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LA JUSTIFICATION

De même que la grande œuvre de l'Incarnation semble jaillir de la Création et en être comme la couronne et le perfectionnement, ainsi la Justification découle de l'Incarnation, et pend à ses rameaux comme un beau fruit à son arbre divin. La justificalion d'un pécheur est certainement une des plus belles œuvres de Dieu, et mérite de concentrer sur elle notre contemplation et notre amour. En la considérant simplement comme une transition de l'état du péché à l'état de grâce

sanctifiante, et sans nous arrêter à examiner les dispositions éloignées ou prochaines qu'elles impliquent, elle est pleine de merveilles, et marquée du sceau des opérations de Dieu. Qu'elle soit conférée à l'enfant, qui n'a pas conscience de son origine viciée, au moment précis où il reçoit l'ablution du baptême ; ou au pécheur adulte par la grâce de la contrition, ou même de l'attrition unie à l'efficacité du sacrement de pénitence : c'est l'ouvrage d'un seul instant. Le premier moment de la vie de la grâce est le dernier de l'existence du péché. La transition est aussi prompte que l'éclair. Dieu n'a point recours non plus à l'entremise d'un Ange ou d'un Saint, mais il communique lui-même sa grâce à l'âme de sa créature, et celle-ci est justifiée non seulement par un acte de la volonté du ciel, mais par une effusion inetfable de la nature divine. La Justification est une plus grande œuvre que la Création, et cela pour plusieurs raisons. D'abord, elle suppose l'Incarnation. Ensuite, la Création agit seulement sur le néant, tandis que la Justification s'accomplit sur un objet dont il lui faut vaincre la résistance, c'est-à-dire sur la volonté corrompue de l'homme. « Celui, dit saint Augustin, qui vous a fait sans vous, ne vous justifiera pas sans vous. » La création a pour objet un bien naturel, la justification un bien surnaturel. Pour nous servir encore d'une expression de saint Augustin, « c'est une plus grande chose de justifier un impie que de créer le ciel et la terre. » « Le bien d'une seule grâce, dit saint Thomas, est plus grand que le bien naturel de l'univers entier, » et l'Église, dans une de ses Collectes, nous enseigne que Dieu manifeste surtout sa toute-puissance en épargnant et en faisant preuve de miséricorde.

Prenons un exemple particulier pour rendre ceci plus clair. Un homme sort de chez lui, et parcourt les rues de la ville en état de péché mortel. Le poids de la colère de Dieu et la malédiction du sang de Jésus-Christ oppressent son âme. Il est pour les Anges un objet d'indicible dégoût, si son état est connu

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