‹ Esprit du p. FaberChapitre 117 sur 435 · LIVRE CINQUIÈME. — LA VIERGE MARIE ET S. JOSEPH · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. — LA VIERGE MARIE ET S. JOSEPH

cause de cette représentation mystérieuse. L'âme humaine de Jésus doit l'avoir regardé non-seulement avec l'amour le plus tendre, mais encore avec un « respect » profond et une soumission ineffable. Nous ne pouvons pas décrire la sainteté de Joseph parce que nous manquons de terme de comparaison. Non - seulement elle était plus élevée que celle des Saints : elle était aussi d'un genre différent. Mais elle était éminemment cachée en Dieu. Sa vie n'était pas de cette terre. La place môme qu'il occupait dans le monde n'était que l'apparence d'une place. Il a été une apparition dans le monde, une apparition du Père non-engendré et éternel. Son âme était pour ainsi dire retirée en elle-même. Il était faible et avancé en âge, doux et clément, pauvre et obscur, passif et docile, et cependant il était une forteresse inexpugnable à l'abri de laquelle l'honneur de Marie et la vie de Jésus étaient en sûreté. Si sa vie cachée était semblable à celle de Dieu, il en était de même de sa tranquillité. Sa justice, comme celle de Dieu, était tellement tempérée par la miséricorde qu'elle perdait presque son aspect de justice, pour revêtir l'extérieur de l'indulgence. Sa sainteté avait été l'une des idées éternelles de Dieu, l'une de celles que Dieu avait entretenues avec le plus de complaisance et qu'il avait conservées le plus près de lui-même. Il communiquait avec Dieu pendant les heures de son sommeil, comme si son sommeil n'avait été que le repos mystique de la contemplation. Aujourd'hui encore, dans l'Église, il se tient à l'écart sous les ombres de l'Ancien Testament, comme si la loi ancienne était plutôt la dispensatio n du Père et par conséquent la place qui lui convient le mieux.

Donc, il s'approche de Jésus nouvellement né, afin de l'adorer avant de lui commander. Son âme se remplit silencieusement d'amour ; et volontiers sa vie se briserait et se fondrait sur le sol de la grotte aux pieds de l'Enfant, comme elle le fit plus tard sur ses genoux. Mais le temps n'était pas encore venu; et l'Enfant le sanctifia de nouveau ; il le revêtit d'une force

pleine de calme et d'une douceur pleine de force, et il l'éleva à une sphère plus élevée de sainteté et d'ineffable grâce, afin qu'il pût être le supérieur officiel de son Dieu.

{Bethléem, I, pp. 213-215).

Quelque doux et humble, quelque pur et aimant qu'ait été saint Joseph, il nous est impossible de penser à lui sans un grand sentiment de respect, à cause de cette ombre d'identité avec le Père Éternel qui lui appartient et qui le cache à nos regards lors même qu'elle le présente à notre foi (1).

(Bethléem, I, p. 215).

Page 1