SUR LA VIE ET LES OUVRAGES
IDIB IBâlBilIBIDo
Finis ejus vitœ nobis luctuosus, patriœ Iristis, extraneis etiam ignotisque , non sine cura. fuit. Tacit. in Aug. C. 42.
Lié par l'amitié la plus intime avec le savant auteur de cet ouvrage, nous avons pu apprécier, mieux que personne, l'activité de son esprit, l'immensité de son instruction, la sagesse de ses vues , la profondeur de ses idées, la grandeur de son âme et l'inépuisable bonté de son cœur -: combien donc l'éloge que nous dictent à la fois nos affections et le souvenir de ses belles qualités serait digne de lui, si, pour le louer convenablement , nos talens pouvaient égaler notre zèle et le sentiment que nous éprouvons de l'étendue de sa perte!
Joseph-Frédéric Bérard naquit à Montpellier , le l\ novembre 1 789 , de parens trèshonorables , et jouissant de cette aisance au sein de laquelle on trouve plus souvent le bonheur que dans le faste des richesses.
La culture de son esprit ne fut pas négligée, malgré les orages politiques qui éclatèrent si violemment pendant les premières années de sa vie , et qui furent si féconds en grands forfaits comme en actions sublimes.
A peine âgé de treize ans , il entra dans l'une des institutions de l'époque, destinées à ouvrir la vaste carrière des sciences à la jeunesse, et connues sous le nom d'écoles centrales. Il ne tarda pas à y obtenir une supériorité incontestable sur ses condisciples; il s'y fit remarquer parles facultés intellectuelles, qui sont la source des premiers succès scholastiqucs, comme l'agrément de tous les âges: la promptitude de la pensée, l'imagination et la mémoire. Ses maîtres admiraient dans ses compositions l'élégance des périodes, et une aptitude peu commune à revêtir ses raisonnemens d'expressions fortes , de comparaisons ingénieuses. Son âme, presque
( 3 ) fermée aux plaisirs de l'enfance . ne trouvait des charmes que dans la lecture : apprendre semblait être pour lui le seul besoin , devancer ses concurrens sa seule passion.
L'étude des langues n'est pas simplement une étude de mots , ainsi que des esprits superficiels voudraient le faire entendre. On ne se forme une idée précise des choses , que par des notions exactes sur la langue dans laquelle on a l'habitude de penser : la théorie générale du langage exige , pour être parfaitement comprise, la connaissance des langues anciennes. Soit qu'il s'agisse de poésie ou d'éloquence, d'histoire naturelle, de médecine ou de tout autre objet scientifique, partout la plupart des termes techniques sont entièrement grecs où latins. On parvient difficilement à les entendre, quand on n'a pas la facilité d'en rechercher les élémens radicaux et d'étudier les combinaisons différentes dont ces élémens sont susceptibles.
Long-temps avant la révolution, la langue grecque était négligée , tandis que la langue latine était considérée comme la base de toute bonne éducation, et servait, en outre, de
moyen de communication entre les savans de l'Europe. Presque bannies des écoles françaises à 1 époque ou Bérard préludait à son instruction, elles lui furent cependant enseignées avec beaucoup de soin par des précepteurs qui en sentaient tout le prix ; en peu de temps elles lui furent familières. Il étudia des-lors les belles-lettres , la philosophie et les mathématiques.
Dans les premières, dont la culture forme à la fois l'esprit et le cœur , il obtint des succès brillans autant que rapides. Une grande facilité d'expressions donnait de la grâce à sa conversation, ordinairement animée; mais cette facilité, qu'il tenait de la nature, et qui lui fut plus tard d'un si grand secours dans l'enseignement médical, était déjà tempérée par la sévérité de son esprit, la justesse de son jugement.
Bérard avait atteint son troisième lustre , lorsqu'on lui ht étudier les méthodes philosophiques qui nous apprennent à porter la clarté , l'ordre et l'unité dans le chaos de l'expérience, et sans lesquelles les sciences ne sauraient exister. Plein de goût pour ce
( 5 ) genre d'étude, il y fit des progrès que son âge rendait extraordinaires. La philosophie transcendantale qui , s'élevant dans un monde tout spirituel, s'occupe de la recherche des causes premières , ou de la recherche des causes finales, en même temps qu'elle sonde la nature des faits et prétend pénétrer leur raison, leur origine et leur fin, avait alors plus d'attrait pour lui que la philosophie expérimentale. Dans l'ordre logique, la philosophie transcendantale vient après la philosophie élémentaire, qui lui sert de point de départ et d'appui; l'analyse doit précéder la théorie, car la théorie doit contenir l'analyse : la philosophie transcendentale suppose donc nécessairement la philosophie expérimentale ; la connaissance de celle-ci est la seule voie légitime pour parvenir à la première. Cependant , par une espèce de fatalité attachée sans doute à la faiblesse de l'esprit humain, on ne procède pas toujours de la sorte dans l'enseignement de la science , dont le domaine se compose de toutes les connaissances humaines. On commence à étudier les objets sous le point de vue le plus
(6) général, pour descendre aux cas individuels, et, en suivant une marche aussi vicieuse ,-on s'expose à se perdre dans le néant des hypothèses. Heureusement, cette philosophie, qui ne reconnaît d'autre science que l'infini, imprime à la morale un caractère d'élévation qui compense le mal qu'elle pourrait faire , et que la philosophie expérimentale peut effacer aisément. Du. reste, si le transeendantalisme primitif et absolu séduisit Bérard, ce ne fut que dans son adolescence; jamais il n'a enfreint dans sa carrière scientifique les méthodes bàconiennes.
L'étude des mathématiques ne fut pas négligée par lui; il s'y livra presque dans le même temps qu'il cultivait la philosophie , mais non pas avec le même zèle. Les procédés mathématiques ne développent pas l'esprit d'observation comme les procédés philosophiques, néanmoins ils donnent l'habitude de la réflexion et l'art de presser le raisonnement. Bérard n'en fit pas assez d'usage pour mériter le titre de mathématicien, mais il parvint à les connaître assez pour s'en servir au besoin d'une manière avantageuse.
( 7 ) Après avoir acquis les connaissances préparatoires nécessaires à ceux qui se vouent aux arts libéraux, Bérard étudia en médecine. Soit qu'il fût entraîné vers cette science par une de ces inclinations dont on ne peut point expliquer la cause, soit qu'il y fût porté par le désir de marcher sur les glorieuses traces de quelques-uns de ses aïeux , l'Ecole dont il devait un jour augmenter la renommée, et qu'il était destiné à défendre contre les clameurs de l'envie ou les attaques des sectaires , le reçut au nombre de ses disciples. Dans le sein de cette Ecole, long-temps consi • dérée comme la métropole de l'art, si féconde en médecins philosophes et sages , brillaient alors les Fouquet, les Dumas, les Baumes, et tant d'autres hommes recommandables par leur éminent savoir, au nombre desquels l'estime des contemporains et la reconnaissance de la postérité ont placé , qu'il soit permis à ma tendresse de le rappeler, l'auteur de mes jours. Dignes centinuateurs des grands hommes qui lui avaient acquis tant de gloire , ces professeurs s'y montraient infatigables pour faire éclore les talens, don-
ner l'éveil au génie , en déterminer les élans et la direction. Dumas ne se contentait pas d'y enseigner l'anatomie descriptive et l'anatomie générale, dont il peut être considéré comme l'un des fondateurs, il y donnait encore des leçons pleines d'intérêt et d'éloquence sur la science de l'homme. Fouquet et Petiot professaient la Clinique interne avec des succès éclatans, formaient ce grand nombre d'élèves distingués, qui s'applaudissent encore de les avoir eu pour maîtres. Doué d'une imagination ardente , laborieux à l'excès, érudit avec profusion, Baumes captivait ses nombreux auditeurs autant par l'instruction qu'il savait si bien communiquer, que par le feu de ses mouvemens oratoires, et propageait, dans des écrits pleins de chaleur, son système pathologique fondé sur la chimie. Alors encore , un professeur , que quelques années plus tard une mesure rigoureuse devait atteindre, prononçait des discours où la clarté et la vigueur du style s'allient avec la profondeur des idées; et, dans ses leçons comme dans ses ouvrages, vengeait la France des reproches que les nations
( 9 ) étrangères adressaient à notre enseignement de médecine légale. Dans le même temps , Berthe enseignait la thérapeutique avec les plus beaux succès, élevait, en faveur des praticiens et des dogmatiques , un monument qui méritera toujours leurs suffrages.
Sous de tels maîtres, Bérard s'avança rapidement dans la carrière de la médecine, et, en 1811 , il obtint le titre de docteur avec un éclat qui ne laissa aucun doute sur la future supériorité de ses talens. Sa thèse , intitulée : Plan d'une médecine naturelle , ou la nature considérée comme médecin, et le médecin considéré comme imitateur de la nature , annonce combien son esprit était de bonne heure empreint d'une bonne philosophie , et paraît être plutôt l'ouvrage d'un homme parvenu à la maturité du savoir, que d'un jeune élève. Elle n'a point pour but l'apologie exclusive du Naturisme, elle n'est point le produit d'une imagination stahlienne, puisqu'elle ne renferme aucune assertion fondée, dans tous les cas, sur la prévoyance et l'autocratie du principe actif qui anime les corps vivans ; mais elle démontre,
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au moyen de l'analyse des phénomènes qui se passent dans ces corps , l'existence de propriétés ou forces spéciales , par lesquelles ils tendent sans cesse à résister à l'impression destructive des agens extérieurs , et suscitent au besoin des mouvemens spontanés souvent salutaires, mais souvent aussi tellement mal dirigés, que l'art doit intervenir pour s'opposer à leurs fâcheux résultats. La nature n'est point un être concret et matériel, intermédiaire entre l'âme et le corps ; elle n'est autre chose qu'une cause inconnue , douée de certaines facultés. C'est elle qui a été le premier médecin; car les hommes n'eussent jamais entrepris de guérir les maladies, si elle ne leur en eût montré les moyens dans l'imitation de ses efforts conservateurs. Hippocrate et d'autres grands génies l'ont prise pour base de leur doctrine. Si la confiance exagérée qu'ils ont eue en elle a rendu leur thérapeutique incertaine, timide ou nulle, il n'en est pas moins vrai que l'étude spéciale qu'ils en ont faite a perfectionné la connaissance de l'ordre des faits sur lesquels reposent des méthodes que l'on a souvent occasion de
mettre en pratique , et que l'on appelle méthodes naturelles.
