Tome v
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de famille , est de se garantir de la dépravation et d empêcher que les inclinations naturelles ne se corrompent en lui ; mais ce sont elles qui corrompent le magistrat. Pour bien £Eiire , le premier n'a qu'à consulter son cœur ; l'autre devient un traître au moment qu'il écoute le sien : sa raison même lui doit être suspecte , et il ne doit suivre d'autre règle que la raison publique 9 qui est la loi. Aussi la nature a-t-elle fait une mtdtitude de bons pères de famille ; mais il est douteux que depuis l'existence du monde, la sagesse ait jamais fait dix bons magistrats.
De tout ce que je viens d'exposer , il s'ensuit que c'est avec raison qu'on a àistingoéY économie publique de Véco- Ttomie particulière, et que l'ëtat n'ayant rien de commun avec la famille , que l'obligation qu'ont les chefs de rendre heureux l'un et l'autre , les mêmes règles de conduite ne sauraient convenir à tous les deux.
Je prie mes lecteurs de bien distinguer encore Péconomie publique dont j'ai k parler , et que j'appelle gou" pernement^ de l'autorhë suprême que j^appeile èoupercdneté*y distinction qui consiste en ce que l'une a le droit législatif, et oblige en certains cas le corps même de la nation , tandis que l'autre n'a que la puissance exécutrice, et ne peut obliger que les particuliers.
Qu'on me permette d'employer, pour un moment, une comparaison commune et peu exacte à bien des égards , mais propre à me &ire mieux entendre.
Le corps politique , pris individuellement , peut être considéré comme un corps organisé , vivant et semblable
reose administration desrevenos à TaTaufage de tous , sont commnns au sou* ▼ctoement paternel et an gonvernementpoUtique.
DE l'encyclopédie. SSg
à celui de l'homme. Le pouvoir souverain repr<?sente la tète; les lois et les coutumes sont le cerveau , principe des nerfs et siège de l'entendement , de la volonté et des sens , dont les juges et les magistrats sont les organes; le commerce» l'industrie et l'agriculture sont la bouche et l'estomac qui préparent la subsistance commune ; les finances publiques sont le sang qu'une sage économie, en faisant les fonctions du cœur , renvoie distribuer par tout le corps la nourriture et la vie; les citoyens sont le corps et les membres qui font mouvoir, vivre et travailler la machine , et quW ne saurait blesser en aucune partie , qu aussitôt l'impres* sion douloureuse ne s'en porte au cerveau ^ si Panimal est dans un état de santé.
La vie de l'un et de l'autre est le moi comtnun aU tout^ la sensibilité réciproque et la correspondance interne de toutes les parties. Cette communication vient-elle à ces^ ser ^ l'unité formelle à s'évanouir , et les patties contiguës à n*appartenîr plus l'une à l'autre que par juxtaposition ? l'homme est mort , ou l'état est dissous.
Le corps politique est donc aussi uti être moral qui a. ntïe volonté ; et cette Volonté générale ^ qui tend toujours à la conservation et au bien-être du totit et de chaque partie ^ et qui est la source des lois , est pour tous les membres de l'état , pat rapport à eux et à lui , la règle du juste et de l'injuste; vérité qui, pour le dire en passant , montre avec combien de sens tant d'écrivains ont traité de vol la subtilité prescrite aux enfans de Lacédémone, pour gagner leuf frugal repas ; comme si tout ce qu'ordonne la loi pouvait ne pas être légitime.
Il est important de remarquer que cette grande règle de justice , sûre par rapport à tous les citoyens , peut être
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fiftutiTe avec les étrangers; et la raison de ceci est ëvîdetite i c'est qu'alors la volonté de Tétat , quoique générale par rapport à ses membres , ne l'est plus par rapport aux autres états et à leurs membres , mais devient pour eux une volonté particulière et individuelle qui a sa règle de yus^ tice dans la loi de nature 9 ce qui rentre également dans le principe établi : car alors la grande ville du monde devient le corps politique dont la loi de nature est toujours la voonté générale ) et dont les états et les peuples divers ne sont que des membres individuels.
De ces mêmes distinctions appliquées à cbaque société politique et à ses membres , découlent les règles les plus universellesret les plus sûres sur lesquelles on puisse )uger d'un bon ou d'un mauvais gouvernement, et en général de la moralité de toutes les actions humaines.
Toute société politique est composée d'autres sociétés plus petites de différentes espèces, dont chacune a ses intérêts et ses maximes; mais ces sociétés que chacun aperçoit 9 parce qu'elles ont une forme extérieure et au* torisée, ne sont pas les seules qui existent réellement dans l'état, tous les particuliers qu'un intérêt commun réunit, en composent autant d'autres , permanentes ou passagères, dont la force n'est pas moins réelle pour être moins apparente, et dont les divers rapports bien observés font la véritable connaissance des moeurs. Ce sont toutes ces associations tacites ou formelles qui modifient de tant de manières les apparences de la volonté publique par l'influence de la leur. La volonté de ces sociétés |>articulières a toujours deux relations: pour les membres de l'association , c'est une volonté générale^ pour la grande société, c^est une volonté particulière^ qui très'^oavent se trouve
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droite au premier égard , et vicieuse au second. Tel peut être prôtre dévot ^ ou brave soldat, ou praticien zélé, et mauvais citoyen. Telle délibération peut être avantageuse à la petite communauté , et très-pernicieuse à la grande, n est vrai que les sociétés particulières étant toujours subordonnées à celles qui les contiennent,, on doit obéir à celles-ci préférablomeut aux autres; que les devoirs du citoyen vont avant ceux' du sénateur, et ceux de l'bomme avant ceux du citoyen : mais malheureusement Tintérèt personnel se trouve toujours en raison inverse du devoir , et augmente à mesure que l'association devient plus étroite et rengagement moins sacré ; preuve invincible que la vo* Ion té la plus générale est aussi toujours la plus juste, et que la voix du peuple est aussi la voix de Dieu.
U ne s'ensuit pas pour cela que les délibérations publi*^ ques soient toujours équitables ; elles peuvent ne l'être pas lorsque 1 s'agit d'affaires étrangères; j'en ai dit la raison. Ainsi , il n'est pas impossible qu'une république bien gouvernée fasse une guerre injuste. Il ne l'est pas qqu plus que le conseil d'une démocratie fasse de mauvais, décrets et condamne les innocens : mais cela n'arrivera jamais, que le peuple ne soit séduit par des intérêts particuliers , qu avec du crédit et de l'éloquence quelques hom^ mes adroits sauront substituer aux siens. Alors, autre cbose sera la délibération publique, et autre chose la vo*lonté générale. Qu'on ne m'oppose donc point la démo»cratie d'Athènes, parce qu'Athènes n'était point en effet une démocratie, mais une aristocratie très-tyrannique , gouvernée par des savans et des orateurs. Examinez avec soin ce qui se passe dans une délibération quelconque , et vous verrez, que la volonté générale est toujours pour Ij^
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bien commun; mais, très-souvent îl se fait une scission se* crête , une confédération tacite , qui , pour des vues particulières , sait éluder la disposition naturelle de rassemblée. Alors le corps social se divise réellement en d'autres dont les membres prennent une volonté génârale j bonne et juste à l'égard de ces nouveaux corps , injuste et mauvaise à l'égard du tout dont chacun d'eux se démembre.
