‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 3 sur 62 · TOLERANCE · texte numérisé non relu

TOLERANCE

1 OLÉRANCE. ( Morale , Politique. ) La tolérance est en gënëral la vertu de tout être faible , destiné à vivre avee des êtres qui lui ressemblent. L'homme , si grand par son intelligence , est en même tems si borné par ses erreurs et par ses passions , qu'on ne saurait trop lui inspirer pour les autres cette tolérance et ce support dont il a tant besoiu pour lui-même , et sans lesquels on ne verrait sur la terre que troubles et dissentions. C^est en effet pour les avoir proscrites , ces douces et conciliantes vertus , que tant de siècles ont fait plus ou moins l'opprobre et le malheur des hommes ; et n'espérons pas que sans elles nous rétablissions jamais parmi nous le repos et la pros-* périté.

On peut compter sans doute plusieurs sources de nos discordes : nous ne sommes que trop féconds en ce genres mais comme c'est surtout eu matière de sentiment et de religion , que les préjugés destructeurs triomphent avec plus d'empire , et des droits plus spécieux , c'est aussi à les combattre que cet article est destiné. Nous établirons d'abord, sur les prinèipes les plus évidens, la justice et la nécessité de la tolérance ; et nous tracerons , d'isiprès ces principes , les devoirs des princes et des souverains. Quel triste emploi cependant , que d'avoir i prouver aux hommes des vérités si claires , si intéressantes , qu'il faut pour les méconnaître avoir dépouillé sa nature ! Mais s'il en est

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jusque dans ce siècle qui fcrmcut leurs yeux à révidence et leur cœur à lliumanité, garderions-nous dans cet ou- Trage un lâche et coupable silence ? Non ; quel qt/en soit le succès , osons du moins réclamer les droils de la justice et de l'humanité , et tentons encore une fois d'arracher au fanatique son poignard, et au superstitieux son bandeau. J'entre en matière par une réflexion très-simple , et oependant bien favorable à la tolérance j c'est que la raison humaine n'ayant pas une mesure précise et déterminée, ce qui est évident pour l'un est souvent obscur pour l'autre; l'évidence n'étant, comme on sait, qu'une qualité relative, qui peut venir ou du jour sous lequel nous voyons les objets^ ou du rapport qu'il y a entre eux et nos organes , ou de telle autre cause ; en sorte que tel degré de lumière suffisant pour convaincre l'un , est insuffisant pour un autre dont l'esprit est moins vif, ou différemment affecté ; d'où il suit que nul n'a droit de donner sa raison pour règle, ni de prétendre asservir personne à ses opinions. Autant vaudrait , en effet , exiger que je regarde avec vos yeux , que de vouloir que je croie sur votre jugement. Il est donc clair que nous avons tous notre manière de voir et de sentir , qui ne dépend que bien peu de nous. L'éducation , les préjugés , les objets qui nous environnent y et mille causes secrètes, influent sur nos jugemens et les modiflent à Finflui. Le monde moral est encore plus varié que le physique ; et les esprits se ressemblent moins que les corps. Nous avons , il est vrai , des principes communs sur lesquels on s'accorde assez ; mais ces premiers principes sont en très-petit nombre ; les conséquences qui en découlent deviennent toujours moins claires à mesure qu elles s'en éloignent , comme ces eaux

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qui se troublent en s'cloîgnant de leur source. Dès lors les sentimens se partagent ^ et sont d'autant plus arbitraires , que chacun y met du sien, et trouve des résultats plus particuliers. La déroute n'est pas d'abord si sensible ; mais bientôt, plus on marcbe, plus on s'égare , plus on se divise; mille chemins conduisent à l'erreur, un seul mène à la vérité : heureux qui sait le reconnaître ! Chacun s'en flatte pour son parti , sans pouvoir le persuader aox autres; mais si, dans ce conflit d'opinions, il est impossible de terminer nos différends et de nous accorder sur tant de points délicats , sachons du moins nous rapprocher et nous unir par les principes universels de la tolérance et de l'humanité, puisque nos sentimens nous partagent , et que nous ne pouvons être unanimes. Qu'y a-t-il de plus naturel que de nous supporter mutuellement 9 et de nous dire à nous-mêmes , avec autant de vérité que de justice : a Pourquoi celui qui se trompe ces- » serait-il de m'être cher ? l'erreur ne fut-elle pas toujours )>Ie triste apanage de l'humanité? Combien de fois j'ai » cru voir le vrai , où , dans la suite , j'ai reconnu le faux ? » combien j'en ai condamné dont j'ai depuis adopté les » idées ? Âh ! sans doute je n'ai que trop acquis le droit » de me défier de moi-même^ et je me garderai de haïr )> mon frère parce qu'il pense autrement que moi ! »

