‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 10 sur 62 · TOURNOIS · texte numérisé non relu

TOURNOIS

1 OURNOIS, {Hist. de la chevalerie*) Exercice de guerre et de galanterie que faisaient les anciens chevaliers , pour, montrer leur adresse et leur bravoure. C'est l'usage des tournois , qui , unissant ensemble les droits de la valeur et de Tamour , vint à donner une grande importance à la galanterie , ce perpétuel mensonge de l'amour.

On appelait tournois , dans le tems que régnait l'ancienne chevalerie, toutes sortes de courses et combats militaires qui se faisaient , conformément à certaines règles , entre plusieurs chevaliers et leurs écuyers , par divertissement et par galanterie. On nommait yowfe* , des combats singuliers qui se faisaient dans le tournois y d'homme à homme, avec la lance ou la dague ; ces joutes étaient ordinairement une partie des tournois»

D est difficile de fixer l'époque de l'institution des tournois, dont les Allemands, les Anglais et les Français se disputent la gloire , en faisant remonter l'origine de ces jeux au milieu du neuvième siècle.

L'historien Nithard parle ainsi des jeux militaires , dont les deux frères, Louis-lc-Germanîque et Charles-le-

Chauve, se donnèrent pluaieurs fois le spectacle ven lannde 842, après avoir jun5 cette alliance qui est devenue si célèbre par la formule de leur serment. LudoÊ etiani hoc ordine aœpe causa exercitii frequentahcmt,.. Subaistente hinc indè omni mulûitudine , primum pari numéro Saxonorum^ Faaconorum ^ Auatraaionun^ Britannorum , ex utrâque parte veluti inpicem adversari sibi "vellent^ aller in alterum veloci curau ruebat.... Et plus bas y eraique rea digna.... apectaculo.

n paraît assez clairement , par la suite du texte de Nithard , que rAllcmagiie fut le th<Sâtre de ces jeux qui avaient quelque ressemblance aux tournois qui snoeédirent. La plupart des auteurs allemands prétendent que l'empereur Henri V'y surnommé Yoiaeleur^ qui monnt en gSG, fut Tinstltuteur des toumoia; mais quelques-rnUy avec plus de fondement, eu font l'honneur à un autre Henri , qui est postérieur d'un siècle au premier. Eln ce cas y les Allemands auraient peu d'avantage sur les Français f chez qui l'on voit tous les tournois établis vers le milieu d u onzième siècle, par GeofTroi, seigneur de Preuilliy en Anjou. Anno 1066^ dit la chronique de Tours, Goiffridua de Pruliaco^ qui iorneamenta intfenit^ apud ^ Andegapum occiditur,

U y a même un historien étranger, qui, parlant dci .i tournois, les appelle des combats français, conflict^ 1 galliciy soit parce quil croyait (|u'ils étaient nés en j France , soit parce que , de son tems , les Français y brillaient le plus. Henricua ^ rex A ngloruin j junior^ dit Mathieu Paris, &oiis Tan 1 179^ niare tranaiena in con^ flictibua gallicis, et profuaioribua expenaia^ triennium pet^gity regiâque majeatate depoaitây totua eatde rege

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translatas in militem. Selon les auteurs de l'histoire Sjfzantine , les peuples d'Orient ont appris des Français lart et la pratique des tournois ; et en effet notre nation s y est toujours distinguée jusqu'au tems de Brantôme.

La veille du tournoi ëtait ann(mcëe dès le jour qui la précédait , par les proclamations des officiers d'armes. Des chevaliers qui devaient combattre , venaient aussi visiter la place destinée pour les joutes. <( Si venait devant eux un hérault qij|i criait tout en hault , seigneur^s chevaliers , demain aurez la veille du tournoy^ où. professe sera rendue et achetée au fer et l'acier. » *

On solennisait cette veille des tournois par d^ espèces. ie joutes, appelées , tantôt essais ou éprouves , épreuves , tantôt les *vépres du tournoi^ et quelquefois escrèfnie ^ cest-à-dire , escritnes , où les écuyers s'essayaient les xxris contre les autres avec des armes plus légères à porter , et plus aisées à manier que celles des chevalier^ , plus faciles à rompre y et moins dangereuses pour ceux qu'elles blessaient. C'était le prélude du spectacle; nommé le grand tournoi f le maître tournoi ^ le nudtre éprouue , que le& plas braves et les plus adroits chevaliers devaient donne^ le lendemain.

