‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 5)Chapitre 34 sur 56 · DIVINATION · texte numérisé non relu

DIVINATION

Divination. C'est Fart prétendu de connattre l'avenir par des moyens superstitieux. Cet art est trés^ancien.

U est parlé dans l'Ecriture de neuf espèces de diyînalions. La première se faisait par l'inspection des étoiles » des planètes et des nuées ; c'est l'astrologie judiciaire ou apolélesmatique, que Moyse nonune méonen, La seconde est désignée dans l'Ecriture par le mot menachjMch^ que la vulgate et la plupart des interprèles ont rendu par celui è^augure, La troisième y est appelée mecaschephy que les septante et la vulgate traduisent maléjiceê ouprortiqueê occislies et pemicieuaeiu La quatrième est celle des hfiober ou enchanteurs. La cinquième consistait à interroger les espriia pythona. La sixième , que Moyse appelle desjudeonij était proprement le sortilège et la magie. La septième s'exécutait par l'évocation et l'interrogation des morts, et c^était par conséquent la nécromancie. La huitième était la rabdomancie, ou sort par la baguette ou les bâtmiSy dont il est question dans Osée, e( auquel on peut rapporter la béknnancie qu'Esécliicl u

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connue. La neuvième et dernière était l'hëpatoscopie, ou rinspeciioQ du foie* Le même livre fait encore mention des diseurs de bonne aventure , des interprètes de songes , des divinations par l'eau , par le feu, par l'air, par le vol des oiseaux j par leur chant , par les foudres , par les éclairs ; et en général , par les météores , par la terre , par des points 9 par des lignes, par les serpens, etc.

Les Juifs s'étaient infectés de ces différentes superstitions en Egypte , d'où elles s'étaient répandues chez les Grecs , qui les avaient transmises aux Romains.

Ces derniers peuples distinguaient la divination en ar^« ti&cielle et en naturelle.

Ils appelaient dipination artificielle , un pronostic ou une induction ibndéç sur des signes extérieurs liés avec des éyénemœs à venir; et dipination naturelle, celle qui présageait les choses par un mouvement purement intérieur , et une impulsion de l'esprit, indépendante d'aucun signe extérieur.

Us subdivisaiept celle-ci en deux espèces, l'innée, et l'infuse : l'innée avait pour base la supposition que l'Apie circonscrite en elle-même , et commandant aux différens organes du corps, sans y être présente par son étendue, avait essentiellement des notions confuses de l'avenir , comme on s'en convainc , disaient-ils , par les songes , les extases , et ce qui arrive à quelques malades dans les approches de la mort, et à la plupart des autres hommes, lorsqu'ils sont menacés d'un péril imminent. L'iiifuse était appuyée st|r l'hypothèse que l'âme, semblable à un miroir, était ëc^irée sur les événemens qui l'intéressaient par une lunière réfléchie de Dieu ou des esprits.

Ils divisaient aussi la divination artificieUe en deux es^^

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pèces t l'une cxpërîmentale , tirée de causes naturelles , et telle que les prédictions que les astronomes font des éclipses , etc. ; ou les jugemens que les médecins portent sur la terminaison des maladies ; ou les conjectures que forment les politiques sur les révolutions des états; comme il arriva à Jugurtha sortant de Rome, où il avait réussi, à force d'argent , à se justifier d'un crime atroce 9 lorsqu'il dit : O venaient urbem^ et mox perituram^ si emptorem inveneria I L'autre chimérique , extravagante , consistant en pratiques capricieuses , fondées sur de faux jugemens , et accréditées par la superstition.

Cette dernière branche mettait en œuvre la terre, l'eau, l'air , le feu , les oiseaux , les entrailles des animaux , les songes , la physionomie y les lignes de la main , les points amenés au hasard , les nombres , les noms , les mouvemens d'un anneau , d'un sas , et les ouvrages de quelques auteurs; d'où vinrent les sorts appelés prœneatinœ , virgilianœ^ Jwinericœ. Il y avait beaucoup d'autres sorts. Voici les principaux.