La première partie de la dissertation de notre jeune et savant candidat contient le plan d'une thérapeutique complète , aussi simple que certaine. La médecine y paraît dégagée de toute hypothèse, et environnée de cette évidence qui doit convaincre ses plus injustes détracteurs. Le dogmatisme et l'empirisme y sont très-bien conciliés ; les droits respectifs de la nature comme ceux de l'art y sontparfaitement déterminés. Les crises, c'està-dire les actes spontanés qui préviennent, soulagent ou guérissent une maladie, soit par l'évacuation d'une cause matérielle , soit de toute autre manière, y sont judicieusement et fidèlement exposées. Ennemi de toute supposition hasardée , Bérard suit d'abord pour faire cette exposition, l'ordre anatomique ; ce n'est que lorsqu'il a constaté, d'après les faits les plus multipliés, dequ 'elle manière agissent les crises, qu'il en donne une division raisonnée. Ainsi, on voit déjà qu'il ne partage point les erreurs de ce vitalisme outré qui consiste à ne voir dans le système vivant aucune in-
fluence , aucune action organique , et à tout rapporter à l'intervention d'un principe qui n'a rien de commun avec l'âme , et encore moins avec les organes.
La seconde partie a pour objet l'application du naturisme aux classifications nosologiques et thérapeutiques. L'importance de ces classifications a été sentie par tout le monde ; mais tout le monde aussi a reconnu l'impossibilité d'en faire qui soient parfaites. Les reproches que Bérard adresse à celles qui sont fondées sur le siège des maladies , de n'indiquer rien, sont de la plus grande justesse : car un organe peut être malade et la cause essentielle qui le rend tel se trouver ailleurs. Cette cause peut être générale : ainsi, par exemple, que les articulations soient le siège des symptômes de l'affection scrophuleuse, ou que ce soient d'autres parties du corps, le traitement ne sera pas dirigé d'après la notion du lieu où se manifeste l'affection , mais bien d'après le caractère spécial qui la distingue de toute autre. Qu'importe au praticien de savoir qu'une inflammation occupe la plèvre et non pas le poumon , l'estomac et non pas
( >3 ) le foie ? rien , absolument rien. Ce qui lui importe c'est de pouvoir apprécier par l'étude des causesetdes symptômes, la nature de cette inflammation, c'est-à-dire de déterminer si elle est franchement inflammatoire, nerveuse, bilieuse, catharrale , etc. La preuve que c'est là le point important, c'est que, dans des épidémies imflammatoires dont des hommes du plus grand mérite nous ont transmis les détails historiques , des traitemens fort opposés ont dû être mis en usage et ont parfaitement réussi.
Imitant les botanistes qui ont pris l'organe essentiel des plantes pour fondement de leurs classifications, Bérard adopte les crises pour distribuer méthodiquement les maladies et leur traitement naturel. Il range dans la première classe les maladies qui se jugent par des crises tendant à corriger l'excès des forces vitales, telles que les hémorragies, les phlegmasies , les névroses; dans la seconde, les maladies qui se jugent pas des crises tendant à corriger le défaut des forces vitales ; dans la troisième , les maladies qui se jugent par l'évacuation ou la coction de la matière mor-
bifique , et enfin dans la quatrième, les maladies organiques.
A côté de cette classification des maladies se trouve celle des recherches thérapeutiques.
Quelque estimable que soit ce travail, et quelque haute opinion qu'il puisse donner des talens prématurés de notre illustre ami, nous ne soutiendrons pas que les deux nosologies dont nous venons de parler soient les meilleures, mais nous pourrons avancer du moins qu'elles sont des plus ingénieuses.
A peine Bérard avait signalé son apparition dans le monde médical parce premier essai, qu'il se rendit à Paris, afin de voir sur leur propre théâtre des hommes qu'il ne connaissait que par leurs écrits, et de mieux comparer les principes de leur Ecole avec ceux qui lui étaient familiers. Plein d'ardeur pour la recherche de la vérité, il désirait acquérir dans cette comparaison, les moyens de la mieux connaître, dussent-ils lui prouver la fausseté de sa doctrine. Ainsi procède le vrai savant. Le systématique renforcé peut seul refuser d'entendre les argumens de ses adversaires, parce que seul il est dominé par cette
( >5 ) présomption qui donne à tout un air de certitude , et qui égare ou retarde ceux qui en sont atteints. Du reste, en supposant que le désir de s'instruire et d'apprécier à leur juste valeur les médecins et la médecine de Paris n'eût pas déterminé notre jeune docteur à visiter cette capitale, il eût cédé infailliblement à la mode , établie depuis quelques années parmi les gens qui cultivent les sciences, d'aller respirer l'air du centre de la civilisation et des beaux-arts.
Plus séduisante que pbilosopbique, l'Ecole parisienne a toujours abondé en chimistes, en naturalistes, en anatomistes, en expérimentateurs, en chirurgiens et en journalistes. « Tout ce qui appartient aux sciences » physiques, dit M. Virey, y est enseigné » avec une rare perfection ; mais le plus sou- > vent on y glisse sur la cause active de nous- » mêmes, sur cette puissance merveilleuse » qui éclaire les actes de l'économie vivante » par des instincts salutaires, et par des » mouvemens autocratiques dans les ma- » ladies comme dans la santé. » Plus souvent encore on néglige d'y étudier l'homme lui-
( '6 ) même, pour ne s'occuper que de ses lambeaux, et consacrer un temps précieux à des recherches minutieuses d'une organisation microscopique.
Lorsque Bérard parut au sein de la capitale, Pinel jouissait de la renommée la plus éclatante; l'enthousiasme que l'on avait pour lui était une sorte d'idolâtrie. Le jeune médecin de Montpellier, tout en reconnaissant le mérite de cet auteur comme nosographe, vit bientôt combien les louanges qu'on lui prodiguait étaient exagérées. Pinel était en effet un modèle à suivre en ce qui concerne le tableau d'une maladie, et surtout l'analyse des symptômes ; mais Pinel manquait aux règles de la philosophie qu'il invoquait sanscesse, en adoptant un solidisme exclusif.
Assidu aux expériences sur les animaux vivans, qui, depuis Haller, étaient devenues l'objet de la physiologie , et avide de connaître la pratique des hôpitaux , Bérard ne se livrait à aucun genre de récréation ou de plaisir; excédé de fatigue , il se retirait pour méditer sur ce qu'il avait vu ou entendu. Doué d'une activité incroyable, et ne vivant près-
( >7 ) que pour apprendre, il ne consacrait que fort peu de temps au sommeil. Dans un pays où on s'habituait déjà à ne guère prononcer les noms d'Hippocrate, de Galien, de Fernel, deBaillou, de Sydenham, de Stahl, de Boërahave, de Stoll et de tant d'autres grands hommes; où les livres de la veille étaient les seuls en faveurs; où les idées médicales étaient soumises aux caprices de la mode, comme nos goûts et nos usages, ce savant ami que nous pleurons , consultait les auteurs anciens, étudiait les modernes, analysait les faits , discutait les différentes opinions, et soumettait toutes ses impressions et les élans de son génie au flambeau d'une philosophie sévère.
L'ouvrage de Legallois, intitulé : Expériences sur le Principe de la vie, fixait alors l'attention des médecins. Bérard en fit une analyse qui fut insérée dans le journal de la bibliographie médicale, et ^ui le fit remarquer de la manière la plus avantageuse.
L'importance du système nerveux dans le mécanisme des sensations frappa toujours son esprit, et le porta à répéter les expé-
( >* ) riences deLegallois, comme aussi à en faire un grand nombre d'autres que son génie lui suggéra. Ses goûts pour la métaphysique perçant dans toutes ses études, le dirigèrent dans toutes ces expériences qui eurent lieu en 1812, 1 8 1 3, 1814, et 181 5. En i8i3, il présenta un mémoire sur cet objet ù la Société de Médecine; la mort de M. Legallois, nommé son rapporteur, et les événemens de cette époque, empêchèrent l'examen et la publication de ce travail dont les conséquences, du reste, se retrouvent dans l'ouvrage des Rapports du physique et du moral, etc.
L'habitude de la retraite et de la réflexion rend quelquefois les savans étrangers aux charmes de l'amitié. Il n'en fut pas ainsi pour Bérard : la nature, prodigue des dons intellectuels à son égard, lui avait fait un cœur excellent. Il eut le bonheur de rencontrer des amis dignes de lui, autant qu'il était digne d'eux, entre autres les docteurs Montégre, Pariset et Chaumeton.
