E8PRIT
n'écoute que sa volonté particulière est l'ennemi du genre humain ; 2^ que la volonté générale est , dans chaque individu , un acte pur de l'entendement qui raisonne dans le silence des passions , sur ce que l'homme peut exiger de son semblable , et sur ce que son semblable est en droit d'exiger de lui ; 3** que cette considération de la volontë générale de l'espèce et du désir commun est la règle de la conduite relative d'un particulier à un particulier dans la même société , d'un particulier envers la société dont il est membre , et de la société dont il est membre envers les autres sociétés ; 4° que la soumission à la volonté générale est le lien de toutes les sociétés, sans en excepter celles qui sont formées par le crime. Hélas ! la vertu est si belle, que les voleurs en respectent l'image dans le fond même de leurs cavernes! 5° que les lois doivent être faites pour tous , et non pour un , autrement cet être solitaire ressemblerait au raisonneur violent que nous avons étouffé dans le paragraphe 5 ; G*' que, puisque des deux volontés^ l'une générale et l'autre particulière , la volonté générale n'erre jamais , il n'est pas difficile de voir à laquelle il faudrait, pour le bonheur du genre humain, que la puissance législative appartint , et quelle vénération l'on doit aux mortels augustes dont la volonté particulière réunit et l'autorité et l'infaillibilité de la volonté générale ; 7® que quand on supposerait la notion des espèces dans un flux perpétuel , la nature du droit naturel ne changerait pas , puisqu'elle serait toujours relative à la volonté générale et au désir commun de l'espèce entière ; 8° que l'équité est à la justice comme la cause est à son effet , ou que la justice ne peut être autre chose que l'équité déclarée; y° enfin ^ que toules ces conséquences sont évidentes pour
DE l'encyclopédie. 289
celui qui raisonne, et que celui qui ne veut pas raisonner, renonçant à la qualité d'homme, doit être traité comme un être dénaturé.
Diderot.