‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 26 sur 62 · TUTOIEMENT · texte numérisé non relu

TUTOIEMENT

J. UTOIRMKMT. ( Bâllâê'Lettrêê. Poésie» ) Façon de par* 1er à quelqu'un k la seconde personne du singulier* La<. politesse veut que dans notre langue on fasse comme si la |>eriKjnne a qui l'on adresse la parole était double on multiple , et qu'on lui dise ^h)im au lieu de tu : c'est une singularité qui répond à celle de dire nouSf quoiqu'on 06 soit qu'un , lorsque celui cjui parle val un souverain ou une personne constituée en dignité, et qu'elle fait on acte solennel de sa volonté ou de son autorité; usage qui, je crois, prit naissance chez les empereurs romains. Le noui csl encore réservé aux personnes en dignité ou en fono* tions sérieuses : le vous est devenu d'un usage commun et indispensable entre les personnes qui n étant pas &uiilières l'une avec l'autre, veulent se traiter décemment.

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« Le tutoiement^ dit Fontenelle ( me de Pierre Corneille ) > ne choque pas les bonnes mœurs ^ il ne choque que la politesse et la vraie galanterie; il faut que la familiarité qu'on a avec ce qu'on aime , soit toujours respectueuse; mais aussi il est quelquefois permis au respect d'être un peu familier. On se tutoyait anciennement dans le tragique même , aussi-bien que dans le comique ; et cet usage ne finit que dans V Horace de Corneille, où Curiace et Camille le pratiquent encore. Natiurellement le comique a du pousser cela un peu plus loin , et à cet égard le tutoiement n'expire que dans le Menteur» »

Je ne suis pas tout-à-fait de Tavis de Fontenelle. Le tutoiement d'égal à égal , et dans une situation tranquille, est sans doute une familiarité ; mais , soit dans le tragique^ soit dans le comique, cette familiarité sera toujours décente , non-seulement du frère à la sœur , de l'ami à l'ami, mais encore de l'amant à la maîtresse, lorsque l'innocence, la simplicité, la franchise des mœurs l'autoriaera, comme dans le langage des villageois, des peuples agrestes ou sauvages , ou même peu civilisés , et dont les mœurs sont âpres et austères : Alzire et Zamore se tutoient, et il n'y a rien d'indécent. C'est peut-être la même raison , ou plutôt un sentiment exquis de la yérité des mœurs, qui a engagé Corneille à donner cette nuance de familiarité au langage de Curiace et de Camille.

En général , toutes les fois que la familiarité douce n'aura l'air que de Tinnocence et de l'ingénuité, le tutoiement sera permis. Il l'est de même dans tous les mouvemens d'une tendresse vive ou d'une passion violente.

oboshahb à eaîab.

Quel caprice étonnant que je ne conçois pas I

9i8 fisrnrr

Vont m'aîmet F Bh poorqnoi ? out forcet-vouff enitB*»

A déchirer le cœur d'un aniMit tî fidèle F

Je me coooaiftais mal ; oui » dans mon déteipolr ,

J'avaîf cru sur moS-méme avoir ploa de pouvoir.

Va 9 mon corar est bien loin d'un pouvoir si funeste*

Zàît^f que iaroais la fengeancect^leite

Ne donne à ton amant , enchaîné sous ta loi »

La force d'oublier l'amour qu'il a pour toi 1

Qui , moir que sur mon trône une autre fut placée t

Non , je n'en eus Jamais la fatale pontée ;

Pardonne à mon oourroui, i mes sens interdits ,

Ces dédains affectes , et si bien démentis ;

C'est le seul déplaisir que famais dans ta vie

Le ciel aura voulu que ta tendreiae essuie.

Je t'aimerai toujours. ... Mais , d'où vient que ton coanr^

En partageant mes fcui , différait mon bonheur F

Parle , était-ce un caprice? Est-ce crainte d'un maître »

D'un Soudan » qui , pour toi , veut renoncer à l'être f

Serait-ce un artifice? Epargne* toi ce soin ;

L'art n'est point dit pour toi , tu n'en as pas besoin x

Qu'il ne souille jamais le saint nceud qui nous lie ;

L'art le plus innocent tient de la pa rfidie ,

Je n'en connus jamais ; et mes sens déchirés ,

Pleins d'uu amour si vrai. . . •

tAltf.