On voit avec quelle facilité l'on explique , à l'aide de ces principes , les contradictions apparentes qu'on remarque dans la conduite de tant d'hommes remplis de scrupule et d'honneur à certains égards , trompeurs et fripons à d'^ujtres y foulant aux pieds les plus sacrés devoirs , et fidèles jusqu'à la mort à des eugagemens souvent illégitimes» C'est ainsi que les hommes les plus corrompus Tendent toujours qxielque sorte d'hommage à la foi publique ; c'est ainsi que les brigands mêmes , qui sont ennemis de la vertu dans la grande société , en adorent le simulacre dans leurs cavemeis.
En établissant la volonté générale pour premier principe de l'économie publique et règle fondamentale du gouvernement, je n'ai pas cru nécessaire d'examiner sérieusement si les magistrats appartiennent au peuple ou le peuple aux magistrats, et si, dans les affaires publiques^ on doit consulter le bien de l'état ou celui des chefs. Depuis long-tems cette question a été décidée d'une manière par la pratique , et d'une autre par la raison 5 et , en général, ce serait une grande folie d'espérer que ceux qui dans le fait sont les maîtres^ préféreront un autre intérêt au leur. Il serait donc à propos de diviser encore l'économie publique en populaire et en tyrannique. La première çst celle de tout état , où règne entre le peuple et les chçf$
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unité d'intérêt et de volonté; lautre existera nécessai^-ment partout où le gouvernement et le peuple auront des intérêts différens » et par conséquent des volonté opposées. Les maximes de celle-ci sont inscrites au long dans les archives de l'histoire et dans les satires de Machiavel. Les autres ne se trouvent que dans les écrits des philosophes qui osent réclamer les droits de l'humanité.
La première et la plus importante maxime du gouvernement légitime ou populaire , c'est-à-dire de celui qui a pour objet le bien du peuple j est donc, conmie )e l'ai dit ^ de suivre en tout la volonté générale; mais, pour la suivre , il faut la connaître j et surtout la bien distinguer de la volonté particulière^ en conmiençant par soi-même^ distinction toujours fort difficile à &ire j et pour laquelle il n'appartient qu'à la plus sublime vertu de donner de suffisantes lumières. Comme pour vouloir il faut être libre, une autre difficulté, qui n'est guère moindre, est d'assurer à la fois la liberté publique et l'autorité du gouvernement. Cherchez les motifs qui ont porté les hommes unis par leurs besoins mutuels dans la grande société , à s'unir plus étroitement par des sociétés civiles ; vous n^en trouverez point d'autre que celui d'assurer les biens , la vie et la liberté de chaque membre par la protection de tous : or , comment forcer des hommes à défendre la liberté de l'un d'entre eux , sans porter atteinte à celle des autres , et comment pourvoir aux besoins publics sans altérer la propriété particulière de ceux qu'on force d'y contribuer ? De quelques sophismes qu'on puisse colorer tout cela , il est certain que si Ton peut contraindre ma volonté, je ne suis plus libre, et que je ne suis plus maître de mon biep , si quelque autre peut y toucher. Cette diffi-
culte y qui devait sembler insurmontable y a été levée avec la première par la plus sublime de toutes les institutions humaines , ou plutôt par une inspiration céleste , qui ap-> prit à rhomme à imiter ici bas les décrets immuables de la divinité. Par quel art inconcevable a-t-on pu trouver le moyen d'assujettir les hommes pour les rendre libres? d'employer au service de l'état les biens , les bras , et la vie. même de tous ses membres, sans les contraindre et sans les consulter? d'enchaîner leur volonté de leur propre aveu? de faire valoir leur consentement contre leur refus 9 et de les forcer à se punir eux-mêmes quand ils font ce qu'ils n'ont pas voulu ? Comment se peut-il fcire .qu'ils obéissent et que personne ne commande, qu'ils servent et n'aient point de maître ; d'autant plus libre en effet que, sous une apparente sujétion, nul ne perd de sa liberté que ce qui peut nuire à celle d'un autre ? Ces prodiges sont l'ouvrage de la loi. C'est à la loi seule que les hommes doivent la justice et la liberté. C'est cet organe salutaire de la volonté de tous qui rétablit dans le droit l'égalité naturelle entre les hommes. C'est cette voix céleste qui dicte à chaque citoyen les préceptes de la raison publique , et lui apprend à agir seloa les maximes de son propre jugement, et à n'être pas en contradiction avec lui-même. C'est elle seule aussi que les chefs doivent faire parler quand ils commandent ; car sitôt qu'indépendamment des lois , un homme en prétend soumettre un autre à sa. volonté privée, il sort à l'instant de l'état civil, et se met vis-à-vis de lui dans le pur état de nature où l'obéissance n'est jamais prescrite que par la nécessité.
Le plus pressant intérêt du chef, de même que son devoir le plus indispensable, est donc de veiller à Tobser*
vaiiôn des lois dont il est le ministre; et sur lesquelles est fondée toute son autorité. Sil doit les faire observer aux autres, à «plus forte raison doit-il les observer lui-môme qui jouit de toute leur faveur. Car son exemple est de telle l'orée, que quand môme le peuple voudrait bien souffrir qu'il s'afFrancblt du joug de la loi , il devrait se garder de profiter d'une si dangereuse prérogative , que d'autres s'efforceraient bientôt d'usurper à leur tour, et souvent à son préjudice. Au fond , comme tous les engagemens de la société sont réciproques par leur nature, il n^est pas possible de se mettre au-dessus de la loi sans renoncer à &e6 avantages , et personne ne doit rien h quiconque prétend ne rien devoir à personne. Par la même raison, nulle exemption de la loi ne sera jamais accordée à quelque titre que ce puisse être dans un gouvernement bien policé. Les citoyens mêmes qui ont bien mérité de la patrie , doivent être récompensés par des honneurs , et jamais par des privilèges : car la république est à la veille de sa ruine, sitôt que quelqu'un peut penser qu'il est beau de ne pas obéir aux lois. Mais si jamais la noblesse, ou le militaire, ou quelque autre ordre de l'état , adoptait une pareille maxime , tout serait perdu sans ressource,
La puissance des lois dépend encore plus de letfr propre sagesse que de la sévérité de leurs ministres, et la volonté publique tire son plus grand poids de la raison qui l'a dictée : c'est pour cela que Platon regarde comme une précaution très-importante , de mettre toujours à la tête des édits un préambule raisonné qui en montre la jus- .tice et l'utilité. En effet , la première des lois est de respecter les lois : la rigueur des châtiïnens n'est qu^une vaine ressource , imaginée par de petits esprits , pour
substituer la terreur à ce .respect qu ils ne peuvent obtenir. On a toujours remarqué que les pays où les .supplices sont les plus terribles , sont aussi ceux où ils .sont les plus fréquens; de sort e que la cruauté des peines ne marque guère que la multitude des infracteurs, et qu'en punissant tout avec la même séyérité , Ton force les coupables de commettre des crimes pour échapper à la punition de leurs fautes.
