LIVRE CINQUIÈME. — LA VIERGE MARIE ET S. JOSEPH
pères dans la tombe. Consumé de la flamme du divin amour, il était mort dans une douce extase, la tête appuyée sur le sein de Jésus, ayant Marie à ses côtés, et, pour tout dire dans un mot, en présence de ce ce qu'il y avait de plus beau, de plus saint, de plus céjeste sur la terre. Nulle pensée de violence ne vient se mêler au souvenir de ses devoirs si paisibles, bien qu'ils ne fussent pas exempts d'inquiétude. Le sang de sa circoncision fut son Gethsemani et son Golgotba. Son enfance est perdue dans l'obscurité, et on ne possède guère d'autres données sur son adolescence que ce qui en fut révélé dans une vision à la sœur Emmerich. Mais qui peut douter que tout n'ait été disposé de manière à être une préparation digne de la haute dignité que Dieu devait lui conférer ? Qui peut douter que tout n'ait tendu à le former et à lui donner la consécration qui convenait au père nourricier du Verbe fait chair ? Gomme il appartient exclusivement à la sainte Enfance, nous ne serons point surpris de trouver que l'esprit de dévotion envers lui est aussi l'esprit de la dévotion à la sainte Enfance, mais avec des circonstances qui le rendent plus touchant encore. Etd'abord, c'est par Joseph que nous sommes présents dans l'étable de Bethléem, dans le séjour en Egypte et dans la maison de Nazareth. Toute cette intimité et cette familiarité à laquelle le Sauveur enfant daigne nous donner un droit et un titre par son incarnation, tous ces légers services qu'il condescend à recevoir de notre amour et de notre dévotion, toute cette joie et cette sérénité que la vue de sa faiblesse enfantine répand dans notre cœur, enfin toute cette adoration mêlée de crainte que la présence de sa divinité nous commande, toutes ces choses, Joseph est là pour les recevoir ou les rendre, les sentir ou les montrer, et pour ainsi parler en notre nom. Il est là comme le représentant de toutes les générations des fidèles à venir, et surtout de ceux dont les cœurs, en vertu d'un attrait particulier, tendent à se diriger vers les premiers mystères de Jésus.
Mais, en second lieu, saint Joseph est à Bethléem, en Egypte, dans le désert et à Nazareth, comme l'ombre du père éternel. C'est là ce qui constitue sa sublime dignité. L'incommunicable et à jamais bénie paternité de Dieu lui est communiquée d'une manière figurative. Il est le père nourricier de Jésus : aux yeux du monde extérieur il passe pour son véritable père. Il en exerce l'autorité et remplitenvers lui tous les devoirs de l'affection et de la sollicitude paternelles. Que dis-je? dans sa nature humaine, Notre-Seigneur est subordonné à saint Joseph, lui qui, dans sa nature divine, ne pouvait jamais être subordonné au Père éternel. Les ineffables trésors de Dieu, Jésus et Marie, sont confiés à la garde de saint Joseph ; et lui-même est un trésor, en même temps qu'il est le gardien des trésors de Dieu. Il occupe une place dans le plan de la rédemption. Comme Jésus et comme Marie,il a ses types , ses précurseurs et ses prophètes dans l'Ancien Testament. Il prête son concours à Dieu pour tenir secret le mystère de l'Incarnation ; et, en sa qualité de représentant du Père éternel, il nous rappelle constamment, dans son ministère auprès du saint Enfant, le souvenir de sa divinité. Par les fonctions qu;il remplit, il nous empêche d'oublier que Jésus est yi'ai Dieu et Fils du vrai Dieu. Aussi, tout en nous enseignant la plus douce familiarité envers Jésus, il nous enseigne en même temps le plus profond respect. D'un côté il nous encourage à nous approcher et à venir baiser les pieds de Jésus, et de l'autre il nous ordonne de tomber à genoux et d'adorer profondément l'éternel Nouveau-Né. Ainsi le ciel et la terre se trouvent réunis en lui à Bethléem dans ses doubles fonctions de représentant du Père éternel et de représentant des fidèles chrétiens. Qu'y-a-il donc d'étonnant en ce que les théologiens nous rapportent touchant les grâces nombreuses et les doûs précieux dont il a été orné? Est-il surprenant que les fidèles croient que pour lui le moment de la résurrection des justes fut anticipé, qu'il fut un de ceux qui parcoururent les rues de Jérusalem le jour de