TYRAN
1 YRAN, {Politique et Morale.) Par le mot TUpavvoç, les Grecs désignaient un citoyen qui s'était emparé de, l'autorité souv eraine dans un état libre j lors même qu'il le gousemait suivan t les lois de la justice et de l'équité ; aujourd'hui , par tyran , l'on entend, non -seulement un usurpateur du pouvoir souverain, mais même un souverain Intime y qui abuse de son pouvoir pour violer les lois 9 )oar opprimer ses peuples , et pour faire de ses sujets les rictimes de ses passions et de ses volontés injustes , qu'il mbstitue aux lois.
De tous les fléaux |qui aiEigent l'humanité j il n'en est point de plus funeste qu'un tyran 5 uniquement occupé lu soin de satisfaire ses passions et celles des indignes ministres de son pouvoir , il ne regarde ses sujets que comme de vils esclaves, comme des êtres d'une espèce inférieure , uniquement destinés à assouvir ses caprices , et contre lesquels tout lui semble permis ; lorsque l'orgueil et la flatterie l'ont rempli de ces idées , il ne connaît de lob que celles qu'il impose ; ces lois bizarres , dictées par ion intérêt et ses fantaisies , sont injustes et varient suirant les mouvemens de son cœur. Dans l'impossibilité
î^a Esrnrr
(Vexercer tout seul sa tyrannie^ et de faire plier les pnt« pies sous le )ong de ses volonti^s dcrr^lécs , il est forcé de s^associer des ministres corrompus ; son choix ne tombe que sur des hommes {icrvers qui ne connaissent In justice ' que pour la violer , la vertu que pour Toutrager, les lois que pour les éluder. Boni quant nuiH êuêpeciioreê êuni, ; êemjierque hia aliéna virtuê formidolosa est. La guerre | étant déclarée entre le tyran et ses sujets , il est obligé de veiller sans cesse ù sa propre conservation ; il ne la trouve que dans la violence j il la confie ù des satellites , il leur abandonne ses sujets et leurs possessions, pour assouvir leur avarice et leurs cruautés , et pour immoler à sa sûreté les vertus qui lui font ombrage. Cunvtaferit^ dùm cuncla iiniei. Les ministres de ses passions deviennent eux-mêmes les objets de f>vs craintes; il n^gnore pas que Ton ne |)eut se (ier à des hommes corrompus. Les souprons ^ les remords , les terreurs Tasi iégent de toutes parts 5 il ne connaît personne digne de sa confiance, il n*a que des complices, il n'a point d'amis. Les peuples, épuisés, dégradés, avilis par le tyran , sont insensibles à ses revers $ les lois qu'il a violées ne peuvent lui prêter leur secours; en vain réclamc-t-il la pairie; en est -il une où règne un tyran?
Si l'univers a vu que Iqurs tyrans heureux jouir paisiblement du fruit de leurs crimes , vv.% exemples sont rarcs^ et rien n'est plus étonnant dans l'histoire, qu'un lyrnn qui meurt dans son lit. Tibère ; après avoir inondé Home du sang des citoyens vertueux , devient odieux à lui-même; il n'ose plus contempler les murs , témoins de ses pros^ criptions; il se bannit de la société dont il a rompu !(!# liens; il n'a pour compagnie que la terreur , la honte et le»
nnords. Tel est le triomphe qu'il remporte sur les lois t 'el est le bonheur que lui procure sa politique barbare ! 1 mène une vie cent fois plus affreuse que la mort la plus ruelle. Caligula j Néron y Domitien ont fini par grossir iiix*mêmes les flots de sang que leur cruauté avait rélandus; la couronne du tyran est à celui qui veut la Mrendre. Pline disait à Trajan « <( que par le sort de ses )rédécesseurs , les dieux avaient fait connaître qu'ils ne avorisaient que les princes aimés des hommes, rt
Diderot.