aride de lui-même.

Argumens métapJiysiquesJjes raisonnemens que met en oeuvre Clarke , sont un tissu serré , une chaîne suivie de propositions liées étroitement, et nécessairement dépendantes les unes des autres , par lesquelles il démontre la certitude de lexistence de Dieu , et dont il déduit ensuite Fun après Fautre les attributs essentiels de sa nature, que notre raison bornée est capable de découvrir.

Première proposition. Que quelque chose a existé de toute éternité. Cette proposition est évidente; car puisque quelque chose existe aujourd'hui, il est clair que quelque chose a toujours existé.

Seconde proposition. Qu'un être indépendant et im* muable a existé de toute éternité. En effet, si quelque être a nécessairement existé de toute éternité, il faut ou que cet être soit immuable et indépendant, ou qu'il y ait eu

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une succession infinie d'êtres dépendams et sujets au changement, qui se soient produits les uns les autres dans un progrés à Finfini , sans avoir eu aucune cause originale de leuresiistence. Mais cette dernière supposition estabsurde, car celte gradation à l'infini est impossible et visiblement contradictoire. Si on envisage ce progrès à l'infini comme une chaîne infinie d'êtres dépendans, qui tiennent les uns aux autres , il est évident que tout cet assemblage d'êtres ne saurait avoir aucune cause externe de son existence, puisqu'on suppose que tous les êtres qui ont été dans l'univers, y entrent. Il est évident, d'un autre coté, qu'il ne peut avoir aucune cause interne de son existence, parce que dans cette chaîne infinie d'êtres , il n'y en aura aucun qui ne dépende de celui qui le précède. Or, si aucune des parties n'existe nécessairement, il est clair que tout ne peut exister nécessairement, la nécessité absolue d'exister n'otant pas une chose extérieure, relative et accidentelle de l'être qui existe nécessairement. Une succession infinie d êtres dépendans , sans cause originale et indépendante ^ est donc la chose du monde la plus impossible.

Troisième pt^position. Que cet être immuable et indépendant , qui a existé de toute éternité , existe aussi par luimême; car tout ce qui existe, ou est sorti du néant, sans avoir été produit par aucune cause que ce soit ; ou il a été produit par quelque cause extérieure , ou il existe par luimême. Or, il y a une contradiction formelle à dire qu'une chose est sortie du néant, sans avoir été produite par aucune cause. De plus , il n'est pas possible que tout ce qui existe ait été produitpar des causes externes, comme nous venons de le prouver : donc, etc.

De cette troisième proposition je conclue • 1° qu'on ne

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peut nier , sans une contradiction manifeste ^ Texistenoe d'un être qui existe nécessairement et par lui-même ; la nécessité en vertu de laquelle il existe étant absolue , essentielle et naturelle , on ne peut pas plus nier son existence , que la relation d'égalité entre ces deux nombres , deux fois deux font quatre, que la rondeur du cercle, que les trois côtés d'un triangle.

La seconde conséquence que je tire de ce principe est que le monde matériel ne peut pas être cet être premier , original , incréé , indépendant et éternel par lui - même ; Car il a été démontré que tout être qui a existé de toute éternité , qui est indépendant , et qui n'a point de cause externe , doit avoir existé par soi-même , doit nécessairement exister en vertu d'une nécessité naturelle et essentielle. Or , de tout cela il suit évidemment que le monde matériel ne peut être indépendant et éternel par lui même, à moins qu'il n'existe nécessairement , et d'une nécessité si absolue et si naturelle , que la supposition même qu'il n'existe pas soit une contradiction formelle ; car la néoes-* site absolue d'exister, et la possibilité de n'exister pas, étant des idées contradictoires , il est évident que le monde matériel n'existe pas nécessairement, si je puis sans contradiction concevoir ou qu'il pourrait ne pas être , ou qu'il pourrait être tout autre qu'il n'est aujourd'hui. Or, rien n'est plus facile à concevoir; car, soit que je considère la forme de l'univers avec la disposition et le mouvement de ses parties , soit que je fasse attention à la matière dont il est composé , je n'y vois rien que d'arbitraire : j'y trouve à la vérité une nécessité de convenance, je vois qu'il fallait que ses parties fussent arrangées ; notais je ne vois pas la moindre apparence à cette nécessité de

