CHAPITRE Vni
De la continence publique.
Il y a tant d'imperfections attachées à la perte de la vertu dans les femmes, toute leur âme en est si fort dégradée, ce point principal ôté en fait tomber tant d'autres, que l'on peut regarder dans un État populaire l'incontinence publique comme le dernier des malheurs, et la certitude d'un changement dans la constitution.
Aussi les bons législateurs y ont-ils exigé des femmes une certaine gravité de mœurs. Ils ont proscrit de leurs républiques non seulement le vice, mais l'apparence môme du vice. Ils ont banni jusqu'à ce commerce de galanterie qui produit l'oisiveté, qui fait que les
femmes corrompent avant même d'être corrompues, qui donne un prix à tous les riens, et rabaisse ce qui est important, et qui fait que l'on ne se conduit plus que sur les maximes du ridicule, que les femmes entendent si bien k établir.
CHAPITRE IX De la cooditiou des femmes dans les divers gr^uverneineiits.
Les femmes ont peu de retenue dans les monarchies, parce que la distinction des rangs les appelant à la cour, elbs y vont pi-endre cet esprit de liberté qui est à peu près le seul qu'on y tolère. Chacun se sert de leurs agréments et de leurs passions pour avancer sa fortune ; et comme leur faiblesse ne leur permet pas l'orgueil, mais la vanité, le luxe y règne toujours avec elles.
Dans les États despotique*, les femmes n'introduisent point le luxe, mais elles sont elles-mêmes un objet de luxe. Elles doivent être extrêmement esclaves. Chacun suit l'esprit du gouvernement, et porte chez soi ce qu'il voit établi ailleurs. Comme les lois y sont sévères et exécutées snr-le-charap, on a peur que la liberté des femmes n'y fasse des affaires. Leurs brouilleries, leurs indiscrétions, leufS répugnances, leurs penchants, leurs jalousies, leurs piques, cet art qu'ont les petites âmes d'intéiesser les grandes, n'y sauraient être sans conséquence.
De plus, comme dans ces Éiats les princes se jouent de la nature humaine, ils ont plusieurs femmes; et mille considérations les obligent de les renfermer.
Dans les républiques, les femmes sont libres par les lois, et captivées par les mœurs; le luxe en est biinni, et avec lui la corruption et les vices.
Dans les villes grecques, où l'on ne vivait pas sous cette religion qui établit que, chez les hommes mêmes, la pureté des mœurs est une partie de la vertu; dans les villes grecques, où un vice aveugle régnait d'une manière effrénée, où l'amour n'avait qu'une forme que l'on n'ose dire, tandis que la seule amitié s'était retirée dans le mariage 1, la vertu, la simplicité, la chasteté des femmes, y
1. « Quant au vrai amour, dit Plutarque, les femmes n'y ont aucune part ». [Œuvres morales, Traité de l'amour, p. 600.) Il parlait comme son siècle. Voyez Xénuphon, au dialogue iiitltuié Hiéron.