Tome xv
5o S6PIUT
Dans les états rëpublicaius , le mot de Ion ton est mconnu. Le ton dominant « bon ou maurais « est celui du grand nombre : il est Texpressîon du caractère nattooaL De mi'me , dans les monarchies où il n'y a d'antre conr que ce qu exige à la rigueur la dignité du souverain et le service de sa personne 9 on ne s'aperçoit presque pas delà différence de -ton entre la cour et le public. C'est lorsque, pour le dclas.s<>ment et Tamusement des princes , il se forme autour d'eux une soci<.'td nombreuse et agréablement oisive ; c'est alors , dis-je , c]ue la cour se fait à ell^ même un langage plus châtié , plus élégant 9 et plus exquis 9 ou seulement plus recherché. Il y avait vraisemblablement un bon ton à la cour d* Auguste, aux soupers de Mécène ; mais le bon ton de la cour d'Alexandre était le sien et celui de ses licutcnans. César avait formé son goût 9 son esprit, son langage à Técole des orateurs; Alcibiade» à celle de Socrate et de Périclès son tuteur. On peut re* marquer même qu'a mesure qu'une cour est plus inoccupée et a plus de loisir de se livrer à la recherche des objets d'agrément 9 son goût, plus cultivé, donne à son ion plus d'élégance et de délicatesse.
En général , on doit s'attendre que lors même que le grand monde n'aura pas, du côté de l'esprit et du goût, assez d'avantages pour se distinguer par des agrémens qui ne soient qu'à lui seul, il ne laissera pas de vouloir se faire un langage qui lui soit propre; et ce langage sera, comme ses livrées, une chose de fantaisie. De là toutes les singularités minutieuses et bizarres qu'on a vues érigées en lois du bel usage et en maximes du bon ton.
Quel sera donc, au milieu de tant de variations et d'incertitudes , la règle du bon ton pour un homme de lettres?
DE l'encyclopédie. 5 i
La même que celle du goût , l'exemple des hommes qui , de l'aveu de tout un siècle de lumière , ont le mieux observé en écrivant les bienséances du langage. Ce n'était point une commère bel-esprit que Racine consultait sur son style; c'était Boileau, c'étaient les écrivains de Port- Royal. Malheur à lui s'il eût pris le ton des précieuses de Rambouillet 9 toutes persuadées qu'elles étaient de leur suffisance infaillible.
Les vrais modèles du bon ton , c'est-à-dire des grâces nobles , de l'élégance , de l'urbanité du langage , c'est Racine lui-même,. c'est madame de Sévigné, c'est madame de Maintenon , c'est Hamilton , c'est La Bruyère , c'est Voltaire , dans ce qu'il a écrit à Paris avant sa vieillesse ; et si jamais leur ton cessait d'être celui du monde et de la cour, il faudrait encore avoir le courage de s'en tenir à ces modèles.
Lorsqu'un écrivain fait parler des personnages dont le ton est connu et directement décidé , il doit imiter leur langage : les originaux de Molière avaient droit de juger s'il les avait bien copiés. Mais hors de là , l'homme de lettres a lui-même le droit d'examiner si le ton de son siècle et du monde où il vit , est un bon modèle pour lui. C'est pour n'avoir pas eu cette attention ou ce discernement , qoe Voiture a gâté son style : c'est pour avoir eu le courage opposé à la complaisance de Voiture , que Pascal a donné au sien une beauté inaltérable : son secret fut d'é« ^iter toute manière, et de donner toujours la préfé-^ renée à l'expression la plus simple et au tour le plus na-
Ittrel.
Marmontel.
Ton. (Prose et Poésie. ) Couleurs, nuances du style 9 langage qui appartient a clinrjue ouvrage.
Il y a y L» le ton du genre : c'est par exemple , du comique ou du tragique ; 2"* le ton du sujet dans le genre : le sujet peut être comique plus ou moins; 5" le ton des parties : chaque partie du sujet a', outre le ton g(Snéral, son ton particulier : une sw'ne est plus fière et plus vigoureuse qu'une autre : celle-ci est plus molle, plus douce; 4** le j ton de chaque pensée , de chacjue idée : toutes les parties, , quelques ])etites cprelles soient , ont un caractère de pro' ; priété cju'il faut leur donner , et c'est ce qui fait le poëte; ; sans cela, cur ego poëta salutor. On bat souvent des î mains , quand dans une comédie on voit un vers tragique» \ ou un lyrifpie dans une tragédie. C'est un beau vers , mais il n'est point où il devrait ôtre. ;
Il est vrai que la comédie élève quelquefois le ton , et ^ que k tragédie l'abaisse ; mais il faut observer que quel- 1 que essor que prenne la comédie ; elle ne devient jamais ^ héroïque. On n*en verra point d'exemple dans Molière. : n y a toujours quelque nuance du genre qui l'empêche d'être tragique. De même, quand la tragédie s'abaisse, elle ne descend pas jusqu'au comique. Qu'on lise la belle scène où Phèdre parait désolée , le style est rompu , abattu , A î'ose m'exprimer ainsi ; c'est toujours une reine qm gémit.
Ce que nous venons de dire du ton en poésie, s'appli'que également à la prose. Il y a chez elle le ton simple ou familier , le ton médiocre et le tdu soutenu , selon le genre de l'ouvrage , le sujet dans le genre et les parties du sujet.
EnGn , le ton ou le langage d'un conte , d'une lettre , d'une histoire, d'une oraison funèbre; doivent être bien différens.
Le Chevalier de Jaucourt.