Les dames s'abstinrent , dans les premiers tems, d'assister aux grands tournois; mais enfin l'horreur de Voir r^NUidre le sang céda , dans le cœur de ce sexe né sensibll», a l'inclination encore plus puissante qui le porte vers totd ce qui appartient au sentiment de la gloire , ou qui peut causer de l'émotion. Les dames, donc, accoururetit bientôt en foule aux tournois , et cette époque dut être celle de la plus grande célébrité de ces exercices.

U est aisé d'imaginer quel mouyement devait produire

daofi les c^spriU la proclamai ion «K.* ces tournois solennels annoncés long-tcuis d'avance , et toujours dans les termet les plus fastueux; ils animaient dans chaque province et dans chaque cour, tous les chevaliers et les écuyers à faire d'autres tournois, ou par toutes sortes d'exercices, ils m disposaient à paraître sur un plus grand théâtre.

Tandis cp'on préparait les lieux destinés aux tournoi9, on étalait le long des cloîtres de quelques monastères voisins , les écus armoriés de ceux qui prétendaieDt entrer dans les lices , et ils y restaient plusieurs )Oun exposés à la curiosité et à Texamcn des seigneurs, dai dames et demoiselles. Un héraut ou suivant d'anMi nommait aux dames ceux à qui ils appartenaient; tt • parmi les prétendans , il se trouvait quelqu'un dont VBBÊt dame eût sujet de se plaindre , soit parce qu'il avait mal parlé d'elle, soit pour quelque autre ofTense, elle touchait Técu de ses armes , pour le recommander aux juges du tournoi , cVst-à-dire , pour leur en demander justice. '

Ceux-ci , après avoir pris les informations -nécessaires, devaient prononcer; et si le crime avait été prouvé juri- . diquement , la punition suivait de près. Le chevalier se préscutait-il au tournoi , malgré les ordonnances qui l'en excluaient , une grêle de coups ({ue tous les autres dievaliers faisaient tomber sur lui , le punissait de sa témAité, et lui apprenait à respecter Thonneur des dames et les 1 lois de la chevalerie. La merci des dames qu*il devait ré- clamer à haute vqix , était seule capable de mettre des bornes au châtiment du coupable.

Je ne ferai point lu description des lices pour le tournoi, ni des tentes et des pavillons dont la campagne clail couverte aux environs, ni des tours ^ c*est -à-dire >

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des ëebafauds dresses autour de la carrière où tant de nobles personnages devaient se signaler. Je ne distinguerai point les différentes espèces de combats qui s'y donnaient, joutes y castilles , pas d'armes et combats à la foule 5 il me suflSt de faire remarquer que ces échafauds, souvent construits en forme de tours , étaient partagés en loges et en gradins, décorés de ricbes tapis, de pavillons, de bannières , de banderoles et d'écussons. Aussi les destinait-on à placer les rois , les reines , les princes et princesses , et tout ce qui composait leur cour , les dames et les demoiidHes, enfin les anciens chevaliers qu'une longue expérienoe au maniement des armes avait rendus les juges les {ibis eompétens. Ces vieillards , à qui leur grand âge ne permettait plus de s^y distinguer encore, touchés d'une tendresse pleine d'estime pour cette jeunesse valeureuse qui leur rappelait le souvenir de leurs propres exploits , voyaient avec plaisir leur ancienne valeur renaître dans ces essaims de jeunes guerriers.

La richesse des étoffes et des pierreries relevait encore Téclat du spectacle. Des juges nommés exprès , des maréchaux du camp , des conseillers ou assistans , avaient en divers lieux des places marquées pour maintenir , dans le duonp de bataille , les lois des tournois , et pour donner lems avis à ceux qui pourraient en avoir besoin. Une mnltitnde de hérauts et de suivans (Farmes , répandus de toutes parts , avaient les yeux fixés sur les combattans, pour faire un rapport fidèle des coups qui seraient portés et reçus. Une foule de ménétriers avec toute sorte d'instnunens d'une musique guerrière , étaient prêts à célébrer les prouesses qui devaient éclater dans cette journée. Des scrgens actifs avaient ordre de se porter de tous les côtés

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où le service «les lices les appellerait , soit pour doDoev des armes aux conibattaiis , suil pour contenir la popukœ dans le silence et le res|>ect.