Mais, quoique le gouvernement ne soit pas le maître de la loi y c'est beaucoup d'en être le garant et d'avoir mille moyens de la faire aimer. Ce n'est qu'en cela que consiste le talent de régner. Quand on a la force en main , il n'y a point d'art à faire trembler tout le monde 9 et il n'y en a pas même beaucoup à gagner les cœurs ; car l'expérience a depuis long-tems appris au peuple à tenir grand compte h ses chefs de tout le mal qu'ils ne lui font pas , et à les adorer quand il n'en est pas haï. Un imbécille obéi peut comme un autre punir les forfaits : le véritable homme d'état sait les prévenir: c'est sur les volontés encore plus que sur les actions qu'il étend son respectable empire. S'il pouvait obtenir que tout le monde fit bien, il' n'aurait lui-même plus rien à faire , et le chef-'d^ceuvre de ses tra~ vaux serait de pouvoir rester oisif. Il est certain , du moins , que le plus grand talent des chefs est de déguiser .leur pouvoir pour le rendre moins odieux , et de conduire l'état si paisiblement qu'il semble n'avoir pas besoin de conducteurs.
Je conclus donc que, comme le [premier devoir du législateur est de conformer les Ipis à la volonté générale, la première règle de l'économie publique est que l'administration soit conforme aux lois. C'en sera même as^ez
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pour que l'état ne soit pas mal gouverné , si le législateur 1 pourvu comme il le devait à tout ce qu'exigeaient les lieux y le climat, le sol, les mœurs, le voisinage, et tous les rapports particuliers du peuple qu'il avait à instituer. Ce n'est pas qu'il ne reste encore une inanité de détails de police et d'économie , abandonnés à la sagesse du gou« ^ernement : mais il a toujours deux règles infaillibles pour se bien conduire dans ces occasions ; Tune est Fesprit de la loi qui doit servir à la décision des cas qu'elle n'a pu prévoir; l'autre est la volonté générale, source et supplt-^ ment de toutes les lois , et qUi doit toujours être consultée kleur défaut. Comment^ me dira- 1- on, connaître la volonté générale dans les cas où elle ne s'est point expliquée ? Faudra-t-il assembler toute la nation à chaque événement imprévu? n faudra d'autant moins l'assembler, qu'il n'est pas sûr que sa décision fût l'expression de la volonté gé^ nérale ; que ce moyen est impraticable dans un grand état , et qu'il est rarement nécessaire quand le gouvernement est bien intentionné : car les chefs savent assez que la volonté générale est toujours pour le parti le plus favorable à l'intérêt public , c'est-à-dire , le plus équitable; de sorte qu'il ne faut qu'être juste pour s'assurer de suivre la volonté générale. Souvent , quand on la choque trop ouvertement , elle se laisse apercevoir malgré le frein terrible de l'autorité publique. Je cherche , le plus près qu'i! m'est possible , les exemples à suivre en pareil cas, A la Chine , le prince a pour maxime constante de donner le tort à ses officiers dans toutes les altercations qui s'élèvent entre eux et le peuple. Le pain est- il cher dans une province? l'intendant est mis en prison: se fait-il dans Une autre une émeute? le gouverneur est casse, et chaque
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mandarin répond sur sa tête de tout le mal' qui arrive dans son département. Ce n'est pas qu'on n'examine ensuite l'affaire dans un procès régulier; mais une lon^e expérience en a fait prévenir ainsi le jugement. On a rarement en cela quelque injustice à réparer; et Tempereur persuadé que la clameur publique ne s'élcve jamais sam sujet y démôle toujours au travers des cris séditieux qu il punit y de justes griefs qu'il redresse.
C'est beaucoup que d'avoir fait régner l'ordre et la plx dans toutes les parties de la république ; c est beaucoup que l'état soit tranquille et la loi respectée : mais si l'on ne fait rien de plus , il y aura dans tout cela plus d'apparence que de réalité , et le gouvernement se fera difficilement obéir s'il se borne à l'obéissance. S'il est bon de savoir employer les bommes tels qu'ils sont^ il vaut beaucoup mieux encore les rendre tels qu'on a besoin qu'ils soient; Tautorité la plus absolue est celle qui pénètre jusqu'à Imtérieur de l'homme y et ne s'exerce pas moins sur la volonté que sur les actions. Il est certain que les peuples sont à la longue ce que le gouvernement les fait être. Guerriers, citoyens, bommes, quand il le veut; populace et canaille quand il lui plaU : et tout prince qui méprise ses sujets se déshonore lui-même , en montrant qu i' n'a pas su les rendre estimables. Formez donc des bommes si vous voulez commander à des hommes ; si vous voula qu'oiî obéisse aux lois , faites qu'on les aime , et que pouf faire ce qu'on doit , il sufHse de songer qu'on le doit faire^ C'était là le grand art des gouvernemens anciens , daia ces tems reculés où les philosophes donnaient des lois aui peuples, et n'employaient leur autorité qu'à les reodn agps et heureux. De là tant de lois somptuaires^ tant de
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r^lemens sur les mœurs, tant de maximes publiques admises ou rejetées avec le plus grand soin. Les tyrans mêmes n'oubliaient pas cette importante partie de lad-*ministration , et on les voyait attentifs à corrompre les mœars de leurs esclaves avec autant de soin qu'en avaient les magistrats à corriger celles de leurs concitoyens. Mais DOS gouvernemens modernes , qui croient avoit tout fait piand ils ont tiré de l'argent , n'imaginent pas même c^u'il )oit nécessaire ou possible d'aller jusques-là.
Seconde règle essentielle de l'économie publique , non moins importante que la première. Voulez vous que la volonté générale soit accomplie ? faites que toutes les vo* Ion tés particulières s'y rapportent; et comme la vertu D'est que cette conformité de la volonté particulière à la ^nérale, pour dire la même chose eh un mot^ faites ré*pier la vertu.
