‹ Esprit des lois, livres I-V;Chapitre 97 sur 279 · LIVRE V, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAPITRE XI

abandonnés; les puissances intermédiaires dépendantes (a) ne veulent pas que le peuple prenne trop le dessus. 11 est rare que les ordres de l'État soient entièrement corrompus. Le prince tient à ses ordres; et les séditieux, qui n'ont ni la volonté ni l'espérance de renverser l'Etat, ne peuvent ni ne veule it renverser le prince.

Dans ces circonstances, les gens qui ont de la sagesse et de l'autorité s'entremettent; on prend des tempéraments, on s'arrange, on se corrige, les lois reprennent leur vigueur et se font écouter.

Aussi toutes nos histoires sont-elles pleines de guerres civiles sans révolutions; celles des Etats despotiques sont pleines de révolutions sans guerres civiles.

Ceux qui ont écrit l'histoire des guerres civiles de quelques Etats, ceux mêmes qui les ont fomentées, prouvent assez combien l'autorité que les princes laissent à de certains ordres pour leur service leur doit être peu suspecte, puisque, dans l'égarement même, ils ne soupiraient qu'après les lois et leur devoir, et retardaient la fougue et l'impétuosité des iaclieux plus qu'ils ne pouvaient la servir (6).

Le cardinal de Richelieu, pensant peut-être qu'il avait trop avili les ordres de lEtat, a recours, pour le soutenir, aux vertus du prince et de ses ministres (c); et il exige d'eux tant ue clioses, qu'en vérité il n'y a qu'un ange qui puisse avoir tant d'altenlion, tant de lumières, tant de fermeté, tant de connaissance; et on peut à peine se flatter que d'ici à la dissolution des monarchies il puisse y avoir un prince et des miuib'res pareils.

Comme les peuples qui vivent sous une bonne police sont plus heureux que ceux qui, sans règle et sans chefs, errent (t ms les foiêts ; aussi les monarques qui vivent sous les lois lundameutales de leur Etat sont-ils plus heureux que les princes despotiques qui n'ont rien qui puisse régler le cœur de leurs peuples, ni le leur.

n. Voyez ci-lessus la (.lemière note du liv. II, chap. iT.

b. Mémoires du car Jinal de Hetz, el aulTes histoires.

c. Testament potitinue.

Page 1