‹ Esprit du p. FaberChapitre 124 sur 435 · LIVRE CINQUIÈME. — LA VIERGE MARIE ET S. JOSEPH · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME. — LA VIERGE MARIE ET S. JOSEPH

manière claire et intelligible ce que Marie a dû ressentir dans cette troisième phase de sa sanctification ? Passons outre. Elle demeura encore Marie comme par le passé. C'est là tout ce que nous savons. Elle était la reine des Apôtres et la nourrice de l'Église au berceau. Faisons encore une fois la somme de quinze autres années ; ajoutons aux nombreuses vertus de tous les instants cette admirable patience avec laquelle elle supportait sans murmurer l'absence de son Fils et attendait le moment d'être réunie à lui. En présence d'un seul moment de cette sublime résignation, qu'est-ce que toute la patience accumulée de l'Arabe Job ? Le lit de mort est souvent pour l'âme la cause d'une terrible révolution, et, parmi tous les hommes, ce sont les Saints qui sont le plus vivement affectés dans ce moment suprême. Que dut-il être pour Marie, lorsqu'elle mourut de l'amour qu'elle avait pour son Dieu, et qu'elle finit par se dissoudre comme un grain de pur encens dans le feu qui depuis soixante-trois ans brûlait sans se consumer au dedans et au dehors d'elle ? De toutes les parties du inonde, les Apôtres s'étaient rassemblés pour assister aux derniers moments de leur Reine mourante, et ils contemplaient en elle avec admiration le dernier miracle delà grâce. Qui oserait douter que les grâces et les mérites de son lit de mort ne surpassassent infiniment toutes les perfections réunies des hommes et des anges ? Et lorsqu'elle parut devant son Juge, qui était aussi son Fils, lorsque les commandements et les conseils furent rapprochés de sa vie pour servir de point de comparaison et de mesure aux mérites de son âme, lorsque celle à laquelle nul péché ne pouvait être imputé se jeta dans les bras de la Miséricorde de son rédempteur et s'y abandonna plus complètement que jamais créature jugée ne l'avait fait avant elle, quel magnifique spectacle se dérou'a aux yeux des anges, quel océan de grâces s'étendit devant eux ! Et pourtant ce n'était là qu'un seul rayon de splendeur que son fils jetait sur Marie. Lorsqu'une montagne baigne dans des flots de lumière sa tête altière et

rayonnante de beauté, elle ne dérobe rien à l'astre du jour, et les terres, les rochers, les bois et les eaux qui la couvrent reçoivent les torrents de clarté que le soleil laisse tomber sur eux, sans jamais en tarir la source. Ainsi en était-il de Marie et de son fils.

0 sainte Eucharistie, vous êtes si près de moi,vous,la source immortelle de toutes les grâces ! C'est vous, c'est vous qui avez accordé toutes ces glorieuses faveurs à Marie. Et je vous ai tenu entre mes mains, ô corps de Jésus, ô âme du Verbe incarné, ô Fils de Marie, ô Dieu fait homme; je vous ai tenu entre mes mains et je ne me suis point évanoui !

(Le Saint Sacrement. II, pp. 153-155.)

Quelques morts ont été si belles qu'elles peuvent à peine être considérées comme un châtiment. Telle fut celle de saint Joseph s'endormant sur le sein de Jésus : encore peut-on dire que le crépuscule des limbes n'était qu'un sombre lieu d'exil, comparé à la maison de Nazareth, illuminée parja présenee de Jésus. Telle fut la mort de Marie, dont la peine fut seulement dans l'attente. Ce fut une douce extinction causée par le débordement du divin amour dans son cœur.

(Conférences spirituelles, p. 58.)

1. Le P. Faber a consacré à la Vierge bien d'autres pages sublimes; c'est le sujet que peut-être il aimait le mieux et dont il se lassait le moins. Dans les Livres suivants, auxquels nous renvoyons notre lecteur, on pourra lire d'admirables extraits et qui complètent bien la pensée du grand mystique anglais.

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