Si les politiques étaient moins aveuglés par leur ambi-lion, ils verraient combien il est impossible qu'aucun éla* blissement , quel qu'il soit^ puisse marcher selon l'esprit le son institution , s'il n'est dirigé selon la loi du devoir ; Us sentiraient que le plus grand ressort de l'autorité publicpie est dans le cœur des citoyens, et que rien ne peut suppléer aux mœurs pour le maintien du gouvernement. Non seulement il n'y a que des gens de bien qui sachent administrer les lois , mais il n'y a dans le fond que d'honnêtes gens qui sachent leur obéir. Celui qui vient à bout de braver les remords , ne tardera pas à braver les supplices; châtiment moins rigoureux, moins continuel^ et auquel on a du nftoius l'espoir d'échapper; et quelques précautions qu'on prenne^ ceux qui n'attendent que l'impunité pour mal faire, ne manquent guère de moyens
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cl'<Sluder la loi ou dVchapper à la peine. Alofs , comtn^ tous les intérêts particuliers se réunissent contre l'intérêt général 9 qui n est plus celui de personne^ les yices publics ont plus de force pour énerver les lois ^ que les lois n en ont pour réprimer les vices ; et la corruption du peuple et des chefs s'étend en6n jusqu'au gouvernement , quelque sage qu'il puisse être : le pire de tous les abus^ est de nV béir en apparence aux lois que pour les enfrmndre en effet avec sûreté. Bientôt les meilleures lois deviennent h plus funestes : il vaudrait mieux cent fois qu'elles n'existassent pas 3 ce serait une ressource qu'on aurait encon quand il n'en reste plus. Dans une pareille situation l'on ajoute vainement édits sur édits , réglemens sur régie mens. Tout cela ne sert qu^à introduire d'autres abn sans corriger les premiers. Plus vous multipliez les lois plus vous les rendez méprisables ; et tous les surveilkn que vous instituez ne sont que de nouveaux infracteur destinés à partager avec les anciens , ou à faire leur pi lage à part. Bientôt le prix de la vertu devient celui à bri^ndage : les hommes les plus vils sont les plus accré dites ; plus ils sont grands , plus ils sont méprisables ; leu infamie éclate dans leur dignité , et ils sont déshonon par leui*s honneurs. S'ils achètent les suffrages des chi^ ou la protection des femmes, c'est pour vendre à lei tour la justice , le devoir et Tétat ; et le peuple qui ne >o| pas que ses vices sont la première cause de ses malhei miu-mure et s^écrie en gémissant : « Tous mes maux i yt viennent que de ceux que je paie pour m'en garantir.! C'est alors qu'à la voix du devoir qui ne parle iy\\ dans les cœurs, les chefs sont forcés de substituer le <4 de la terreur ou le leurre d'un intérêt apparent dont
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trompent leurs créatures. C'est alors qu'il faut recourir à toutes les petites et méprisables ruses qu'ils appellent maximes dtétat^ et m,y stères du cabinet. Tout ce qui reste de vigueur au gouvernement est employé par ces membres à se perdre et se supplanter l'un l'Autre , tandis que les affaires demeurent abandonnées ^ ou ne se font qu'à mesure que l'intérêt personnel le demande ^ et selon qu'il les dirige. Enfin , toute l'babileté de ces grands politiques est de fasciner tellement les yeux de ceux dont ils ont besoin , que chacun croie travailler pour son intérêt en travaillant pour le leur; je dis le leur, si tant est qu'en effet le véritable intérêt des chefs soit d^anéantir les peuples pour les soumettre, et de ruiner leur propre bien pour s'en assurer la possession.
Mais quand les citoyens aiment leur devoir, et que les dépositaires de. l'autorité publique s'appliquent sincère* ment à nourrir cet amour par leur exemple et par leurs soins , toutes les difficultés s'évanouissent , l'administra^ tion prend une facilité qui la dispense de cet art ténébreux , dont la noirceur fait tout le mystère. Ces esprits vastes j si dangereux et si admirés , tous ces grands mi^ nistres doùt la gloire se confond avec les malheurs du peuple , ne sont plus regrettés : les mœurs publiques suppléent au génie des chefs, et plus la vertu règne, moins les talens sont nécessaires. L'ambition même est mieux servie par le devoir que par l'usurpation : le peuple convaincu que ses chefs ne travaillent qu'à faire son bonheur, les dispense par sa déférence de travailler à affermir leur pouvoir; et l'histoire nous montre en mille endroits que l'autorité qu'il accorde à ceux qu'il aime , et dont il est aimé^ est cent fois plus absolue, que toute la tyrannie des
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usurpateurs. Ceci ne signifie pas que le gouvernement doive craindre d'user de son pouvoir, mais qu'il n'en doit user que d'une manière légitime. On trouvera dans l'histoire mille exemples de chefs ambitieux ou pusillanimes, qr.e la mollesse ou l'orgueil ont perdus , aucun qui se soit mal trouve de n'être qu'équitable. Mais on ne doit pas confondre la négligence avec la modération , ni la donceùr avec la faiblesse. H faut être sévère pour être ^uste : souffrir la méchanceté qu'on a le droit et le pouvoir de réprimer, c'est être méchant soi-même.
Ce n'est pas assez de dire aux citoyens , soyez bons , il faut leur apprendre à l'être ; et l'exemple même , qui est à cet égard la première leçon , n'est pas le seul moyen qu'il faille employer : l'amour de la patrie est le plus efficace ; car comme je l'ai déjà dit , tout homme est vertueux quand sa volonté particulière est conforme en tout à la volonté générale , et nous voulons volontiers ce que veulent les gens que nous aimons.
Il semble que le sentiment de l'humanité s'évapore et «"affaiblisse en s'étendant sur toute la terre , et que nous ne saurions être touchés des calamités de la Tartarie ou du Japon , comme de celles d'un peuple européen. Il faut en quelque manière borner et comprimer l'intérêt et la commisération pour lui donner de l'activité. Or, comme ce penchant en nous ne peut être utile qu'à ceux avec qui nous avons à vivre , il est bon que l'humanité, concentrée entre les concitoyens , prenne en eux une nouvelle force par l'habitude de se voir, et par l'intérêt commun qui les réunit. Il est certain que les plus grands prodiges de vertu ont été produits par Famour de la patrie : ce sentiment doux et vif qui joint la force de Fiimo<ur-propre à toute la
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beauté' de la mtu , luî donne une énergie qui , «an» la àé. figurer, en fait la plus héroïcpie de toutes les passions. Cest Im qu. produisit tant d'actions immortelles dont I éclat â)louit nos faibles yeux , et tant de grands hommes dont les antwpies vertus passent pour de, fables depuis que 1 amour de la patrie est tourne en dérision. Ne nous en étonnons pas ; les transports des cœurs tendres paraissent autant de chimère*, à quiconque ne les a poinVsenl.s; etlamour de la patrie, pi„s ^f et plus délicieux cent fois que celui d une maîtresse, ne se conçoit de même <iuW léprouvant : mais il est aisé de remarquer dans tous les cœurs qu û échaufiè, dans toutes les actions qu'il mspiie cette «rdeur bouillante et sublime dont ne briHe pas la plus puxe vertu, quand elfe en est Réparée. Osons opposer Socrate n»ême à Caton ; IW était plus philosophe, et lautreplus «tayen. Athènes était déjà perdue, et Socrate n avait plu» de patrie que le mo,ide entier : Gaton porta toujours la sienne au fond de sou cœur; i! ne vivait que pour eUe , et ne put hri survivre. La vertu de Socrate «t ceUe du plus sage de, hommes : mais entre Gésar et Pompée, Cuti» semble un dieu parmi les mortels. L'un mstnut quel/p^ particuliers , combat les sophistes et meurt pour U vérité : IWre défend l'état, h liberté 'les lo« cootre fes conquérans du mopde, et quitte enfin la terre qU,n4 il n'y voit ph« de patrie à servir. Un digne élève de Soowt, sewit le plus vertneux de ses contemL raznsj uq digne émule de Caton en serait le pins grand' La vertu du premkr ferait son bonheur, le second chercherait son bonherf dans celui de tous. Nous serions instruite par l'un et conduits par l'autre, et cela seul décide rau de la préférence : car on n'a jamai^fàit un peuple de
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sages , mais il n'est pas impossible de rendre un peuple heureux.