Qui peut donc voir sans douleur et sans indignation , que la raison même , qui devrait nous porter à l'indulgence et à l'humanité , l'insuf&sance de nos lumières et la diversité de nos opinions, soit précisément celle qui nous divise avec plus de fureur? Nous devenons les accusateurs et les juges de nos semblables ; nous les citons avec arrogance à notre propre tribunal , et nous exerçons sur leurs

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feniioieDS rioqnîftilMm U p odieuse; et o une si nons

étiaoB iniiîllihicf, Yem r peut Ironyer grâce à nos yens. Cependant quoi | MrdonnaUe, lorsqti'dle est inrolontaire , et qu'elle b\ e à noua sons les apparences delaTéritéîleshomnu s nous hn rendons, n^estrce pas i la yérité même s Toolons les adrener? Un

prince n'est-il pas bonorë tous les honneurs que nous faisons i celui que pren »ns pour lui-même? Notre |

méprise peut-elle iblir notre mérite à ses jeux , puisqu'il Toit en us le < lein, la même droiture que dans ceux c , i is, s'adressent à sa personne? Je ne vois point de raiM ne nt plus fort contre l'into-* lërance; on n*adopte point l'erreur comme erreur; on peut quelquefois j persëyérer & dessein par des moti£i in« tëressës , et c'est alors qu'on est coupable. Mais )e ne con« çois pas ce qu'on peut reprocher à celui qui se trompe de bonne M; qui prend le faux pour le vrai, sans qu'on puisse l'accuser dé malice ou de négligence ; qui se laisse éblouir par un sophisme, et ne sent pas la force du rai« sonnement qui le combat. S'il manque de discernement ou de pénétration 9 ce n'est pas ce dont il s'agit ; on n'est pas coupable pour être borné , et les erreurs de l'esprit ne peuvent nous être imputées qu'autant que notre cœur y a part. Ce qui fait l'essence du crime , c'est l'intention directe d'agir contre ses lumières , de faire ce qu'on sait être mal y de céder à des passions injustes , et de troubler à dessein les lois de l'ordre qui nous sont connues ; en un mot, toute la moralité de nos actions est dans la conscience, dans le motif qui nous fait agir. Mais , dites-vous , cette vérité est d'une telle évidence , qu'on ne peut s'y soustraire sans s'aveugler volontairement , sans être cou-

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B pable d'opîaiâtretë ou de mauvaise foi ? Eh ! qui êtesvous pour prononcer à cet ëgard, et pour condamner vos frères? Pénétree-vous dans le fond de leur âme? ses remplis sont-ib ouverts à vos yeux? partagez-vous avec l'Éternel Fattribut incommuni^ble de scrutateur des cœurs? Quel «B)et demande plus d'examen , de prudence et de iBod^tion, que celui que vous décidez avec tant de légërelé et d'assurance? Eist-il donc si facile de marquer avec précision les bornes de la vérité; de distinguer avec justesse le point souvent invisible où elle Gnit , et où Terreur ocmimence ; de déterminer ce que tout homme doit admettre et concevoir, ce qu'il ne peut rejeter sans crime? Qui peut connaître, encore une fois , la nature intime des esprits , et toutes les modifications dont ils sont susceptibles? Nous le voyons tous les jours , il n'est point de vérité si claire qui n'éprouve des contradictions ; il n'est point de système auquel on ne puisse opposer des objections , souvent aussi fortes que les raisons qui les défendent. Ce qui est simple et évident pour l'un, paraît faux et incompréhensible à l'autre : ce qui ne vient pas seulement de leurs divers degrés de lumières, mais encore de la différence même des esprits ; car on observe dans les plus grands génies la même variété d'opinions , et plus grande assurément entre eux que dans le vulgaire.

Mais , sans nous arrêter à ces généralités , entrons dans quelques détails ; et comme la vérité s^établit mieux quelquefois par son contraire que directement , si nous montrons en peu de mots l'inutilité , l'injustice et les suites funestes de l'intolérance , nous aurons prouvé la justice et U nécessité de la vertu qui lui est opposée. De tous les moyens qu'on emploie pour arriver à quel-'

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