‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 2 sur 62 · Tome xv. i · texte numérisé non relu

Tome xv. i

Apri'f Moyic, Ut pituplc lirlircu fui gouvi*ni(; par Ats )ugc« rjue Dieu lui |>errfiii iht i:lioiftir. Lk' t/iéocraliff iir ctêêB [>oini pour c^tla; U:n \u^ch i^tiiiffiit Icê Hrkiiri'H tUf^ difli^rencJii , ci lc« gi$n<'raux, det aniK^cn s a«ftiiti4^« par un sénat de ioixiinie et dix vieillards , il ne leur i^taii poiiil |>crrfii« ni de faire de nouvelle!» loi» , ni de cliatigifr ni'MvH que Dieu avait preserile«« Dan» le« cireonAlancifi» extraor. dinaire«y on <;tait oLligd de cciuAuller le grand-pr^ïtn' ri les prophMe«y |)Our savoir U'h volonlr^ du ciri : ainni ou réglait Ml conduite d*aprè« le« inwpirationA inini(^diatc;« di; la divinité, (îette théoeralie clura juiiprau lenifi de Samuel; alort le» lAraélilen, par une ingratitude iiiouie, h<; lai*êreni d'i-lre gouvernée par lei» ordreu de Dieu même; ik voulurent^ à Texeniple dei nation« idolâtreu , avoir un roi qui leii commandât , et qui Ht reA[)ecter leur» arme». Le propliMe Samuel y eomulté lur ce changement , i(*adre»«e au Seigneur, qui lui vv^youA^fuL entundu la ptfii^ plù\ ce nV*«t pa» toi qu'il rejette, cent moi-ni^nuf, Alor/» rKternel dam» hti colère comment à lui donner un roi ; mai» ce n'est point hauh ordonner â son propli/^te d'annonœr k CCH ingrats les inconvéniens île cette royauté qu'ils préf<éraient à la tliirocratie»

a Voici 9 leur dit Samuel, quel sera le droit du roi qui n régnera sur vous : il prendra vos iils , et se fera |>orter » sur leurs épaules; il traversera les villes en triomplie; >» parmi vos enCans , les uns marcheront à pied devant >» lui 9 et les autres le suivront e^imme de viU esclaves ; il >» les fera entrer par force dans ses armées ; il les fera n servir à lahourer ses terres, et à couper ses moissons : il » choisira parmi eux les artisam» de son luxe et de sa » pompe ^ il destinera vos filles a des service! viU et bas;

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» il donnera vos meilleurs héritages à ses favoris et à ses » serviteurs ; pour enrichir ses courtisans , il prendra la » dîme de vos revenus; enfin vous serez ses esclaves ^ et il » vous sera inutile d'implorer sa clëmencè , parce que » Dieu ne vous écoutera pas ^ d'autant que vous êtes les » ouvriers de votre malheur. » ( Voy. Samuel y ch. nnij y t;. 9. ) C'est ainsi que le prophète exposa aux Israélites les droits que s'arrogerait leur roi; telles sont les menaces que Dieu fit à son peuple, lorsqu'il voulut se soustraire à son pouvoir pour se soumettre à celui d'un homme. Cependant la flatterie s'est servie des menaces mêmes du prophète pour en faire des titres aux despotes. Des hommes pervers et corrompus ont prétendu que par ces mots, TEtre suprêtne approuvait la tyrannie $ et donnait sa sanction à l'abus du pouvoir» Quoique Dieu eût fait connaître ainsi aux Hébreux les dangers du pouvoir qu'ils allaient conférer à l'un d'entre eux , ils persistèrent dans leur demande. « Nous serons , dirent-ils , comme les au- » très nations § nous voulons un roi qui nous juge , et qui » marche à notre tête contre nos ennemis. » Samuel rend compte à Dieu de l'obstination de son peuple ; l'Eternel irrité ne lui répond que par ces mots , donne^leur unroi : le prophète obéit en leur donnant Saùl ; ainsi finit la théocratie.

Quoique les Israélites soient le seul peuple qui nou^ fournisse l'exemple d'unô vraie théocratie, on a vu ce*pendant des imposteurs, qui^ sans avoir la mission de Mojrse, ont établi sur des peuples ignorans et séduits, un empire qu'ils leur persuadai^dt être celui de la Divinité. Ainsi, chez les Arabes, Mahomet s'est tendu le prophète, le législateur , le pontife , et le souverain d'une nation

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grosAMïre ci .sul/pi^^urf ; Talcoiaii rvufvrmv à l.i fois \cn dogmes, la morale, et les lois rivilcs des Musulmans; on sait que Mahomet prétendait avoir reçu ces lois de U bouche de Dieu m^me; cette prétendue théocratie dura pendant plusieurs siècles sous les califes, qui furent les souverains et les pontifes des Arabes, Chez les Japonais, ji puissance du Dairi ou deFcmpereur rccirsiastiquo ressemblait aune théocratie, avant que le (JuIh) ou empereur séculier eût mis des l>ornes à son autorité. On trouve des yestigos d'un empire pareil chr/ les anciens Oaulois; les druides exerçaient les fonctions de pnMres et de juges des peuples. Clurz les éthiopiens et les Kj5yplicns , les prfitres ordonnaient aux rois de se donner la mort, lorsqu'ils avaient déplu à la Divinité; en un mot, il n'est guère de pays où le sacerdoce n'ait fait des eflbrls pour établir son autorité sur les urnes et sur les corps des hommes.

