‹ Esprit du p. FaberChapitre 115 sur 435 · SAINT JOSEPH · texte numérisé non relu

SAINT JOSEPH

Il y a des fleurs qui laissent échapper leur parfum à l'ombre, et dont l'odeur devient plus douce à mesure que le soleil monte plus haut dans les cieux. Elles sont cachées sous la couche épaisse d'un gazon frais et verdoyant, sous les ombrages d'arbres robustes et majestueux. Et cependant,lorsque l'air échauffé de midi a attiédi la fraîcheur de la forêt, elles exhalent doucement leur suave «encens et, à travers le feuillage, elles en remplissent au loin l'atmosphère. Leur parfum donne un caractère de poésie à la scène rustique, et c'est lui qui, plus tard, en rappellera l'image à notre souvenir. Telle est la douce odeur de saint Joseph dans l'Église : elle se répand autour de nous sans que nous nous en apercevions ; sans cesse elle se fortifie. Elle remplit particulièrement les ombrages de Nazareth, Bethléem et l'Egypte, mais elle ne parvient pas jusques aux hauteurs stériles et dénudées du Calvaire. Saint Joseph est le gazon odoriférant qui croît à l'ombre de tous les mystères de la sainte Enfance. Lorsque nous agitons ces mystères, nous déterminons ses fleurs à exhaler leur parfum, et quoique nous paraissions le remarquer peu,' (parce que la Mère et l'Enfant sont si beaux et attirent si doucement nos regards), cependant il nous manquerait quelque chose, et nous nous arrêterions, et nous serions étonnés si ce parfum venait à disparaître. Qui peut douter que Joseph, si cher à Notre-Seigneur, choisi par lui pour être son père nourricier, n'ait été aussi une de ses occupations dans le sein de Marie ? De toutes les saintetés de l'Église, celle de saint Joseph est la plus profonde, et la plus difficile à voir distinctement. Nous sentons combien elle a dû être immense. L'honneur de Jésus, l'office que saint Joseph avait à remplir à son égard et à l'égard de sa Mère, tout nous

fait supposer qu'il a reçu une effusion de grâces extraordinaires, et, d'un autre côté, les rayons de lumière qui percent pour ainsi dire à travers quelques fentes dans l'Évangile, nous découvrent une vie toute divine et en même temps profondément cachée.— Parfois il nous semble voir se renouveler en lui le caractère de quelqu'un des anciens patriarches, particulièrement d'Abraham lorsqu'il menait sa vie simple et pastorale sous les tentes et parmi les solitudes de la Mésopotamie; ou bien encore, le contraste nous rappelle le premier Joseph à côté du second Josepb, sur les bords du Nil. Puis, nous croyons apercevoir dans l'époux de Marie les traits distinctifs de la sainteté du Nouveau Testament ; et nous bésitons à gccepter cette idée, sous beaucoup de rapports si vraie, que la sainteté de l'Ancien Testament est parvenue en lui à son point le plus élevé et à son plus beau développement ; qu'ainsi elle est arrivée jusqu'à Jésus, et qu'elle a demeuré dans le cercle de l'Incarnation pour y représenter les Justes de l'ancienne loi. En toute hypothèse, Notre- Seigneur doit avoir merveilleusement enveloppé saint Joseph de lumière et d'amour, et il doit avoir accompli avec sollicitude dans son âme les opérations les plus prodigieuses et les plus parfaites de sa grâce. Si la magnificence est l'accompagnement inséparable de toutes les perfections divines, il n'y en a pas qu'elle accompagne d'une manière plus particulière, quoique en même temps plus cacbée, que l'attribut de la Justice ; et c'était spécialement de la justice de Dieu que procédait la surabondance des grâces de saint Joseph. Qui ne connaît la généreuse munificence de la gratitude, même parmi les enfants des hommes? A quoi ressemblera donc la Gratitude en Dieu ? La sanctification de saint Joseph, l'excellence de sa beauté intérieure nous le montrera. Notre-Seigneur a en quelque sorte contracté des obligations à l'égard de saint Joseph, de même qu'il s'est soumis à sa direction. L'âme si belle et si pure de saint Josepb a été le. cloître bâti autour de l'innocence de Marie : dans ses bras paternels reposait l'En-

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