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LIVRE QUATRIÈME. — i/lNCARNATION

d'eux. Il ne voudrait pour rien au monde que ses péchés fussent divulgués parmi la foule qui l'entoure: car le mépris que lui témoigneraient ceux mêmes qui ont péché comme lui suffirait pour l'anéantir. Il est l'esclave du démon, et il gémit dans une servitude mille fois plus honteuse, plus dégradante, plus dure, plus abjecte que toutes les horreurs qu'on nous raconte de l'esclavage des nègres d'Afrique. Dans son cœur il porte, à son insu peut-être, les commencements de l'enfer, c'est-à-dire les germes de la haine éternelle du Dieu toutpuissant. Caïn, sombre, furieux, incapable de goûter aucun repos, Caïn, maudit et errant sur la face encore, inhabitée de la terre, n'était pas plus misérable que lui ; peut-être l'était-il moins *. Il rencontre dans la rue un convoi funèbre, ou un prêtre qui porte le viatique à un malade. Cette vue excite en lui mille pensées diverses. La foi se réveille et semble attendre le moment favorable ; une grâce le dispose à une autre grâce. Le voile du péché tombe ; et, à son horrible aspect, le pécheur détourne son front rouge de honte, tandis qu'au fond du cœur il déteste, amèrement la faute qui l'humilie. L'œil de son âme se fixe sur le Rédempteur crucifié. La crainte à ouvert la voie à l'espérance ; l'espérance lui a donné le courage de former une résolution ; la foi lui dit que cette résolution sera agréée, et il aime . Comment pourrait-il ne pas aimer Celui qui se contente d'une si faible offrande? Il sent une certaine pression sur son âme; c'est à peine la douleur d'une piqûre d'abeille, si c'est une douleur. Et cependant c'est la pression que le Créateur tout-puissant; immense, saintet incompréhensible, exerce sur son âme. La main invisible ne s'est abaissée sur lui qu'un instant. Il n'a pas fait dix pas que tout est accompli. Il est contrit. L'enfer est vaincu. Tous les Anges du ciel se livrent à l'allégresse= Son âme est resplendissante de beauté. Dieu la contemple avec amour et avec

1 Saint Chrysostôme pense que Caïn se repentit et reçut son pardon.

(iV. de l'Auteur).

un ineffable désir. Que la mort le touche seulement de sa froide haleine, et une éternité" de gloire, le vaste et spacieux empire de la vision héatifique, s'ouvrira pour le recevoir. Il ne demeure pas non plus dans l'état où il se trouvait lorsque les chaînes du péché sont tombées de ses mains; mais il semble que, de quelque endroit secret de la création, une brillante multitude de mérites acquis durant des années de grâce et qui s'étaient éloignés de lui quand il avait failli, reviennent à lui. Et le voilà revêtu d'une robe nuptiale de beauté spirituelle dont la magnificence éclatante éblouirait un œil de chair et en présence de laquelle toutes les pompes de la terres ne sont que des ombres "pâles et livides. Et pourtant cette œuvre si belle, si admirable, si complètement digne des perfections divines, ne s'accomplit pas une fois seulement, ou à de rares intervalles ou pour taire époque dans l'histoire du monde : elle s'accomplit en des milliers de confessionaux, aujourd'hui et à cette heure même, dans les églises, dans les hôpitaux, dans les prisons, à bord des vaisseaux, sur les échafauds, dans les rues et dans les champs où s'exerce le labeur de chaque jour, tout près du faucheur, du moissonneur, du jardinier et du vigneron qui ne songent pas que Dieu est à leurs côtés, s'occupant si activement d'un si merveilleux ouvrage. En effet, convertir un enfant de Satan en un fils de Dieu, est une œuvre si formidable que saint Pierre Ghrysologue dit que les Anges en sont frappés d'étonnement, que le ciel l'admire en suspens, que la terre en tremble, que la chair succombe à l'émotion, que l'oreille ne peut la recueillir, que l'esprit ne saurait la concevoir, que la création est trop faible pour en supporter la grandeur, trop dénuée d'intelligence pour l'apprécier à sa juste valeur et trop timide pour y croire, tant elle est grande !

(Le Saint-Sacrement. I, pp. 67-69.)

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