VIEILLESSE
V lEiLLEssE. ( Morale. ) La vieillesse langaissante , ennemie des plaisirs, succédant à l'âge viril, vient rider le visage, courber le corps, affaiblir les membres^ tarir dans le cœur les sources de la joie , nous dégoûter du présent, nous faire craindre l'avenir y et nous rendre insensibles à tout , excepté & la douleur. Le tems se hâte , le voilà qui arrive ; ce qui vient avec tant de rapidité est près de nous , et le présent qui s'enfuit est déjà bien loin y puisqu'il s'anéantit dans le moment que j'écris ce petit nombre de réflexions , et ne peut plus se rapprocher.
La longue habitude tient la vieillesse comme enchatnée ; elle n'a plus de ressources contre ses défauts : semblables aux arbres dont le tronc rude, noueux, s'est durci par le nombre des années , et ne peut plus se redresser , les hommes à un certain âge ne peuvent presque plus se plier eux-mêmes, contre certaines habitudes qui ont vieilli avec eux , et qui sont entrées jusques dans la moelle de leurs os. Souvent ils les connaissent , mais trop tard ; ils gémissent en vain , et la tendre jeunesse est le seul âge où fhomme peut encore tout sur lui-même pour se corriger. « On s'envieillit des ans, dit Montaigne, sans s'assagir l'un pouce 3 ou va toujours en avant, mais à reculons. Il