Les anciens avaient Vàlphitomancîe ou aleuromanciey ou le sort parla fleur de farine; Vaxinomançie, ou le sort par la hache; la bélomanciey ou le sort par les flèches; la botanomanciej ou le sort par les plantes ; la capnomancie , ou le sort par la fumée; la catoptromancie, ou le sort par un miroir; la céromanciey ou le sort par les figures de cire ; le clédonisme , ou le sort par des mots ou voix : la cléidomancie y ou le sort psrr les clefs; la coscinomancie^ ou le sort par le crible; la -dactyliomanciej ou le sort par plusieurs anneaux ; VhydroTnancie , ouïe sort par Feau de la mer ; la pégomancie , ou le sort par l'eau de source ; la géornancUt > ou le sort par la terre ; la fychnomoficie^ ou

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le soit par les lampes ; la gasùromanciejou le sort par les phîoles; Vooacopie, ou le sort par les oeufs; Vexùiapicine ^ ou le sort par les entrailles des victimes ; la kéraunosco^ pie, ou le sort par la foudre ; la chiromancie , ou le soft par l'inspection des lignes de la main ; la cryatallomancie, ou le sort par le cristal ou un autre corps transparent ; Varithmomancie ,*ou le sort par les nombres ; la py romande, ou le sort par le feu; la lytomancie^ ou le sort parles pierres; là nécromancie, ou le sort par le$ mots; Vonélrocritique, ou le sort.par les songes ; ïornitlwTnancie, ou le sort par le vol et le chant des oiseaux ; Valectryornancie, ou le sort par le coq; la Ucynomancie, ou le sort par le bassin; la rhabdomancie^ ou le sort par les bâtons , etc« Pour avoir une comiaissance plus étendue de ces sort^ voyez le livre de Sapientid , de Cardan^ et les Disquisitiones magicœ , de Delrio.

Ce dernier auteur propose des notions et des divisioifs de la divination un peu différentes de celles qui précèdent ^ Il définit la divination, la répélation des choses cachées , en vertu d! un pacte fait avec le démon ( significatio occultorum ex pactis conpentis cum dœmone ) : définition qui n est pas exacte , puisqu'il y a des espèces de divination , telle que la naturelle , qui ne sont fondées sur alicun engagement avec le diable.

Delrio distingue deux espèces de pactes , Tun implicite, l'autre explicite; conséquemment il institue deux sortes de divinations : il comprend sous la première la Ihéçmancie ou les oracles , et la manganie ou géotie , à la^ quelle il rapporte la nécromancie , ï/iydromancie , la .fféoinancie, etc. H range sous la seconde Vliaruspicine , avec Yanthtvpomancie, la céromancie, la lythomancie ^

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toutes les dxvinaiions qui se font pftr t^înspectibn di'uù objet ; les augures* ^ les aruapices , les sorta , etc. ; les conjectures tirées des astres , des arbres , des ëlénienâ , des météores , des plantes , des animaux , etc. : il observe seulement que cette dernière est tantôt licite, tantôt illicite ; et par cette distinction , il détruit la définition générale : car si toute divination est fondée sur tin pacte, soit implicite, soit explicite, il n'y en a aucune qui soit innocente.

Les Grecs et les Romains eurent pour toutes ces sottises le respect le plus religieux, tant qu'ils ne furent point éclairés par la culture des sciences; mais ils s'en désabusèrent peu à peu. Gaton , consulté sur ce que pronostiquaient des bottines mangées par des rats , répondit qu'il n'y avait rien de surprenant en cela; mais que c'eût été un prodige inoui si les bottines avaient mangé les rats. Gicéron ne fut pas plus crédule : la miomancie n'est pas mieux traitée dans ses livres , et il n'épargne pas le ridicule à toutes les autres sortes de divinations , sans en excepter ni les oracles , ni les augures , ni les aruspices. Après avoir remarqué que jamais un plus grand intérêt n'avait agité les Romains , que celui qui les divisait dans la querelle de César et de Pompée, il ajoute, que jamais aussi on avait tant interrogé les dieux : Hoc beUo cwili dii immorùales quant multa luserunt!