Voulons-nous que les peuples soient vcrtucuï ? commençons donc par leur faire aimer la patrie. Mais comment Taimeraient-ils ^ si la patrie n'est rien de plus pour eux que pour des étrangers , et qu'elle ne leur accorde que ce qu'elle ne peut refuser à personne? Ce serait bien pis s'ils n^y jouissaient pas même de la sûreté civile, et que leurs biens , leur vie ou leur libeirté fussent à la discrétion des hommes puissans • sans qu'il leur fût possible ou permis d'oser réclamer les lois. Alors , soumis aux devoirs de Pétat civil, sans jouir même des droits de l'état de nature , et sans pouvoir employer leurs forces pour se défendre , ils seraient par conséquent dans la pire condition ou puissent se trouver des hommes libres , et le mot Ae patrie ne pourrait avoir pour eux qu'un sens odieux ou ridicule. H, ne faut pas croire que l'on puisse offenser ou cou- ^per un bras , sans que la douleur ne s'en porte à la tête ; et il n'est pas plus croyable que la volonté générale consente qu'un membre de l'état, quel qu'il soit, en blesse ou détruise un autre , qu'il ne l'est que les doigts d'un homme usant de sa raison, aillent lui crever les yeux. La sûreté particulière est tellement liée avec la confédération publique , que sans les égards que Ton doit à la faiblesse humaine, cette convention serait dissoute par le droit, sll périssait d^ns l'état un seul citoyen qu'on eût pu secourir ^ si l'on en retenait à tort un seul en prison , et s'il se perdait un seul procès avec une injustice évideMe : car les conventions fondamentales étantr enfreintes , on ne voit plus quel droit ni qiiel intérêt pourrait maintenir le peuple dans l'union sociale, à moins qu'il n'y fût retenu
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par la seule force qui fait la dissolution de l'ëtat civil. En effets l'engagement du corps de la nation n'eât-il pas ûe pourvoir à la conservation du dernier de ses membres avec autant de soin qu'à celle de tous les autres? et le sa^ lut d'un citoyen est-il moins la cause commune que celui de tout l'Etat? Qu'on nous dise qu'il est bon qu'un seul périsse pour tous , j'admirerai cette sentence dans la bouche d^un digne et vertueux patriote , qui se consacre volontairement et par devoir à la mort pour le salut de son pays : mais si l'on entend qu'il soit permis aU gouverne-* ment de sacrifier im innocent au salut de la multitude , je tiens cette maxime pour une des plus exécrables que jamais la tyrannie ait inventées, la plus fausse qu'on puisse avancer, la plus dangereuse qu'on puisse admettre, et la plus directement opposée aux lob fondamentales de la so<^ ciété. Loin qu'un seul doive périr pour tous , tous ont en^ gagé leurs biens et leurs vies à la défense de chacun d'eux , afin que la faiblesse particulière fût toujours protégée par la -force publique , et chaque meihbre par tout l'état. Après avoir , pai^ supposition > retranché du peuple un individu après l'autre^ pressez les partisans de cette maxime à mieux expliquer ce qu'ils entendent pat le corps de Vétat, et vous verrez qu'ils le réduiront à la fin à un petit nombre d'hommes, qui ne sont pas peuple , mais les officiers du peuple , et qui s^étant obligés par un serment particulier à périr eux-mêmes pour son salut ^ prétendent prouver par là que c'est à lui de périr pour le leur.
Veutfon trouver des exemples de la protection que l'état doit à ses membres , jet du respect qu'il doit à leurs personnes? ce n est que chez les plus illustres et les plus courageuses nations de la terre qu il faut les chercher^ et
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il n'y a guère que chez les peuples libres où Pon sache ec que vaut un homme. A Sparte, on|8aît en quelle pei^lexité se trouvait toute la république, lorsqu'il ëtait question de punir un citoyen coupable. En Macëdoine, la vie d'un homme était une affaire si importante , que , dans toute la grandeur d'Alexandre 9 ce puissant monarque n^eùt oséj de sang froid , faire mourir un Macédonien criminel , que l'accuse n'eût comparu, pour se défendre, devant ses conr citoyens, et n'eût été condamne par eux. Mais les Romains se distinguèrent aunlessus de tous les peuples de la terre par les égards du gouvernement pour les particuliers et son attention scrupuleuse à respecter les droits inviolables de tous les membres de l'état. Il n'y avait ti&k de si sacré que la vie des simples citoyens ; il ne fallait pas moins que l'assemblée de tout le peuple pour en conjdanmer un : le sénat méme^ ni les consuls dans toute leur majesté, n'en avaient pas le droit, et chez le plus puissant peuple ^ monde , le crime et la peine étaient une désolation publique ; aussi parut - il si dur d'en verser le sang pour quelque crime que œ pût être , que par la loi porcia^ la peine de mort fut commuée en celle de l'exil pour tous ceux qui voudraient survivre à la perte d'une si douce patrie. Tout respirait â Rome et dans les aimées cet amour des concitoyens les uns pour ks autres , et ce respect pour le nom romain , qui devait le courage et animait la vertu de quiconque avait l'honneur de le pmter. Le chapeau d'un citoyen délivré d'esclavage , la couronne civique de celui qui avait sauvé la vie à un autre , étaient ce qu'on regardait avec le pkis de plaisir dans la pompe des triomphes ; et il est à remarquer que des couronnes dont on honorait à la guerre les belles actions , il n'y
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avait cpie la civique et celle des triom^^atears c[ui fussent d'herbe et de feuilles, toutes les autres n'étaient que d'or. C'est ainsi que Rome fut vertueuse et devînt la maîtresse du monde. Che& ambitieux! un pâtre gouverne ses chiens et ses troupeaux y et n'est que le dernier des hommes! S'il est beau de commander, c'est quand ceux qui nous obéissent peuvent nous honorer : re^ectes donc v.os concitoyens , et vous vous rendrez respectables ; respectes \à liberté , et votre pmssanoe augmentera tous les jours ; ne passez jamais vos droits, et bientèt ils seront sans bornes.
Que la patrie se montre la mère commune des citoyens, que les avantages dont ils jouissent dans leur pays le leur rendent cher, q»e le gouvernement leur kisse assez de pari à l'administraHion pliblique pour sentir qit'ils «ont chez «ux , et que les lois ne soient à leurs yeux qtte les gàTBxAs de la commune liberté. Ces droits , tout beaux qu'ils soilt, appurtienneint k tons les hommes; mais sans parohne les «ttaquer diveotement, la mauvaise Tolontë des diefs .en réduit ^aisémeirt l'effet à rien. La loi dont on abuse sert à la fois au puissafitt d'^trme offensive et 'de bouclier conive le faible , et le pvétexte 4u bien public €st to^njours le plus dangereux fléau du j>eiiple. Ce qu'il y a de plus nécessaire , et peut-être de plus difficile dans le gouvernement , «c'est une înlégrité sévère à rendre justice à tous , et surtout à protéger le pauvre contre la tyrannie du riche. îLe plus.grand mcd est déjà fait , quand on a des pauvres à défendre et des viehes k contenir. C'est sur la médioorilé seule qu'on exerce toute la force des lois; elles sont ëgalemeiat impuissantes contre les trésors du riche et cootce la miflère «du pauvre ; le premier les élude , le se*
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cond leur échappe ; l'un brise la toile , et l'autre passe au travers.
