DE BETHLÉEM A NAZARETH
L'ANNONCIATION ET LE Fiat DE LA VIERGE.
Ce fut un moment solennel. Il était pleinement au pouvoir de Marie de refuser. Tout dépendait d'elle, et jamais une créature n'a exercé sa liberté plus librement que Marie pendant cette nuit. Comme eu cet instant les Anges ont dû être suspendus dans l'attente autour de la sainte maison ! Avec quelles adorables délices , avec quelle ineffable complaisance la sainte Trinité n'a-t-elle pas attendu l'ouverture des lèvres de Marie, le fiât de celle que Dieu avait tirée du néant, ce fiât qui devait être maintenant une mélodie si suave à ses oreilles, un écbo de la création répondant à cet autre fiât dont la douceur irrésistible avait fait jaillir à la vie la Création ellemême. La terre seule, la pauvre, la stupide, l'ignorante terre, dormait à la froide clarté de la lune. Que Marie ait eu la liberté de choisir, c'est là un fait incontestable. Elle eut le choix, le choix avec la liberté la plus complète, et la liberté dans le sens le plus réel du mot. Mais qui pourrait s'imaginer ce qu'allait être cette voix qui devait sortir de pareils abîmes de grâce ? Non, ni sur la terre, ni dans le monde des Anges, jamais il n'y avait eu encore un acte d'adoration qui fût aussi digne de Dieu, que ce consentement de Marie, que cette conformité de sa profonde humilité à la magnifique et toute-puissante volonté divine. Mais laissons s'écouler
un instant, et il y aura un acte d'adoration bien plus grand encore que celui-là. Maintenant Dieu est libre. Marie l'a rendu libre. La créature a donné une liberté nouvelle au Créateur. Elle a fait un signe d'assentiment, elle a brisé la chaîne qui retenait les Décrets, et dans leur marche progressive, semblables à d'immenses vagues de lumières, ils se sont précipités sur elle en flots de la plus ravissante splendeur. L'Océan éternel a pénétré tout autour de la reine des créatures, la complaisance divine a fait rouler au dessus de sa tète le majestueux murmure d'un tonnerre doux et mystérieux. Une ombre qui parait ressembler à Dieu la recouvre pendant un instant ; Gabriel a disparu, et, sans secousse, sans bruit, sans le moindre frémissement du calme de la nuit, Dieu, revêtu d'une nature créée, était assis avec son immensité au-dedans de son sein maternel : la volonté étemelle était exécutée, et la création était complète. Lien loin dans l'espace, une immense jubilation éclatait au milieu des régions du monde angélique. Mais la Vierge-Mére ne l'entendait pas, elle ne l'écoutait pas. Sa tête était abaissée sur son sein, et son âme était plongée dans un silence qui ressemblait à la paix de Dieu. Le Verbe était fait chair.
(Bethléem, I, pp. 109-111.)