Pluche, dans son Histoire du ciel^ conséquemment au système qu'il s'est formé, fait naître la divination chez les Égyptiens » de l'oubli de la signification des symboles dont on se servait au commencement pour annoncer au peuple les devoirs et les occupations, soit de la vie civile, soit de la religion; et lorsqu'on lui demande comment il s'est pu

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faire que la signification des symboles se 3oit perdue, et que tout l'appareil de la religion ait pris un tour si étrange, il répond « que ce fut en s'attackant à la lettre que les peuples reçurent presque universellement les augures , la persuasion des influences planétaires, les prédictions de Tastrologie , les opérations de l'alchimie , les différens genres de divinations, par les serpens, par les oiseaux, par les bâtons , etc. 5 la magie , les enchantemens , les évocations , etc. Le monde , ajoute-t-il , se trouva ainsi tout rempli d'opinions insensées, dont on n'est pas partout également revenu , et dont il est très»utile de bien connaître le faux^ parce qu'elles sont aussi contraires à la vraie piété et au repos de la vie, qu'à l'avancement du vrai savoir. Mais comment arriva-t-il que les peuples prirent tous les symboles à la lettre? Il ne faut pour cela qu'une grande révolution dans un Ltat , qui soit suivie de trois ou quatre siècles d'ignorance. Nous avons l'expérience , et de ces révolutions dans l'état, et de l'effet des siècles d'ignorance qui les ont suivies , sur les idées et les opinions des bommes , tant en matière de sciences et d'arts , qu'en matière de religion.

L'abbé de Condillac a fait aussi quelques conjectures philosophiques sur l'origine et les progrès de la divination : comme elles sont très-justes , et qu elles peuvent s'étendre à beaucoup d'autres systèmes d'erreurs , nous invitons Je lecteur à lire particulièrement ce morceau, dans le traite que le métaphysicien que nous venons de citer a publié sur les systèmes. Voici ses idées principales, auxquelles nous avons pris la liberté d'entrelacer quelques-unes des

nôtres.

Nous sommes alternativement heureux et malheureux p

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quelquefois «ans savoir pourquoi : ces alternatives ont éUune source natureUe de conjectiures pour ces esprits qui croient interroger la nature > quand ils ne consultent que leur imagination. Tant que les maux ne furent que particuliers > aucune de ces conjectures ne se rëpandit assez pour devenir l'opinion publique ; mais une afilictiori futelle ëpidëmique, elle devint un objet capable de fixer l'attention générale , et une occasion poiu* les honmies à imagination de faire adopter leurs idées. Un mot qui leur échappa peut^tre alors, par hasard , fut le fondement d'un préjugé : un Etre qui se trouva heiureux, en faisant le malheur du genre humain ^ introduit dans une apostrophe, dans une exclamation pathétique, fut à l'instant réalisé par la multitude, qui se sentit, pour ainsi dire^ consolée ^ lorsqu'on lui présenta un objet à qui elle put s'en prendre dans son infortune*

Mais lorsque la crainte eut engendre un génie malfaisant , l'espérance ne tarda pas à créer un génie favorable : et l'inîagination j conduite par la diversité des phénomènes^ des circonstances de la combinaison des idées, des opinions , des événemens , des réflexions à en multiplier les espèces^ en remplit la terre , les eaux et les airs , et leur établit une infinité de cultes divers , qui éprouvèrent à leur tour une infinité de révolutions difilérentes. L'influence du soleil sur tout ce qui existe était trop sensible pour n'être pas remarquée ; et bientôt cet astre fut compte parmi les Êtres bienfaisans. On supposa de l'influence à la lune; on. étendit ce système à tous les corps célestes i l'imagination, aidée par des conjectures que le tems amcnae nécessairement , dispensa à son gré entre ces corps un caractère de bonté ou de malignité 5 et les cieux parurent

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aussi concerter le bonheur ou le malheur des hommes i on y lut tous les grands évencmens ^ les guerres , les pestes , les famines , la mort des souverains j etc. ■: on attacha ces événemens aux phénomènes les plus rares , teb qae les éclipses 9 l'apparition des comètes; ou l'on supposa du rapport entre ces choses ; ou plutôt la coïncidence fortuite des événemens et des phénomènes fit croire qu'il y en avait.

Un moment de réflexion sur l'eilchatnenlent universel des êtres ^ aurait renversé toutes ces idées : mais la crainte et l'espérance réfléchissent-elles ? Le moyen de f ejeter en doute Finfluence d'une planète ^ lorsqu'elle nous promet la mort d'un tyran?

