LIVRE XV, CHAPITRE II
esclaves tontes sortes de mauvaises habitudes, qu'il s'accoutume insensiblement à manquer à toutes les vertus morales, qu'il devient fier, prompt, dur, colère, voluptueux, cruel.
Dans les pays despotiques, où l'on est déjà sous l'esclavage politique, l'esclavage civil est plus tolérable qu'ailleurs. Chacun y doit cire assez content d'y avoir sa subsistance et la vie. Ainsi la condition de l'esclave n'y est guère plus à charge que la condition du sujet.
Mais, dans le gonvernement monarchique, où il est souverainement important de ne point abattre ou avilir la nature humaine, il ne faut point d'es-claves. Dans la démocratie, où tout le monde est égal, et dans raristocratie, où les lois doivent faire leurs efforts pour que tout le monde soit au-si égal que la nature du gouvernement peut le permettre, des esclaves sont contre l'esprit de la constitution : ils ne servent qu'à donner aux citoyens une puissance et un luxe qu'ils ne doivent point avoir.