Le bruil des fanfares annonçait Farrivëe des chev«lierf

superbement arm<^s et e({uipiis , suivis de leurs ëcuyei»

tous à cheval. Des dames et des demoiselles amenaiest

quelquefois sur les rangs c<s iirrs esclaves ^ attachés avec

des chaînes (|u'elles leur ôlaient seulement « lorsque ^ et-

trés dans Tenceinte des lices, ils étaient prâtsà s'élancer.

Le titre d esclave ou de serviteur de la dame que chacim

nommait hautement en entrant au tournoi , était un titie

dlionueur, cjui devait t^tre acheté par des exploits) il

était regardé, par celui qui le portait comme un gigP^

la victoire , comme un engagement à ne rien faire qut M-

fût digne de lui. Sen^iuis iCamour^ leur dit un de noi

poètes y dans une ballade qu*il composa pour le tournoi

fait à Saint-Denis, sous Cliarles VI, au conoaneucement

de mai i38g:

Serrans d'amour , regardez doucement Aux échafiiudt, anges du liandis; Lors jouterez fort et joyeusement , Et si serez honorés et cbërb.

A ce titre ^ les dames daignaient joindre ordinaircuMnt ce qu'on fxip\ï€\'ji\{. faveur^ Joyau ^ noblesse n nobloyy oû j enseigne ; c'était unt écliarpe , un voile , une coifibf une J manche , une mantille /un braseelet , un nœud , en un mot ^ c{uelque pièce détachée de leur habillement ou de leur ])ariu*e; quelquefois un ouvrage tissu de leurs mains; dont le chevalier favori&é ornait le haut de son heaume on de sa lance, sou écu , sa cotte (Vannes , ou quelque autre ))artie de son arnmre.

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Souvent, dans la chaleur de l'action , le sort des armes faisait passer ces gages précieux au pouvoir d'un ennemi vainqueur , ou divers accidens en occasionnaient la perte. En ce cas, la dame en renvoyait d'autres à son chevalier pour le consoler, et pour relever son courage; ainsi elle l'animait à se venger , et à conquérir à son tour les faveurs dcmt ses adversaires étaient parés , et dont il devait ensuite lui faire une offrande.

Ce n'était pas les seules offrandes que les chevaliers vainqueurs faisaient aux dames; ils leur présentaient aussi quelquefois les champions qu'ils avaient renversés , et les chevaux dont ils leur avaient fait vider les arçons.

Lorsque toutes ces marques , sans lesquelles on ne pouvait démêler ceux qui se signalaient 9 avaient été rompues et déchirées , ce qui arrivait souvent par les coups qu'ils se portaient en se heurtant les uns les autres et s'arrachant à l'envi leurs armes , les nouvelles faveurs qu'on leur donnait sur-le-champ servaient d'enseignes aux dames j pour reconnaître celui qu'elles ne devaient point perdre de Tue , et dont la gloire devait rejaillir sur elles. Quelques-unes de ces circonstances ne sont prises à la vérité que des récits de nos romanciers ; mais l'accord de ces auteurs avec les relations historiques des tournois, justifie la sincérité de leurs dépositions.

Enfin , on ne peut plus douter que les dames , attentives â ces tournois , ne prissent un intérêt sensible aux succès de leurs champions. L'attention des autres spectateurs n'était guère moins capable d'encourager les combattans : tout avantage remarquable que remportait quelqu'un des tournoyaps était célébré par les sons des ménétriers, et par Ja voix des héraults. Dans la victoire, on

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criail honneur au JUh dvn prriix \ car, dit Moiutrele(^ nulclicvalicr tic peut i^trc \\x^é preux lui-menie, si cen'eit après le trilixiMcriictit. D'autres fois, on criait : louange et prix aux cha^alierë qui êoutienneni lea griefa jfaiU ei arniea^ par qui valt^ur, luirdenumt et prouesse estguai» g né en saruf nieslé île sueur.

A proportion des criées et huires (|u*avaicnt excit&i les hérauts et les ménétriers, ils étaient payés par kl champions. Leurs présens étaient reçus avec d*autrc8 cru{ les mots de largesse ou noblesse , c'est-à-dire, libéraiiti^ se répétaient & ehac|ue distrilmtion nouvelle. Une da vertus les plus recommitndées aux chevaliers , était la générosité; c'e^t aussi la vertu que les jongleurs , les poëld et les romanciers ont le plus exaltée dans leurs chansoni et dans leurs écrits : elle se si(;nalait encore par la riclieM des armes et des habillemens. Les débris qui tombaioii dans la carrière , les éclats des armes , les paillettes d*oi et d'argent dont était jonché le champ de bataille , tOll se partaf^eait entre les hérauts et les ménétriers. On fi une noble imitation de cette antique magnificence chefi leres(|ue à la cour de Louis \lllj lors({ue le duc dcBa kingham, allant à l'audience de la reine, parut avecui liabit chargé de |>erlcs , ([ue Ton avait exprès mal atti chées ; il s'était ménagé par ce moyen un prétexte hoo iièle de les (aire accepter à ceux (|ui les ramassaient pou les lui remettre.

