‹ Esprit du p. FaberChapitre 112 sur 435 · LIVRE CINQUIÈME. — LA VIERGE MARIE ET S. JOSEPH · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. — LA VIERGE MARIE ET S. JOSEPH

dans un seul et même instant, avec une rapidité telle que l'imagination seule peut supposer le court espace de temps qui s'écoula entre les deux actes ; non par suite d'une succession quelconque, (fût-elle aussi rapide, aussi subtile, aussi prompte que l'éclair), mais au moment même où le Saint-Esprit eut formé le corps de Jésus du sang de Marie ; à ce moment même son âme jaillit du néant pour venir animer ce corps merveilleux, à ce moment même la personne du Verbe éternel était devenue une seule personne avec deux natures, et la bienheureuse Vierge était plus incomparablement vierge qu'auparavant, et de plus elle était mère, oui, mère du Dieu qui existe de toute éternité.

Or, durant cette nuit mémorable du 25 mars, le silence profond qui règne à l'heure de minuit remplissait l'humble demeure de Nazareth ; les étoiles, témoins insensibles de ce prodige, continuaient paisiblement leur cours en scintillant dans le ciel ; le lis avait fermé sa corolle et dormait dans son vase ; seulement, et de loin en loin, le cri plaintif des chiens des pasteurs de Nazareth troublait la tranquillité de la nuit, pendant que cet auguste mystère s'accomplissait. Le lendemain se leva sur la terre, frais et brillant comme une matinée de printemps : le Rédempteur depuis si longtemps attendu était enfin venu, et, excepté sa sainte Mère, nul ne le savait.

Transportons cette même scène sur un autre théâtre, sur l'autel catholique, au moment où se consomment les mystères eucharistiques. Il y règne comme à Nazareth un profond silence. Ce que le prêtre tient en ce moment entre ses mains, ce n'est que du pain, et la coupe ne contient encore que le fruit de la vigne. La simple substance du pain est là avec les accident? qui y sont inhérents. Du pain, du vin, rien de plus; ce serait la plus grossière des idolâtries que de rendre un culte à ces objets insensibles. Le corps de Noire-Seigneur est encore à la droite du Père, recevant dans la splendeur de sa ravissante magnificence les adorations des hiérarchies célestes prosler-

nées devant lui. Encore un moment, et tout est changé. Ce qui était du pain il n'y a qu'un instant, est maintenant Dieu. Un mot a été prononcé à voix basse par un homme créé, et voilà que cet homme tombe à genoux, car il tient entre ses mains son Créateur, produit sous les espèces par la vertu de la parole qu'il a articulée.

Sur l'ordre d'un mortel tremblant et épouvanté, la Toute- Puissance a accompli une suite de miracles dont chacun est plus admirable que la création d'un monde tiré du néant, non point avec la rapidité avec laquelle une main exercée parcourt le clavier d'un instrument, mais avec une célérité infiniment plus grande, parce qu'elle n'admet point de succession C'est dans un seul et même instant que cette série de miracles a été accomplie et consommée. Il est là, ce corps que le Saint-Esprit forma du sang de Marie ; elle est là, cette âme qui, dans la splendeur de sa beauté, jaillit de l'abîme du néant; elle est là, enfin, cette même personne du Verbe éternel qui revêtit ce corps et cette âme dans le sein de Marie. Seulement, il existe cette merveilleuse différence entre la maison de Nazareth et l'autel, qu'ici, plusieurs fois par jour, et sur des milliers d'autres autels, depuis ces contrées septentrionales que blanchit un éternel hiver, jusqu'aux lieux où le feuillage luxuriant des arbres des tropiques se baigne dans les eaux tièdes de la mer, cet étonnant mystère s'accomplit simultanément en mille endroits à la fois, et non par l'intermédiaire d'une Mère Immaculée, mais par le ministère de prêtres faibles et pécheurs. De plus, le corps de Jésus-Christreçoil ici un nouveau mode d'existence qui n'exige aucune extension locale.

Et cependant rien ne change alentour : le soleil dore les vitraux de l'église du même éclat, les cierges brûlent sur l'autel, et les fleurs répandent les mêmes parfums dans le sanctuaire, tandis que l'auguste mystère s'accomplit. Mais si la nature inanimée ne donne rien à- soupçonner, si les sens sont déçus et ne peuvent pénétrer au delà des voiles

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