‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 5)Chapitre 26 sur 56 · DISCOBOLES · texte numérisé non relu

DISCOBOLES

Discoboles. (i?î^. grecque etromainsi ) Athlètes qui Élisaient profession de l'exercice du disque^ et qui en disputaient le prix dans les ^eux de la Grèce.

Les premiers commencemens de l'exercice du disque remontent aux tems fabuleux. On y trouve Apollon se dérobant du ciel y et abandonnant le soin de son oracle de Delphes , pour venir à Sparte jouer au disque avec le bel Hyacinthe. Oi^y voit ce jeune homme blessé mortellement au visage par le disque lancé de la main du dieu, et les autres circonstances de cette aventure , qu' Ovide raconte avec tant d'agrément dans le Iwre X de ses Métamorphoses^ Mais sans recourir à une origine si douteuse, contentonsnous d^attribuer , avec Pausanias, Tinvention du disque à Persée > fils de Danaé. Nous apprendrons de cet historien grec le malheur qu'eut ce jeune héros , de tuer involontairement , d'un coup fatal de son palet , son saevl Acrise , et les suites de cet événement. "

Malgré les deux accidens funestes dont on viéht déparier y l'exercice du disque ne laissa pas de faire fortune dans les sièèles suivans; et il était déjà fort en vogue du tems de la guerre de Troye , s'il en faut croire Homère. C'était un des jeux auquel se divertissaient les troupes d'Achille sur le rivage de la mer^ pendant l'inaction où les tenait le res^ sentiment de ce héros contre le roi d'Argos et de Mycènes. Dans les funérailles de Patrocle y décrites dans le XIII^ lit^^

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de Vriiadej on voit un prix proposé pour cet exercice, et ce prix est le palet même que lancent, Fun après Fautre, quatre concurrens , et qui devient la récompense du vain* queur. Ulysse , dans ï Odyssée , Uv. VIII ^ trouve cette espèce de jeu tout établi à la cour d^Alcinous , roi des Phéaciens^ et c'est un des combats gymniques dont ce prince donne le spectacle à son nouvel hôte , pour le régaler, et auquel le roi d'Ithaque veut bien lui-même prendre part , en montrant à ses antagonistes combien il leur est supérieur en ce genre. Pindare,„dans la /*'" Ode des Isihmioniques^ célébrant les victoires remportées aux jeux publics par Castor et par lolaûs , n'oublie pas leur dextérité à lancer un disque : ce qui fait voir que dès les tems héroïques , cet exercice était du nombre de ceux pour lesquels on distribuait des prix dans les solennités de la Grèce.

Les discoboles jetaient le disque en Fair de deux ma-> nières ; quelquefois perpendiculairement , pour essayer leurs forces, et c'était comme le prélude du combat $ d'ordinaire en avant, et dans le dessein d'atteindre le but qu'ils se proposaient î mais de quelque feiçon qu'ils lan cassent cet instrument , ils le tenaient en sorte que son bord inférieur était engagé dans la main , et soutenu par les quatre doigts recourbés en avant , pendant que la surface postérieure était appuyée contre le pouce , la paume ^de la main , et une partie de Favant-bras. Lorsqu'ils voulaient pousser le disque, ils prenaient la posture la plus propre à favoriser cette impulsion, c'est-à-dire, qu'ils avançaient un de leurs pieds, sur lequel ils courbaient tout le corps ; ensuite balançant le bras chargé du disque, ils lui faisaient faire plusieurs tours presque horlzontale-

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ment , pour le chasser avec plus de force; après quoi ils le poussaient de la main , du bras, et pour ainsi dire de tout le corps, qui suivait en quelque sorte la même iirpression ; et le disque échappé s'approchait de rextrémité de la carrière , en décrivant une ligne plus ou moins courbe , suivant la détermination qu'il avait reçue en partant de la main du discobole. Properce peint ce mouvement du disque en l'air , quand il dit :

Missile nunc disci pondus in orbe rotai.

Elbo. XII , Cb. III.

J'oubliais d'avertir que les athlètes avaient soin de frotter de sable ou de poussière , le palet et la main qui le sou« tenait , et cela , en vue de le rendre moins glissant et de le tenir plus ferme.

Les peintres et les sculpteurs les plus fameu:! de l'anti* quité, s'étudièrent à représenter au naturel l'attitude des discoboles , poiur laisser à la postérité divers che&-d'œuvre de leur art. Le peintre Taurisque, au rapport de Pline, et les sculpteurs -Nancy des et Myron , se signalèrent par ces sortes d'ouvrages. Quintilien ( liu. II ^ cliap, xiij ) vante extrêmement l'habileté de ce dernier, dans l'exécution d'une statue de ce genre. On connaît la belle statue du lanceur de disque , qui appartient au grand-duc de Tos«> cane ; mais on ignore le nom du statuaire. Au reste « on ne peut douter qu'il n'entrât beaucop de dextérité dans leur manière de lancer le disque, puisqu'on tournait en ridicule ceux qui s'en acquittaient mal, et qu'il leur arrivait fréquemment de blesser les spectateurs, par leur maladresse.

Pindare nous a conservé le nom de l'athlète qui le prer

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mler mérita le prix du disque dans les jeux olympiques ; ce fut Liucée. Mais dans la suite , quand les exercices alhle* tiques furent rétablis en Grèce , dans la XVill^ olympiade, on n'y couronna plus que les athlètes qui réunissaient les talens nécessaires pour se distinguer dans les cinq sortes d'exercices qui composaient ce que les Grecs appelaient lepentathle ; savoir , la lutte ^ la course , le saut, lexcrcicç du disque et celui du javelot.

