‹ Esprit du p. FaberChapitre 136 sur 435 · LE PREMIER REGARD DE MARIE SUR SON FILS · texte numérisé non relu

LE PREMIER REGARD DE MARIE SUR SON FILS

Elle était sur le point de voir cette face humaine qui devait illuminer toute la vaste étendue du ciel pendant l'éternité, et lui tenir lieu de soleil et de lune. Elle allait lire l'amour filial, un tendre accueil, une douce complaisance dans ces mêmes yeux, dont les rayons devaient répandre à jamais le bonheur divin dans des millions d'élus autour du trône. Elle allait voir cette face tous les jours, à toute heure, à chaque instant, pendant des années. Elle la verrait se développer, s'agrandir, dépouiller et prendre l'expression successive des différents âges de la vie humaine. Elle allait la voir dans l'ignorance apparente de l'enfance, dans les charmes particuliers de la jeunesse, dans la sérénité pensive de l'âge mur ; elle allait la voir dans le ravissement de la contemplation divine, dans la tendresse indulgente de l'amour, dans l'éclat d'une sagesse toute céleste, dans Tardeur d'une juste indignation, dans la douloureuse gravité d'une tristesse profonde, aux moments de la violence, de l'opprobre, de la peine physique et de l'agonie mentale. Chacune de ces phases si variées n'était pour Marie rien moins qu'une révélation. Elle ferait presque tout ce qu'elle voudrait de cette face divine. Elle pourrait la presser contre la sienne, dans toute la liberté de l'amour maternel. Elle pourrait couvrir de baisers les lèvres qui doivent prononcer la sentence de tous les hommes. Elle pourrait la contempler à loisir pendant son sommeil, ou éveillée, jusqu'à ce qu'elle l'eût apprise par cœur. Lorsque l'Éternel aurait faim, cette petite face chercherait son sein, et elle s'y reposerait. Marie essuierait les larmes qui découleraient sur les joues enfantines de la Béatitude incréée. Bien des fois elle laverait cette face dans l'eau de la fontaine, et le Précieux Sang viendrait la couvrir, attiré par la fraîcheur

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