Lié avec ces médecins estimables, il devint leur collaborateur pour le Dictionnaire des Sciences médicales., et enrichit ce long ou-
( '9 ) vragc de plusieurs articles très-remarquobles et très-estimés, tels que ceux Contemplatif, Cranioscopie , Extase , Elément , Force musculaire.
L'article Contemplatif 'est aussi intéressant sous le rapport philosophique , que sous le rapport médical. On sait que cette dénomination , prise dans sa plus grande extension, sert à exprimer l'état d'un homme dont l'attention se soutient long-temps sur une même série quelconque d'idées ; et que, prise dans son acception ordinaire, elle est employé'- pour désigner un homme dont l'attention se fixe trop fortement sur les idées religieuses. Bérard divise les Contemplatifs en savans et en théosophes. Archimède, le P. Castel, Viete, Varignon, Thomas et plusieurs autres hommes célèbres ont porté la faculté de concentrer leur attention sur un seul objet à un degré d'exaltation voisin de l'aliénation mentale. Les Contemplatifs religieux ou Q les illuminés, n'étaient pas rares dans les premiers temps du christianisme.
Bérard, dont les sentimens étaient ceux qu'inspire une religion douce et éclairée, ne
( ^o ) parle point d'eux avec cette ironie qui est, chez quelques personnes, une obligation de bon ton; il en fait, au contraire, les plus grands éloges, et les peint sous des couleurs aussi gracieuses que vraies. « Les Chrétiens, » dit-il , poussaient la fuite de l'orgueil jusqu'à » l'humilité, la destruction de l'égoïsme jus- » qu'au renoncement de soi-même , la pureté » des mœurs, jusqu'à la continence ; la pa- » tience jusqu'à l'insensibilité ; la charité pour » tous les hommes et la pitié pour les mal- » heureux jusqu'à la passion; l'oubli des in- » jures jusqu'au pardon des bourreaux qui » les déchiraient. 11 est vrai que des senti- » mens aussi vifs devaient aisément entraîner » la raison, amener les délires et les extases; » mais le philosophe tolérant, qui sait voir les » défauts de ses semblables avec une douce » indulgence , pardonne aisément ceux qui » ne sont que des excès de vertus. » La seule différence qui existe entre l'état de contemplation et l'état extatique, consiste dans le degré d'intensité. Ces deux états, considérés physiologiquement, ontlaplusgranderessemblance avec le somnambulisme naturel et le
somnambulisme qui est le résultat de l'influence magnétique. Ils supposent tous un éréthisme nerveux ou une tension cérébrale telle que toutes les parties du corps ne recevant plus l'influence de l'encéphale , sont comme insensibles. C'est cet état d'anasthésie qui peut expliquer plusieurs des circonstances extraordinaires que rapportent les martyrologues , et concilier ainsi la raison avec la foi chrétienne.
L'article Cranioscopie a pour objet l'exposition du système de Gall et la réfutation de ce même système.
Les facultés intellectuelles ne sont , suivant cet écrivain, que les fonctions des divers organes dont le cerveau est composé : par conséquent elles sont innées. Dès les premières années de l'existence de l'homme, on peut entrevoir ses goûts , son caractère ; ses facultés intellectuelles peuvent acquérir un grand développement, même sans éducation; elles ne parviennent à leur plus haut degré que lorsque ces organes ont atteint le dernier terme de leur perfectionnement. La
sensation, l'entendement, la volonté, l'attention, la comparaison, le jugement, la mémoire, l'imagination, le désir, la liberté, ne sont pour lui que des abstractions et des généralités insuffisantes dans l'étude psycologique. Les fonctions des sens et les impressions qu'ils reçoivent ne sont pas , comme le veulent les pbénoménalistes, les principes régénérateurs de la pensée; car, dans sa doctrine, les facultés intellectuelles existent avant la sensation, et ne sont autre cbose que des propriétés organiques. Le cerveau est l'ensemble de vingt-sept organes affectés à la production deVingt-sept spécialités desphénomènes intellectuels, morauxetinstinctifs, etc. Bérard réfuta ce système par des inductions psycologiques, ainsi que par des preuves tirées de l'anatomie et de la physiologie. « La transformation des sensations en idées, » disait-il , n'est nullement analogue aux » transformations de sang en bile , en sa- » live, etc. » Dans la transformation intellectuelle, en effet, il n'y a qu'un seul acte, l'attention libre et volontaire, attention libre
( *3 ) qui ne peut ressembler à l'acte forcé de la vie qui fait une humeur. En supposant que le moi ait besoin d'un instrument spécial pour agir, il faut toujours admettre que l'acte de la volonté, quoi que puisse être cet acte, est antérieur à l'acte organique ; l'un est cause , l'autre effet ; l'un est puissance , l'autre instrument. Il est donc un moment où le moi agit par lui-même , modifie les organes, loin d'être modifié par eux ; en un mot , exerce une action première antérieure à toute action organique.
« L'unité. des fonctions animales, dit Bé- » rard , est un caractère important qui s'op- »pose à la multiplicité des organes. Lorsque «les anatomistes et les physiologistes cher- » chèrent un sensorium commune dans le cer- »veau, ils eurent tort , sans dpute; ils pous- «sèrent cette idée trop loin; ils ne virent pas » qu'un centre anatomique avait toujours des «parties; mais ils sentirent au moins que les • fonctions cérébrales exigeaient que les or- «ganes réunissent , concentrassent leur ac- »tion. Au reste , cette unité absolue des phénomènes moraux prouve qu'il faut admettre
«l'existence d'un moi dans un sens réel et » absolu , au sein duquel se passent tous les • phénomènes moraux. »
« Est-il bien vrai, d'ailleurs , continue Bé- »rard • (dans cet article dont nous nous plaisons à rappeler les idées, pour prouver que lorsqu'il les a reproduites plus tard, elles n'ont pas été, comme la calomnie s'est plu à l'insinuer, des idées de circonstance), «que »le cerveau soit réellement composé de par- «ties? Des anatomistes peu philosophes leur «ont donné, il est vrai, des noms distincts «et séparés ; les démonstrateurs ordinaires le » décrivent ainsi ; mais quand on étudie attentivement le cerveau, lorsque l'on applique »à cet organe les notions simples et lumi- «neuses que nous devons à nos grands phy- » siologistes, on se persuade bientôt que ces «parties ne sont pas des organes distincts et «séparés, mais des sinuosités, des bosselures, «qui marquent les faces des hémisphères. »
Ces argumens , et mille autres dont se compose l'article Cranioscopie , ébranlaient trop le système de Gall pour que ce médecin ne cherchât point à en détruire la
( «5 ) force. On trouve , dans le second et le troisième volume de son ouvrage in-8% une longue réfutation de cet article , fort adroite , très-spécieuse , mais faible quant au fond , et incapable de séduire des physiologistes ou des observateurs philosophes. On doit, sans contredit, de justes et d'éclatantes louanges à l'auteur du système cranioscopique pour avoir fait d'importantes découvertes sur la structure de l'encéphale et de ses dépendances, pour avoir approfondi et étudié l'histoire de plusieurs phénomènes intellectuels et moraux ; mais il est impossible d'applaudir à sa doctrine , et de ne pas reconnaître avec des anatomistes du premier mérite , MM. ïiedmann, Rudolphi , Carus, Cuvier, Flourens, Serres, etc., que la pluralité des organes est une chimère. Il est bien démontré aujourd'hui que le système nerveux est un , partout continu , ayant partout la même structure. Gall , dans sa discussion avec Bérard, convenait déjà qu'il est vrai que toutes les parties du cerveau sont enchaînées entre elles ; mais il prétendait que cet enchaînement ne prouvait pas que chacune ne fût un
( >6) organe indépendant : étrange indépendance, que celle des parties enchaînées ou liées les unes avec les autres ! Pour qu'un solide vivant soit réputé organe, il faut qu'il ait une composition spéciale et isolée ; or , dans quels points du cerveau remarque-t-on des parties dont la texture ait quelque chose de distinctif , et qui soient complètement séparées des autres?
L'inspection la plus attentive ne découvre autre chose qu'une masse homogène, composée de cordons cellulo- pulpeux ou de nerfs, dont le nombre est incalculable , et auxquels il est impossible d'assigner la moindre intersection. « Que l'on montre à Gall , «disait M. Rudolphi, en raison de cette ho- » mogénéité et de cette continuité, les organes »du vol, du meurtre, du sentiment religieux; » certes, il ne les reconnaîtra pas. »
Si le docteur Gall eût pris en considération l'observation clinique, au lieu de s'étayer sur la prétendue correspondance des formes de la tète avec celle du cerveau , et sur les faux rapports de ces formes avec les facultés intellectuelles et affectives , il aurait probablement hésité à fixer le siège de chacune de
( *7 ) ces facultés , et ne serait pas sorti du scepticisme dans lequel une bonne philosophie nous engage à rester. Comment ne pas ètre^ en effet, dans le doute à l'égard du rôle que les divers points de l'encéphale jouent dans la production des phénomènes de l'entendement , lorsque l'anatomie pathologique n'a pu encore faire découvrir la cause de l'aliénation mentale , lorsque les parties du cerveau , signalées par Gall pour exercer telles ou telles fonctions, ne les perdent point dans certains cas où elles sont lésées dans ses deux hémisphères en même temps, lorsque les blessures du cervelet, comme l'ont vu Willis, Morgagni , Malacarne et plusieurs autres , sont quelquefois suivies d'un dérangement des facultés que Gall attribue au cerveau , et nullement de celles qu'il regarde comme propres au cervelet?
