‹ Esprit des lois, livres I-V;Chapitre 84 sur 279 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Comment les lois établissent l'égalité dans la démocratie.

Quelques législateurs anciens, comme Lycurgue " et Roniulus, partagèrent également les terres. Cela ne pouvait avoir lieu que dans la fondation d'une république nouvelle, ou bien lorsque l'ancienne était si corrompue, et les esprits dans une telle disposition, que les pauvres se croyaient obligés de chercher, et les riches obligés de souffrir un pareil remède.

Si, lorsque le législateur fait un pareil partage, il ne donne pas des lois pour le maintenir, il ne fait qu'une constitution passagère : l'inégalité entrera parle côté que les lois n'auront pas défendu, et la république sera perdue.

Il faut donc que l'on règle *", dans cet objet, les dots des femmes, les donations, les successions, les testaments, enfin toutes les manières de contracter. Car, s'il était permis de donner son bien à qui on voudrait, et comme on voudrait, chaque volonté particulière troublerait la disposition de la loi fondamentale.

Solon, qui permettait à Athènes de laisser son bien à qui on voulait par testament, pourvu qu'on n'eût point d'enfants (a), contredisait les lois anciennes, qui ordonnaient que les biens restassent dans la famille du testateur (6). Il contredisait les siennes propres ; car, en supprimant les dettes, il avait cherché l'égahlé.

C'était une bonne loi ** pour la démocratie que celle qui défendait d'avoir deux hérédités (c). Elle prenait son origine du partage égal des terres et des portions données à chaque citoyen. La loi n'avait pas voulu qu'un seul homme eût plusieurs portions.

La loi qui ordonnait que le plus proche parent épousât l'héritière naissait d'une source pareille. Elle est donnée chez

a. Plot., Vie de Solon.

b. Ibid.

c. Philolaiis de Corinthe établit à Athènes {Usez à Thèbes) que le nombre de portions de terre et celui des hérédités serait toujours le même. (Abist., Politiq.^ iiv. II, ch. vil.)

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