C^est donc une des plus importantes affaires du gouvernement , de prévenir l'extrême inégalité des fortunes, non en enlevant les trésors à leurs possesseurs , mais en étant à tous les moyens d'en accumuler ; ni en bâtissant des hôpitaux pour les pauvres , mais en garantissant les citoyens de le devenir. Les hommes inégalement distribués sur le territoire et entassés dans un lieu, tandis que les autres se dépeuple^t; les ^ts d'agrément et de pure industrie favorisés aux dépens des métiers utiles et pénibles ; l'agriculture sacrifiée au commerce ; le publicain rendu nécessaire par la mauvaise administration des deniers de l'état; enfin, la vénalité poussée à tel excès, que la considération se compte avec les pistoles^ et que les vertus mêmes se vendent ^ pri:^ d'argent : telles sont les causes les plus sensi- ))les de l'ppulence et de la misère , de l'intérêt particulier substitué à, l'intérêt public, de la haine mutuelle des citoyens, de leur indifférence pour la cause commune, de la cprruption du peuple et de l'affaiblissement de tous les ressorts du go^vemement• Tels sont par conséquent les mau:^ qu'on guérit difficilement, quand ils se font sentir, mais q^'u^e s^ge administration doit prévenir pour maintenir , avec les bonnes mœurs , le respect pour les lois , l'wtour 4e h pçitrie et la vigueur de la volonté générale.
Mais toutes cçs précautions seront insuffisantes , si Ion pe s'y prend dp plus loin encore. Je finis cette partie de l'économie publique par où )'aurais dû la commencer. Lt patrie np peut si^)sister s^ans la liberté, ni la liberté sans k y^\v^ r m. la vçrt^. «laps Içs citoyens ; voua aure* tout
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vous formez des citoyens ; sans cela , vous n'aurez que dt méchans esclaves, à commencer par les chefs de Fëtat. Or', former des citoyens n'est pas laffalre d'un jour; et pour les avoir hommes , il faut les instruire enfans. Qu'on me dise que quiconque a des hommes à gouverner , ne doit pas chercher hors de leur nature une perfection dont ils ne sont pas susceptibles; qu'il ne doit pas vouloir détruire en eux les passions , et que l'exécution d'un pareil projet ne serait pas plus désirable que possible. Je conviendrai d'autant mieux de tout cela , qu'un homme qui n'aurait point de passions serait certainement un toci mauvais citoyen ; mais il faut convenir aussi que si l'on n'apprend point aux hommes à n'aimer rien , il n'est pas impossible de leur apprendre à aimer un objet plutôt qu'un autre , et ce qui est véritablement beau, plutôt que ce qui est difforme. Si , par exemple , on les exerce assez tôt à ne jamais regarder leur individu que par ses relations avec le corps de l'état, et à n'apercevoir, pour ainsi dire ^ leur propre existence que comme une partie de la sienne , ils pourront parvenir enfin à s'identifier en quelque sorte avec ce plus grand tout , à se sentir membres de la patrie, à l'aimer de ce sentiment exquis que tout homme isolé n'a que pour soi-même , à élever perpétuellement leur âme à ce grand objet , et à transformer aias^ en une vertu sublime cette disposition dangereuse d'où naissent tous nos vices. Non -seulement la philosophie démontre la possibilité de ces nouvelles directions , mais l'histoire en fournit mille exemples éclatans : s'ils sont si rares parmi nous , c'est que personne ne se soucie qu'il y ait des citoyens, et qu'on s'avise encore moins de s'y prendre assez tôt pour les former. Il n'est plus tems de changer
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DOS inclinatiODS naturelles quand elles ont pris leur cours et que l'habitude s'est jointe à Tamour-pn^re ; il n'est plus tems de notts tirer hors de nous-mêmes , quand une fois le moi humain , concentré dans nos cœurs , y a acquis cette méprisable activité qui absorbe toute vertu et bit la vie des petites âmes. Comment l'amoUr de la patrie pourrait'il germer au milieu de tant d'autres passions qui l'étouffeut? et que reste-t-il pour les concitoyens » d'un cœur déjà partagé entre ravarice^ une maîtresse ti la vanité?
C'est du premier moxnent de la vie qu'il faut apprendre à mériter de vivre; et comme on participe eïi naissant aux droits des citoyens , l'instant de notre naSs^tice doit être le commencement dé l'exercice de nos devoirs. SHl y a des lois pour l'âge mur ^ il doit y en avoir potur l'enfance , qui enseignent à obéir aux autres ; et èomme otk ne laisse pas la raisctai de chaque homme umque arbitre dé aes devoirs, xm doit d'autant m'oins abandonner érux lu^mières et aux pr^ugés des pères l'éducation de leurs enfans, qu'elle imp^Nrte à l'état encore plus qu'aux pères; car , selon le cours d^ la nature , la mort du père lui dérobe souvent les derniers fruits de cette éducati(m; mais la patrie en sent t6t ou tard les effets; l'état demeure, et ta Êimille se dissout. Que si Tautorité publique , eu prenant la place des pères, et se chargeant de cette importante fonction, acquiert leurs àixÂts en remplissant leurs devoirs , ils ont d'autant moins sujet de s'en plaindre ^ qu^i cet égard ils ne font proprement que c^aa^er de nom , et qu'ils auront en. commun, sous le nom de citoyena, )k même -autorité sur leurs en&ns qu'ils exerçaient séparé^ luent sous le vkm6a de pètes , et n'en seront pu moins
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obéis en parlant au nom de la loi , qu'ils ne Tétaient en parlant au nom de la nature. L'éducation publique , sous des rèjjles prescrites par le gouv^nement , et sous des magistrats étaUis par le soUTê^ain, eât donc vmt des maxitaoîes fondamentales du gouvernement populaire ou légitime. Si les enfâns sont élevés en commun dans le sein de Tégalité ; s'ils sont imbus des lois de Fétat, et des maximes de la volonté génârale;' s'ils sont instruits à les respe^^er par dessus toutes choses; s'ils sont environnés d'exemples et d'objets qui leur parlent sans cesse de la tendre mère qui les nourrit « de l'amour qu'elle a pour eux , des biens inestimables qu'ils reçoivent d'elle, et du retour qu'ils lui doivent , né doutons pas qu'ils n'apprenHent ainsi à se cbérir mutuellement con!in!te des frères , à ne vouloir jamais que ce que veut la société , à substituer des actions d'hommes et de citoyens au stérile et vain babfl des sophistes, et à ^ devenir un jour les défenseurs et les pères de la patrie , dont ils auront été si long-tems les enfans.
Je nié parlerai point des magistrats destinés à présider à cette éducation , qui certainement est la plus iiùportanté affaire de l'état. On sent que si de telles marques de la confiance publique étaient légèrement accordées , si cette fonctâoii sublime n'était pour ceux qui auraient digne* ment' "rempli toutes les autres, le prix de leurs travaux, l'honorable et doux repos de leur vieillesse , et le comblé de tous lès honneurs , toute Pentreprise serait iûutile , et l'éducation sans succès ; car pài^toùt oii la leçon n'est pas soutenue par l'atrtoriié , et te précepte par l'exemple , l'instruètiôn dëïiïeurè saûs fruit ; et la tértû même perd Sun tt êêii. Sans la Ijôùdi^ dé cëïui qui ne la pratique pas.