La liaison qu'on est sî fort tenté de supposer éutre les noms et les choses , dirigèrent dans la dispensation des caractères qu'on cherchait à attachet aujt êtreSi La flatterie avait donné à une planète le nom de Jupitet^ de Mars , de Viénus t la superstition rendit ces astres dispensateurs des dignités^ de la force^ âe la beauté. Les signes du zo-» diaque durent leurs vertus aux animaux d'après lesquels ils avaient été formés^ Mais toute qualité a ses aiaalogues : l'analogie arrondit donc le cortège des bonnes otl mau» vaises qualités qu'un corps céleste pouvait dardei* sur un être à la naissance duquel il présidait 5 l'action du corps céleste se tempéra réciproquementi

Ce système était eiposé à beaucoup de difficultés 5 mais^ ou l'on lie daignait pas s'y arrêter; ou l'on n'était guère embarrassé d'y trouver des réponses^ Voilà donc le sys^ ième d'astrologie judiciaire élevé : on fait des prédictions^ on en fait une bonûe sur neuf Cent qûatre-vingt-dix-^neuf mauvaises : mais la bonne est la seule dont on parle , et sur laquelle on juge^de Tart^

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Cette seule prëdiction merveilleuse racontée en mille manières différentes, se multiplie en mille prédictions peureuses : le mensonge et la fouberie entrent en jeu ; et bientôt on a plus de faits et de merveilles qu'il n'en faut pour faire face à la philosophie , méfiante à la vérité , mais ^ qui l'expérience ne ma^que jamais d'en imposer , quand on la lui objecte.

Lorsque les influences des corps célestes furent bien avouées y on ne put se dispenser d'accorder quelque intelligence à ces Êtres : on s'adressa donc à eux , on les évoqua. On sabit une baguette ; on traça des figures sur la terre, dans les airs; on prononça à voix haute ou basse des discours mystérieux , et l'on se promit d'obtenir tout ce que l'on désirait.

Mais l'on considéra que Sî'il était important de pouvoir évoquer les êtres biçn ou malfaisans , il l'était bien plus 4'avoir sup soi quelque, chose qui nous çn assurât la protectipn ; on suivit les mêmes principes , et l'on construisit des talismans , des amuletties, etc.

S'il est ^ éyénemens fortuits qui secondent la décou- , Yerte des vérités , il en est aussi qui favorisent les progrès de l'erreur : tel fut l'oubli du sens des caractères hiéroglyphiques , qui suiyit nécessairement l'établissement des caractères de l'alphabet* On attribua donc aux caractères hiéroglyphiques telle vertu qu'on désira; ces signes passèrent dans la magie r le système de la divination n'en devint que plus composé ^ plus obscur , et plus merveilleux.

Les hiéroglyphes renfermaient des traits de toute espèce: il n'y eut donc plus de ligne qui ne devint un signe ; il ue fut plus question que de chercher ce signe sur quelque

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partie du corps humain^ dans la main, par exemple, pour donaer naissance à la chiromancie.

L'imagination des hommes n'agit jamais plus fortement et plus capricieusement que dans le sommeil : mais à qui la supjsr^tition pouvait-elle attribuer ces scènes d^objets si singulières et si frappantes , qui nous sont offertes dans certaioâi songes 9 si ce n'est aux dieux? Telle fut l'origine de Vontéirocritique ; il ^tait difficile qu'on n'aperçût pas^ entre les érénemens du jour et les reprësentatiods noc* tum«8, quelques vestiges d'analogie ; ces vestiges devinrent le fondement de l'onëirocritique i on attacha tel ^véne« ment à tel objet; et bientôt il se trouva des gens qui eu-* rent des prédictions prêtes pour tout ce quW avait rèvé^ Il arriva même ici une bizarrerie $ c^est que le contraire de ce qu'on avait rèvë pendant la nuit« étant quelquefois arrivé pendant le jour , on en fit la règle de prédire par les contraires*