Les principaux réglemens des tournois^ appelés écoU de prouesse , dans le roman de Pe/vejùrest , consistaient ne point frapper de la pointe , mais du tranchant ( Tépée, ni condiultre hors de son rang; à ne point bless le cheval de son adversaire ; à ne porter des cou|Mi de lan

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^au visage, et entre les quatre membres, c'est-à-dire, ! au plastron ; à ne plus frapper un chevalier dès qu'il avait ôtéla visière de son casque, ou qu'il s'était déheaume, à ne point se réunir plusieurs contre un seul dans certains combats , comme dans celui qui était proprement appelé joute.

Le juge de paix , choisi par les dames avec un appareil curieux, était toujours prêt d^interposer son ministère pacifique , lorsqu'un chevalier , ayant violé par inadvertance les lois du combat, avait attiré contre lui seul les armes de plusieurs. Le champion des dames , armé d'une longue pique, ou d'une lance surmontée d'une coiffe, n'avait pas plutôt abaissé sur le heaume de ce chevalier le signe de la clémence et de la sauve-garde des dames , que Ton ne pouvait plus toucher au coupable. Il était absous de sa faute , lorsqu'on la croyait en quelque façon involontaire ; mai si l'on s'apercevait qu'il eût eu dessein de la conojneitre , on devait la lui faire expier par une rigoureuse punition.

Celles qui avaient été l'âme de ces combats , y étaient célébrées d'une façon particulière. Les chevaliers ne terminaient aucun exercice sans faire à leur honneur une dernière joute , qu'ils nommaient le coup des dames ; et cet hommage se répétait en combattant pour elles à l'épée, à la hache d'armes et à la dague. C'était, de toutes les joutes , celle où Ton se piquait de faire les plus nobles efforts.

Le tournoi fini , on s'occupait du soin de distribuer les prix que l'on avait proposés , suivant les divers genres de force ou d'adresse par lesquels on s'était distingué , soit pour avoir brisé le plus grand nombre de lances , soit pour

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avoir fait le plus beau coup dVpée ^ soit pour titt T&ié plus long-tems à cheval sans £tre â<$montë ni désarçonné, soit enCn pour avoir tenu plus long-tems de pied ferme dans la foule du tournoi , sans se déheaumery ou sans lever la visière pour reprendre haleine.

Les officiers d^urmes faisaient leur rapport du combit devant les juges, qui prononçaient le nom du vainqueur. Souvent on demandait Tavis des dames^ qui adjugeaient le prix, comme souveraines du tournoi ; et quand il arrivait qu'il notait point adjugé au chevalier qu'elles en avaient estimé le plus digne , elles lui accordaient elles-mêmes nn second prix. Knfin , lorsijue le prix avait ctd décerné » les oflicicrs d'armes allaient prendre , parmi les dames ou les demoiselles^ celles qui devaient présenter ce prix au vainqueur. Le baiser qu il avait droit de leur donner , en recevant le gage de sa gloire, lui paraissait le plus haut point de son triomphe.

Ce prix que les dames lui portaient , était adjugé tantôt sur les lices^ et tantôt dans les palais, au milieu des divertisscmens tpii venaient à la suite du tournoi , comme on le vit dans les fâtes du duc de Ifourgogne, à Lille, en i453. « Tandis qu'on dansait ( dit Olivier de la Marche, mém. L /, p. ^3^-) y les roys d'armes et héraults, avecque les nobles hommes qui furent ordonnés pour Penqueste, allèrent aux dames et aux demoiselles , savoir à qui l'on devait présenter le prix^ pour avoir le mieux jousté et rompu bois pour ce jour, et fut trouvé (jue M. de Charolais l'avait gnigné et desservy. Si prirent les officiers d'armes deux damoyselles princesses (mademoiselle de Bourbon et mademoiselle d'Estampes), pour le prix présenter, et elles le baillèrent a mondict seigneur de Charolais , lecpiel les

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hùsà comme îl avait accoutumé et qu'il ëtait de coutume, et fut crié mont-joye , moult hautement. »

Non-seulement le vainqueur recevait le baiser , gage de «on triomphe, mais il était désarmé par les mêmes dames api lui présentaient des habits , et le menaient à la salle où il était reçu par le prince , qui le faisait asseoir au festin dans la place la plus honorable. Son nom était inscrit dans les registres des oflGciers d'armes, et ses actions faisaient souvent la matière des chansons et des lays que tWtaient les dames et les demoiselles au son des instrumens des ménétriers.

