‹ Esprit de l'encycloped́ie: ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l (volume 5)Chapitre 6 sur 56 · DESCRIPTION · texte numérisé non relu

DESCRIPTION

Description. (^BeUee^Lettres.) Définition imparfaite et peu exacte , dans laquelle on tâche de £siire connaUre ' une chose par quelques propriétés et circonstances qui lui sont particulières , suffisantes pour en donner une idée et la faire distinguer des autres , mab qui ne développenl; point sa nature et son essence.

Les grammairiens se contentent de descriptions ; les philosophes veulent des définitions.

Une description est Fénumération des attributs d'une

chose, dont plusieurs sont accidentelles, comme lorsqu'on

décrit une personne par ses actions, ses paroles, ses écrits,

^& charges , etc. Une description au premier coup d'oeil a

l'air d'une définition ; elle est même convertible avec la

chose décrite, mais elle ne la fait pas connaître à fond,

parce qu'elle n'en renferme pas ou^ n'en expose pas les

attributs essentiels. Par exemple , si l'on dit que Damon

est un jeune homme bien fait , qui porte ses cheveux , qui

a on habit noir, qui fréquente bonne compagnie , et fait

sa cour à tel ou tel ministre; il est évident qu'on ne fait

point connaUre Damon , puisque les choses par lesquelles

on le désigne lui sont extérieures et accidentelles ^ jeune ^

cheveux ^ habit noir ^ fréquenter ^ faire sa cour ^ qui nf déftigaent point le caractère d'une personne. Une description n est donc pas proprement une réponse a la question quid est, qa'est-il? mais à celle-ci, quîs est, qai est-il?

En eflkt, les descriptions serrent principalement à faire connaître les singuliers ou indiyidus ; car les sujets de la même espèce ne diffèrent point par leurs essences , mais seulement comme hic et ille , et cette différence n'a rien qui les fasse suffisamment remarquer ou distinguer. IVIaîs les individus d'une même espèce difierent beaucoup par les accidens : par exemple, Alexandre était un fléau, Socrate un sage, Auguste un politique, Titus un juste.

Une description est donc proprement la réunion des accidens par lesquels une cbose se distingue aisément d'une autre, quoiqu'elle n'en diffère que peu ou point par sa nature.

La description est la figure favorite des orateurs et des poètes, et on en distingue de diverses sortes : i^ celle des choses, comme d'un combat, d'un incendie, d'une contagion , d'un naufrage : 2® celle des tems , qu'on nomme autrement chronographie : 3* celle des lieux , qu'on appelle aussi topographie : 4" celle des personnes ou des caractères , que nous nommons portrait, lies descriptions des choses doivent présenter des images qui rendent les objets comme présens; telle est celle que Boileau fait de la Mollesse -dans le Lutrin.

La Mollesf e oppressée »

Dans sa bouche, à ce mot, sent sa langue glacée; Et lasse de parler, succombant sous l'effort , Soupire, éteod les béas, ferme l'œil et s'eodort.

L'abbé Mallet«

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Description. ( Littérature. ) Boileau a dit : Flrgile peint, et le Tasse décrit. Certes, décrire comme le Tasse, c'est mériter le nom de peintre.

En poésie et en éloquence la description ne se borne pas à caractériser son objet ; elle en présente le tableau dans ses détails les plus intéressans et avec les couleurs les plus vives. Si la description ne met pas son objet comme sous les yeux j elle n'est ni oratoire ni poétique : les bons historiens eux-mêmes, comme Tite-Live et Tacite, en ont fait des tableaux vivans; et soit qu'on parle du combat des Horaces ou du convoi de Germanicus , on dira qu'il est peint , comme on dira qu'il est décrit.

Mais les descriptions du poè'te seront encore plus animées; et comme il est plus libre dans sa composition 9 c'est surtout à lui de choisir l'objet, le point de vue, le moment favorable , les traits les plus intéressans , et les contrastes qui peuvent rendre son objet plus sensible encore.

Le choix de l'objet doit se régler sur l'intention du poète. Le tableau doit-il être gracieux ou sombre, pathétique ou riant? Cela dépend de la place qu'il lui destine , et de l'efifet qu'il en attend.

Omnia consiliis prœi^isa animoque Qolenti.

(Vida.)

Le point de vue est relatif de l'objet au spectateur : l'aspect de l'un, la situation de l'autre, concourent à rendre la description plus ou moins intéressante; mais ce qu'il est important de remarquer, c'est que, toutes les fois

qu'elle a des auditeurs en scène ^ le lecteur se met à leur place , et c'est de là qu'il voit le tableau. Lorsque Ginna répète à Emilie ce qu'il a dit aux conjures pour les animer à la perte d'Auguste , nous nous mettons , pour l'écouter, à la place d'Emilie ; au lieu que , s'il vient à décrire les horreurs des proscriptions :

Je les peios dans le meurtre à TeD^î triomphans;

Rome entière noyée au sang de ses enfans ;

Les uns assassinés dans les places publiques ,

Les autres dans le sein de leurs dieux domestiques ,

Le méchant par le prix au crime encouragé;

Le mari par sa femme en son lit égorgé ;

Le fils tout dégouttant,du meurtre de son père.

Et sa fête à |a main demandant son salaire ;

ce n'est plus à la place d'Emilie que nous sonunes j c'est à la place des conjurés.

Tous les grands poètes ont senti l'avantage de donner à leurs descriptions des témoins qu'elles intéressent, bien sûrs que l'émotion qui règne sur la scène se répand dans l'amphithéâtre, et que mille âmes n'en font qu'une quand l'intérêt les réunit.

