‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 54 sur 62 · VOLUPTE · texte numérisé non relu

VOLUPTE

V OLUPTÉ. ( Morale. ) La Volupté , selon Aristîppe , ressemble à une reine magnifique et parée de sa seule beauté; son trône est d'or, et les Vertus , en liabit de ftte y s'empressent dé la servir. Ces vertus sont la Prudence, la Justice^ la Force, la Tempérance , toutes quatre véritablement soigneuses de faire leur cour à la Volupté ^ et de prévenir ses moindres soubaits. La Prudence veille à son repos , à sa sûreté. La Justice l'empâche de faire tort à personne , de peur qu'on ne lui rende injure pour injure, sans qu'elle puisse s'en plaindre. La Force la retient, si par hasard quelque douleur vive et soudaine l'obligeait d'attenter sur elle-même. Enfin , la Tempérance lui défiend toutes sortes d'excès ^ et l'avertit assidûment que la santé est le plus grand de tous les biens, ou celui du moins sans lequel tous les autres deviennent inutiles , ne se font point sentir.

La morale d'Aristippe , comme on voit , portait sans détour à la volupté , et en cela elle s'accordait avec la moitié d'Epîcure. Il y avait cependant entre eux cette difiérencc , que le premier regardait comme une obligation indispensable de se mêler des afiaires publiques , de s'assujettir dès sa jeunesse à la société , en possédant des charges et des emplois^ en remplissant tous les devoirs de la >ie civile; et que le second conseillait de fuir le grand monde , de préférer à l'éclat , qui importune , cette douce

obscurité j qui satisfait ; de rcclicrclicr enfin dans la lolitude nn sort indépendant des caprices de la fixtane.* Cette contrariété de senlimens entre deux grands philosophes 9 donna lieu au stoïcien Panélius d appeler , en raillant, la volupté d*Arîstippc» ia a^olupté debout ^ et celle d*Kpicure , la volupté assise.

n s'éleva , dans le quatrième siècle de TÉglise » un hM siarque ( Jovinian ) , qu'on nomma YAriatippe et YSf^ cure des chrétiens , parce qu'il osait soutCLir que la rdigion et la volupté n*étaient pas incompatibles; paradoxe qu'il colorait de spécieux prétextes j en dégageant ^ d'une part y la volupté de ce qu'elle a de plus grossier; et de l'autre j en réduisant toutes les pratiques de la religion , à de simples actes de charité. Cette espèce de système lédnisit beaucoup de gens 9 surtout des prêtres et des fier* ges consacrées à Dieu; mais saint Jérôme attaqua ouvertement le perfide hérésiarque j et sa victoire fut auMi brillante que complète. « Vous croyez, lui disait^l, atoïC persuadé ceux qui marchent sur vos traces; détrompesvous , ils étaient déjà persuadés parles penchans secrets de leur cœur. »

Jamais réputation n'a plus varié que celle d'Epicnre ;

ses ennemis le décriaient comme un voluptueux y que

l'apparence seule du plaisir entraînait sans cesse bon de

lui-même , et qui ne sortait de son oisiveté que pour 0e

livrer à la débauche. Ses amis , au contraire ^ le d^peî<-

gnaient comme un sage qui fuyait par goût et par raisca

le tumulte des affaires ; qui préférait un genre dévie Inea

ménagé , aux flatteuses cliimcres dont l'ambition repSi

les autres hommes , et (|ui , par une judicieuse éoonamie

mêlait les plaisirs ù 1 étude , et uuc conversation agréahk

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Icux de la méditation. Cet homme, poli et simple C8 manières ^ enseignait à éviter toa$ les excès qui nt déranger la santé , à se soustraire aux impressions ureuses y à ne désirer que ce qu^on peut obtenir^ à iserver enfin dans une assiette d'esprit tranquille. nàf cette doctrine était très-raisonnable , et l'on ne t nier qu'en prenant le mot de bonheur comme il le it 9 la félicité de l'homme ne consiste dans le plaisir, re n'a point pris le change , comme presque tous les is philosophes , qui , en parlant du bonheur , se ttachés non à la cause formelle , mais à la cause effi- !• Pour Lpicure , il considère la béatitude en elle- ) et dans son état formel , et non pas selon le rapport e a & des êtres tout-à-fait externes , comme sont les s efficientes. Cette manière de considérer le bonheUr ms doute la plus exacte et la plus philosophique, ire a donc bien fait de la choisir ; et il s'en est si bien , qu'elle l'a conduit précisément où il fallait qu'il Le seul dogme que Ton pouvait établir raisonnaent , selon cette route , était de dire que la béatitude lomme consiste dans le sentiment du plaisir 9 ou en - *al' dans le contentement de l'esprit* Cette doctrine importe point pour cela que l'on établit le bonheur lomme dans la bonne chère et dans les molles amours : x>ut au plus ce ne peuvent être que des causes effiles y et c'est de quoi il ne s'agit pas $ quand il s'agira »LUses efficientes y on vous marquera les meilleures ; cms indiquera d'un côté les objets les plus capables de erver la santé de votre corps , et de l'autre les occums les plus propres à prévenir les chagrins del'es- ; on vous prescrira donc la sobriété, la tempérance^

