‹ Esprit de l'encycloped́ie, ou recueil des articles les plus curieux et les plus interessans de l'encycloped́ie en ce qui concerne l'histoire, la morale, la literature et la philosophieChapitre 55 sur 62 · Tome xv · texte numérisé non relu

Tome xv

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leurs délMUchcs; îU oui clicrchi: TautoriU: d^un grand homme pour appuyer les désordres dé leur vie , au lieu de profiter des sagçs conseils de ce pliilosoplu* f et de corriger leurs vicieuses ioclinaiious dans son école. La répU' tation dlCpicure serait en très-mauvais état, si quelques personnes désintéressées n'avaient pris soin d'étudier plus i fond sa morale. Il s'est donc trouvé des gens qui se sont informés de la vie de ce philosophe , et qui , tans s'arrêter & la «rojanoe du vulgaire ni à IVcorce des choses, ont voulu pénétrer plus avant, et ont rendu des témoignages fort authentiques de la probité de sa personne , et de la pureté de sa doctrine. Ils ont publié à la (ace de toute la terre, que sa volupté était aussi sévère que la vertu des stoïciens, et que pour âtre débauché comme Ëfucure, il fallait £tre aussi sobre que Zenon.

On entend communément par poli^pté tout amour du plaisir qui n'est point dirigé par la raison , et en ce sens, toute vohipté est illicite; le plaisir peut être considéré par rapport à riionime qui a ce sentiment , par rapport à la société et |>ar rapport à Dieu. S'il est opposé au bien de riiomiiic qui en a le sentiment, â celui de société, ou au commerce que nous devons avoir avec Dieu, dès lors il est criminel. On doit mettre dans le premier rang ces voluptés empoijionnécs r|ui font acheter aux hommes, par des plaisirs d'un instant , de longues douleurs. On doit penser la même chose de ces voluptés qui sont fondées sur la mauvaise foi et sur l'infidélité, qui établissent dans la société la confusion de races et d'<^nfans , et qui sont suivies de soupçons, de défiance, et fort souvent de meurtres et d'ntleiitats sur les lois les plus sacrées et les plus inviolables de la nature. Enfui, on doit regarder comme

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un plaîsîr criminel le ]!»laisir que Dieu défend, soit par la loi naturelle qu'il a donnre à tous les hommes, soit par une loi positive ; comme le plaisir qui aiTaiblit , suspend ou détruit le commerce que nous avons avec lui , en nous rendant trop attachés aux créatures.

La volupté des yeux , de Todorat et de Touïe est la plus innocente de toutes , quoiqu'elle puisse devenir criminelle , parce qu^on n'y détruit point son ôtre , qu'on ne fait tort à personne ; mais la volupté qui consiste dans les excès de la bonne chère , est beaucoup plus criminelle : elle ruine la santé de l'homme, elle abaisse l'esprit, le rappelant de ces hautes et sublimes contemplations , pour lesquelles il est naturellement fait , à des sentimens qui l'attachent bassement aux délices de la table , comme aux sources de son bonheur. Mais le plaisir de la bonne chère n'est pas ^ à beaucoup près , si criminel que celui de l'ivresse , qui , non-seulement ruine la santé et abaisse l'esprit, mais qui trouble notre raison et nous prive, pendant un certain tems y du glorieux caractère de créature raisonnable* La volupté de lamour ne produit point de désordres tout à fait si sensibles ; mais cependant on ne .peut point dire qu'elle soit d'une conséquence moins dangereuse : l'amour est une espèce d'ivresse pour l'esprit et le cœur d'une personne qui se livre à cette passion ; c'est l'ivresse de l'âme, comme l'autre est l'Ivresse du corps ; le premier tombe dans une extravagance qui frappe les yeux de tout le monde , et le dernier extravague , quoiqu'il pa« raisse avoir plus de raison ; d'ailleurs le premier renonce seulement à Tusage de la raison , au lieu que celui-ci renonce à son esprit et à son cœur en même tems. Mais quand vous venez à considérer ces deux passions dans l'opposi-

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lion qu'elles ont au bien de la société , vous voyez que la moins dén^lée est en quelque sorte plus criminelle que l'ivresse , parce que celle-ci ne nous cause qu'un désordre passager, au lieu que celle-là est suivie d'un dérèglement ilurable : l'amour est d'ailleurs plus souvent une source dliomicides que le vin» L'ivresse est sincère ; mais l'amour est essentiellement perfide et infidèle. Enfin , l'ivresse est une courte fureur qui nous 6te à Dieu pour nous livrer à nos passions; mais l'amour illicite est une idolâtrie perpétuelle.