On prescrivait aux discoboles ^ dans les jeux publics ^ certaines règles auxquelles ils devaient s'assujettir pour gagner le prix; ensuite, celui-là le remportait qui jetait son disque par-delà ceux de ses concurrens : c'est de quoi les descriptions de ce jeu , qui se lisent dans Homère, danf Stace, dans Lucien et ailleurs, ne nous permettent p^s de douter. On regardait la portée d'un disque « poussé par une main robuste, comme une mesure suffisamment con<» nue ; et l'on désignait par-là nae certaine distance , d^ même qu'en français nous en exprimons une autre par une portée de mousquet.

Nous apprenons encore d'Homère et de Stace , qu'on avait soin de marquer exactement chaque coup de disn qu3, en y plantant un piquet, une flèche, ou quelque chose d'équivalent; ce qui prouve qu il n'y avait qu'un seul palet pour tous les antagonistes ; et c'est Minerve cUemfime, sous la 6gure d'un homme, qui, chez les Phéaciens , rend ce service à Ulysse, dont la marque se trouve fort au-delà de toutes celles des autres discoboles. Enfîn , Stace nous fournit une autre circonstance singulière touchant cet exercice , et qui ne se rencontre point ailleurs : c'est qu'un athlète à qui le disque glissait de la main dans le moment qu'il se mettait en devoir de 1^ lancer, était

hors cle combat par cet accident, «t n'avait plus àeètoii au prix.

On demande si les discoboles , pour disputer ce prix , étaient nus, ainsi que les autres atblètes ; et l'aiBrmatii^e parait très-vraisemblable. En effet , il semble d'abord que Ton peut inférer la nudité des discoboles, de la manière dont Homère , dans Y Odyssée , s'explique à ce sujet; car en disant qu'Ulysse , sans quitter «a robe , sauta dans le stade , prit .u& disque des plus pesans , et le poussa plus loin que n'avaient fait ses antagonistes , ce poète fait assez entendre qne les autres atblètes étaient nus , en relevant, par cette circonstance , la force et l'adresse, de son héros. De plus , l'exercice du disque n'ayant lieu dans les jeux publics , que comme faisant partie du pentathle , où- les atblètes combattaient absolument nus, il est à présanier que pour lancer le palet , ils demeuraient dans le fiaéme état, qui leur était d'ailleurs plus commode que tout autre. Enfin, comme ils faisaient usage des onctions ordi^ naires aux autres atblètes , pour augmenter la force* et la souplesse de leurs muscles , d'où dépendaient leur victoire, ces onctions eussent été incompatibles avec toute espèce de vêtement. Ovide , qui sans doute n'ignorait pas les circonstances essentielles aux combats gymniques , décrivant la manière dont Apollon et Hyacinthe se préparent à l'exercice du disque , les fait dépouiller l'un et l'autre de leurs habits, et se rendre la peau luisante, en se frottant d'huile avant le combat.

Corpora oesie levant^ ei succo pinguis olm Spïendescuni, lailçue îneunl ceiiamîna disci,

' Faber, qui n'est pas de Pavis q\ie nous embrassons ^

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et qui pense que les discoboles étaient toujoi^rs vêtus de tuniques, ou portaient du moins, par bienséance, une epèce de caleçon , de tablier ou d'écharpe , allègue , pour preuve de son opinion, les discoboles représentés sur une médaille de l'empereur Marc-Aurèle , frappée dans la ville d'ÂpoUonie, et produite par Merourial dans son Traité de Vart gymnastique i maïs, i° cette médaille est ttès^uspecte, parce«qti'on ne la trouve dans aucun des cabinets et des recueils que nous connaissons ; 2^ quelque vraie qu'on la suppose , elle ne peut détruire ni la vraisemblance , ni les autorités formelles que nous avons rapportées en faveur de la nudité des discoboles ; et elle prouverait tout au plus , que dans quelques occasions particidières , dans certains lieux et dans certains tem$, on a. pu déroger à la cQUrtuine générale.

On se proposait difiHérens avantages de l'exercice du disque ; il servait à rendre le soldat laborieux et robuste ; aussi lisons-nous qu'Achille irrité contre Agamemnon ^ et s'étant séparé de l'armée des Grecs avec ses Myrmidons , les exerçait, sur le bord de la mer, à lancer le disque et le dard, pour les empêcher de tomber dans l'oisiveté, qui ne manque jamais de saisir , pendant la paix , les personnes accoutumées aux travaux de la guerre. Animés par la glpire ^ par l'honneur ou par la récompense, ils fortifiaient leurs corps ens'amusant, et se rendaient redoutables aux ennemis. Un bras accoutumé, insensiblement et par degrés , à manior et à lancer Un fardeau aussi pesant que l'était le. disque , ne rencontrait rien dans les combats qui pût ré^ sister à ses coups ; d*où il paraît que Tart militaire tirait un secours très-important et très-sérieux de ce qui, dans son origine, n'était qu'un simple divertissement 5 et c'est ce

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dont tous les auteurs conviennent. Enfin, Callien, ^tius, et Pdul Eginète, mirent aussi le disque au nombre des exercices utiles pour la conservation de la santë.

Le Chepalier de Jaucourt.

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