Voilà le beau des tournoie ; il n'est pas difficile d'en voirie ridicule et les abus. Comme il n'y avait qu'un pas des dévots chevaliers à l'irréligion , ils n'eurent aussi qu'un pas à faire de leur fanatisme en amour, aux plus grands excès de libertinage; les tournois , presque toujours défendus par l'Eglise, à cause du sang que l'on y répandait; , et auvent interdits par nos rois , à cause des dépenses énorines qui s'y faisaient , les tournois , dis- je , ruinèrent une 9'ande partie des nobles qu'avaient épargnés les croisades €t les autres guerres.

D est vrai néanmoins que si nos rois réprimèrent souvent , par leurs ordonnances , la fureur des tournois , ils les ranimèrent encore plus souvent par leur exemple : de là vient qu'il est fait mention , dans nos anciens fabliaux , d'une de ces défenses passagères , qui fut suivie de la publication d'un tournoi fait à la Haye en Touraine. Ainsi , x\e soyons pas surpris que ces sortes de combats fussent toujours en honneur, malgré les canons des conciles^ les ^xcommumcations des papes , les remontrances des gens d'église et le sang qui s'y répandait. 11 en coûta la vie , eu

1240, a soixante c)iev«iHers et (^cuyers 9 clans nn sei; tournoi fait à Nuys^ près de Cologne. Charles VI les sou tint, et sa passion pour cet exercice lui attira souvent de reproches très-sérieux; car, contre l'usage ordinaire de rois , il s'y mesurait avec les plus adroits jouteurs , oompromettait ainsi sa dignité^ etex[>osait tdmc^raireroent M vie, en se mêlant avec eux.

Enfin, le funeste accident d'Henri II , tué dans no tournoi Cn iSSg , sous les yeux de toute une nation, mO' déra, dans le cœur des Français, Tardeur qu'ils avaient témoignée jusques-l& pour ces sortes d'exercices; cependant la vie désœuvrée des grands , Thabitude et la passion , renouvelèrent ces jeux funestes à Orléans un ai a|)rès la fin tragique d'Henri IL Henri de Bourbon-Montpensier , prince du sang, en fut encore la victime; unf chute de cheval le fit périr. Les tournois cessèrent alort absolument en France; ainsi leur abolition est de l'annA i56o. Avec eux périt l'ancien esprit de chevalerie qui ni parut plus guère que dans les romans. Les jeux qu'oi continua depuis d'appeler tournout , ne furent que de carrousels^ et ces mêmes carrousels ont entièrement pas» de mode dans toutes les cours de TEurope.

Les lettres reprenant le dessus sur tous ces amusemen frivoles, ont porté dans le cœur des hommes le goût pleii de charmes de la culture des arts et des sciences. « Notr siècle plus éclairé ( dit un auteur roi , plus célèbre en core par la gloire de ses armes (|ue par sou vaste fgkait ) notre siècle plus éclairé n'accorde son estime et son fpi qu aux talons de Tesprit , et à ces vertus qui f rdevai Thomme au-dessus de sa condition, le rendent bieiifiu sont, généreux et secourabic. »

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De plus curieux que je ne suis , pourront consulter sur les fournoia Ducange au mot torneamentum y et sa Dis'* dertation à la suite de Xoinville ; le père Menestrier , <U^ vers traités sur la chevalerie ; le père Honoré de Sainte- Marie y Dissertation historique sur la chevalerie an^^ cienne et moderne; Lacolombière, l^héâtre d^honneur et de chevalerie y où il donne, t. /• p. Sigy la liste de plusieurs réclamations Ae- tournois faits depuis l'an i5oo y les Mémoires de littérature.

Mais le charmant ouvrage sur V ancienne chevalerie y considérée com^me un établissement politique et mili-' taire ^ par M. de la Gume de Sainte-Palaye, dont j'ai tiré ce court mémoire y doit tenir lieu de tous ces livres.

Le Chevalier DE JAtTcotTKT.

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