LA NATURE ET LE SURNATUREL EN MARIE
...Telle était la vie d'attente de Marie, telle était sa vie avant la naissance de Jésus. C'était une vie des plus hautes perfections spirituelles, occupée de mystères divins, et jouissant par avance de la félicité du ciel. C'était une vie qui relevait à chaque instant à une plus grande hauteur de merveilleuse sainteté. C'était une vie de grandeur céleste, absorbée en Dieu, et qui puisait ses eaux aux sources les plus profondes des choses éternelles. C'était une vie sans précédent, une vie inimitable, une vie à laquelle la pensée silencieuse peut seulement rendre une certaine sorte de justice, et encore d'une manière bienincomplète. Cependant et avec cela, c'était une vie d'une beauté toute naturelle, une vie tout à fait humaine. Il semblerait que la grâce fût devenue la nature plutôt que de l'avoir remplacée. Il semblerait que c'était l'élément terrestre qui tenait ensemble toute cette vie et qui lui donnait l'unité dont elle jouissait. C'était une vie de femme aussi bien qu'une
sainte vie... C'était la possibilité d'une belle nature réalisée par celui qui est tout à la fois l'auteur de la nature et de la grâce. (Vêtait la canonisation de l'amour d'une mère, à la lumière de laquelle nous voyons pour un moment cette profonde tendresse en Dieu, dont procède l'amour maternel, et dont ce même amour nous fait comprendre les pures délices. Ainsi *la vie dont Marie vivait pendant que le Verbe était dans son sein était une vie complètement bumaine, une vie créée, et aussi distinctement une vie créée que la vie du Père avec le Fils éternel dans son sein était une vie incréée. 11 arrive souvent, par rapport à Marie, que lorsqu'elle est élevée de manière à exciter au plus haut point notre admiration, c'est alors qu'elle apparait le plus comme une créature humaine. C'est ce qui avait lieu actuellement ; c'est ce qui eut lieu, à la fin des douze années, dans le temple de Jérusalem ; c'est ce qui eut lieu à l'ombre de la croix, lorsqu'elle reçut le corps sans vie sur ses genoux. Sa royale nature de femme ajoutait une nouvelle grâce aux grâces mêmes qui la paraient, et c'était à la lumière terrestre qui environnait son front, que les joyaux de sa couronne céleste brillaient de l'éclat le plus doux, et même le plus divin. Celui qui a quitté les cieux pour prendre une nature terrestre, a relevé, par l'excès de sa gloire, la beauté de sa mère terrestre; mais il ne l'a pas fait disparaître. Marie n'est pas une chose, une splendeur, une merveille, un trophée; elle est une personne vivante, et c'est sa nature comme femme qui couronne son ineffable maternité. Dieu ne l'a pas noyée dans sa magnificence. Ses dons l'ont fait plutôt paraître plus distinctement, et ils ont fait ressortir avec plus de relief la beauté de sa nature sans tache.
(Bethléem, I, pp. 150-152.)