En supposant que l'organisation cérébrale soit en rapport avec l'activité, les forces et les dispositions du moi, et que divers points du cerveau soient plus affectés à telle fonction qu'à telle autre, malgré leur iden-
( ^ ) tité de structure et leur enchaînement , les vingt-sept organes . indiqués comme les vingt-sept collaborateurs de l'entendement , ne suffiraient pas pour se rendre compte de la diversité d'idées, de penchans ou de qualités : il faudrait, pour être exact, en reconnaître plusieurs millions , ce qui reviendrait à l'hypothèse de Bonnet , hypothèse d'après laquelle chaque idée aurait pour siège une fibre nerveuse cérébrale.
Peu de temps après la publication de l'article Cranioscopie , Bérard composa l'article Extase. Fidèle à la méthode expérimentale, il rejette toutes les hypothèses arbitraires et rétrécies qu'on avait imaginées sur la cause de cet état ; il cite plusieurs faits intéressans, d'après lesquels le caractère essentiel de l'extase consiste dans une exaltation vive de certaines idées, qui absorbent tellement l'attention, que les sensations extérieures sont suspendues, les mouvemens volontaires arrêtés, l'action vitale même souvent ralentie. « L'ex- »tase, dit- il, est une lésion de l'attention; » voilà jusqu'où nous mènent les phénomènes
( '9 ) • extérieurs, quand nous ne voulons pas nous » perdre dans nos idées ( 1 ). »
L'article Elément, est un modèle à! analyse thérapeutique.
Si toutes les maladies étaient identiques, ou ne se distinguaient que par le siège , comme l'ont imaginé quelques sectaires , les procédés logiques dans l'art de guérir seraient absolument inutiles, attendu qu'il ne pourrait y avoir de méprises dans le diagnostic et dans le traitement, ou du moins qu'elles seraient peu fâcheuses et ne porteraient que sur le choix du lieu d'application et sur l'intensité du seul moyen curatif que l'on aurait à employer. Mais il est incontestable, d'après des observations cliniques journalières , faites sans prévention , qu'il y a
(i) La chirurgie a pu profiter quelquefois de la suspension des sensations aperceptibles pour éviter les douleurs d'une opération. C'est ce que nous avons eu occasion de voir dans un cas de kiloplastique ; c'est aussi ce qu'a fait M. Cloquet, il y a peu de temps : il a amputé un sein cancéreux à l'insu de la malade , qui se trouvait dans une extase magnétique. ("Voy. le Globe, 1839.)
( 5o ) un grand nombre de maladies différentes par leur nature , et conséquemment des méthodes thérapeutiques différentes par leur action.
Malgré la fréquence de ces observations et la facilité d'en tirer les inductions convenables, les théoriciens, préoccupés de ramener à l'unité une multitude d'objets divers, et de renfermer la science tout entière dans un seul dogme , les ont méconnues ou vicieusement interprétées. Les uns n'ont vu dans les maladies que le résultat d'une altération humorale ; évacuer les humeurs peccanles ou les purifier étaient les seules indications qu'ils avaient à remplir. D'autres , imaginant un être doué de prévoyance logé dans le corps, croyaient que toutes les affections morbides étaient des actes salutaires ou conservateurs, et se livraient, dans leur optimisme, à une passivité complète, ou, comme on l'a dit, à de longues méditations sur la mort. Les dichotomistes modernes ont prétendu que toutes les maladies, à l'exception d'un trèspetit nombre , sont dues à l'augmentation d'une propriété vitale (excitabilité ou irritabi-
lité), et ont avancé qu'elles différaient seulement par la quantité d'irritation , jamais par la qualité.
Trop savant pour partager des idées aussi rétréeies,, Bérard faisait reposer sa doctrine thérapeutique sur une base plus large. Mettant à profit les travaux des naturalistes, des empiriques , aussi bien que des dogmatiques exclusifs , il reconnaissait des maladies dans lesquelles le système vivant guérit saos le secours de l'art, dont les indications ne peuvent être saisies sans l'analyse , et certaines autres, <lans lesquelles l'analogisme et l'expérience seuls doivent nous conduire.
L'application de l'analyse à la thérapeutique a pour objet de décomposer les maladies complexes, afin de distinguer les divers élémens qui les composent , et de les attaquer dans l'ordre de leur succession, ou suivant leur degré de prédominance.
Barthèz, le premier, a posé les règles de cette opération mentale en médecine pratique. Ce grand homme n'entendait point par élémens tous les symptômes des maladies, comme on le croirait d'abord en étudiant su-
perficiellement sa doctrine. Tous les symptômes qui tiennent à l'effet immédiat de la maladie, tous ceux, si nombreux, qui ne sont que le résultat de la sympathie , n'étaient point élémens pour lui. Il ne désignait par ce mot que ceux qui se liaient à la synergie, qui se rattachaient à une modification active de l'organisme , qui concouraient à la formation de la maladie , et dont l'ensemble constituait sa nature.
On peut prendre dans le Traité des maladies goutteuses de ce savant médecin une idée exacte de la méthode analytique et des procédés selon lesquels il fixait le nombre d'affections élémentaires,, dont les maladies sont le résultat ou l'expression. Dumas, Berthe, et M. Lordat ont propagé dans leurs leçons et dans des ouvrages fort estimés la doctrine des élémens ; mais ils ont cherché plutôt à la faire connaître par des exemples , qu'à la présenter dans son ensemble ou dans toutes ses applications.
Il était réservé à Bérard d'exposer cette doctrine d'une manière complète, et de convaincre le monde médical de son importance.
Doué d 'un esprit éminemment philosophique , Barthèz excellait dans la création des méthodes et dans la conversion des faits généraux en principes; mais il dédaignait trop les détails , et se mettait trop peu en peine de traduire ses conceptions avec une clarté convenable.
Bérard vit que ce défaut était la cause de l'insuccès du vitalisme , aussi l'évita-t-il dans tous ses écrits; et parvint-il, plus que l'on ne l'avait fait avant lui , à populariser des principes qu'on avait repoussés comme de pures hypothèses ou comme des abstractions inintelligibles.
Son article Elément est écrit, de même que ses autres productions, avec un style animé , clair , brillant et plein de force. Ce mot exprime, suivant lui, toute affection primitive simple , due à des causes particulières, ayant des symptômes propres, exigeant un traitement spécial : en d'autres termes, il sert à désigner la cause essentielle ou la nature même d'une maladie, la source d'une indication principale. Pour qu'un groupe de symptômes puisse être considéré
comme élément, il doit donc représenter une modification vitale particulière, un état ou une affection de l'organisme, et réclamer pour cette affection un traitement direct.
Bérard réduisit de beaucoup le nombre d'élémens admis par Barthèz et quelquesuns de ses disciples; établit parfaitement l'ensemble des règles qui doivent présider à leur distinction pratique. Ce travail, qui fut accueilli de la manière la plus favorable par les médecins instruits, signala d'une manière glorieuse la marche de Bérard dans la carrière des sciences. L'analyse des affections élémentaires ne fut plus dès-lors regardée comme un effort intellectuel inutile , mais bien en réalité comme une méthode de traitement susceptible de recevoir des progrès ultérieurs. Bérard rendit donc un véritable service à l'art de guérir, en faisant un tout symétrique et régulier ou une doctrine des élémens des maladies, en corrigeant ce que cette doctrine avait, avant lui, d'obscur ou de contraire à l'observation clinique.
L'article Force musculaire, le dernier qu'il
( 55 ) publia dans le Dictionnaire des sciences médicales, est une nosographie du plus haut intérêt sous le rapport physiologique.
Les phénomènes qui se passent dans le corps vivant supposent des forces qui les produisent, quelque inconnues que soient leur nature et leur cause primordiale. Peu familières avec le langage philosophique, des personnes redoutent néanmoins cette supposition, comme réalisant une idée abstraite.
S'élançant dans le champ des hypothèses, touten criant contre elles, elles préfèrent substituer au mot force celui qui désigne l'action elle-même , c'est-à-dire le mot d'organe, parce qu'il leur est prouvé que c'est l'organisation ou la matière même, qui fait la vie.
Fidèle à la méthode expérimentale et retenu par un sage scepticisme, Bérard ne sort jamais des faits; il les classe, les rattache à des causes premières, dont il ne cherche point à pénétrer l'essence, et prouve qu'il convient de désigner ces causes, en quoi qu'elles puissent consister, par le mot de force ou de puissance. Cette méthode ne peut jamais conduire à l'erreur; et du reste, dans les sciences
( 36 ) physiques on n'en suit pas d'autre. « L'étude de la nature physique, dit M. Biot, se réduit toujours à ces trois choses distinctes : l'observation des phénomènes, la recherche expérimentale du mode suivant lequel ils s'accomplissent et qui est leur loi physique, enfin, la détermination Ans, forces abstraites et mécaniques dont ils résultent comme conséquences calculables. »
Le mot de force est donc un mot sacré dans la médecine, et qui n'aurait jamais dû en être banni : il exprime ce qu'il y a de plus important à connaître dans l'étude des êtres vivans , surtout pour le médecin praticien; il l'empêche de se perdre dans ces distinctions subtiles de propriétés vitales (sensibilité, irritabilité etc. ); il présente une idée plus vaste, plus simple , plus vraie des phénomènes vitaux, que la trop fameuse excitabilité browienne; il sert enfin à considérer la vie en masse et sous le point de vue le plus général.
La plupart des physiologistes ont singulièrement restreint le nombre des causes qui mettent en jeu la force musculaire. C'est pour ne pas les avoir saisies dans l'ensemble
( 3 7 ) que présentent les faits, et distribuées dans le rang que leur mérite leur importance respective, qu'ils ont imaginé des théories incomplètes ou des hypothèses arbitraires.