nature et d'essence pour laquelle les athées combattent. Quatrième proposition. Que l'ôtre qui existe par luimême doit être infini et présent partout. L'idée de Tinfi* nité ou de l'immensité , aussi-bien que celle de l'éternité , est si étroitement liée avec l'idée de l'existence par soimême 9 que qui pose l'une ^ pose nécessairement l'autre : en effet, exister par soi-même y c'est exister en vertu d'une nécessité absolue essentielle et naturelle. Or , cette nécessité étant à tous égards absolue, et ne dépendant d'aucune cause intérieure , il est évident qu'elle est d'une manière inaltérable la même partout, aussi-bien que toujours i par conséquent tout ce qui existe en vertu d'une nécessité absolue en elle-même, doit nécessairement être infini aussi bien qu'éternel. C'est une contradiction manifeste que de supposer qu'un être fini puisse exister par lui* même. Si, sans contradiction, je puis concevoir un être absent d'un lieu , je puis sans contradiction le concevoir absent d'un autre lieu, et puis d'un autre lieu, et enfin de tout lieu \ ainsi, quelque nécessité d'exister qu il ait^ il doit l'avoir reçue de quelque cause extérieure : il ne saurait l'avoir tirée de son propre fonds, et par conséquent il n'existe point par lui-même.

De ce principe avoué par la raison, je conclus que l'Etre existant par lui-même doit être un Etre simple, immuable, incorruptible, sans parties, sans figure, sans mouvement et sans divisibilité ; et pour tout dire en un mot , un être en qui ne se rencontre aucune des propriétés de la matière : car toutes les propriétés de la matière nous donnent nécessairement l'idée de quelque chose de fini.

Cinquième proposition. Que l'Etre existant par luimême, doit nécessairement être unique. L'unité de l'Êti^

igo ESPÎUT

suprême est une conséquence naturelle cie son existence nécessaire ; car la nécesitc absolue est simple et uniforme; elle ne reconnaît ni difftrence , ni variété , quelle qu'elle soit; et toute diffjrence ou variété d'existence procède nécessairement de quelque cause extérieure de qui elle dépend. Or, il y a une contradiction manifeste à supposer deux ou plusieurs natures différentes , existantes par elles-mêmes nécessairement et indépendamment; car chacune de ces natures étant indépendante de Tautre, on peut fort bien supposer que chacune d'elles existe toute seule, et il n'y aura point de contradiction à imaginer que l'autre n'existe pas; d'où il s'ensuit que ni Tune ni l'autre n'existera nécessairement. Il n'y a donc que l'essence simple et unique de TËtre existant par lui-même » qui existe nécessairement.

Sixième proposition. Que l^tre existant par lui-même, est un Être intelligent. Cest sur cette proposition qae roule le fort de la dispute entre les athées et nous. Inavoué qu'il n'est pas possible de démontrer d'une manière directe à priori^ que TEtre existant par lui-même est intelligent et réellement actif; la raison en est que nous ignorons en quoi rintclligence consiste, et que nous ne pouvons pas voir qu'il y ait entre l'existence par soi-même et rintelllgence , la même connexion immédiate et nécessaire , qui se trouve entre cette même existence et l'éternité, Tunité, Tinânité, etc.; mais, à posteriori, il n'y a rien dans ce vaste univers qui ne nous démontre cette grande vérité, et qui ne nous fournisse des argumens incontestables , qui prouvent que le monde et tout ce qu'il contient, est Fef- £et d'une cause souverainement intelligente et souveraine» ment sage.

DE l'encyclopédie.

i« L'Etre existant par luimôme étant la cause et Toriginal cle toutes choses , doit posséder dans le plus haut degré d'éminence toutes les perrections de tous les êtres. Il est impossible que FeSet soit revêtu d'aucune perfection qui ne se trouve aussi dans la cause : s'il était possible que cela fût, il faudrait dire que cette perfection n'aurait été produite par rien ^ ce qui est absurde.

2° La beauté , la variété , Tordre et la symétrie qui (éclatent dansTunivers, et surtout la justesse merveilleuse avec laquelle chaque chose se rapporte à sa fin , prouvent l'intelligence d'un premier Etre. Les moindres plantea et les plus vils ai.imaux sont produits par leurs semblables » il d'j a point en eux de génération équivoque • Ni le soleil, ni la terre, ni l'eau, ni toutes les puissances de la nature unies ensemble , ne sont pas capables de produire an seul* être vivant, non pas même d'une vie végétale; et à lioccasion de cette importante observation, )e remarquerai ici en passant qu en matière même de religion, la philosophie naturelle et expérimentale est quelquefois d'un très- grand avantage.