Mais que devait-il arriver a dés hommes ohs^d^ deâ prestiges de la divination ^ et se croyant sans cesse environnés d^ètres bien oumalfaisans^ sinon de se jeter sur tous les objets et sut tous les événeMens, et dé lestransfornie]^ en types ^ en avertissemens^ en signes^ en pronostics, etc.? Aussi Us ne tat4èrent pas d'entendre la Volonté des dieux dans le chant d^un rossignol , de voir leurs décrets dans là mouvement des ailes d^uné corneille^ et d^en lire les arrêts irrévocables dans les entrailles d'un veau ^ surtout pendant les sacrifices ; et tels furent les fondemens de l'art des àrus-< pices*Qttelquesparoles échappées au sacrificateur, se trou-* vèreiit par hasard relatives au motif secret de celui qui recourait à l'assistance des dieUxi on les prit polir une i/w-» piration : ce succès donna occasion à plus d'une distrae^

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tion cle celte espèce : moins on parut mattre de ses mon-' vemens , plus ils semblèrent dirins; et l'on crut qu'il fallait perdre la raison à force de s'agiter , pour être inspiré et rendre un oracle. Ce fut par cette raison qu'on éleva des temples dans les lieux où les exhalaisons de la terre aliénaient l'esprit.

n ne manquait plus que de faire mouvoir et parler les statues > et la fourberie des prêtres eut bientôt contenté la superstition des peuples.

L'imagination va vite quand elle s'égare. S'il y a des dieux^ ils disposent de tout : donc il n'y a rien qui ne puisse être le signe de leur volonté et de notre destinée; et voilà tout d'un coup les choses les plus conununes et les plus rares y érigées ei^ boas ou mauvais augures : mais les objets de vénération ayant à cet ^ard quelque liaison de culte avec les dieux , on les crut plus propres que les autres à désigner leur volonté , et Pon chercha des prophéties dans les poèmes de la guerre de Troye.

Ce système d'absurdités acheva de s'accréditer , par les opinions qu'eurent les philosophes de l'action de Dieu sur l'âme humaine ; par la facilité que quelques hommes trouvèrent dans les connaissances de la médecine , pour s'éle^ ver à la dignité de sorciers y et par la nécessité d'un motif respectable pour le peuple » qui déterminât ses chefs à agir ou à attendre , sans se compromettre , et sans avoir à répondre ni du délai ^ ni du succès : cette nécessité rendit la politique favorable aux augures j aux aruspices , et aux oracles ; et ce fut ainsi que tout concourut à nourrir les erreurs les plus grossières.

Ces erreurs furent si générales , que les lumières de la religion ne purent empêcher qu'elles ne se répandissent ^

du moins en partie^ chez les juifs et chez les chrétiens. On vit même 9 parmi ceux-ci, des hommes prétendre interroger les morts et appeler le diable , par des cérémonies semblables à celles des payens dans l'évocation des astres et des démons» Mais si l'universalité d'im préjugé] peut empêcher le philosophe timide de le braver, elle ne l'empêchera point de le trouver ridicule 5 et s'il était assez courageux pour sacrifier son repos et exposer sa vie, afin de détromper ses concitoyens d'un système d'erreurs qui les rendraient misérables et méchans , il n'en serait que plus estimable, du moins aux yeux de la postérité, qui jjuge les opinions des tems passés sans partialité. Ne regarde-t-elle pas aujourd'hui les livres que Gicéron a écrits sur la nature des dieux et sur la divination , comme ses meilleurs ouvrages , quoiqu'ils aient dû naturellement lui attirer 9 de la part des prêtres du paganisme, les titres injurieux d'impie; et de la part de ces hommes modérés, qui prétendent qull faut respecter les préjugés populaires, les épithètes d'esprit dangereux et turbulent ? D'où il s'ensuit qu'en quelque tems, et chez quelque peuple que ce pubse être, la vertu et la vérité méritent seules notre respect. N'y a*t'il pas aujourd'hui à Paris, au .milieu du dix-huitième siècle , beaucoup de courage et de mérite à fouler aux pieds les extravagances du paganisme ? C'était sous Néron qu'il était beau de médire de Jupiter ; et c'est ce (jue les premiers héros du christianisme ont osé , et ce qu'ils n'eussent point fait, s'ils avaient été du nombre de ces génies étroits et de ces âmes pusillanimes qui tiennent la vérité captive lorsqu'il y a quelque danger à l'an-*

ooxicer^

Diderot.

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