Quoique Jésus -Christ ait déclaré que son royaume n'est pas de ce monde ; dans des siècles d'ignorance , on a TU des i>ontifes chrétiens s'cfibrcer d'établir leur puissance sur les ruines de celle des rois ; ils prétendaient disposer des couronnes avec une autorité qui n'appartient qu'au souverain de Tunif «;rs.

Telles ont été les prétentions et les maximes des Grégoire VII, des Boniface VIII, et de tant d'autres pontifes romains, qui profitant de l'imbécillité superstitieuse des peuples , les ont armés contre leurs souverains naturels , et ont couvert l'Europe de carnage et d'horreurs ; c'est sur les cadavres sanglans de plusieurs millions de chrétiens que les représentans du Dieu de paix ont élevé l'édifice d'une puissance chimérique, dont les hommes ont été long-iems les tristes jouets et les mallieureuses victimes*

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En gënëral, l'histoire et lexpérience nous prouvent que le sacerdoce s'est toujours efforcé d'introduire sur la terre une espèce de tliéocratie ; les prêtres n'ont voulu se soumettre qu'à Dieu , ce souverain invisible de la nature , ou à l'un d'entre eux , qu ils avaient choisi pour représenter la divinité ; ils ont voulu former dans les états un état séparé, indépendant de la puissance civile; ils ont prétendu ne tenir que de la Divinité les biens dont les hom^ mes les avaient visiblement mis en possession. C'est à la sagesse des souverains à réprimer ces prétentions ambitieuses et idéales , et à contenir tous les membres de la société dans les justes bornes que prescrivent la raison et la tranquillité des états.

Un auteur moderne a regardé la théocratie comme le premier des gouvernemens que toutes les nations aient adoptés; il prétend qu^à l'exemple de l'univers, qui est gouverné par un seul Dieu, les hommes réunis en société ne voulurent d'autre monarque que l'Etre suprême. Comme l'homme n'avait que des idées imparfaites et humaines de ce monarque céleste^ on lui éleva un palais, un temple , un sanctuaire et un trône; on lui donna des officiers et des ministres. On ne tarda point à représenter le roi invisible de la société , par des emblèmes et des symboles qui indiquaient quelques-uns de ses attributs ; peu à peu on oublia ce que le symbole désignait , et l'on rendit à ce symbole ce qui n'était du qu'à la Divinité qu'il représentait; ce fut-là l'origine de l'idolâtrie à laquelle les prêtres , faute d'instruire les peuples , ou par intérêt, donnèrent eux-mêmes lieu. Ces prêtres n'em^ent point de peine à gouverner les hommes au nom des idoles muettes et inanimées dont ils étaient les ministres ; une affreusu

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•opêrftliliofi couyrîi la face de la terre sous ce gouvernement sacerdotal ; il multiplia à TinGni les sacrifices , les offrandes ; en un mot , toutes les pratiques utiles aux mi-- Bistres visibles de la Divinité cach<^. Les prêtres enorgueillis de leur pouvoir en abusèrent étrangement ; ce fut leur incontinence 9 qui 9 suivant Fauteur , donna naissance à cette race d'hommes qui prétendaient descendre des Dieux y et qui sont connus dans la Mythologie sous le nom de demir^dieux. Les hommes , fatigués du joug insupportable des ministres de Li théocratie^ voulurent avoir au milieu d'eux des symboles vivans de la Divinité; ils choiiirent donc des rois , qui furent pour eux les représentans du monarque invisible. Bientôt on leur rendit les mômes honneurs qu'on avait rendus avant'eux aux symboles de la théocratie I ils furent traités en Dieux, et ils traitèrent en esclaves les hommes, qui , croyant être toujours soumis à l^tre suprême , oublièrent de restreindf e , par des lois salutaires , le pouvoir dont pouvaient abuser ses faibles images. C'est-là, suivant l'auteur , la vraie source du despotisme, o'cst-à-dire de ce gouvernement arbitraire et tyrannique, sous lequel gémissent encore aujourdliui les peuples de l'Asie, sans oser réclamer les droits de la nature et de la raison , qui veulent que llionmie soit gouverné pour son bonheur.

Diderot.

BE l'encyclopédie.

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