îfSaié c(de des gùterri'cfrs ilhislré^ couA'és fiotts k faix dt
leurs lauriers prêchent le courage ; que des magistrats intègres y blanchis dans la pourpre et sur les tribunaux , enseignent }a justice ; les uns et les autres se formeront ainsi de vertueux successeurs , et transmettront d'âge en âge aux générations suivantes , l'expérience et le^ talens des cheis y le courage et la vertu des citoyens j et Fémulation commune à tous de vivre et de mourir pour la patrie.
Jç ne sache que trois peuples qui aient autrefois pratiqué l'éducation publique ; savoir, les Cretois, les Lacédémoniens et les anciens Perses : chez tous les trois elle eut le plus grand succès , et fit des prodiges chez les deux derniers. Quand le monde s'est trouvé divisé en nations trop grandes pour pouvoir être bien gouvernées, ce moyen na plus été praticable 5 et d'autres raisons que le lecteur peut voir aisément , ont encore empêché qu'il n'ait été tenté chez aucun peuple moderne. C'est ime chose très-remarquable que les Romains aient pu s'en passer; mais Rome fut durant cinq cents, ans un miracle continuel , que le monde ne doit plus espérer de revoir. La vertu des Romains , engendrée par l'horreur de la tyrannie et des crimes des tyrans, et par l'amour inné de la patrie, fit de toutes leurs maisons autant d'écoles de citoyens; et le pouvoir sans bornes des pères sur leurs enfans, mit taat de sévérité dans la police particulière , que le père plus craint que les magistrats , était dans son tribunal domestiqfie le censeur des mœurs /et le vengeur des lois.
C'est ainsi qu'un gouvernement attentif et bien intentionné , veillant sans cesse à maintenir ou rappeler chez le peuple l'amour de la patrie et les bonnes mœurs , prévient de loin les maux qui résultent tôt ou tard de l'indifférence des citoyens pour le sort de la république , et contient
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dans d'étroites bornes cet intërêt personnel , qui isole tellement les^rticuliers , que l'état s'affaiblit par leur puissance , et n'a rien à espérer de leur bonne volonté. Partout où le peuple aime son pays , respecte les lois et vit simplement , il reste peu de chose à faire pour le rendre heureux ; et dans l'administration publique où la fortune a moins de part qu'au sort des particuliers j la sagesse est si près du bonheur que ces deux objets se confondent.
Ce n'est pas assez d'avoir des citoyens et de les protéger, il faut encore songer à leur subsistance , et pourvoir aux besoins publics « c'oet une suite évidente de la volonté générale, et le troisième devoir essentiel du gouvernement. Ce devoir n'est pas , comme on doit le sentir, de remplir les greniers des particuliers , et de les dispenser du travail, mais de maintenir l'abondance tellement à leur portée , que pour l'acquérir le travail soit toujours nécessaire , et ne soit jamais inutile. Il s'étend aussi à toutes les opérations qui regardent l'entretien du fisc et les dépenses de l'administration publique. Ainsi, après avoir parlé de Fé* conomie générale par rapport au gouvernement des personnes , il nous reste à la considérer par rapport à l'admi* nistration des biens.
Cette partie n'offre pas moins de difficultés à résoudre , ni de contradictions à lever que la précédente. Il est certain que le droit de propriété est le plus sacré de tous les droits des citoyens , et plus important , à certains égards , que la liberté même ; soit parce qu'il tient de pluis près à la conservation dé la vie ; soit parce que les biens étant plus faciles à usurper , et plus pénibles à défendre que la personue , on doit pluj$ respecter ce qui se peut ravir plus ai^énievLt \ sqU e^fia parce que la propriété est le vrai fon-
dément de la sociëtë civile y et le vrai garant des engage* inens des citoyens : car si les biens ne rëponchûent pas des personnes , rien ne serait si facile que d'éluder ses devoirs, et de se mocper des lois. D'un autre càté il n est pas moins sur que le maintien de l'état et du gouvernement exige des frais et de la dépense; et comme quiconque accorde la fin ne peut refuser les moyens , il s'ensuit que les membres de la société doiv^it contribuer de leurs biens à son entretien. De plus , il est difficile d'assurer d'un côté la propriété des particuliers sans l'attaquer d'un autre , et il n'est pa6 po^ible que tous les réglemens qui regardent l'ordre des successions , les testamens , les contrats , ne gênent les citoyens à certains égards sur la disposition de leur propre bi^ , et par conséquent sur leur droit de propriété.
]VbÛ5 outre ee <que fai dit ci «devant de l'accord qui règne entre l'autorité de la loi , et la liberté du citoyen , il y a ^ par rapport à la disposition des biens , une remarque impoirtatite à £iire^ qui lève J>ien des difficnités. C'est, ix>mme Fa montré Puffenddrf , ^e par la nature du droit de {)rû|>riété , il ne s'étend point tfu-detà de la vie du propriétaire y et qu'à l'instant qu'un hotame est ttort , son bieh ne lui appartient fftus. iàinsi, \m prescrire les conditions sotts ieaqtièUes il en jpeut disposer , c'est liu fond iRJbins altérer son droit en apparence , que l'étendre en eiiet.
E» général , qudique l'institution des lois qui relent le piOuvoir des partionliei^ dans la disposition de leur Itropre ilien , m'appartnémie qu'au souverain , l'esprit de oeà lois , ijtie le ge«ivem0&Mnt doit suivre dans \etBc applioalâon , ^est 'que de père en fils , et de proche en proche,
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les biens île la famille en sortent et s'alimentent le moins qu'il est possible. Il y a une raison sensible de ceci en faveur des enfans , à qui le droit de propriété serait fort inutile^ si le père ne leur laissait rien , et qui de plus ayant souvent contribué par leur travail à l'acquisition des biens du pdre 9 sont de leur chef associés A son droit. Mais une autre raison plus éloignée et non moin^ impor« tante , est que rien n'est plus funeste aux mœurs et à la république 9 que les changemens continuels d'état et de fortune entre les citoyens , cbangemens qui sont la preuve et la source de mille désordres^ qui bouleversent et confon • dent tout, et par lesquels ceux qui sont élevés pour une chose j se trouvant destinés pour une autre , ni ceux qui montent y ni ceux qui descendent ne peuvent prendre les maximes ni les lumières convenables à leur nouvel état , et beaucoup moins en remplir les devoirs. Je passe à l'objet des finances publiques.