Vous me désespérea.

Vous m'êtes cher , sans doute , et ma tendresse eitrémo- £st le comble des maui pour ce cœur qui vous aime.

OaOSMAlll.

O ciel I ezpliqucs-vous. Quoi 1 toujours me troubler ?

Cet eicemple fait voir bien teiisiblement par qaAl{ mouvemens de l'âme on peut passer avec bienflëance dal ojous au ttCy et du tu au vous ; mais ce qui est naturel et décent dans le caractère d'Orosmanc^ ne le serait pas celui de Zaïre, parce qu'il n'est que tendre, et qu'il n'eil point passionne. Tant que la passion d'Hermione est con^^

DE l'encyclopédie, flig

unte^ elle dit voua, en parlant à Pyrrhus :

Du vieux père d'Hector la valeur abattue » Aux pieds de sa famille expirante à sa vue , Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche un reste de sang que l'âge avait glacé ; Dans des ruisseaux de sang Troye ardente plongée; De votre propre main Poliiène égorgée , Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous* Que peut-on refuser à ces généreux coups ?

US dès que son indignation, son amour et sa douleur latent y Hermione s'oublie , le tutoiement est placé :

Je ne t'ai point aimé , cruel ! Qu'ai-je donc fait f

J'ai dédaigné , pour toi , les vœux de tous nos princes ;

Je t'ai cherché moi-même au fond de tes provinces ;

J'y suis encor , maigre tes inûdélitës ,

Et malgré tous mes Grecs, honteux de mes bontés.. .

Mais , Seigneur , s'il le faut , si le ciel en colère

Béserve à d'autres yeux la gloire de vous plaire, etc.

Une singularité remarquable dans Tusage du tutoie^ nt y c'est qu'il est moins permis dans le comique que 15 le tragique 5 et la raison en est que le sérieux de ai-ci écarte davantage l'idée d'une liberté indécente. ur que deux amans se tutoient dans une scène comique, aut qu'ils soient d'une condition où les bienséances ne mi [>as connues , ou que leur innocence et leur candeur t si marquée , qu'elle donne son caractère à leur fami-îté.

Jne autre bizarrerie de l'usage j est de permettre le oiement , du moins en poésie ^ dans l'extrême opposé I familiarité : c'est ainsi qu^en parlant à Dieu et aux \ on les tutoie ^ soit à l'imitation des anciens ^ soii

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parce (piG le respect qu'ils impriment eit trop au-denw du 80U[m;oii 9 et que le carnctére en eit trop marque pour ne pas di5|>cnM r (Vune Yaine formule.

Grand Dieu , tei |ugenent tont remplif à'éqmté, . Graod roi , octM de f aiocre , oa |e ceite d'écrire.

Les deux caractères extrêmes du tutoiement se font sentir dans ces deux («pitres de Voltaire :

Philit , qu'eit de Teou le temt * ela*

Tu m'appellcf à toi , vaalc et puitMoC géoie » etc.

Dans Tune, il est l'excès de la familiarit<1 $ dans l'autre lexcès du respect et le langage de l'apothdose.

A propos de l'usage f (|ui dans notre langue veut qu'où* mette le pluriel à la place du singulier , ]e dcmandeni pourquoi , dans un dcrit qui est l'ouvrage d^un leol homme y l'auteur^ en {parlant de lui-même, se croit oblij de dire nous? Ce n'est certainement pas pour donner ce qu'il avance une sorte d'autoritd qui ait plus de vol et de poids; c'est au contraire une formule à laquelle attache une id(^e de modestie. Mais sur quoi porte id<5c? Notis croyons f nous ne penêonâ pas f nous prouvé^ etc. Est-ce dire autre chose que^'tf crois , je pense pas , j'ai proupé ? Il est vraisemblable que usage s'est introduit par des ouvrages de soci^ë, oh travail ctait commun et l'opinion collective; et que la suite, pour donner à leur style plus de gravite^ ques écrivains ont suivi cet exemple. Mais lorsqu'i homme, en se nommant, propose ses iddes comme v de lui, la formule du nous est au moins inutile; et preuve que dans l'usage et dans l'opinion , le per

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^u singulier n'est pas un trait de vanité , c'est qu'en parlant ou en opinant ^ jamais orateur , ni ^cré , ni profane ^ neVest avisé de dire noua.

Marmontel.

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