‹ Esprit des lois, livres I-V;Chapitre 263 sur 279 · LIVRE XIX, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX, CHAPITRE XX

être porté à les honorer vivants. Les cérémonies pour les pères morts avaient plus de rapport à la religion : celles pour les pères vivants avaient plus de rapport aux lois, aux mœurs et aux manières ; mais ce n'étaient que les parties d'un même code, et ce code était très étendu.

Le respect pour les pères était nécessairement lié avec tout ce qui représentait les pères, les vieillards, les maîtres, les magistrats, l'empereur. Ce respect pour les pères supposait un retour d'amour pour les enfants; et par conséquent, le même retour des vieillards aux jeunes gens, des magistrats à ceux qui leur étaient Fournis, de l'empereur à ses sujets. Tout cela formait les rites, et ces rites l'esprit général de la nation.

On va sentir le rapport que peuvent avoir avec la constitution fundamentale de la Chine les choses qui paraissent les plus indiffor<-ntes. Cet empire est formé sur l'idée du gouvernement d'une faluille. Si vous diminuez l'autorité paternelle, ou môme si vous retranchez les cérémonies qui exijriment le respect que l'on a pour elle, vous affaiblissez le respect pour les magistrats, qu'on regarde C'unme des pères ; les magistrats n'auront plus le même soin pour l:.s peuples, qu'ils doivent considérer comme des enfanis; ce rapport d'amour qui est entre le prince et les sujets se perdra aussi peu à peu. Retranchez une de ces pratiques, et vous ébranlez lÉtat. Il est fort indifférent en soi que tous les matins une bellefi:le se lève pour aller rendre tels et tels devoirs à sa belle-mère ; i!:ais, si l'on fait attention que ces pratiques extérieures rappellent sans cesse à un sentiment qu'il est nécessaire d'imprimer dans tous les cœurs, et qui va de tous les cœurs former l'esprit qui gouverne ri;mpire, l'on verra qu'il est nécessaire qu'une telle ou une telle action particulière se fasse.

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