‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 5)Chapitre 32 sur 56 · DITHYRAMBE · texte numérisé non relu

DITHYRAMBE

Dithyrambe. (Bellea-Lettreê.) G'ëtait, chez les Grecs^ une sorte de poésie consacrée à Bacchns , dont il est plus facile d assigner le caractère que de trouver la véritable étymcJogie.

Ceux qui la cherchent dans la langue grecque sont peu dW>ord entre eux. JLes uns la tirent de la double naissance de Bacchus ^ selon les fictions des poètes Çiîç 06paç àpSîfcaf)^ les autres, de l'antre à deux portes où il fut nourri (ètQ6p{l-n)$ d'autres, dU éri de Jupiter, connu en ces termes, Xurr pdfxfia , découa la suture, par laquelle ce dieu en travail demandait à èire promptement délivré de l'enfant qu'il portait dans sa cuisse } ceux-là, de l'éloquence communiquée par le vin aux buveurs, à qui cette liqueur semble ouvrir deux bouches à la fois, <77dfxot dcdtipov. Quelques-uns, peu contens de ces étymologies grecques, suivant lesquelles la première syllabe dti mot dcdtîpofxSbç devrait être brève , croient mieux trouver leur compte dans les latigues orientales , où ils en vont chercher d'autres. On n'est pas moins partagé sur le premier auteur de la poésie dithyrambique : selon Hérodote ^ ce fut le fameux Ârion de Méthymne qui en donna les premières leçons à Corinthe; Clément d'Alexandrie en fait honneur a Lasus ou Lassus d'Hermione, ainsi que le scholiaste de Pindare^ qui , de plus , nous apprend que ce poète lui-même variait sur le lieu où cette sorte de poésie avait pris naissance,

S'jS ESPJIIT

disant, dans ses Hyporchémes , que c'était dans l'île de Naxos; dans le premier livre de ses dithyrambes, que c'était à Thèbes ; et dans ses. Olympiques , que c'était à Corinthe. Quoi qu'il en soit des premiers auteurs de cette poésie 9 il y a beaucoup d'apparence qu'elle doit son origine à ces assemblées rustiques de buveurs 9 chez qui le YÎn seul» échauffant le génie , développait cet enthousiasme et cette fureur poétique qui. faisait 9 pour ainsi dire ^ l'âme du dithyrambe.

De là , comme d^une source féconde , partaient six principales qualités ou propriétés qui caractérisaient cette espèce de poésie; savoir : 1° la coijiposition trop licen- <2ieuse de plusieurs noms joints ensemble et d'où naissaient des expressions nouvelles^ ampoulées, propres à surprendre l'oreille ; 2*^ des métaphores tirées de trop loin, trop dures,. trop hardies, trop compliquées; 3^ des renversemens de construction trop fréquens et trop embarrassés ; 4^ le désordre apparent dans la disposition ou l'arrangement des pensées, quelquefois vraiment sublimes, souvent alambiquées ou trop guindées , et qui étourdissaient l'auditeur sans qu'il connût bien distinctement ce qu'il venait d'entendre ; 5^ une versification trop libre et trop affranchie de la. plupart des règles; 6** l'harmonie ou la modulation phrygienne sur laquelle on chantait cette poésie mise en musique. Tous ces caractères réunis prou^ vent que l'excellence du dithyrambe approchait fort du galimatias.

Ces caractères des dithyrambes se font sentir, à ceux qui lisent attentivement les odes de Pindare, ainsi que les choeurs des tragédies et des comédies grecques , quoiqu'on ne doive absolument regarder ni les .unes,, ni Jes autres ^

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comme des poèmes dithyrambiques. Il nous reste cependant, sans compter la Caasandre de Lycophron, quelques morceaux de ce dernier genre , sur lesquels on pourra s'en former une idée complète en consultant les institutions poétiques de Yossius , Iw» III^ et la dissertation d'Erasme Schmid, de Dithyrambe y imprimée à la fin de son Pindare.

Les dithyrambes 9 par ce qu'on vient de voir^ étaient différens de ce que nous appelons ^^r^ libres , et de ce que les Italiens nomment versi sciolti. Les uns et les autres n'admettent ni les licences , ni les singularités qui régnaient dans les anciens dithyrambes. C'çst donc fort improprement aussi que quelques modemes^, tels que M. Dacier et le P. Commine, ont donné le nom de ditlvy^ rambes composés à toutes sortes de vers indifféremment^ selon qu'ils se présentaient à leur imagination , sans ordre . ni distinction de strophes. Ce n'est-là , pour ainsi dire , que l'écorce la plus superficielle des anciens dithyrambes. Jodelle, qui vivait sous le règne d'Henri II, ayant donné sa tragédie de Cléopdtre^ qui fut extrêmement applaudie^ les poètes ses contemporains ^ pour le féliciter , imaginèrent une cérémonie singulière : ce fut de mener en pompe chez lui un bouc couronné de lierre, et de le complimenter en corps ; et comme ils se piquaient tous' (l'imiter les Grecs , « la fête , dit Fontenélle dans son Histoire du théâtre français , fut accompagnée de vers ; et comme elle regardait Bacchus, le dieu du théâtre ; pouvait - on faire d'autres sortes de vers que des dithyrambes? Il n'y avait pas d'apparence ; cela aurait été contre toutes les règles. La plupart des poètes du tems firent donc des dithy-^ rambes. Je rapporterai , ajoute le'ménie auteur^ quelques

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morceaux de celui de Baïf , parce qu'il est as$Ç9 ciuriciU( et (out-4-&it à la grecque.