Or, les choses étant telles, il faut que l'athée le plus opiniâtre demeure d'accord, malgré qu'il en ait, ou que Torganisation des plantes et des animaux est dans son origine l'ouvrage d'un Etre intelligent , qui les a crééa dans le tcms^ ou qu'ayant été de toute éternité construits et arrangés comme nous les voyons aujourd'hui , ils sont une production éternelle d'une cause étemelle et intelll*» gente , qiii déploie sans relâche sa puissance et sa sagesse infinie ; ou enfin qu ils naissent les uns des autres fie toute éteriûté , dans un progrèa à l'infini de causes dépendantes, ians cause ori^nale existi^nte par elle-même. La première

jqa USPMlt

de ces assertions est précisément ce que nous cherchons; la seconde revient au fond à la même chose , et n'est d'aucune ressource pour l'athée ; et la troisième est absurde , impossible , contradictoire , comme il a été démontré dans la seconde proposition générale*

Septième proposition. Que l'Etre existant par lui-même doit être un agent libre ; car si la cause suprême est sans liberté et sans choix , il est impossible qu'aucime chose existe ; il n'y aura pas jusqu'aux manières d'être et aux circonstances de l'existence des choses , qui n'aient dû être à tous égards précisément ce qu'elles sont aujourd'hui. Or , toutes ces conséquences étant éridemment fausses et absurdes , je dis que la cause suprême , bien loin d'être un agent nécessaire, est un Etre libre et qui agit par choix.

D'ailleurs si la cause suprême était un agent purement nécessaire 9 il serait impossible qu'aucun effet de cette cause fût une chose finie ; car un Etre qui agit nécessairement, n'est pas maître de ses actions pour les gouyemer ou les désigner comme il lui plaît : il faut de toute néces* site qu'il fasse tout ce que sa nature est capable de faire. Or , il est clair que chaque production d'une cause infinie, toujours uniforme, et qui agit par uiie impétuosité ayeuffle, doit de toute nécessité être immense et infinie; une telle cause ne peut suspendre son action , il faut qu'elle agisse dans toute son étendue. Il n'y aurait donc point de créature dans l'univers qui pût être finie ; ce qui est de la dernière absurdité , et contraire à l'expérience.

Enfin , le choix que la cause suprême a fait parmi tous les mondes possibles , du monde que nous voyons , est une preuve de sa liberté; car ayant donné l'actualité à une fuite de choses qui ne contribuait en rien par sa propre

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force à soh existence , il n'y a point à^ raison qui dût l'empécbet de donner l'existence aux autres suites possi-^ blés , qui étaient toutes dans le même cas quant à la pos^ sîbilité. Elle a donc choisi la suite des choses qui composent cet univers 9 pour la rendre actuelle > parce qu'elle lui plaisait le plus. L'Être nécessaire est donc un Être libre ; car agir suivant les lois de sa volonté ^ c'est ètrcî libre»

HtUtièmeptoposiiion, Que l'Êtreexistailt par lui-même'/ la cause suprême de toutes choses possède une puissance infinie. Cette proposition est évidente et incontestable; car 9 puisqu'il n'y a que Dieu seul qui existe par soi-même ^ puisque tout be qui existe dans l'univers à été fait par lui^ et puis enfin que tout ce qu'il j a de puissance dans U monde vient de lui, et lui est parfaitement soumise et subordonnée , qui ne voit qu'il n'y a rien qui puisse s'opposer à l'exécution de sa volonté?

Neui^ième proposition. Que là cause supirème et l'auteur de toutes choses doit être infiriiment sage^ Cette pro-' position est une suite naturelle et évidente des proposi^^ tioDS précédentes ; car n'est-il pas dé la dernière évidence qu'un Être qui est infini ^ présent paHoiit ^ et sôuverai-^* nemént intelligent^ doit perrfaitement connaître toutes choses? Revêtu d'ailleurs d'une puissance infinie, qui est^ ce qui peut s'opposer à sa volonté , ou l'empêcher de faire ce qu'il connaît être le meilleur et le plus sage ?

Il suit donc évidemment de èes principes, que FÊtré suprême doit toujours faire ce qu'il connaît être le taeilleur, c'est-à-dire^ qu'il doit toujours agir <;Oiïformémeiii aux règles les plus sévères de la bonté j de la vérité ,- de la juM^iee, et des autres perfections morales. Cela n'èutralué

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