Si le peuple se gouvernait lui*méme, et qu'il n'y eût rien d'intermédiaire entre l'administration de l'état et les citoyens , ils n'auraient qu'à se cotiser dans l'occasion 9 à proportion des besoins pi:d>lios et des facultés des particuliers ; et comme chacun ne perdrait jamais de vue le recouvrement ni l'emploi des deniers , il ne pourrait se glisser ni fraude ni abus dans leur maniement : l'état ne serait )aniaÎ8 obéré de dettes , ni le peuple accablé d'impôts; ou du moins la sûreté de l'emploi le consolerait de la dureté de la taxe» Mais les choses ne sauraient aller ainsi; et quelque borné que soit un état, la société civile y est toujours trop nombreuse pour pouvoir être gouvernée par tous ses membres. U faut nécessairement que les deniers fMiMics passent par les mains des chefs y lesquels ^
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outre rintérét de l'ëtat , ont fous le leur particulier , qui n'est pas le dernier écouté. Le peuple de son côté , qui s'aperçoit plutôt de Favidité des chefs ^ et de leurs foUes dépenses, que des besoins publics , ^murmure de.se voir dépouiller du nécessaire pour fournir au superflu d'au*trui ; et quand une fois ces manœuvres Font aigri jusqu'à certain point , la plus intègre administration ne Tiendrait pas à bout de rétablir la confiance. Alors si les contributions sont volontaires, elles ne produisent rien; si elles sont forcées, elles sont illégitimes : et c'est dans cette cruelle alternative de laisser périr l'état ou d^attaquer le droit sacré de la propriété, qui en est le soutien, qae consiste la difficulté d'une juste et sage économie*
La première chose que doit faire, après l'établissement des lois, l'instituteur d'ime république, c'est de trouver im fonds suffisant paur, l'entretien des magistrats et autres officiers , et pour toutes les dépenses publiques. Ce fonds s'appelle œrarium oxifiac^ s'il est en argent; domaine public , s'il est en terres , et ce dernier est de beaucoop préférable à l'autre , par des raisons faciles à voir. Qui* conque aura suffisamment réfléchi sur cette matière , ne pourra guère être à cet égard d'un autre avis que Bodin , qui regarde le domaine public conune le plus honnête et le plus sur de tous les moyens de pourvoir aux besoins de l'état ; et il est à remarquer que le premier soin de Komulus dans la division des terres , fut d'en destiner le tiers à cet usage. Pavoue qu'il n'est pas impossible que le produit du domaine mal administré, se réduise à rien ; mais il n'est pas de l'essence du domaine d'être mal administré.
Préalablement à tout emploi^ ce fonds doit être assigné ou accepté par l'assemblée du peuple ou des états du pays,
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qui doit ensuite en déterminer l'usage. Après cette solennitë, qui rend ces fonds inaliénables, ils changent, pour ainsi dire , de nature , et leurs revenus deviennent tellement sacrés, que c'est non-seulement le plus infllme de tous les vols, mais un crime de lèse-majesté^ que d'en détourner la moindre chose au préjudice de leur destination. C'est un grand déshonneur pour Rome , que l'intégrité du questeur Gaton y ait été un sujet de remarque^ et qu'un empereur récompensant de quelques écus le talent d'un chanteur , ait eu besoin d'ajouter que cet argent venait du bien de sa famille, et non de celui de l'état. Mais s'il se trouve peu de Galba , où chercheronsnous des Gâtons? et quand une fois le vice ne déshonorera plus, quels seront les chefs assez scrupuleux pour s'abstenir de toucher aux revenus publics abandonnés à leur discrétion, et pour ne pas s'en imposer bientôt à euxmêmes , en affectant de confondre leurs vaines et scandaleuses dissipation!» avec la gloire de l'état ^ et les moyens d'étendre leur autorité , avec ceux d'augmenter sa puissance ? C'est surtout en cette délicate partie de l'administration, que la vertu est le seul instrument efficace, et que l'intégrité du magistrat est le seul frein capable de contenir son avarice. Les livres et tous les compter des régisseurs servent moins à déceler leurs infidélités qu'à les couvrir ; et la prudence n'est jamais aussi prompte à imaginer cle nouvelles précautions , que la friponnerie à les éluder. Laissez donc les registres et les papiers, et remettez les finances en des mains fidèles; c'est le seul moyen qu elles soient fidèlement r^es.
Quand une fois les fonds publics sont établis, les chefs de l'état en sont de droit les administrateui^ ; car cette
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administration fait une partie du gouvernement, tott)ours essentielle, quoique non toujours également : son influence augng^ente à mesure que celle des autres ressorts diminue; et Ton peut dire qu'un gouvernement est parvenu à son dernier de^ë de corruption , quand il n'a plus d'autre nerf que IVgent ; or, comme toiit gouvernement tend sans cesse au relâchement , cette seule raison montre pourquoi nul état ne pei^t subsister si ses revenus n'aug» mentent sans cesse.
Le premier sentiment de la nécessité de cette augmen« tation, est aussi le premier signe du désordre intérieur de l'état ; et le sage administrateur, en songeant à trouver de l'argent pour pourvoir au besoin présent, ne n^^ge pas de rechercher la cause éloignée de ce nouveau besoin : comme un marin voyant l'eau g^gn^r son vaisseau, n'oublie pas eq. faisant )Ouer les pompes 9 de faire aussi chercher et boucher la vme*
De cette règle décoçJe la plm importante maxime de l'administration des fipance^, qui est de travailler avec beaucoup plus de soin à prévenir les besoins , qu'à aug« menter les revenus; de quelque diligence qu'on puisse user, le secours qui ne vient qu'après le mal, et plus lentement, laisse toujours l'état en souffrance : tandis qu'on songe à remédier à un inconvénient , un autre se fSeiit déjà sentir» et les res^urces mémef pro^isfent de nouveaux iucçnvénieps ; de sorte qu'à Ifi fin U fff^oo a'obève , le peuple est foulé , le gouvernepnent perd tçute sa vigueur, 9^ pe fait plu^ qvte peu de cho^ avec heauppup d'ai^nt. Je crois ^oe de cette grande ma^irog bien établie, découlaient W prodiges dea gouvememens anciens, qui faisaient plus avec leur parcimonie, que les uu^tres avec
tous leurs trésors ; et c'est peut-être de là qu'est dérivée Pacceptlon vulgaire du mot d'économie^ qui s'entend plutôt du sage ménagement de ce qu'on a , que des moyens d'acquérir ce que l'on n'a pas.
Indépendamment du domaine public , qui rend à l'état à proportion de la probité de ceux qui le régissent, si l'on connaissait assez toute la force de l'administration générale, surtout quand elle se borne aux moyens légitimes , on serait étonné des ressources qu'ont les chefs pour prévenir tous les besoins publics , sans toucher aux biens des particuliers. Gomme ils sont les maîtres de tout le commerce de l'état , rien ne leur est si facile que de le diriger d'une manière qui pourvoie à tout ^ souvent sans qu'ils paraissent s'en mêler. La distribution des denrées , de l'argent et des marchandises par de justes proportions , selon les tems et les lieux 5 est le vrai secret des finances, et la «ource de leurs richesses ^ pourvu que ceux qui les administrent sachent porter leurs vues assez loin, et faire dans l'occasion une perte apparente et prochaine , pour avoir réellement des profits inunenses dans un tems éloigné. Quand on voit un gouvernement payer \des droits , loin d'en recevoir , pour la sortie des blés dans les années d'abondance, et pour leur introduction dans les années de disette , on a besoin d'avoir de tds faits sous les yeux pour les croire véritables 9 et on les mettrait au rang des romans , s'ils se fussent passés anciennement. Supposons que pour prévenir la disette dans les mauvaises années, on proposât d'établie des magasins publics, dans combien de pays l'entretien d'un établissement si utile ne servirait-il pas de pi;^exte à de nouveaux impôts ? Â Genève , cçs greniers établb et entretenus par une sage administration,.