‹ Esprit des lois, livres I-V;Chapitre 51 sur 279 · LIVRE m, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE I

livra à son neveu toutes les affaires. Il était dans l'admiraiion, et disait : «Je n'aurais jamais cru que cela eût été si aisé. » Il en esl de même des princes d'Orient. Lorsque, de celle prison où des eunuques leur ont affaibli le cœur et l'esprit, et souvent leur ont laissé ignorer leur état même, on les tire pour les placer sur le trône, ils sont d'abord étonnés; mais, quand ils ont fait un vizir, et que, dans leur sérail, ils se sont livrés' aux passions les plus brutales ; lorsqu'au milieu d'une cour abattue ils ont suivi leurs caprices les plus stupides, ils n'auraient jamais cru que cela eût été si aisé.

Plus l'empire est étendu, plus le sérail s'agrandit; et plus, par conséquent, le prince est enivré de plaisirs. Ainsi, dans ces Etats, plus le prince a de peuples à gouverner, moins il pense au gouvernement ; plus les affaires y sont grandes, et inoins on y délibère sur les affaires.

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