‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 27 sur 62 · TYRAN · texte numérisé non relu

TYRAN

1 YRAN, {Politique et Morale.) Par le mot TUpavvoç, les Grecs désignaient un citoyen qui s'était emparé de, l'autorité souv eraine dans un état libre j lors même qu'il le gousemait suivan t les lois de la justice et de l'équité ; aujourd'hui , par tyran , l'on entend, non -seulement un usurpateur du pouvoir souverain, mais même un souverain Intime y qui abuse de son pouvoir pour violer les lois 9 )oar opprimer ses peuples , et pour faire de ses sujets les rictimes de ses passions et de ses volontés injustes , qu'il mbstitue aux lois.

De tous les fléaux |qui aiEigent l'humanité j il n'en est point de plus funeste qu'un tyran 5 uniquement occupé lu soin de satisfaire ses passions et celles des indignes ministres de son pouvoir , il ne regarde ses sujets que comme de vils esclaves, comme des êtres d'une espèce inférieure , uniquement destinés à assouvir ses caprices , et contre lesquels tout lui semble permis ; lorsque l'orgueil et la flatterie l'ont rempli de ces idées , il ne connaît de lob que celles qu'il impose ; ces lois bizarres , dictées par ion intérêt et ses fantaisies , sont injustes et varient suirant les mouvemens de son cœur. Dans l'impossibilité

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(Vexercer tout seul sa tyrannie^ et de faire plier les pnt« pies sous le )ong de ses volonti^s dcrr^lécs , il est forcé de s^associer des ministres corrompus ; son choix ne tombe que sur des hommes {icrvers qui ne connaissent In justice ' que pour la violer , la vertu que pour Toutrager, les lois que pour les éluder. Boni quant nuiH êuêpeciioreê êuni, ; êemjierque hia aliéna virtuê formidolosa est. La guerre | étant déclarée entre le tyran et ses sujets , il est obligé de veiller sans cesse ù sa propre conservation ; il ne la trouve que dans la violence j il la confie ù des satellites , il leur abandonne ses sujets et leurs possessions, pour assouvir leur avarice et leurs cruautés , et pour immoler à sa sûreté les vertus qui lui font ombrage. Cunvtaferit^ dùm cuncla iiniei. Les ministres de ses passions deviennent eux-mêmes les objets de f>vs craintes; il n^gnore pas que Ton ne |)eut se (ier à des hommes corrompus. Les souprons ^ les remords , les terreurs Tasi iégent de toutes parts 5 il ne connaît personne digne de sa confiance, il n*a que des complices, il n'a point d'amis. Les peuples, épuisés, dégradés, avilis par le tyran , sont insensibles à ses revers $ les lois qu'il a violées ne peuvent lui prêter leur secours; en vain réclamc-t-il la pairie; en est -il une où règne un tyran?

Si l'univers a vu que Iqurs tyrans heureux jouir paisiblement du fruit de leurs crimes , vv.% exemples sont rarcs^ et rien n'est plus étonnant dans l'histoire, qu'un lyrnn qui meurt dans son lit. Tibère ; après avoir inondé Home du sang des citoyens vertueux , devient odieux à lui-même; il n'ose plus contempler les murs , témoins de ses pros^ criptions; il se bannit de la société dont il a rompu !(!# liens; il n'a pour compagnie que la terreur , la honte et le»

nnords. Tel est le triomphe qu'il remporte sur les lois t 'el est le bonheur que lui procure sa politique barbare ! 1 mène une vie cent fois plus affreuse que la mort la plus ruelle. Caligula j Néron y Domitien ont fini par grossir iiix*mêmes les flots de sang que leur cruauté avait rélandus; la couronne du tyran est à celui qui veut la Mrendre. Pline disait à Trajan « <( que par le sort de ses )rédécesseurs , les dieux avaient fait connaître qu'ils ne avorisaient que les princes aimés des hommes, rt

Diderot.

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