Bérardsignale ce vice, et présente une exposition aussi vraie que profonde de toutes les causes de ce genre, constatées par une observation rigoureuse , telles sont la spontanéité, la volonté, lasensation avec conscience, l'imagination, les passions, l'imitation, l'habitude, la sympathie, l'instinct; l'atonie, l'extension mécanique de la fibre musculaire, la rupture de l'équilibre des muscles congénères, la prédominence naturelle de certains muscles sur leurs antagonistes , et l'irritation.
On a beaucoup agité la question de savoir si les muscles jouissent d'une force propre, ou d'une force étrangère et empruntée. Suivant un grand nombre de physiologistes, les muscles ne sont que les instrumens passifs du mouvement que leur communique l'acte cérébro-spinal; tandis que, suivant Haller et son Ecole, ils sont doués d'une force spéciale ( vis insita ) , indépendante de celle qui leur vient du système nerveux ( vis nervosa )-.
( 38 ) Bérard reprend les faits en apparence contradictoires, sur lesquels s'appuient ces deux opinions opposées; et, renfermant ses conclusions dans les limites d'une expression pure et simple de ces faits , il parvient à accorder la nature avec elle-même, résultat que n'avait encore atteint aucun système de physiologie.
Les phénomènes du mouvement n'étant pas identiques avec d'autres phénomènes que présentent les corps vivans, avec la sensation et l'irritation, par exemple, Bérard ne confond point la force musculaire avec toute autre force vivante. Il lui semble constant, et nous pensons comme lui, que le mouvement vital est un phénomène primitif qui ne peut être assimilé à aucun autre phénomène soit physique ou chimique, soit vital ou métaphysique, et qu'il faut le rapporter à une force particulière qu'on doit appeler force motrice; c'ést-à-dire qu'il faut admettre l'existence du phénomène , en rechercher les divers modes, les lois générales et particulières, les conditions essentielles ou secondaires , les agens modificateurs , etc. La physiologie ne
( 30 ) se présente, en effet, sous son véritable jour que lorsqu'on cherche , non à expliquer les forces vitales, mais à comparer les faits qu'elles servent à classer , et à se les représenter telles qu'elles sont en elles-mêmes , par une intuition directe que l'on ne doit pas trop se piquer de développer , de peur d'ajouter quelque idée fausse ou étrangère à leur notion simple et purement expérimentale.
Parvenu à la plus honorable célébrité, Bérard revint à Montpellier en 1816. afin d'y prendre rang parmi les praticiens, et de consacrer ses talens à soutenir l'antique renommée de l'Ecole dont il avait été le disciple.
Peu d'hommes sont propres à mériter ou à obtenir simultanément de brillans succès dans l'exercice et dans l'enseignement de la médecine. Pour réussir à se faire une nombreuse clientelle et avoir la réputation de guérisseur, il ne faut pas être en général., érudit, savant, écrivain, ami de la solitude et du silence du cabinet, philosophe et penseur; mais plutôt remuant^ adroit, soutenu par une coterie ou par d'habiles preneurs; Com-
ment Bérard aurait-il facilement acquis de la confiance comme praticien, lui qui n'avait que de grands talens pour protecteurs! Peu favorisé du côté de la fortune, il fallait cependant qu'il parvint à mettre son existence à l'abri du besoin. Heureusement la patience jointe au mérite fait très-souvent aplanir les plus grands obstacles. Bérard fut reçu méde<cin de la Miséricorde, et pratiqua souvent auprès des pauvres avec un zèle si admirable, que quelques opulcns et beaucoup de familles aisées finirent par lui accorder leur confiance ; mais ce ne fut qu'après un temps assez long et par l'influence de personnes dont il captiva l'estime et l'affection.
Les leçons de pathologie qu'il fit ne contribuèrent pas peu à lui procurer un avenir heureux et plein de gloire. La rapidité , l'abondance et la facilité de sa diction , la force et la beauté de sa dialectique , l'intérêt qu'il savait répandre dans l'exposition et la discussion des principes, sa rare sagacité pour expliquer les théorèmes les plus compliqués , l'adresse avec laquelle il liait la théorie avec l'expérience , la profondeur de ses connais-
sances, l'étendue de son érudition, la finesse de ses idées , la grâce de son élocution , son aversion pour les hypothèses, qualités professorales éminentes qu'il réunissait, telles furent les causes véritables du triomphe qu'il obtint dans l'art difficile de l'enseignement. A cette époque, on n'avait pas encore tenté de renverser les autels que plusieurs siècles avaient élevés aux génies de la médecine ; le respect pour les supériorités médicales subsistait dans toute sa force ; parmi les jeunes gens qui se destinaient à la plus noble des professions , il n'en était aucun qui , le lendemain du jour où il avait commencé ses études, se crût initié dans tous les secrets de l'art. Persuadés que la science était longue et difficile , les professeurs ne croyaient pas faire de leurs élèves de vrais médecins, s'ils ne leur enseignaient autre chose qu'à faire des descriptions anatomiques ou des nécropsies; ils croyaient utile de leur rappeler souvent les principes de l'art de raisonner. C'était à ces principes qu'ils ramenaient les questions les plus particulières; parce qu'ils pensaient que la philosophie générale renfermait , à proprement parler, le code de toutes les dé-
cisions de détail. Obéissant à leurs guides , les élèves suivaient la route qui leur était ouverte , et se trouvaient à même de lire indifféremment les ouvrages des grands métaphysiciens, comme ceux des grands observateurs : Platon et Hippocrate, Locke et Sydenbam, Bacon et Barthèz, Condillac et les nosograpbcs modernes. On sent bien qu'avec une aptitude semblable à la philosophie , les nombreux disciples que l'école de Montpellier possédait dans son sein durent entendre Bérard avec enthousiasme. Comme nous aimions le contraste de son savoir avec son âge, celui de son ardeur avec sa modestie ! 3a mémoire était riche en comparaisons ingénieuses ; son discours était plein de feu , son expression toujours élégante. Avec qu'elle force il poursuivait l'erreur! avec quel respect il prononçait les grands noms, même ceux de ses contemporains ! Comme il avait l'art de frapper à-la-fois l'attention de son auditoire! Nous en appelons à vos souvenirs, honorables médecins des diverses contrées du globe , qui avez été ses élèves , qui l'avez tant de fois salué par vos applaudissemens, qui avez sou-
(43 ) tenu dans la faculté de Montpellier des thèses rédigées d'après ses leçons (i), et qui plus tard lui adressiez -vos consultations, tant il vous avait inspiré de confiance et d'attachement ! Oui ; vous trouviez dans ses leçons des connaissances positives; vous fixiez avec lui vos idées et votre jugement, condition sans laquelle on ne peut faire de progrès dans une étude quelconque; car on se fatigue de beaucoup apprendre sans rien savoir et de rassembler des faits sans s'en servir.
De pareils succès dans l'enseignement particulier sont impossibles pour la plupart des hommes, sans une attention spéciale et une concentration absolue : mais Bérard était du petit nombre de ceux qui peuvent
(i) Parmi les thèses trop nombreuses pour que nous puissions les citer toutes, les plus remarquables sont celles intitulées : Considérations sur les phénomènes vitaux et sur la manière de les réunir en théorie ; Dissertation sur les passions considérées comme élément essentiel des maladies; Dissertation sur les hémorragies. Essai de dynamique vitale, etc.
s'occuper simultanément de plusieurs objets divers avec un égal succès. Les recherches multipliées qu'il fut obligé de faire pour rendre ses leçons intéressantes , ne l'empêchèrent point de se livrer, dans le même temps . à des recherches d'un autre genre , et de recueillir beaucoup de matériaux pour un ouvrage qu'il publia, en 1818, sous le titre d'Essai sur les anomalies de la T ariole et de la T arieelle , avec V histoire analytique de l'épidémie éruplive qui régna à Montpellier en 1816.
Cette épidémie, comme tant d'autres qui ont régné après elle, offrit un tel caractère d'anomalie, elle avaitprovoquétant d'opinions opposées parmi les médecins et les gens du peuple ; elle avait répandu contre la vaccine des préjugés si forts, que Bérard crut devoir employer ses efforts et ses lumières à dissiper les incertitudes , calmer les fausses alarmes, ou les resserrer dans les limites de la vérité.
L'ouvrage qu'il publia à cet effet renferme la solution des problèmes les plusintéressans; on y trouve des observations nombreuses de
"varicelle qui a simulé la variole légitime par la forme des boutons, par l'auréole, le godet, la suppuration, leur durée totale et leur confluence. La concision de ces observations peut être considérée par quelques personnes comme un défaut ; mais l'art de décrire une maladie consiste moins à tout noter , qu'à signaler les phénomènes qui tendent à éclairer le dogme clinique dont on fait l'objet direct de ses recherches. Une observation devient fatigante, stérile, embrouillée, si elle renferme des détails minutieux sur les points les plus vulgaires, et si elle n'est pas d'accord avec les inductions qui en découlent.
