‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 5)Chapitre 50 sur 56 · ECONOMIE · texte numérisé non relu

ECONOMIE

JjjCONOMiE* ( Morale et Polit. ) Ce mot vient de otxoç, maison y et de vdjfxoÇ) loi^ et ne signifie ordinairement que le sage et légitime gouvernement de la maison , pour le bien commun de toute la famille. Le sens de ce terme a été , dans la suite , étendu au gouvernement de la grande famille, qui est Fétat. Pour distinguer ces deux acceptions , on l'appelle , dans ce dernier cas , économie gênéraie ou politiqite ^ et dans l'autre , économ.ie domestique ou particulière. Ce n'est que de la première qu'il est question dans cet article.

Quand il y aurait entre l'état et la famille autant de rapport que plusietu*s auteurs le prétendent , il ne s'ensuivrait pas pour cela que les règles de conduite propres à l'une de ces deux sociétés , fussent convenables à l'autre : elles difi^rent trop en grandeur poiu* pouvoir être administrées de la même manière , et il y aura toujours une extrême diflférence entre le gouvernement domestique , où le père peut tout voir par lui - même , et le gouvernement civil, où le chef ne voit presque rien que par les yeux d'autrui. Pour que les choses devinssent égales à cet égard , il faudrait que les talens , la force , et toutes les

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facultés du père , augmentassent en raison cle la grandeur do la famille , et que Tâme d'un puissant monarque fût à celle d'un homme ordinaire, comme l'étendue de son empire est à l'héritage d'un particulier.

Mais comment le gouvernement de l'état pourrait -il être semblable à celui de la famille dont le fondement est si différent ? Le père étant physiquement plus fort que ses enfans, aussi long-tema que son secours leur est nécessaire, le pouvoir paternel passe avec raison pour être établi par la nature. Dans la girajade famiUe, dont tous les membres sont naturellenient égaux , l'autorité politique , publiquement arbitraire, quant à son institution, ne peut être fondée que sur des conventions, ni le magistrat commander aux autres qu'en vertu des lois. Les devoirs du père lui sont dictés par des sentimens naturels et d'un ton qui lui permet rarement de désobéir. Les chefs n'ont point de senoblable règle , et ne sont réellement tenus envers le peuple qu'à ce qu^ils lui ont promis de faire et dont il est en droit d'exiger l'exécution. Une autre différence plus importante encore, c^est que les enfans n'ayant rien quje ce qu'ils reçoivent du père , il est évident que tous les droits de propriété lui appartiennent, ou émanent de lui ; c'est tout le contraire dans la grande famille, où l'admiiiistration générale n'est établie que pour assurer la propriété particuKère qui lui est antérieure. Le principal objet des travaux de toute la maison est de conserver et d'accroître le patrimoine du père , afin qu'il puisse un jour le partager entre ses enfans , sans les appauvrir ; au lieu que la richesse du fisc n'est qu'un moyen , souvent fort mal entendu , pour maintenir les particuliers dans la paix et dans l'abondance. En un tnot , la petite famille est

destinée à s'éteindre et k se résoudre un jour en plusieurs autres familles semblables ; mais la grande étant &ite pour durer toujours dans le même état y il faut que la première s'augmente pour se multiplier : et non-seulement il suffit que l'autre se conserve , mais on peut prouver aisément que toute augmentation lui est plus préjudiciable qu'utile.

Par plusieurs raisons^ tirées de la nature de la chose, le père doit commander dans la famille. Premièrement, l'autorité ne doit pas être égale entre le père et la mère ; mais il faut que le gouvernement soit un et que^ dans les partages d'avis , il y ait une voix prépondérante qui décide. 2^ Quelque légères qu'on veuille supposer les incommodités particulières à la femme ; comme elles font toujours .pour elle un intervalle d'inaction , c'est une raison suffisante pour l'exclure de cette primauté : car quand la balance est parfaitement égale ^ une paille suffit pour la faire pencher. De plus^ le mari doit avoir inspection sur la conduite de sa femme , parce qu'il lui importe de s'assurer que les enfans qu'il est £Drcé de reconnaître et de nourrir, n'appartiennent pas à d'autre qu'à lui. La femme, qui n'a rien de semblable à craindre, n'a pas le même droit sur le mari. 5* Les enfans doivent obéir au père , d'abord par nécessité, ensuite par reconnaissance; après avoir reçu de lui leurs besoins durant la moitié de leur vie^ ils doivent consacrer l'autre à pourvoir aux siens. 4® Â l'égard des domestiques, ils lui doivent aussi leurs services , en échange de l'entretien qu'il leur donne , sauf à rompre le marché , dès qu'il cesse de leur convenir. Je ne parle point de l'esclavage , parce qu'il est contraire à la nature et qu'aucun droit ne peut l'autoriser.

Il n'y a rien de tout cela dans la société politique. Loiu

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t{ue le chef ait un intérêt naturel au bonheur des particu' liers , il ne lui est pas rare de chercher le sien dans leiir misère. La magistrature est->elle héréditaire , c'est souvent un enfant qui commande à des hommes : est-^Ue élective y' mille inconvéniens se font sentir dans les élections , et Ton perd, dans Tun et l'autre cas , tous les avantages de la paternité* Si vous n'avez qu'un seul chef, vous êtes à la discrétion d'un maître qui n'a nulle raison de vous aimer; si vous en avez plusieurs, il faut supporter à la fois leur tyrannie et leurs divisions. En un mot , les abus sont inévîtctbles et leurs suites funestes dans toute société, où l'intérêt public et les lois n'ont aucune force naturelle et sont sans cesse attaqués par l'intérêt personnel et les passions du chef et des membres*

Quoique les fonctions du père de famille et du premier magistrat doivent tendre au même but , c'est par des voies si différentes , leur devoir et leurs droits sont tellement distingués ^ qu'on ne peut les confondre sans se former de fausses idées des lois fondamentales de la société, et sans tomber dans des erreurs fatales au genre humain. En effet, si la voix de la nature est le meilleur conseil que doive écouter un bon père , pour bien remplir ses devoirs , elle n'est pour le magistrat, qu'un faux guide qui travaille sans cesse à l'écarter des siens et qui l'entraîne tôt ou tard à sa perte ou à celle de l'état , s'il n'est retenu par la plus sublime vertu (*). La seule précaution nécessaire au père

(*) Celle preuve n^est ni vraie ni spécieuse. £Ue se détruit d>lle-m6me dèûi qu^on veut la rapprocher de la vie des grands nkagistrats. D'aiUcurs elle est en' coalradlctîon avec le système de l*auteur; puisque les trois objets essentiels « la conformité k la volonté générale , les principes d^une bonne éducation | etTheu-

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