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et le combAt contre les passions tumultueuses et déi qui ôtentâ Tàme la tranquillité d'esprit, qui ne contribue pas peu à son bonbeur : on vous dira que la yoluptë pure ne sc trouve ni dans la satisfaction des sens , ni dans Témotion des appétits; la raison en doit être la maîtresse, elle en doit être la règle , les sens n'en sont que les ministres; et ainsi ^ quelques délices que nous espérions dans la bonne chère , dans les plaisirs de la vue , dans les parfums et la musique , si nous n^approchons de ces choses avec une ame tranquille j nous seroos trompés , nous nous abuserons d'une lausse joie , et nous prendrons l'ombre du plaisir pour le plaisir même. Un esprit troublé et emporté loin de lui par la violence des passions y ne saurait goûter une volupté capable de rendre l'homme heureux. C'étaient \k les voluptés dans lesquelles Épicure faisait consister le bonheur de l'homme. Voici comment il s'en explique : c'est à Ménecée qu'il écrit. « Encore que nous » disions , mon cher Ménecée , que la volupté est la fin )» de riiommc, nous n'entendons pas parler des voluptés » sales et infumes, et de celles qui viennent de l'intem- » pérance et de la sensualité. Celte mauvaise opinion est )> celle des personnes qui ignorent nos préceptes ou qui » les combattent, qui les rejettent absolument, ou qui en » corrompent le vrai sens. > Malgré cette apologie qu'il faisait de rinnoecnce de sa doctrine contre la calomnie et l'ignorance, on se récria sur le mot de volupté; les gens qui en étaient déjà gâtés, en abusèrent; les ennemis delà secte s'en prévalurent, et ainsi le nom d'épicurien de^ vint très-odieux. Les stoïciens, qu'on pourrait nommer Icsjajisénisles du poganisnie ^ firent tout ce qu'ils purcnl contre l^picurc, aGu de le reiulre odieux et de le

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faire persécuter. Ils lui imputèrent de ruiner le culte des Dieux , et de pousser dans la débauche le genre humain* Il ne s'oublia point dans cette rencontre , il sut penser et agir en philosophe ; il exposa ses sentimens aux yeux du public; il fit des ouvrages de piété; il recommanda la vénération des Dieux , la sobriété , la continence ; il ne se plaignit point des bruits injurieux qu'on versait sur lui à pleines mains. « J'aime mieux , disait-il , les souffrir et les » passer sous silence , que de troubler par une guerre dé- » sagréable la douceur de mon repos. » Aussi le public , du moins celui qui veut connaître avant de juger, se déclara-t-il en toutes les occasions pour Epicure ; il estimait sa probité , son éloigncment des vaines disputes , la netteté de ses mœurs, et cette grande tempérance dont il faisait profession, et qui , loin d'être ennemie de la volupté y en est plutôt l'assaisonnement. Sa patrie lui éleva plusieurs statues. D'ailleurs, ses vrais disciples et ses amis particu-r liers , vivaient d'une manière noble et pleine d'égards les uns pour les autres ; portaient à l'excès tous les devoirs de l'amitié , et préféraient constamment l'honnête à l'agréable. Un maître qui a su inspirer tant d'amour pour les 'Vertus douces et bienfaisantes , ne pouvait manquer d'être un grand homme ; mais on ne doit pas reconnaître pour ses disciples , quelques libertins qui , ayant abusé du nom de ce philosophe , ont ruiné la réputation de sa secte. Ces gens ont donné à leurs vices l'inscription de sa sagesse ; ils ont corrompu sa doctrine par leurs mauvaises mœurs , et se sont jetés en foule dans son parti, seulement parce qu'ils entendaient qu on y louait la volupté , sans approfondir ce que c'était que cette volupté. Ils se sont contentés de son nom en général , et l'ont fait servir de voile à

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