Bérard discute d'une manière analytique les caractères distinctifs de la varicelle et de la variole, et prouve qu'ils ne sont pas dans tous les cas aussi rigoureux qu'on l'a prétendu ; il établit ensuite que ces deux maladies ont entre elles la plus grande analogie , attendu qu'elles ont paru à peu près à la même époque en Europe ; que les épidémies de l'une et de l'autre marchent presque toujours ensemble ; que les mêmes maisons sont
quelquefois infectées en même temps de ces deux maladies; que des petites véroles fausses sont provenues de l'inoculation du pus d'une variole légitime ; que la variole la plus régulière a toujours des boutons avortés et varicelleux; que la varicelle présente les mêmes formes irrégulières que la variole, etc. Il démontre de la manière la plus évidente que la vaccine détruit pour toujours l'aptitude à contracter la variole : qu'ainsi son énergie ne s'affaiblit point comme on l'a prétendu. Des individus très-bien vaccinés ont eu , il est vrai , la variole légitime ; mais elle n'a présenté chez aucun d'eux le moindre symptôme fâcheux : de sorte que dans les cas très-rares où elle n'est pas complètement préservatrice, elle est au moins atténuante. En vain les antagonistes de la vaccine voudraient-ils alléguer ces cas de variole survenus après une bonne vaccination , il est permis de leur rappeler que beaucoup d'individus soumis à l'inoculation de la variole et d'autres quil'avaient eu naturellement, ayant éprouvé des récidives, on ne peut pasexiger, sous le rapport pré-
(47 ) servatif , plus d'énergie de la part de la vaccine que de la variole elle-même.
Peu de temps après avoir cherché à dissiper les préventions défavorables que les épidémies de varicelle ou d'affections varioliformes avaient fait naître dans le public contre la vaccine , Bérard s'occupa de combattre des préventions d'une autre espèce. Dévoué à l'école de Montpellier, il entendait avec peine les injustes déclamations de l'esprit de secte contre sa doctrine ; il apprenait avec plus de peine encore qu'on avait l'air de croire qu'elle était déchue de son antique splendeur, et que chaque jour la voyait descendre du rang élevé que lui avaient mérité d'honorables travaux. Une sorte de patriotisme et l'intérêt de la science elle-même l'enflammèrent du désir de détruire ces étranges imputations , et l'engagèrent à s'occuper d'un ouvrage, qui parut en 1819, sous le titre de : Doctrine de l'École de Montpellier , et Comparaison de ses principes avec ceux des autres écoles modernes.
Cette doctrine est l'union systématique de tous les faits médicaux, opérée d'après
les règles de la philosophie bàconienne.
Les premiers signes de son existence remontent à lepoque où les systèmes brillans des Mécaniciens et des Chimistes furent renversés. Le célèbre Sauvages, qui porta le premier le coup le plus funeste à ces systèmes, proclama aussi le premier que les causes drs phénomènes doivent être expérimentales; que l'on doit se servir des dénominations abstraites pour la commodité du langage et la facilité des calculs analytiques ; le premier encore il imprima au système de Stahl des changemens qui le firent adopter par tous les bons esprits, et prépara ainsi dans l'école de Montpellier la révolution la plus salutaire.
Après Sauvages, parut Lacaze qui, tout en conservant une partie des idées mécaniques du temps, entrevit les faits qui établissent l'unité vitale , et créa à proprement parler la physiologie médicale ou d'observation.
Bordeu, qui vint ensuite, modifia la théorie stahlienne , la combina aveocertaines opinions de Van-Helmont , et considéra le corps
( 49 ) vivant comme un assemblage d'organes doués chacun d'une vie particulière, dont la somme forme la vie générale , et dont les rapports différens d'équilibre constituent la santé ou la maladie.
De Sèze , Robert , Roussel , Grimaud et Fouquet suivirent à peu près les mêmes principes , avec des nuances plus ou moins prononcées de stahlianisme. Un vice fondamental de leur théorie était de donner une extension immodérée à l'interprétation de quelques faits , et d'invoquer l'action de lame dans un grand nombre de mouvemens dont elle n'a pas la conscience, qui se passent conséquemment sans sa participation.
Presque dans le même temps , Barthèz adopta complètement en médecine la méthode expérimentale de Bacon (1), et chan-
(1) Cette méthode consiste à ne s'élever à des assertions générales qu'après avoir rassemblé , comparé et combiné le plus grand nombre de faits possibles. Elle établit pour règle, que c'est de l'observation et de l'expérience seulement qu'émanent toutes les vérités
( 5o ) gea de la sorte la science à laquelle il consacra sa laborieuse carrière. Conformément à cette méthode , il isola les actes vitaux des phénomènes matériels , aussi bien que des actes moraux , et désigna leur cause inconnue sous le nom de principe vhal. Dans sa manière de voir, toutes les fonctions de la vie, tant dans l'état de santé que de maladie , sont produites par des forces particulières j et régies suivant des lois primordiales de ce principe ; lais qui sont absolument étrangères à celles de la mécanique, de la physique et de la ohimie, de même qu'aux facultés de prévoyance et autres , que l'on regarde comme caractéristiques de l'âme pensante. « On man- » que, dit-il, aux règles de la méthode philo-
de fait ; elle reconnaît l'impossibilité de pénétrer jusqu'à l'essence des choses, ne s'occupe que des liaisons et des rapports des phénomènes. Elle prescrit en outre de ne point séparer la connaissance des causes des phénomènes eux-mêmes , de n'employer les expressions abstraites de forces , principes , facultés, que comme des formules génériques à l'aide desquelles on classe les divers faits pour en mieux saisir l'ensemble et les rapports.
• sophique lorsqu'on assure à présent qu'une » seule âme , ou un seul principe de vie , pro- » duit dans l'homme la pensée et les mou- » vemens des organes vitaux. Cependant on
* ne doit pas affirmer qu'il soit impossible » que la suite des temps n'amène la connais- » sance des faits positifs qui sont ignorés au- » jourd'hui , et qui pourront prouver que le » principe vital et l'âme pensante sont es- » sentiellement réunis et confondus dans un » troisième principe plus général. »
Dumas suivit quelquefois la manière de philosopher de Barthèz ; mais , le plus souvent, entraîné par le Sensualisme moderne, il s'efforça de débarrasser le langage physiologique de quelques abstractions que les esprits , même les plus élevés , ont une certaine tendance à réaliser; et, moins sceptique sur la cause de la vie que son illustre maître , il parut avoir quelque penchant à soumettre la physiologie à un vrai matérialisme.
Doué d'un esprit aussi philosophique que «elui du grand médecin dont il fut l'ami , et à la gloire duquel la sienne s'est associée , M. Lordat a ramené les esprits à la considé-
ration de Y unité vitale . c'est-à-dire de l'ensemble des rapports qui enchaînent et unissent toutes les forces et toutes les fonctions de la vie. Selon lui, les phénomènes apparens ont pour cause des phénomènes cachés qui se passent dans l'intérieur du corps; il s'agit d'aller à la recherche de ces derniers , d'assigner leur ordre de filiation, depuis les phénomènes apparens jusqu'aux actes les plus élevés que notre esprit puisse apercevoir , de déterminer le nombre des principes d'action d'après celui de ces actes; d'établir les lois selon lesquelles ces agens produisent leurs effets. Ce savant physiologiste regarde comme contraire à une saine philosophie de supposer l'existence d'un être substantiel pour expliquer l'origine des actes du système vivant : rester en suspens , relativement à la nature de la cause première de la vie ; mais admettre une force ou une cause , comme une abstraction qui ne préjuge rien à cet égard , lui parait être le parti le plus sage.
Tels sont les hommes et les travaux que Bérard apprécie à l'aide d'une critique aussi .sage qu'éclairée. Les vives lumières qu'ils ont
( 53 ) répandues sur la médecine sont réunies dans la première partie de son livre, en un seul foyer ; les principes de l'Ecole de Montpellier y sont exprimés d'une manière aussi fidèle que lumineuse.
Quelque divergence qu'il existe entre les principes de Sauvages, Lacaze , Bordeu, Desèze, Robert, Fouquet, Grimaud d'une part, Barthèz, Dumas, M. Lordat d'autre part, il n'en est pas moins vrai que la méthode d'après laquelle ils ont été établis Cit la même sous quelques rapports,, et que plusieurs de ces principes eux-mêmes sont absolument identiques, notamment ceux qui déterminent une forte opposition aux exagéra lions du mécanicisme, de la chimiàtrie, de l'organicisme et autres systèmes ennemis du scepticisme philosophique.
Cette identité de logique sous certains points de vue, et de position à l'égard des diverses sectes médicales, légitime la dénomination de Doctrine de F Ecole de Montpellier, donnée à l'ensemble des travaux que nous venons d'indiquer, travaux auxquels doivent
être ajoutés ceux de Bérard et de M. Ribes (1).
Les vues de notre illustre ami, relatives au perfectionnement de cette doctrine, sontconsiguées dans presque tous ses écrits, même dans celui à la tête duquel.cet éloge devait être placé. Mais c'est surtout dans l'ouvrage consacré à l'exposition des dogmes de l'Ecole de Montpellier, que se trouvent les modifications qu'il a cru devoir faire subir, non pas à la méthode adoptée par ses prédécesseurs, car il n'en est point de meilleure, mais au langage physiologique.
« Le mot de principe vital répand , dit-il , «dans ce langage une très-grande obscurité, il détourne l'attention de l'observation «des phénomènes et de leur comparaison » analytique. Si l'on donnait une nouvelle
(1) De l'Anatomie patholo. considérée dans sesvrais rapports avec la science des maladies. Voyez aussi le Discours non moins remarquable du même professeur sur l'Eclectisme médical. — Nous signalerons encore l'opuscule de M. Caizergues, intitule' : des Systèmes en médecine.