L'amour-propre sentant que le plaisir des sens est trop grossier pour satisfaire notre esprit , cherche à spiritualiscr les voluptés corporelles. Cest pour cela qu'il a plu à l'amour - propre d'attacher à cette félicité grossière et chamelle la délicatesse des sentimens , l'estime d'esprit , et quelquefois même les devoirs de la religion , en la coucevant spirituelle , glorieuse et sacrée. Ce prodigieux nombre de pensées , de sentimens , de fictions , d'écrits , d'histoires 9 de romans, que la volupté des sens a fait inventer, en est une preuve éclatante. A considérer les plaisirs de l'amour sous leur forme naturelle , ils ont une bassesse qui rebute notre orgueil. Que fallait-il faire pour les lever et pour les rendre plus dignes de l'homme? H fallait les spiritualiser , les donner pour objet à la délicatesse de l'esprit , en faire une matière de beaux sentimens, inventer là - dessus des jeux d'imagination , les tourner agréablement par l'éloquence et la poésie. C'est pour cela que l'amour-propre a ennobli les honteux abaissemens de la nature humaine : l'orgueil et la volupté sont deux passions qui, bien qu'elles viennent d'une môme source, qui est l'amour -propre , ne laissent pourtant pas d'avoir

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quelque chose d'opposé. La volupté nous fait descendre , au lieu que l'orgueil veut nous élever. Pour les concilier >. Tamour - propre fait de deux choses , l'une; ou il transporte la volupté dans l'orgueil, ou 11 transporte l'orgueil dans la volupté ; renonçant au plaisir des sens , il cherchera un plus grand plaisir à acquérir de l'estime ; ainsi , icoilà la volupté dédonunagée ; ou , prenant la résolutionde se satisfaire du côté du. plaisir des sens , il attachera de l'estime à la volupté : ainsi , voilà l'orgueil consolé de ses pertes. Maïs l'assaisonnemdtit est encore bien plus, flatteur, lorsqu'on regarde ce plaisir comme un plaisir que la religion ordonne. Une femme débauchée, qui pou-, viiit se persuader, dans le paganisme, qu'elle faisait l'inclination d'un Dieu , trouvait dans l'intempérance , des plaisirs bien plus sensibles; et un dévot qui se divertit ôa qui se venge sous des prétextes sacrés, trouve dan^ la volupté un sel plus piquant et plus £|gréable que Içi volupïé même. ^

La plupart des hommes ne reconnaissent qu'une sorte de volupté y qui est celle des sens ; ils la réduisent à l'intempjîrancc corporelle , et ils ne s'aperçoivent pas qu'il y, a dans le ccpur, de l'homme autant de voluptés difiérentes qu'il y. a d'espèces de plaisirs dont il peut abuser; et aurtant d'espèces différentes de plaisirs, qu'il y a de passions qui agitent son âme.

L'avarice qui semble se vouloir priver des plaisirs les plus innocens , a sa volupté qui la dédommage des douceurs auxquelles elle renonce : populus me sihilat , dit cet 4vare dont Horace nous a fait le portrait, at mihl plauçlo ipse domi^ siniul ac nummos conternplor in (ircâ. Mais comme il y a des passions plus criminelles le«

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unes que les autres, il y a aav»i une sorte de volupté qui est partieulSèrcmerit liangereusc. On peut la réduire à trois espèees; savoir : la voluplc de la baînc et de la Yengeance, celle de Torgneil et de TambitioD, celle de Fincrédnlité et de Timpiété.

C'est une volupté d'orgueil cpie de s'arroger^ ou des biens qui ne nous appartiennent pas^ ou des qualités qui sont en nous, mais qui ne sont point nôtres; on uoe gloire que nous devons rapporter à Dieu, et non pointa nous. On s'étonne avec raison que le peuple romain trou* vât quelque sorte de plaisir dans les divertissemens sanglans du cirque , lorsqu'il voyait des gladiateurs s'^rger en sa présence pour son divertissement. On peut regarder ce plaisir barbare comme une volupté d'ambition et de vaine gloire : c'était flatter Tambition des Romains que de leur faire voir que les hommes n'étaient faits que ponr leurs divertissemens. H y a une volupté de haine et de vengeance qui consiste dans la joie que nous donnent les disgrâces des autres hommes^ c'est un afiVeux plaisir que celui ({ui se nourrit des larmes que les autres répandent; le degré de ce plaisir fait le degré de la haine qui le fait nattre. Le grand Corneille, à qui on ne peut refuser d'avoir bien connu le cœur de Thomme, exprime, dans ces vers, l'excès de la haine par Texcès du plaisir:

