‹ Esprit du p. FaberChapitre 120 sur 435 · LIVRE CINQUIÈME. — LA VIERGE iMARIE ET S. JOSEPH · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. — LA VIERGE iMARIE ET S. JOSEPH

Pâques avec leur corps ressuscité , et qu'il monta dans les cieux, le jour de l' Ascension, à la suite de Notre-Seigneur ?

Quel trésor Jésus a donné à son Église en lui inspirant cette tendre et sublime dévotion ! Déjà toute la doctrine touchant Nôtre-Seigneur avait été établie et fixée. Puisant dans les trésors de la tradition apostolique, l'Église avait trouvé les moyens de vaincre l'hérésie, et, en vertu de l'infaillibilité de la chaire de Pierre, elle avait sanctionné les actes des conciles et défini la vraie doctrine sur la personne et les deux natures de Jésus. Non seulement on avait établi la réalité de sa sainte humanité, l'unité de sa personne, la séparation distincte de ses natures et sa double volonté, mais on avait aussi exposé de sublimes vérités touchant son âme, ses facultés, le mode de l'union hypostatique ; et les fidèles pouvaient venir librement s'abreuver à ces sources fécondes de la plus pure théologie. Une vérité dominait toutes les autres. Les hauteurs inaccessibles de sa divinité s'élevaient aux yeux des hommes infiniment au-dessus de la région du doute. Depuis le docteur jusqu'à l'enfant, nul ne pouvait révoquer en doute la divinité de Jésus-Christ, sans reconnaître qu'il n'était plus catholique. Mais, tandis que ces vérités étaient mises au grand jour, on avait à plusieurs reprises interrogé les profondeurs de la tradition apostolique sur la dignité de la Mère de Dieu. En assurant l'honneur du Fils, on avait consulté les anciennes Églises, et la voix de Pierre, de Paul, de Jacques et de Jean avaient rendu des oracles qui enveloppaient le Fils dans l'honneur de sa Mère. Et, quand une fois le tumnlte de ces conflits avec l'hérésie fut apaisé, quand la poussière qu'ils avaient soulevée eut disparu, alors, visible à tous les yeux et telle que sainL Jean l'avait aperçue dans l'île de Patmos, apparut la magnifique vision de la Femme, de la Mère de l'Enfant-Boi, la tête couronnée de douze étoiles, et le croissant de la lune sous ses pieds. Ainsi l'adoration de Jésus et la dévotion à Marie

avaient irrévocablement pris leur place dans le cœur des fidèles et dans le système pratique de l'Église, l'une versait sa lumière sur l'autre, et toutes deux étaient destinées à instruire, à éclairer, à nourrir, à sanctifier le peuple chrétien.

Mais une personne de ce qu'on appelait la Trinité de la terre demeurait encore en dehors de ces honneurs. La dévotion à saint Joseph existait en quelque sorte à l'état latent dans l'Église. Ce n'était point qu'on s'attendît à ce que de nouvelles révélations vinssent ajouter quelque chose à ce qu'on savait déjà de lui: il appartenait exclusivement à la sainte Enfance, et on retrouvait son nom dans le commencement de l'Évangile selon saint Matthieu. Deux évangélistes avaient gardé un silence absolu à son endroit, et un troisième l'avait à peine mentionné dans la généalogie. La tradition gardait bien quelques faibles souvenirs de lui ; mais ils n'avaient d'autre lumière que celles qu'ils empruntaient à l'Évangile de saint Matthieu. Tout ce que nous possédons maintenant sur saint Joseph se trouvait là dès lors : seulement le sentiment des fidèles ne l'avait point saisi ; le temps de Dieu n'était pas encore arrivé. Le sentiment des fidèles ne ressemblait pas à la plénitude de la Science que possédaient les Apôtres: loin de là. Il fallait que ce sentiment grandit peu à peu pour arriver à la hauteur de la science apostolique, qu'il s'en rendit maître, qu'il la saturât de ses dévotions, qu'il l'animât' par ses institutions, qu'il s'y soumit enfin comme dans une hiérarchie parfaitement organisée. Mais le temps fixé par Dieu arriva enfin pour cette aimable dévotion ; et, comme tous ses dons, elle apparut quand les temps étaient sombres et que l'orage grondait à l'horizon.

Belle Provence ! cette douce dévotion s'éleva dans l'Église d'Occident, du sein de ton sol embaumé, semblable à un de ces légers nuages de fleurs d'amandier qui semblent flotter entre le ciel et la terre et suspendre leurs fraîches couleurs au-dessus

de tes champs parfumés, dans les premiers jours du prin-

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