( 55 ) » édition des élémens de lascience de l'homme, » en retranchant complètement cette expres- » sion , et lui substituant celle de force vitale, »en se servant même de celle-ci aussi peu «que possible^ et en se contentant d'expri- »mer tout simplement les différentes classes »des phénomènes, la doctrine de Barthèz «deviendrait, par cela seul, et sans autre «changement, aussi claire dans l'exposition «qu'elle est inébranlable dans les dogmes. »
Ainsi, dans ses principes, la véritable science médicale , physiologique , pathologique et thérapeutique , est obligée de s'arrêter aux organes agissans et aux forces correspondant à leurs actions différentes ; toute science qui va au-delà s'égare dès le premier pas. L'expression de force vitale , adoptée par lui, n'est pas un moyen d'explication, mais seulement une abstraction propre à classer les phénomènes et les actions. La force , en général, n'est que l'action même , considérée dans sa plus grande pureté possible , et dans le simple principe de causalité ; car s'il existe une vérité logique incontestable , c'est qu'il
( 56) n'y a pas d'effet sans cause, et, par conséquent, qu'il y a autant de causes que de classes d'effets.
La doctrine de l'école de Montpellier, que Bérard a eu le mérite de bien faire connaître, de défendre et de modifier , n'est point , comme peuvent le croire beaucoup de gens, le vitalisme substantiel de Van-Helmont ; c'est un vitalisme, ou plutôt une philosopbie , dont l'esprit est tout expérimental, même lorsqu'il s'élève aux sublimités de la philosophie transcendentale , tout pratique et tout dirigé vers les progrès d'une science qui ne doit point être l'objet d'une vaine et stérile contemplation , mais bien une sorte de code des indications thérapeutiques. Tous les dogmes de cette doctrine s'enchaînent les uns aux autres, et se lient aux faits dont ils embrassent parfaitement le vaste ensemble.
De même que les meilleurs gouvernemens actuels ont fait entrer dans leurs formes les élémens les plus opposés, et ont ainsi donné l'exemple d'un éclectisme politique, de même l'école de Montpellier, ainsi présen-
( 57 ) tée, fait reposer sa doctrine , non pas sur un seul ordre de faits, comme tous les systèmes sans exception, mais sur tous les faits physiologiques , pathologiques et thérapeutiques. Ce n'est pas seulement dans des considérations isolées d'anatomie , de physique, de chimie, d'humorisme, d'organicisme, etc., qu'elle puise les matériaux de ses principes , mais dans l'ensemble des considérations fournies par l'étude de toutes les diverses parties de la science de l'homme.
Afin de mieux faire ressortir le bon esprit de l'Ecole qui avait toutes ses affections, Bérard en compara les principes avec ceux des autres Ecoles, dans l'ouvrage qu'il publia en 1819, ainsi que dans divers mémoires insérés dans la Revue médicale. Une seule lui paraissait avoir une sorte de similitude avec celle de Montpellier, c'est celle de Cos. ?,Iais, parmi les écoles modernes,, celle qui a la plus grande analogie avec la nôtre par son esprit physiologique , ainsi que l'a indiqué M. Ribes, c'est l'École d'Edimbourg.
Toutes deux en effet ont donné à la nié-
( 53 ) decine le caractère et les lois qui lui conviennent ; toutes deux ont détruit l'empire des idées exclusives, toutes deux ont distingué les deux ordres de faits appartenant à l'homme moral et physiologique, toutes deux enfin ont eu la même marche expérimentale.
Dans le même temp9 que Bérard rappelait au monde médical les titres si glorieux de l'Ecole de Montpellier, M. Broussais travaillait avec toute l'ardeur d'un chef de secte à se faire un grand nombre de prosélytes. Dans ses leçons , comme dans ses écrits , il invoquait l'expérience , et prétendait avoir mis son système en harmonie avec les faits et les explications physiologiques. La contractilité , sorte de propriété dépendant de l'arrangement des tissus, susceptible seulement d'être mise en jeu par les modificateurs extérieurs, rendaitraison, suivant lui, de tous les actes du corps vivant. Il n'y avait que deux maladies; l'une, excessivement commune , étaitl'irritation ou l'inflammation ; l'autre, fort rare, était l'abirritation ou la faiblesse. Une thérapeutique on ne peut pas plus simple correspondait à une pathologie aussi courte : appliquer des
( *9) sangsues , prescrire l'eau de gomme , et , dans des circonstances très-rares , quelques excitans, telles étaient les ressources que le professeur du Val-de-Gràce croyait suffisantes dans l'exercice de l'art de guérir. Présentée avec assurance comme la déduction exacte de l'observation clinique, cette théorie ne pouvait manquer de faire fortune. La rapidité de sa propagation était une de ces folies dont le temps seul pouvait faire justice. Néanmoins , dans l'intérêt des élèves, il n'était pas indifférent que quelques hommes de mérite voulussent prendre la peine de la lui rendre un peu plus tôt. Bérard fut un de ceux qui se chargèrent de ce soin : il s'en acquitta pour sa part d'une manière digne de lui.
Sans être accessible à l'orgueil , Bérard avait la conscience de ce qu'il valait. Ses honorables succès dans l'enseignement particulier et ses ouvrages lui semblaient mériter qu'on l'appelât au sein de l'Ecole, dont il travaillait chaque jour à augmenter la gloire.
Trois chaires étant devenues vacantes, il en sollicita successivement l'obtention ; mais , soit qu'aucune d'elles n'eût un rapport
très-direct avec le gente d'études auxquelles il s'était spécialement livré, soit plutôt par un esprit d'injustice ou une de ces espèces d'antipathies auxquelles les sociétés sont quelquefois sujettes comme les individus, ses prétentions ne furent pas accueillies. Cet insuccès lui ayant fait vivement éprouver les regrets du manque des concours , il publia uir mémoire sur les avantages de ce mode d'élection. Il adressa en même temps une pétition aux Chambres pour en obtenir le rétablissement. Ce mode , dont l'utilité est fondée sur ce que le savoir et la faculté de le communiquer n'ont pas de meilleur moyen d'être appréciés , n'est pas sans doute exempt d'abus; il peut se former parmi les juges du concours une coterie en faveur du népotisme ; une majorité peut, étant séduite par l'intrigue ou par des sollicitations puissantes , accorder le prix de la lutte au plus faille d( s eombattans; un parleur agréable, mais sans instruction solide, peut l'emporter sur celui qui vise moins au luxe et à l'abondance des expressions qu'à la justesse de la pensée ou à la véritable solution d'une question ;
( 6< ) lin jeune homme , doué d'une mémoire heureuse et discutant avec la témérité que donne assez, souvent le défaut d'expérience et de profondeur , peut déconcerter un homme d'âge mûr, modeste et plein de savoir, etc.
Mais enfin ce mode ohlige l'ignorance qui s'aviserait d'être ambitieuse à se produire et à acheter bien chèrement des succès que la justice mi refuse.
Le Mémoire de Bérard et sa pétition furent lus avec plaisir par ceux qui, animés d'une vraie philanthropie, faisaient des vœux pour que les Facultés de médecine pussent donner à l'enseignement de cette science des garanties désirables de prospérité et de perfectionnement (i ).
(1) Les Facultés de Médecine de Paris et de Montpellier, mais notamment cette dernière , ont dû pendant plusieurs siècles leur glorieuse renommée aux concours institués par la sagesse de nos rois. Depuis quelques années le gouvernement à établi des concours pour l'agrégation , qui sont loin de valoir les concours directs pour le professorat. Les premiers se composent d'épreuves trop faciles, si on les considère comme devant être la mesure de l'aptitude
Persuadé qu'il n'arriverait jamais au professorat en demeurant auprès de personnes qui avaient de l'influence dans les présentations, et qu'il avait lieu de supposer prévenues contre lui, Bérard se rendit à Paris en 1 823 ; il comptait pouvoir y accroître plus efficacement sa réputation et obtenir du chef de l'Instruction publique une récompense que lui disputaient à Montpellier des rivaux très-protégés. Son retour dans la capitale lui procura les douces consolations de l'amitié.
Les docteurs Rouzet, Miquel, Bousquet, Dupau, l'accueillirent comme un maître
à l'enseignement, et trop fortes, si elles ne doivent servir qu'à faire obtenir un titre qui n'est pas lucratif et qui s'accorde beaucoup trop souvent pour qu'il puisse mériter quelque considération. Si les Faculte's de me'decine avaient une organisation analogue à celle des Facultés de droit, on n'aurait peut-être plus de vœux à former pour l'enseignement de l'art de guérir. En créant une agrégation qui serait l'équivalent de l'institution des professeurs suppléants, on réveillerait des ambitions capables, et d'autre part, en établissant le concours pour le professorat, outre les agrégés et les docteurs, on aurait un mode d'élection aussi large que possible.
( 65 ) vénéré et chéri. Il devint leur collaborateur pour la rédaction de la Revue médicale, et participa vivement aux brillans succès qu'a eus d'abord ce journal
Peu de temps après il publia de concert avec le docteur Rouzet ( 1 ) , le Traité des Maladies chroniques de Dumas , accompagné de notes et surtout d'un Supplément sur l'application de l'analyse à la médecine pratique. Ce supplément, quilui appartient en entier, forme presque tout le second volume de ce Traité.
Sa doctrine sur les élémens y est présentée dans toute son extension et avec une force de logique admirable. Il est impossible de citer un ouvrage aussi fécond que celui-là en bonnes idées médicales , aussi plein de principes déduits de l'observation clinique.
A peine Bérard venait de fournir cette nouvelle preuve de ses profondes connaissances
(i) Ce médecin donnait les plus belles espérances, lorsque la mort vint l'enlever presque au de'but de sa carrière scientifique. Be'rard jeta quelques fleurs sur sa tombe ; il ne prévoyait pas, hélas ! devoir joindre sitôt l'ami intime dont la perte lui occasionait de si vifs regrets.