Puiffai-je de met jeux y voir tomber la foudre , Voir tes mainoof en cendre et tcii lauriert en poudre. Voir le dernier Romain ii son dernier loapir. Moi seule en être cause» et mourir de plaisir 1

L'incrt'dulilé se fortifie du plaisir de toutes les autres passions qui atlaqucnt la religion et se plaisent à nourrir des doutes favorables ù leurs duréglemcnsj et l'impiclc

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qui semble commettre le mal pour le mal même , et sans y trouvçr aucun avantage , ne laisse pas d'avoir ses plaisirs secrets, d'autatrt plus dangereux, que l'âme se les cache à elle-même dans l'instant qu'elle les goûte mieux : il arrive souvent qu'un intérêt de vanité nous fait manquer derévérence envers l'Etre suprême. Nous voulons nous montrer redoutables aux hommes , en paraissant ne craindre point Dieu ; nous blasphémons contre le ciel pour menacer la terre ; mais ce n'est pourtant pas là le sel qui assaisonne principalement l'impiété* L'homme impie hait naturellmnent Dieu ^ parce qu'il hait la dépendance qui le soumet à son empire , et4a loi qui borne ses désirs* Cette haine de la Divinité demeure cachée dans le cœur des hommes , où la faiblesse et la crainte la tiennent couverte', sans même que la raison s'en aperçoive le plus souvent. Cette haine cachée fait trouver un plaisir secret dans ce qui brave la divinité*

Victrix causa Dus piacw't , sed victa Catom.

« n dédaigne de voir le ciel qui le trahit. »

Tout cela a paru brave, parce qu'il était impie.

La volupté corporelle est plus sensible que la volupté spirituelle ; mais celle-ci paraît plus criminelle que Tau i tre : car la volupté de l'orgueil est une volupté sacrilège^ qui dérobe à Dieu llionneur qui lui appartient , en retenant tout pour elle. La volupté de la haine est une volupté barbare et meurtrière qui se nourrit de pleurs ; et la volupté de l'incrédulité est une volupté impie qui se plaît à dégrader la divinité*

DlDEROT.^

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3 passç au-dedans de nous-mêmes , et , par réflexion , de e qui doit se passer en général dans Tesprit et dans le œur de l'homme. C'est à ce modèle , sans cesse présent , u'on rapporte la fiction dans la poésie dramatique. Nous tînmes tels : c'est la vérité directe. Nous sentons qu'il est e la nature de l'homme d'être modifié de telle ou telle içon , par telle ou telle cause , dans telle ou telle cîrconsince ;' que , dans notre composé moral 9 telles qualités , els accidens , s'acdordent et se concilient j tandis que tels e combattent et s'excluent mutuellement : c'est la vérité 'éfléchie.

Mais comment se peut-il que la vérité de sentiment oit la même dans tous les hommes? G^est que , dans tous es hommes , le fonds du naturel se ressemble , et qu'on y «vient quand on veut , quelquefois même sans le vouloir. Chacun de nous a , comme le poète , la faculté de se mettre : la place de son semblable , et l'on s'y met réellement ant que dure l'illusion. On pense, on agit , on s'exprime Lvec lui 9 comme si on était lui-même 5 et selon qu'il suit fcos.pressentimens ou qu'il s'en écarte, la fiction qui nous e présente est plus ou moins vraisemblable pour nous.

Ces pressentimens j qui nous annoncent les mouvemens le la nature , ne sont pas assez décidés pour nous ôtér le klaisir de la surprise 5 il arrive même assez souvent que fC poète nous jette dans l'irrésolution , pour nous en tirer fttar un trait qui nous étonne et qui nous soulage; mais y '«ins être déterminés à suivre telle ou telle route, nous dis- ÎDguons très- bien si celle que tient le poète est la même ^e la nature eût prise ou dû prendre en se décidant.