Au dieu Bacchus Mcrons de celte fête i Bachique b^igade^ Qu'en gaye gambade i<eliene oofeooue, Qui nous ceint la tète ; Qu'on joue.

Qu'on trépigne , Qu'on fasse maîn|tour

4J«ntoiir Du bouc qui nouf guigne.

$e voyant environné

De notre essaim couronné Du lierre ami des TÎneusf s oarollet; ?ach, Broë,yaçji , Sa , |ui, ^tçt

Cet YacJi, JStfoë, yach^ etc.» est le refrain de toiB. les couplets.

C'est ce doux dieu qui vous pousse « Bpria de sa fureur douce»

A ressuaciter le )Ojeux mystère Pe SCS gaies orgi|es Far l'ignorance abolies.

O père Evien !

B^accbe Dithyrambe »

Qui retiré ^e la aoofl^eusç {ambe.

Dedans l'antre Nysien , Aux Nysides des nourrices , Par ton deux fois père , Meuftiipr de ta mène , fut baillé jadia à nourrir. • •; Dieu brise<soyci.

OlVyctelien!

O Sémélien 1 pémpn-aiipe ^unêç.

DB VBXCTCLOPÉDIR. 23 J

« Quel jargon, poursuit Fontenelle!... Cependant il faut rendre justice à Baïf , ce jargon, ces mots forgés^ ce galimatias, tout cela^ selon Tidée des anciens, est fort dithyrambique. » Cette plaisanterie est déplacée, car les anciens dithyrambes étaient encore plus obscurs, plus ampoulés^ et d'une composition plus extraordinaire que ces vers de Baïf,

L'abbé MAU.ET.

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DiTHYBAHBE ( Littérature^ ) Que dans un pays oà Ton rendait un culte sérieux au dieu du vin , on lui ait adressé des hymnes , et 'que dans ces hymnes les poètes aient imité le délire de l'ivresse , rien de plus naturel ; et si les Grecs eux-mêmes méprisaient les abus de cette> poésie extravagante, au moins devaient-ils en approuver Tusage , et en couronner les succès. Mais qu'on ait voulu renouveler cette folie dans des tems et parmi des peuples où Bacchus était une &ble , c'est une froide singerie qui n'a jamais dû réussir.

Sans doute le bon goût et le bon sens approuvent que^ pour des genres de poésie dont la forme n'est que la pa-^ rure, et dont la beauté réelle est dans le fonds, le poète se transporte en idée dans des pays et dans des tems dont le culte, les mœurs, les usages n'existent plus, si tout cela est plus fiaivorable au dessein et à l'effet qu'il se propose t par exemple , il n'est plus d'usage que les poètes chantent sur la lyre dans une fête ou dans un festin ; mais si , pour donner à ses chants un caractère plus auguste, ou un air plus voluptueux , le poète se suppose la lyre à la main , et

couronné dç lauriers comme Âlcée y ou âe fleurs comme Ânacréon • cette fiction sera reçue comme un ornement du tableau : mais inciter l'ivresse , sans autre but que de ressembler à un homme ivre ; ne chanter de Bacchus que rëtourdissçment et que la fureur qu'il inspire, et faire un ppëme rempli de ce dëlire insensé; à quoi bon? quel en est l'objet? quelle utilité ou quel agrément rëstdte de cette peiiixture? Les Latins eux-mêmes, quoique leur culte fût celui des Grecs , ne respectaient pas assez la fureur bachique pour en estimer rimitation ; et dç tous les genres de poésie , le dithyrambe fut le seul qu'ils dédaignèrent d'imiter. Les Italiens modernes sont moins graves; leur imagination singeresse et imitatrice ^ pour me servir de l'expression de Montaigne, a voulu essayer de tout; ils sç sont exercés dans ,1a poésie dithyrambique , et pensent y. avoir excellé. Mais à vrai dire, c'est quelque chose de bien facile et de bien peu intéressant, que ce qu'ils ont fait daps ce genre. Rien certainement ne ressemble mieux à l'ivresse , que le chœur ^çs^ Bacchantes d'Ange Politien, d^ns sa fable d'Orphée. Mais quel mérite peut-îiy avoir à dire en vers : Te veux boire. Qui veut boire ? La mon^ fagne tourne , la iéte w>e tourne. Je chancelé. Je 'veux doi;mir , etc.

La viérité , la ressemblance n'est pas le but de l'imitation; elle n'en est que le moyen; et s'il n'en résulte aucun plaisir pour les sens , pour l'esprit ou pour l'âme , c'est un badinage insipide ^ c'est de la peine et du tems perdu.

Nos anciens poètes , du tçms^ Ronsard , qui faisaient

gloire de parler grec en français , ne manquèrent pas d^es-

. 9£^y.ei: . aussi des dithyrambes ; mais ni notre langue , ni

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notre imagination y ni notre goût ne se sont prêtés à cette docte extravagance.

Marmontel,

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