( 6* ) en médecine pratique , qu'il s'occupait déjà des plus hautes questions de la métaphysique et de la physiologie. Son goût pour les études philosophiques l'avait porté à méditer très-long-temps sur les rapports du physique et du moral. Dans ses leçons, comme dans des thèses soutenues par ses disciples , il avait plusieurs fois analysé ces rapports et avait déploré la fâcheuse influence de l'ouvrage de Cabanis sur la science de l'homme, et secondairement sur les théories pathologiques. Ainsi préparé, il composa avec une extrême rapidité l'ouvrage à la tète duquel devait se trouver cet éloge ;les divers motifs qui l'engagèrent à le publier, exposés dans la préface de ce livre, annoncent un esprit élevé, passionné pour la recherche de la vérité. Peutêtre l'empressement qu'il mit dans cette publication eut-il un peu pour cause le désir de plaire au Ministre-Evêque qui dirigeait l'Université de France. Mais comme ce désir ne lui a point fait écrire un seul mot qui ne fut l'expression franche de sa pensée, il y aurait de l'injustice à lui en faire un motif de blâme.
( 65 ) Si la métaphysique n'a pas joui d'une grande autorité près du commun des hommes, c'est, il faut en convenir, qu'elle a eu souvent l'air de rompre avec le sens commun , et qu'elle n'a cessé depuis plus de deux mille ans de rouler dans un cercle d'hypothèses et de nuages. En butte aux sarcasmes de Lucien , et plus tard à ceux de Molière , de Voltaire , de Goethe , cette science réclamait instamment une révolution dans ses méthodes , clans ses explications , dans ses liaisons intimes avec d'autres sciences. Mais l'esprit hnmain se porte avec trop de facilité dans les extrêmes : vers la fin du siècle dernier , il avait adopté un matérialisme aussi borné que destructeur ; heureusement notre époque voit chaque jour ce système tomber en ruines, et s'élever une philosophie que nous pouvons appeler algébrique, tant les démonstrations en sont rigoureuses et les procédés exacts. Reid , MM. Laromiguière, Royer-Collard, Degerando, Cousin , etc., ont ébranlé les théories de Locke, d'Helvétius , de Condillac et de Cabanis :
Bérard en a rendu la chute complète. Phy-
( 66) siologiste et philosophe , il avait l'avantage de connaître à la fois deux classes de phénomènes qui sont du domaine de la science de l'homme; il avait, de plus, celui d'avoir fait de nombreuses recherches et heaucoup d'expériences sur le système nerveux , système considéré , par l'Ecole matérialiste , comme cause primordiale ou suffisante de la sensation : il était donc assez compétent pour reprendre les questions traitées par Caballis ; il était même plus compétent que cet homme célèbre pour les résoudre par les secours de la physiologie.
Le procédé par lequel Bérard s'élève à l'idée de l'âme est conforme aux règles de la philosophie expérimentale. En admettant l'existence de cette cause des phénomènes intellectuels , il n'explique rien , à proprement parler, ainsi qu'il en l'ait la remarque dans sa réponse à la critique de M. Boisseau; il ne cherche pas à déterminer le rapport qui lie l'âme à ses facultés, il n'essaie même pas de le concevoir : « Je ne pénètre pas , dit-il , » la nature de l'âme , j'affirme seulement, » d'après le principe de causalité , que tout
•> effet a une cause , que tout mode suppose » un substratum modifié , toute action une » existence ; que , d'après l'incompatibilité » des phénomènes physiques et des phéno- » mènes moraux, le substratum des uns ne » peut pas être le même que celui des autres, » quels qu'ils soient en eux-mêmes; je dis » seulement que l'un n'est pas, ne peut pas » être l'autre. Je compare deux inconnus , » l'âme et la matière : mais je puis affirmer, •> sans dire ce qu'ils sont en eux-mêmes, » qu'ils ne se ressemblent pas , qu'ils sont » même opposés. »
Ainsi, ce n'est pas en s 'appuyant sur l'autorité et sur des convenances sociales , que Bérard établit l'existence d'un principe immatériel comme cause de l'entendement humain , mais bien par une analyse sévère et une comparaison exacte des faits de conscience et des faits purement physiologiques.
Bientôt après que sa doctrine sur le physique et le moral eut vu le jour , notre illustre ami , désirant en assurer le triomphe , crut qu'il n'était pas indifférent de publier , en l'accompagnant de notes , une lettre pos?
( 68 ) thume et inédite dé Cabanis , dans laquelle cet auteur expose ses doutes sur les causes premières , et condamne ainsi lui-même le matérialisme qu'il avait soutenu.
Bans un temps où les opinions politiques exaltent tant d'esprits, altèrent tant de cœurs, et font jouer des rôles si divers , l'homme vertueux est exposé à -être confondu avec celui qui se couvre du masque de l'hypocrisie :
liera rd fut dans cette position. Quelques personnes ne rendirent pas justice à ses intentions , ne crurent pas à la sincérité de sa pensée. Mais il suffit, pour justifier sa mémoire , de rappeler que la doctrine qu'il a exposée dans son ouvrage est le travail de toute sa vie philosophique.
La nouvelle preuve qu'il venait de donner de son mérite lefitenfin arriver au comble de ses désirs : il fut nommé professeur d'hygiène, Jors de la réorganisation qui eut lieu dans l'école de Montpellier.
Il revint aussitôt dans cette ville , s'estimant heureux de pouvoir s'y livrer désormais à l'étude et à l'enseignement de la médecine, sans être assiégé par le besoin de songer à se pro-
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curer les moyens d'existence. Quoiqu'il n'eût jamais fait de l'hygiène une étude spéciale, il la professa avec un talent remarquable. Il n'a pourtant publié autre chose sur cette branche des sciencesmédicalcs qu'un discours Sur les améliorations progressives de la santé publique , par V influence de la civilisation. Ce discours tend à établir que l'homme gagne beaucoup plus qu'il ne perd , sous le rapport de la santé publique, par l'influence de la civilisation; qu'il y a eu une amélioration immense depuis les temps de barbarie jusqu'à nos jours; qu'ainsi l'espèce humaine, loin d'être enchaînée par le spectacle terrible de maux toujours croissans, doit reconnaître l'étendue de ses moyens de bonheur et les destinées de l'avenir. Ramené par goût à la culture de la médecine pratique, de la physiologie et de la métaphysique , Bérard en faisait une application presque continuelle à l'hygiène.
Nous ne parlerons point de toutes les recherches dont il avait formé le plan : en réunir des débris , en offrir quelques fragmens, ne serait-ce pas en diminuer la valeur? Nous
ne dirons rien de deux ouvrages qu'il n'a pas eu le temps déterminer. L'un a pour titre : Détermination expérimentale des rapports du système nerveux en général et de ses parties avec la vie animale et organique dans les animaux de toutes les classes , depuis les insectes jusqu'aux mammifères ,l'autre est un discours très-étendu Sur le Génie de la médecine et son mode d'enseignement, travail complet et digne du professeur de Montpellier.
Tant de travaux finirent par altérer sa santé naturellement délicate. 'Après avoir passé les années de peine , il aurait pu songer à se procurer dans sa place, au sein de sa famille . parmi ses amis et ses concitoyens , celles de la jouissance; mais l'activité de son esprit ne lui permettait pas le repos. Atteint d'une maladie consomptive , il se livrait encore à l'étude, et accélérait ainsi les approches de la mort. Elle vint le frapper entre les bras d'un ministre de la religion , qu'il avait fait appeler lui-même, jouissant de toutes ses facultés, le 16 avril 1828, au milieu de sa trente-neuvième année.
Pourquoi faut -il qu'un aussi beau talent ait été moissonné dans un âge où ses glorieux succès n'étaient que les préludes de succès plus glorieux encore? Par quel destin contraire l'Ecole, dont il était le plus bel ornement et le plus habile soutien, ne l'a-t-elle possédé qu'autant qu'il fallait pour avoir de justes motifs de le regretter?
Nous venons de rappeler ses droits à notre admiration et à l'estime de la postérité ; ils sont incontestables ; on ne peut lire ses écrits sans être étonné de la hauteur de ses pensées ; on ne saurait étudier sa doctrine sans en avouer la solidité , tant il existe de force dans les preuves , de liaison dans les faits , de sévérité dans les conclusions , d'enchaînement dans les vues , de généralisation dans les dogmes. Quel est celui qui ait lu une seule page de ses productions sans être charmé de son style élégant , clair, animé , souvent poétique? Aussi, combien sa plume n'a-t-elle pas servi au triomphe de la vraie philosophie médicale et de la saine métaphysique !
Sa physionomie était celle d'un homme qui a l'habitude excessive de la réflexion ; sa
( 7* ) démarche était précipitée; ses gestes animés; sa conversation vive, spirituelle, pleine d'images et d'allégories; il était bon ami, citoyen vertueux , praticien désintéressé ; son cœur avait delà sensibilité, ,'son caractère une douceur extrême. Il eut l'ambition de parvenir, mais il l'eut noblement; son âme fut toujours remplie du désir de la gloire et de celui d'être utile à l'humanité; il ne sembla vivre cpje pour que son nom ne mourût point. . Ses vœux ne seront pas trompés ; sou nom restera éternellement gravé dans les fastes de la médecine et de l'idéologie; sa mémoire fera toujours l'orgueil delà Faculté dont il fut le professeur, comme du pays qui le vit naître.
DISCOURS