Ne vous êtes -vous jamais aperçu de la docilité avec Biquelle notre âme obéit aux mouvemens de celle d'Ariane

Atjo i:si*tMT

on (1c Mi'rnpr, cVOrosniniM? ou du vieil Horace? Cest f juc , durant nilusion , voire unie el la leur ne font qu'uue: ce sont comme deux in^lrumens organistes de même et accordés à Funisson. Mais si TAme du poète ne s'est pu montde au ton de la nature , le {)ersonnage » auquel il t communicpié ses scntimens et son langage, n'est plus dans la vdritd de sa situation et de son caractère ; et vous y cpii vous mettez à sa place mieux que n'a fait le poète, rons irttes plus d accorcFavec lui. Voilà dans quel sens on doit entendre ce (|ue dit le Tasse : Il faho non è; e quelchê non è non ëijmo iniilare. Mais il s*est quelquefois lui-m&ne éloigne de ce principe : je Tai observé à propos deTancr^ sur le tombeau de Clorinde; je Tobservc encore dans ki langage ({uc tient Renaud sur les genoux d'Ânnide. Rieo ' ^ de plus naturel , de plus beau, que ce qu'on voit dans cett»] peinture; rien de moins vrai que ce qu'on entend*

Quai raggio in onda^ scintilla un ri$o , Negli umidi occfu\ iremulo e iasdvom Swra lui pende : ed ei nel grtmbo molle Le posa il r.apo , t^lvollo alvolto attollêm

Cela est divin ; mais vous n'allez plus trouver la mt vérité dans ces froides hyperboles :

Non pub specchio ritrar si dolee imago , Ne in picciol vetro è un paradiso accoltOm Specchio fè degno il cielo; e nelle siellë Puol riguardar le tue semblante belle.

Avoue/ (pi'a la place de Renaud, ce n'est point là ce vous auiie/i dit.

La vraisemblance , dans les choses de sentiment; n

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"^4one cpie l'accord parfait du génîe du poëtc ayec l'âme du spectateur. Si la direction que l'un donné à la nature décline de celle que l'autre sent qu'elle eût voulu suivre , et •^1 en presse ou ralentit mal à propos les mouvemens , : r&me du spectateur , sans cesse contrariée et lasse enfin de céder , se rebute : de là vient qu'avec des qualités întéres- Btintes et des situations pathétiques un caractère mal des- •Bné et mal composé ne nous attache point.

La vérité de perception est là réminiscence des impres- : lions fiiites sur les sens, et par réflexion, la connaissance ; des choses sensibles , de leurs qualités communes , de " leurs propriétés distinctives et de leurs rapports naturels , soit entre elles , soit avec nous-mêmes. En nous repliant sur cette foule d'idées qui nous viennent par toutes les voies y nous nous sommes fait un plan des procédés de la nature dans l'ordre physique : ce plan est le modèle auquel nous rapportons le composé fictif que la poésie nous présente ^ et si elle opère comme il nous semble qu'eût Opéré la nature , elle sera dans la vérité.

Or celte vérité, soit qu'elle ait pour objet l'existence ou l'action , ne peut rouler que sur des rapports de contenance et de proportion , de la cause avec Feffet , des ^rties Fune avec l'autre , et de chacune avec le tout. Si donc les élémens d'un composé physique , individuel ou collectif, sont faits pour être ensemble , et suivent dans leur union les lois et le plan de la nature, l'idée de ce composé a sa vérité dans la cohésion de ses parties et dans leur mutuel accord. De mème^ si les rapports d'une cause avec son effet sont naturels et sensibles , l'idée de Faction portera sa vérité en elle - môme. Il est donc bien aisé de voir dans le physique ce qui est fondé sur la

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mec de verîlé, pris dans les familles les plus illustres de . Grèce , ils avaient sans doute pour eux la célébrité , opinion publique : or, pour les faits que Ton suppose MIS l'avant-scène , extra fahulam ^ l'opinion tient lieu B vraisemblance. Mais en voyant sur le théâtre les sujets B Polyeucte , de Rodogune , et A'HéracUus , personne e sait ni ne veut savoir ce qui en est pris dans l'histoire; Je est donc comme un témoin muet. En vain Baronius lit mention du sacrifice de Léontine : on ne lit point Btronius ; et son témoignage n'eût servi de rien j si l'ac* on de Léontine n'avait pas eu sa vraisemblance en ellelème, c'est-à-dire, un juste rapport avec l'idée que nous irons de 'ce que peut une femme aussi fière, aussi ferme y ussi courageuse , dévouée à son empereur.