Mais, abstraction faite de cette émotion réfléchie) le point de vue direct de l'objet à nous , est plus ou moins favorable à la poésie, comme à la peinture, selon qu'il répond plus ou moins à l'effet qu'eUe veut produire. Un poète fait-il l'éloge d'un guerrier? il le voit, comme Hermione voit Pyrrhus ,

Intrépide et partout suivi de la Tictoire .

n oublie que son héros est un honmie , et que ce sont des honmies qu'il fait égorger» Sa valeur, son activité, son

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audace , le don de prévoir , de disposer , de mattrlser seul les événemens , Fini luence d'une grande âme sur des milliers d'âmes vulgaires qu'elle remplit de son ardeur : voilà ce qui le frappe. Mais veut-il lui reprocher ses triomphes , tout change de face , et Ton voit

Des murs que la flamme ravage ; Des Taîaqueurs fumaDt de carnage ; Uo peuple au fer abandoDuë ; Des mères pftles et saoglaotes, Arrachant leurs fiUea tremblantei Des bras d'un soldat effréné.

(ROVSSIAU.)

Ainsi cette Hermione , qui dans Pyrrhus admirait un h^ros intrépide , un vainqueur plein de charmes , n'y voit bientôt qu'un meurtrier impitoyable^ et môme lâche dans sa fureur.

Du vieux père d'Hector la valeur abattue t Aux pieds de sa famille eipirante i sa vue , Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche un reste de sang que l'âge avait glacé 1 Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée ; De votre propre main Polyxène égorgée , Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous : Que peut-on refuser à ces généreux coups t

Ce changement de face dans l'objet cpie l'on peint, dépend surtout du moment que l'on choisit et des détails que l'on emploie. Gomme presque toute la nature est mobile , et que tout y est composé , l'imitation peut varier à Tiufini dans les détails , et c'est une étude assez curieuse que celle des tableaux divers qu'un même sujet a produits, imité par des mains savantes. Que Ton compare les assauts,

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les batailles , les combats singuliers , décrits pat les plus grands poètes anciens et modernes ; avec combien d'intelligence et de génie chacun d'eux a varié ce fonds commun , par des circonstances tirées des lieux , des tems , et des personnes ! Combien , par la seule nouveauté des armes l'assaut des faubourgs de Paris diffère de l'attaque des murs de Jérusalem , et de celle du camp des Grecs !

Indépendamment de ces variations que les arts et les mœurs ont produites , les aspects de la nature , ses phénomènes, ses accidens diffèrent d'eux-mêmes par des cir* constances qui se combinent à l'infini, et se prêtent mutuellement plus de force par leurs contrastes.

Les contrastes ont le double avantage de varier et d'animer la description. Non-seulement deux tableaux opposés de ton et de couleur se font valoir l'un l'autre , mais dans le même tableau , ce mélange d'ombre et de lumière détache les objets et les relève avec plus d'éclat.

Combien , dans la peintiu^e que fait le Tasse de la sécheresse brûlante qui consume le camp de Godefroi , le tour— ment de la soif et la pitié qu'il inspire, s'accroissent par le souvenir des ruisseaux , des claires fontaines dont on avait quitté les bords délicieux !

Un exemple de l'effet des contrastes, après lequel il ne faut rien citer , c^est celui des enfans de Médée caressant leur mère qui va les égorger, et souriant au poignard levé sur leur sein ; c'est le sublime dans le terrible.

Mais il faut observer dans le contraste des images^ cjue le mélange en soit harmonieux. Il en est de ces gradations comme de celles du son» de la lumière et des couleurs; rien n'est terminé , tout se communique , tout participe de ce qui l'approche. Un accord n'est si doux k l'oreille ,

DK L'BNCYCJlOP^'DIE. 4q

laroeti-ciel n'est si doux à la vue, que parce que les soos et les couleurs s'allient par un doux mélange.

La poésie à donc ses accords ainsi que la musique , et se& reflets ainsi q\xe la peinture. Tout ce qui tranche est dur et «Qp. Mais jusqu'à quel point les objets opposés doivent-ils se ressentir l'un de l'atitre ? L'influtoce estelle réciproque > et dans quelle proportion ? Voilà ce qu'il n'est pas facile de déterminer 9 et cependant la natm*e l'indique« Il y a 9 dans tous les tableaux que la poésie nous présente » l'objet dominant auquel tont est soumis ; c'est celui dont Tinfluence doit être la plus sensible ; comme datis un tableau l'objet le plus coloré, le plus brillant , est celui qui communique le plus de sa couleur à ce qui l'en* vironne. Ainsi, lor^ue le gracieux ou l'enjoué^contraste uvec le grave ou le pathétique j le gracieux ne doit pas être aussi fleuri^ ni l'enjoué aussi plaisant, que s'il était seul et comme en liberté* La doulem* permet tout au plus de sourire. Que Virgile compare un jeune guerrier expirant à une fleur qui vient de tomber sous le tranchant de la charrue , il ne dit de la flei|r que ce qui est analogue à la pitié que le jeune homme inspire : languescit morien». Dans les descriptions des grands poètes, on peut voir qu'en opposant des imagés riantes à des tableaux douloureux, ils n'ont pris des unes que les traits qui s'accordaient avec les autres , c'est-à-dire, ce qui s'en retrace naturellement à l'esprit d'un hoihœe cjui souffre les maux opposés à ces biens.

De même y dans un tableau où domine la joie, les choses les plus tristes en doivent prendre une teinte légère* C'est ainsi que des portes lyriques , dans leurs dunsons volup^ tueuses , parlent gaiement des peines de l'amour , des 're««

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