Je dis plus : de quelque manière que les faits soient tildes, rien ne les dispense d'être vraisemblables, dès ■fik sont employés dans l'intérieur de l'action ; et nous JT ajoutons foi qu'autant que nous les voyons arriver >mme dans la nature , c'est-à-dire , selon l'idée que nous rons des moyens qu'elle emploie et des procédés qu'elle ]tit. Iles autem ipsœ ità deducendœ disponendœque iMiitfUt quàmproximè accédant adveritatem, (Se AL.) Cependant la chaîne des causes et des effets n'est pas l constamment visible , et le cercle des facultés de la naeue n'est pas si marqué , que le vrai connu soit la limite A Trai possible : et c'est par une extension de nos idées ne la poésie s'élève du familier à l'extraordinaire ou au fticnreilleux naturel.

Dans la nature , tout est simple et facile pour elle , et ^W devrait être merveilleux pour nous. Un homme sensé ^ peut réfléchir sans étonncment , ni à ce qui lui vient

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S OU cacliés, comme les corcles (Vudc macinne; lus que nous les apercevons, Vatlmiration se refroiâit.

La Qalure, aux yeux de la raison, n'est jamais plus îtonnante que dans les petits objets : In arctuTn coacta rerum naturœ majeatas ( Pline l'ancien ) ; je le sais ; nuis ce n'est point à la raison que s'adresse la poésie , c'est L l'imagination. Or celle-ci ne peut se figurer la nature lérieusement appliquée à produire un papillon, Ârtslote l'a ilit : la beauté sensible n'est pas dans le.s petites choses ; die consiste dans une composition régulière et barmonieuse, qui, pour se développer aux yeux, exige une certaine étendue. Or l'imagination se décide sur le témoignage des sens : ce qu'ils n'aperçoivent qu'en petit ne ■aurait donc lui paraître digne d'occuper la nature. Les pliu grands génies ont pensé quelquefois à cet égard comme le vulgaire : Magna DU curant, parva negU-y guat, dit Cicéron ; et il en donne pour raison l'exemple des rois : Nec in regnia quUîem reges omaia minima curant : « comme si à ce roi-là , dît Montaigne , c'était pliu oa moins de remuer nu empire ou la feuille d'un IrbiVi et si sa providence s'exer^it autrement, en inclinuit l'ëvÀiemcnt d'une bataille ou le saut d'une puce. » n rànlte cependant de la façon de concevoir , commune m plus grand nombre , que le merveilleux dans les petites chiMes doit être renvoya aux contes des fées, et que, si la poâîe en fait usage , ce ne doit être qu'en badinant.

Qtunt aux moyens que la nature emploie pour opérer UD prodige , s'ils sont connus , il faut les déguiser , et par des circonstances nouvelles, nous dérober la liaison de la pnsc avec les eficts.

La compte qui parut i, la mort de Jules Cr^sar fut un

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vés de la terre ^ ils viennent des réservoirs célestes»

Ecco suhiU nubi , e non de terra Già per yirtù del sole in alto ascèse ; Ma sol dal ciel , che tuite âpre e disserra Le porte sue , veloci in giii discese.

Voila ce que j'appelle donner à un événement familier le caractère du merveilleux, et à ce merveilleux un air de vraisemblance : car dans tous ces exemples la grandeur de l'objet repond à celle du prodige , dignus ^indice nodusm

J'ai déjà dit en quoi consiste le merveilleux naturel , et )e ne fais ici qu'en détailler encore Tidée. Dans le moral , ce qui est le plus digne d'admiration et d'amour, un Burrhus , un Mornai , un Télémaque , une Zaïre , une Cornélie : dans le physique , ce qui peut nous causer l'émotion du plaisir la plus pure et la plus sensible, une vie délicieuse comme celle de l'âge d'or , des lieux enchantés comme Eden, ou comme les îles fortunées; surtout l'image de ce que nous appelons par excellence la beauté , une taille élégante et correcte , la douceur , la vivacité , la ^sensibilité , la noblesse , toutes les grâces réunies dans les traits du visage, dans la forme et les mouvemens du corps d'une Vénus ou d'un Apollon , Hélène au milieu des vieillards troyens , Achille au sortir de la cour de Scyros , voilà le merveilleux de la beauté dans le physique. Le soin du poète alors est de rassembler les plus belles parties dont un composé naturel soit susceptible, pour en former tui tout régulier y et de dispcfser les choses comme la nature les eût disposées , si elle n'avait eu pour objet que de nous donner un spectacle enchanteur. L'accord eu fait la vraisemblance.

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